Perspectives de l'économie mondiale, avril 2009 : Crise et reprise
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Perspectives de l'économie mondiale, avril 2009 : Crise et reprise

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Information

eBook ISBN
9781589068308
Year
2009

Chapitre 1. Perspectives et Enjeux Mondiaux

L’économie mondiale se trouve dans une grave rĂ©cession causĂ©e par une crise financiĂšre massive et une perte de confiance extrĂȘme. Les mesures de large portĂ©e et souvent peu orthodoxes qui ont Ă©tĂ© prises par les pouvoirs publics ont stabilisĂ© les marchĂ©s financiers dans une certaine mesure, mais n’ont pas encore rĂ©tabli la confiance ni mis fin aux interactions nĂ©gatives entre l’affaiblissement de l’activitĂ© et les fortes tensions financiĂšres. Le taux de contraction devrait se modĂ©rer Ă  partir du deuxiĂšme trimestre, mais l’activitĂ© mondiale devrait flĂ©chir de 1,3 % sur l’ensemble de 2009, avant de se redresser lĂ©gĂšrement dans le courant de 2010 (graphique 1.1). Pour que ce retournement se matĂ©rialise, il faut que les autoritĂ©s financiĂšres prennent des mesures dĂ©cisives pour rĂ©tablir la stabilitĂ© financiĂšre, et que les principaux pays mĂšnent des politiques budgĂ©taires et monĂ©taires qui soutiennent la demande mondiale de maniĂšre durable et vigoureuse.
Graphique 1.1. Indicateurs mondiaux1
(Variation annuelle en pourcentage, sauf indication contraire)
L’économie mondiale connaĂźt sa rĂ©cession la plus grave de l’aprĂšs-guerre. Le PIB rĂ©el mondial diminuera en 2009, avec une forte contraction dans les pays avancĂ©s et un ralentissement brutal dans les pays Ă©mergents et les pays en dĂ©veloppement. Le volume du commerce baisse fortement, et l’inflation flĂ©chit rapidement.
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Source: estimations des services du FMI.
1Les zones ombrĂ©es correspondent aux projections des services du FMI. Sauf indication contraire, les agrĂ©gats sont pondĂ©rĂ©s sur la base de la paritĂ© de pouvoir d’achat.
2Taux moyen de croissance des pays (somme pondĂ©rĂ©e en fonction de la paritĂ© de pouvoir d’achat). Au fil des ans, la pondĂ©ration des pays Ă  croissance plus rapide augmente, ce qui oriente la courbe vers le haut.
3Moyenne simple des cours au comptant du U.K. Brent, du DubaĂŻ Fateh et du West Texas Intermediate.
Le prĂ©sent chapitre commence par examiner comment une escalade spectaculaire de la crise financiĂšre en septembre 2008 a provoquĂ© une contraction sans prĂ©cĂ©dent de l’activitĂ© et du commerce, en dĂ©pit des efforts dĂ©ployĂ©s par les pouvoirs publics. Il examine ensuite les projections pour 2009 et 2010, en soulignant le rĂŽle essentiel que doivent jouer les pouvoirs publics pour favoriser un redressement durable et les risques de dĂ©tĂ©rioration si les interactions entre les secteurs rĂ©els et financiers continuent de s’intensifier. La troisiĂšme section va au-delĂ  de la crise actuelle, pour examiner les facteurs qui dĂ©termineront le paysage de l’économie mondiale Ă  moyen terme, alors que les entreprises et les mĂ©nages cherchent Ă  rĂ©parer les dĂ©gĂąts. La derniĂšre partie du chapitre examine les grands enjeux d’aujourd’hui, en soulignant que, s’il est absolument impĂ©ratif de prendre toutes les mesures nĂ©cessaires pour rĂ©tablir la stabilitĂ© financiĂšre et relancer l’économie mondiale, les pouvoirs publics doivent aussi ĂȘtre conscients des problĂšmes Ă  plus long terme et de la nĂ©cessitĂ© d’un renforcement mutuel des politiques nationales.

