La gouvernance du FMI : Évaluation
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eBook ISBN
9781589067509
Year
2008

IV. Observations sur les organes directeurs

31. Ce chapitre prĂ©sente l’évaluation du CMFI, du Conseil et de la Direction. Il recense les points forts et les points faibles de ces organes directeurs en rĂ©pondant, entre autres, aux questions suivantes: les rĂŽles statutaires de chaque organe sont-ils clairs? Existe-t-il des doubles emplois avec les rĂŽles des autres organes? Y a-t-il des lacunes? Pourrait-on modifier les structures ou les processus pour que ces rĂŽles soient remplis de maniĂšre plus efficace? Les organes directeurs et les individus sont-ils tenus comptables de leur comportement et de la qualitĂ© de leur travail, ainsi que des rĂ©sultats de leurs actions? Quels sont les coĂ»ts de la structure de gouvernance? Les organes directeurs fournissent-ils aux parties intĂ©ressĂ©es un accĂšs suffisant pour exprimer leurs vues?

A. Comité monétaire et financier international

32. Statut ambigu. Étant donnĂ© que le CMFI, comme son prĂ©dĂ©cesseur le ComitĂ© intĂ©rimaire, est un organe consultatif auprĂšs du Conseil des gouverneurs, ces communiquĂ©s n’ont aucun poids lĂ©gal et ne constituent que des conseils pour les gouverneurs et, indirectement, pour le Conseil. Dans la pratique, toutefois, les administrateurs, la Direction et les services du FMI considĂšrent que les communiquĂ©s sont des recommandations pour le programme de travail du FMI dans les mois qui suivent. C’est naturel, puisque le CMFI est composĂ© des mĂȘmes gouverneurs qui nomment ou Ă©lisent les administrateurs et la Direction. Le statut ambigu des dĂ©clarations du CMFI limite la responsabilitĂ© du Conseil et de la Direction dans l’application (ou non) des initiatives du CMFI. L’incongruitĂ© entre les rĂŽles et les responsabilitĂ©s formels et effectifs du CMFI, ainsi que la zone floue dans laquelle se situent ses communiquĂ©s, affaiblissent la lĂ©gitimitĂ© du ComitĂ© et compromettent sa responsabilisation. De mĂȘme, le ComitĂ© du dĂ©veloppement a Ă©tĂ© mis en place pour conseiller les gouverneurs de la Banque mondiale et du FMI sur les questions importantes de dĂ©veloppement, mais, dans la pratique, on considĂšre qu’il s’occupe principalement des activitĂ©s de la Banque mondiale et il ne reçoit guĂšre d’attention du Conseil, de la Direction et des services du FMI.
Encadré 1. Le CollÚge: un organe de gouvernance ministériel
Le deuxiĂšme amendement des Statuts du FMI prĂ©voit la possibilitĂ© de mettre en place un organe dĂ©cisionnel et politique au niveau des ministres/gouverneurs, entre le Conseil des gouverneurs et le Conseil, et avec le mĂȘme nombre de membres que le Conseil. Le PrĂ©sident du CollĂšge est choisi par ses membres. En plus de surveiller «la gestion et l’adaptation du systĂšme monĂ©taire international, et notamment le fonctionnement continu du processus d’ajustement et l’évolution de la liquiditĂ© globale», le CollĂšge suivrait «l’évolution du transfert de ressources rĂ©elles aux pays en dĂ©veloppement». La mise en place du CollĂšge est soumise Ă  une majoritĂ© de 85 % des votes du Conseil des gouverneurs, qui n’a pas Ă©tĂ© rassemblĂ©e: en consĂ©quence le CollĂšge n’a pas encore Ă©tĂ© activĂ©. Le texte prĂ©voit la sĂ©paration des voix de chaque siĂšge, contrairement Ă  ce qui se passe au Conseil.