Comment la situation s’est-elle dĂ©tĂ©riorĂ©e autant et si vite?

Dans l’annĂ©e qui a suivi l’éclatement de la crise des prĂȘts hypothĂ©caires Ă  risque aux États-Unis en aoĂ»t 2007, l’économie mondiale a pliĂ©, mais n’a pas cĂ©dĂ©. L’activitĂ© a ralenti en raison du resserrement du crĂ©dit, et les pays avancĂ©s sont entrĂ©s dans une rĂ©cession modĂ©rĂ©e au deuxiĂšme ou troisiĂšme trimestre de 2008, mais les pays Ă©mergents et les pays en dĂ©veloppement ont encore enregistrĂ© une croissance relativement vigoureuse par rapport au passĂ©. Cependant, la situation financiĂšre a continuĂ© de se dĂ©tĂ©riorer, en dĂ©pit des efforts dĂ©ployĂ©s par les pouvoirs publics pour prĂ©server la liquiditĂ© et la capitalisation des marchĂ©s, alors que les craintes concernant les pertes sur actifs douteux soulevaient de plus en plus de questions quant Ă  la solvabilitĂ© et au financement des grandes institutions financiĂšres.
La situation s’est dĂ©tĂ©riorĂ©e rapidement aprĂšs l’éclatement spectaculaire de la crise financiĂšre en septembre 2008, Ă  la suite de la dĂ©faillance d’une grande banque d’investissement amĂ©ricaine (Lehman Brothers), du sauvetage de la plus grande compagnie d’assurances amĂ©ricaines (American International Group, AIG) et d’interventions dans une sĂ©rie d’autres institutions amĂ©ricaines et europĂ©ennes. Ces Ă©vĂ©nements ont entraĂźnĂ© une forte hausse du risque de contrepartie perçu: les banques ont fait face Ă  des dĂ©prĂ©ciations d’actifs considĂ©rables, la solvabilitĂ© d’un grand nombre d’institutions financiĂšres parmi les mieux Ă©tablies a Ă©tĂ© remise en question, la demande de liquiditĂ©s a atteint de nouveaux sommets et la volatilitĂ© des marchĂ©s est de nouveau montĂ©e en flĂšche. Il en a rĂ©sultĂ© une fuite vers la qualitĂ© qui a pesĂ© sur le rendement des titres publics les plus liquides et une Ă©vaporation du financement de gros qui a entraĂźnĂ© un dĂ©sendettement dĂ©sordonnĂ©, avec des effets en cascade sur le reste du systĂšme financier mondial (graphique 1.2). Des actifs liquides ont Ă©tĂ© bradĂ©s, et des lignes de crĂ©dit aux fonds spĂ©culatifs et Ă  d’autres intermĂ©diaires financiers endettĂ©s dans le systĂšme bancaire «parallĂšle» ont Ă©tĂ© rĂ©duites considĂ©rablement. Les marges des obligations de sociĂ©tĂ© de premier rang et Ă  haut rendement ont augmentĂ© sensiblement, le flux des crĂ©dits commerciaux et des fonds de roulement ont Ă©tĂ© fort perturbĂ©s, les banques ont continuĂ© de durcir les critĂšres d’octroi de crĂ©dit et les cours des actions ont chutĂ©.
Graphique 1.2. Évolution des marchĂ©s du crĂ©dit parvenus Ă  maturitĂ©
La situation sur les marchĂ©s du crĂ©dit parvenus Ă  maturitĂ© s’est dĂ©tĂ©riorĂ©e rapidement aprĂšs septembre 2008 et les tensions restent fortes en dĂ©pit de l’action des pouvoirs publics et d’une certaine amĂ©lioration de l’état d’esprit des marchĂ©s aprĂšs la rĂ©union du G20 dĂ©but avril. Si les marges interbancaires se sont rĂ©duites, les marges des CRD bancaires et des obligations de sociĂ©tĂ©s restent Ă©levĂ©es, et les cours des actions sont proches de leurs plus bas sur plusieurs annĂ©es, alors que les interactions nĂ©gatives entre le secteur financier et l’économie rĂ©elle se sont intensifiĂ©es.