33. Points forts. En dĂ©pit d’un manque de clartĂ©, le CMFI joue un rĂŽle considĂ©rable dans la gouvernance du FMI. Ses rĂ©unions semestrielles peuvent conduire Ă  des compromis sur des questions de politique gĂ©nĂ©rale et y mettre un point final. Le communiquĂ© publiĂ© Ă  la fin d’une rĂ©union du CMFI est un document de consensus, qui confĂšre une plus grande lĂ©gitimitĂ© Ă  des initiatives de groupes de pays tels que le G-7, le G-20 ou le G-24 et encourage la prise en charge politique de mesures Ă©tablies au sein du FMI. Les enquĂȘtes du BIE auprĂšs des principales parties prenantes font apparaĂźtre une satisfaction gĂ©nĂ©rale Ă  propos de la qualitĂ© des communiquĂ©s du CMFI; une grande majoritĂ© des autoritĂ©s nationales et des membres du Conseil Ă©taient au moins «plutĂŽt satisfaits» du degrĂ© de correspondance entre les communiquĂ©s et les vues des gouverneurs membres du CMFI, ainsi que de la clartĂ© des recommandations fournies par les communiquĂ©s17.
34. Points faibles et limitations. L’évaluation relĂšve aussi des faiblesses importantes qui rĂ©duisent la valeur de la contribution du CMFI Ă  la gouvernance du FMI. PremiĂšrement, le CMFI ne contrĂŽle ni le Conseil ni la Direction, une tĂąche pour laquelle, en tant qu’organe consultatif, il n’a aucune autoritĂ© juridique. C’est une lacune importante dans la gouvernance globale. DeuxiĂšmement, les rĂ©unions du CMFI ont jouĂ© un rĂŽle trĂšs limitĂ© en tant que lieu de nĂ©gociations sur le fond, ce qui est naturel Ă©tant donnĂ© son statut de comitĂ© consultatif qui se rĂ©unit pendant quelques heures tous les six mois et oĂč de nombreux gouverneurs arrivent sans ĂȘtre prĂ©parĂ©s Ă  nĂ©gocier. TroisiĂšmement, la plupart des observateurs sont d’avis que le lien entre le CMFI et les rĂ©unions du G7 et autres groupes de pays accentuent l’efficacitĂ© du ComitĂ©, mais de nombreuses parties intĂ©ressĂ©es estiment que cela rĂ©duit la prise en charge et la responsabilisation. Ils indiquent qu’une meilleure prise en charge et une meilleure responsabilisation, ainsi que davantage de preuves que les pays du G7 considĂšrent que le CMFI joue un rĂŽle essentiel, encourageraient les dĂ©lĂ©gations Ă  mieux se prĂ©parer aux rĂ©unions, ce qui renforcerait l’efficacitĂ© du CMFI et du FMI.
35. Questions de procĂ©dure. Les entrevues avec les participants au CMFI font apparaĂźtre plusieurs dĂ©faillances sur le plan des procĂ©dures. PremiĂšrement, on craint que le PrĂ©sident du ComitĂ© influence de maniĂšre disproportionnĂ©e le contenu des communiquĂ©s et que certains obstacles (en particulier, une maĂźtrise limitĂ©e de la langue anglaise) limitent la participation de certains gouverneurs (ou de leurs reprĂ©sentants) Ă  la rĂ©daction du communiquĂ©. DeuxiĂšmement, le CMFI ne dispose pas d’un processus ouvert et transparent pour le choix de son PrĂ©sident. TroisiĂšmement, le format des rĂ©unions influe sur leur valeur; les gouverneurs qui ont Ă©tĂ© interviewĂ©s sont d’avis que les rĂ©unions qui se tiennent au petit dĂ©jeuner, Ă  laquelle les membres principaux sont les seuls Ă  participer, sont utiles et conduisent Ă  un Ă©change de vues de haut niveau, franc et ouvert, et, occasionnellement, Ă  des nĂ©gociations sur le fond. Les ministres assistent moins aux sĂ©ances du dĂ©jeuner, alors que certains gouverneurs considĂšrent les sĂ©ances plĂ©niĂšres comme une pratique souvent rituelle et improductive. En ce qui concerne les rĂ©unions des supplĂ©ants, les avis sont partagĂ©s. Environ la moitiĂ© des autoritĂ©s les apprĂ©cient, mais plus de 70 % des membres actuels et anciens du Conseil considĂšrent que leur valeur ajoutĂ©e est faible.
36. Taille et coĂ»t. Plus de la moitiĂ© des autoritĂ©s nationales interrogĂ©es indiquent que le nombre actuel de gouverneurs au CMFI conduit Ă  un juste Ă©quilibre entre l’efficacitĂ© et le besoin de reprĂ©sentation et de lĂ©gitimitĂ©; cet avis est partagĂ© par les membres du Conseil et les cadres supĂ©rieurs. En outre, les autoritĂ©s nationales ne considĂšrent pas que les coĂ»ts des rĂ©unions du CMFI soient excessifs, d’autant que ces rĂ©unions coĂŻncident avec d’autres.

B. Conseil d’administration

37. Cette section compare les principaux points forts et points faibles du Conseil. Une tension est observĂ©e entre les fonctions d’administration et de surveillance du Conseil, c’est-Ă -dire entre collaborer avec la Direction dans la conduite courante du FMI d’une part, et jouer un rĂŽle de surveillance au nom des propriĂ©taires de l’institution d’autre part. Cette section analyse ensuite la structure et le fonctionnement du Conseil, examine les compĂ©tences et l’expĂ©rience de ses membres, et conclut par un examen des questions de responsabilitĂ©.
38. Points forts et points faibles. Le Conseil est une source importante de lĂ©gitimitĂ© pour le FMI. Son systĂšme de groupes de pays offre une certaine reprĂ©sentation aux 185 pays membres sans la paralysie observĂ©e dans certaines organisations internationales oĂč tous les pays sont reprĂ©sentĂ©s au conseil d’administration. Le Conseil examine et approuve pratiquement toutes les stratĂ©gies et politiques, et joue un rĂŽle limitĂ© dans leur Ă©tablissement. Il sert souvent de lieu d’examen et de prise en charge des recommandations approuvĂ©es par le CMFI. Toutefois, le rĂŽle jouĂ© par le Conseil dans la gouvernance prĂ©sente aussi plusieurs faiblesses. PremiĂšrement, le Conseil exerce un contrĂŽle limitĂ© sur la Direction et le FMI en gĂ©nĂ©ral. DeuxiĂšmement, si la plupart des administrateurs ont des mĂ©canismes de communication clairs avec leurs autoritĂ©s, il n’existe aucun mĂ©canisme permettant au Conseil dans son ensemble d’évaluer la qualitĂ© de son travail ou de recevoir des informations en retour du Conseil des gouverneurs sur la qualitĂ© de son travail en tant qu’organe directeur. TroisiĂšmement, la part du budget administratif consacrĂ©e au Conseil semble Ă©levĂ©e par rapport Ă  celle d’autres organisations internationales.
39. Conseil d’administration ou de surveillance? Depuis le dĂ©but, l’interprĂ©tation de la mission du Conseil («conduite gĂ©nĂ©rale du FMI» et «contrĂŽle gĂ©nĂ©ral de la Direction») lui donne un rĂŽle d’administration, avec une participation importante dans la gestion des affaires courantes du FMI. Cette interprĂ©tation concorde avec le terme «Conseil d’administration» utilisĂ© dans les Statuts et l’obligation que le Conseil «siĂšge en permanence». Un conseil d’administration Ă©tait probablement nĂ©cessaire au dĂ©but de l’existence du FMI, lorsque celui-ci Ă©tait formellement responsable du systĂšme des paritĂ©s fixes et que les communications entre les administrateurs et les autoritĂ©s qu’ils reprĂ©sentaient Ă©taient limitĂ©es. Les administrateurs devaient avoir la confiance de leurs autoritĂ©s et ĂȘtre trĂšs expĂ©rimentĂ©s et trĂšs compĂ©tents dans l’analyse macroĂ©conomique. Ce rĂŽle d’administration Ă©tait aussi possible parce qu’il n’y avait qu’une douzaine d’administrateurs.
40. Bien que le Conseil continue formellement de jouer le mĂȘme rĂŽle d’administration qu’aux premiers jours du FMI, cela est maintenant trĂšs difficile en raison de l’évolution de sa mission et de ses opĂ©rations, ainsi que de la taille et des services de l’institution18. La taille du Conseil lui-mĂȘme a doublĂ©, passant de 12 Ă  24 personnes. Selon les normes de la gouvernance moderne, un conseil d’administration de 24 membres est trop grand pour jouer un rĂŽle d’administration efficace19. Dans le secteur privĂ©, par exemple, les conseils d’administration dĂ©passent rarement une douzaine de personnes et, mĂȘme dans le secteur non marchand, les conseils d’administration sont gĂ©nĂ©ralement plus petits20. Par rapport Ă  d’autres organisations internationales de taille similaire, le FMI a un conseil relativement compact, mais, dans ces organisations, le conseil joue principalement un rĂŽle de reprĂ©sentation et de surveillance plutĂŽt qu’un rĂŽle d’administration21. Étant donnĂ© les progrĂšs de la communication au cours des soixante derniĂšres annĂ©es, ce rĂŽle d’administration est aussi moins nĂ©cessaire: les autoritĂ©s nationales peuvent dĂ©sormais donner aux administrateurs (et directement Ă  la Direction) des instructions presque en temps rĂ©el; il est donc moins nĂ©cessaire que les membres du Conseil puissent agir indĂ©pendamment de leurs instructions et les autoritĂ©s peuvent ainsi envoyer des reprĂ©sentants de rang moins Ă©levĂ©.
41. La rĂ©alitĂ© d’aujourd’hui exige que le Conseil joue un vĂ©ritable rĂŽle de surveillance. Il ne joue qu’un rĂŽle limitĂ© dans bien des fonctions qui vont gĂ©nĂ©ralement de pair avec un conseil de surveillance, notamment la surveillance fiduciaire (y compris la gestion financiĂšre, la gestion des risques, ainsi que la prĂ©vention des fautes et des conflits d’intĂ©rĂȘts) et la surveillance des ressources humaines et des politiques administratives. Par ailleurs, il ressort d’évaluations prĂ©cĂ©dentes du BIE et d’études prĂ©parĂ©es Ă  l’occasion de la prĂ©sente Ă©valuation que le Conseil n’a pas pris d’initiatives dans la formulation de stratĂ©gies et qu’il n’a pas surveillĂ© efficacement l’exĂ©cution des politiques. La participation du Conseil Ă  la gestion des affaires courantes de l’institution a dĂ©tournĂ© son attention de ces fonctions de surveillance nĂ©cessaires et a limitĂ© sa capacitĂ© de les remplir de maniĂšre indĂ©pendante.