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Sources: Bank of Japan; Bloomberg Financial Markets; Conseil des gouverneurs de la Réserve fédérale; Banque centrale européenne; Merrill Lynch; calculs des services du FMI.
1Écart LIBOR Ă  trois mois/taux des bons du TrĂ©sor Ă  trois mois.
2CRD = Contrats sur risque de défaut.
3Obligations publiques Ă  dix ans.
4Pourcentage des participants selon lesquels les critĂšres d’octroi de prĂȘts ont Ă©tĂ© durcis «considĂ©rablement» ou «un peu» moins celui des participants selon lesquels les critĂšres ont Ă©tĂ© assouplis «considĂ©rablement» ou «un peu» ces trois derniers mois. EnquĂȘte sur les variations des critĂšres pour les prĂȘts ou lignes de crĂ©dit aux entreprises pour la zone euro; moyenne des enquĂȘtes sur les variations des critĂšres pour les prĂȘts commerciaux/industriels et immobiliers commerciaux pour les États-Unis; indice de diffusion «accommodant» moins «strict», enquĂȘte Tankan auprĂšs des institutions financiĂšres pour le Japon.
Les pays Ă©mergents, qui avaient Ă©tĂ© relativement protĂ©gĂ©s des tensions financiĂšres, car leurs engagements Ă©taient limitĂ©s sur le marchĂ© amĂ©ricain des prĂȘts hypothĂ©caires Ă  risque, ont Ă©tĂ© durement touchĂ©s par ces dĂ©veloppements. Les nouvelles Ă©missions de titres se sont virtuellement arrĂȘtĂ©es, les flux de capitaux bancaires ont Ă©tĂ© rĂ©duits, les marges obligataires sont montĂ©es en flĂšche, les cours des actions ont flĂ©chi et les marchĂ©s des changes ont Ă©tĂ© mis sous forte pression (graphique 1.3). Au-delĂ  d’une hausse gĂ©nĂ©rale de l’aversion pour le risque, les flux de capitaux ont Ă©tĂ© rĂ©duits par divers facteurs, notamment les pertes subies par les banques (surtout en Europe occidentale) et les fonds spĂ©culatifs, qui avaient Ă©tĂ© des intermĂ©diaires importants; la volontĂ© de dĂ©placer des fonds pour profiter de la protection croissante des garanties offertes sur les marchĂ©s parvenus Ă  maturitĂ©; et les craintes croissantes concernant les perspectives Ă©conomiques des pays, en particulier de ceux qui avaient eu recours largement au financement extĂ©rieur. De plus, les turbulences financiĂšres ont mis Ă  jour des sources de vulnĂ©rabilitĂ© internes dans de nombreux pays Ă©mergents, telles que les asymĂ©tries de monnaie sur les bilans des emprunteurs, la mauvaise gestion du risque (par exemple, les pertes substantielles d’entreprises sur les marchĂ©s des dĂ©rivĂ©s monĂ©taires dans certains pays) et la croissance excessivement rapide du crĂ©dit bancaire.
Graphique 1.3. Conditions de financement des pays émergents
Les pays Ă©mergents ont Ă©tĂ© durement touchĂ©s par l’escalade de la crise financiĂšre. Les cours des actions se sont effondrĂ©s, les marges se sont Ă©largies nettement et les nouvelles Ă©missions de titres ont Ă©tĂ© rĂ©duites. Les taux directeurs ont Ă©tĂ© abaissĂ©s en rĂ©action Ă  la dĂ©tĂ©rioration des perspectives Ă©conomiques, quoique de maniĂšre moins aggressive que dans les pays avancĂ©s du fait des craintes concernant les rĂ©percussions d’une inversion des flux de capitaux sur les comptes extĂ©rieurs.
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Sources: Bloomberg Financial Markets; Capital Data; FMI, International Financial Statistics; calculs des services du FMI.
1Écart JPMorgan EMBI Global Index.