Structure et fonctionnement du Conseil

42. Taille et composition du Conseil. L’évolution de la taille du Conseil entraĂźne des arbitrages entre l’efficacitĂ© de la gestion, d’une part, et la reprĂ©sentation et la lĂ©gitimitĂ©, d’autre part. Les dilemmes qui en rĂ©sultent ne sont pas faciles Ă  rĂ©soudre et il n’existe pas de consensus parmi les membres du Conseil sur la taille appropriĂ©e de cet organe. La moitiĂ© des administrateurs est d’avis que le Conseil est trop grand, alors que l’autre moitiĂ© estime qu’il a la bonne taille ou est trop petit. Parmi les cadres supĂ©rieurs, une grande majoritĂ© pense que le Conseil est trop grand. Plus de 60 % des autoritĂ©s interrogĂ©es estiment que la taille actuelle du Conseil assure un juste Ă©quilibre entre l’efficacitĂ© et la reprĂ©sentation, mais un quart environ est d’avis qu’il devrait ĂȘtre plus grand..
43. ComitĂ©s du Conseil. Dans la plupart des entreprises privĂ©es et publiques, ainsi que dans d’autres organisations intergouvernementales, les conseils mettent en place un systĂšme de comitĂ©s afin d’opĂ©rer de maniĂšre plus efficace et efficiente. Les comitĂ©s permettent aux administrateurs de se pencher sur des questions de fond indĂ©pendamment de la Direction, d’examiner des dossiers techniques plus en dĂ©tail qu’il ne serait possible dans l’ensemble du Conseil et d’assurer une surveillance rĂ©guliĂšre des nouvelles initiatives et des mesures arrĂȘtĂ©es. Aujourd’hui, il existe neuf comitĂ©s permanents au FMI22. Ces comitĂ©s encouragent des dĂ©bats moins formels que les rĂ©unions de l’ensemble du Conseil, mais plusieurs d’entre eux sont insuffisamment indĂ©pendants de la Direction pour que leurs membres puissent s’entretenir librement. Il existe aussi une rĂ©ticence Ă  utiliser les comitĂ©s pour rationaliser les dĂ©bats du Conseil en identifiant les domaines oĂč il y a consensus et en trouvant des compromis oĂč il y a dĂ©saccord (l’ensemble du Conseil conservant toutefois le pouvoir de dĂ©cision, comme prĂ©vu par les RĂšgles et rĂšglements du FMI). En consĂ©quence, les dĂ©bats des comitĂ©s se rĂ©pĂštent souvent inutilement au niveau du C...

Table of contents

  1. Cover Page
  2. Title Page
  3. Copyright Page
  4. Content Page
  5. Abréviations et acronymes
  6. Résumé analytique
  7. I. Introduction
  8. II. Cadre analytique et sources de données
  9. III. Points forts et points faibles de la gouvernance du FMI
  10. IV. Observations sur les organes directeurs
  11. V. Conclusions et recommandations pour un FMI plus efficace, plus responsable et plus représentatif
  12. Annexes
  13. Footnotes