2Écart JPMorgan CEMBI Broad Index.
3Total des Ă©missions d’actions, de prĂȘts syndiquĂ©s et d’obligations internationales.
4Par rapport Ă  l’inflation non corrigĂ©e.
Bien qu’un krach mondial ait Ă©tĂ© Ă©vitĂ© grĂące Ă  la dĂ©termination des pouvoirs publics, cette vive escalade des tensions financiĂšres a ravagĂ© l’économie mondiale de diverses maniĂšres. Le resserrement du crĂ©dit causĂ© par la pression du dĂ©sendettement et un effondrement des techniques de titrisation a nui mĂȘme aux emprunteurs privĂ©s les mieux notĂ©s. Les fortes baisses des marchĂ©s d’actions et la dĂ©flation continue des bulles immobiliĂšres ont entraĂźnĂ© une perte massive de richesse parmi les mĂ©nages. Cela s’explique en partie par les ajustements inĂ©vitables qui ont Ă©tĂ© opĂ©rĂ©s pour corriger les excĂšs du passĂ© et les dĂ©faillances technologiques semblables Ă  celles qui ont provoquĂ© l’éclatement de la bulle technologique. Cependant, comme ces excĂšs et dĂ©faillances Ă©taient au coeur du systĂšme bancaire, les consĂ©quences se sont propagĂ©es rapidement Ă  tous les secteurs et pays. Par ailleurs, les chocs ont Ă©tĂ© fortement amplifiĂ©s par l’effondrement de la confiance des chefs d’entreprise et des consommateurs face aux doutes croissants en ce qui concerne les perspectives Ă©conomiques et Ă  l’incertitude qui continue d’entourer la rĂ©action des pouvoirs publics. La dĂ©tĂ©rioration rapide des perspectives Ă©conomiques a encore accentuĂ© les tensions financiĂšres dans un cercle vicieux de dimension mondiale qui a sapĂ© les efforts dĂ©ployĂ©s par les pouvoirs publics pour corriger la situation.
Les rĂ©percussions sur l’activitĂ© se sont donc fait sentir rapidement et largement. La production industrielle et les Ă©changes de marchandises ont chutĂ© au quatriĂšme trimestre de 2008 et ont continuĂ© de baisser rapidement au dĂ©but de 2009 dans tous les pays avancĂ©s et pays Ă©mergents: les achats de biens d’investissement et de biens de consommation durables, tels que les automobiles et les produits Ă©lectroniques, ont Ă©tĂ© affectĂ©s par les perturbations du crĂ©dit et la montĂ©e de l’anxiĂ©tĂ©, et les stocks ont commencĂ© Ă  s’accumuler rapidement (graphique 1.4). Selon des donnĂ©es rĂ©centes, il semblerait que le taux de contraction commence peut-ĂȘtre Ă  se modĂ©rer. La confiance des chefs d’entreprise a augmentĂ© modĂ©rĂ©ment, et il semble que les achats des consommateurs se stabilisent, sous l’effet...

Table of contents

  1. Cover Page
  2. Title Page
  3. Copyright Page
  4. Contents
  5. HypothĂšses et conventions
  6. Préface
  7. Avant-propos conjoint pour les Perspectives de l’économie mondiale et le Rapport sur la stabilitĂ© financiĂšre dans le monde
  8. Résumé analytique
  9. Chapitre 1. Perspectives et enjeux mondiaux
  10. Chapitre 2. Perspectives nationales et régionales
  11. Chapitre 3. De la récession à la reprise: dans quels délais et avec quelle vigueur?
  12. Chapitre 4. La transmission des tensions financiÚres des pays avancés aux pays émergents: comment les liens financiers et commerciaux enveniment la situation
  13. Annexe: Examen des perspectives par le Conseil d’administration, avril 2009
  14. Appendice statistique
  15. Perspectives de l’économie mondiale, questions d’actualitĂ©
  16. Encadrés
  17. Footnotes