Ghislaine
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Ghislaine

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Ghislaine

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Dans ce roman, Hector Malot aborde le problÚme de la naissance d'un enfant hors mariage, dans le milieu de la noblesse. Ghislaine, Princesse de Chambrais, est violée et un enfant nait de ce viol.

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Information

Year
2019
eBook ISBN
9782322031191
Edition
1

I

Le lendemain à midi, Philippe, le valet de chambre du comte de Chambrais, se décidait, aprÚs avoir hésité plusieurs fois, à éveiller son maßtre qui, rentré seulement à cinq heures, dormait du lourd sommeil des nuits prolongées.
– Je demande pardon Ă  monsieur le comte de le rĂ©veiller, dit-il en toussant discrĂštement. C’est une dĂ©pĂȘche que j’ai reçue de Mlle de Chambrais, il y a dĂ©jĂ  prĂšs de deux heures ; elle demande une rĂ©ponse, alors...
Brusquement le comte se mit sur son séant et prit le papier bleu que Philippe lui présentait sur un plateau.
– Tire les rideaux.
C’était rue de Rivoli, en face des Tuileries, presque au coin de la place de la Concorde, que demeurait le comte, Ă  l’une des expositions les plus claires et les plus ensoleillĂ©es de Paris assurĂ©ment ; cependant la nappe de lumiĂšre crue qui emplit la chambre ne lui permit pas de dĂ©chiffrer la dĂ©pĂȘche qu’il tenait Ă  bout de bras par coquetterie, il n’avait pas voulu se rĂ©signer encore aux lunettes ni aux pince-nez, et pour qu’il pĂ»t lire, certaines conditions d’éclairage lui Ă©taient nĂ©cessaires, qu’il ne trouvait pas dans son lit drapĂ© de rideaux de satin rouge.
– Lis toi-mĂȘme, dit-il en rendant la dĂ©pĂȘche Ă  Philippe.
« PrĂ©venez mon oncle que j’ai besoin de le voir aujourd’hui et que je le prie de venir Ă  Chambrais. S’il est dĂ©jĂ  sorti au reçu de cette dĂ©pĂȘche, portez-la lui. Une voiture l’attendra Ă  la gare Ă  partir de deux heures. »
– Que me lis-tu là ?
– Rien que ce qui est sur la dĂ©pĂȘche.
Le comte sauta Ă  bas du lit et courut Ă  la fenĂȘtre oĂč il trouverait l’éclairage qu’il lui fallait.
Mais s’il n’avait rien compris Ă  la dĂ©pĂȘche quand Philippe la lui avait lue, elle ne fut guĂšre moins obscure quand il la lut lui-mĂȘme.
Que se passait-il donc Ă  Chambrais pour qu’elle l’appelĂąt ainsi en toute hĂąte ? Il n’y avait pas Ă  hĂ©siter : il fallait partir.
– Commande-moi deux Ɠufs et une tasse de thĂ©, dit-il.
Puis quand le valet de chambre fut sorti, il commença à s’habiller.
– Et je m’imaginais que l’émancipation me rendrait ma liberté ! s’écria-t-il tout Ă  coup.
PrĂ©cisĂ©ment, toutes sortes d’affaires exigeaient que ce jour-lĂ  il fĂ»t libre.
À deux heures et demie, il avait un rendez-vous au Tattersall pour aider un de ses amis Ă  choisir un cheval ; Ă  quatre heures, il prĂ©sidait une sĂ©ance d’escrime ; Ă  sept heures, il dĂźnait au cabaret avec une petite femme charmante qui vingt fois avait refusĂ© son invitation et capitulait enfin.
VoilĂ  qu’il fallait changer tout cela, et ce qui l’ennuyait le plus au monde, Ă©crire un tas de lettres pour s’excuser : la visite au Tattersall, la sĂ©ance d’escrime, passe encore, mais le dĂźner ! elle pourrait trĂšs bien se fĂącher, la petite femme charmante, alors c’était une occasion perdue qui ne se retrouverait pas.
À la hĂąte il Ă©crivit ses lettres, Ă  la hĂąte aussi il avala son dĂ©jeuner, et Ă  trois heures il descendait de voiture devant le perron du chĂąteau oĂč Ghislaine l’attendait, seule.
En la regardant il fut surpris de l’étrangetĂ© de son attitude, comme en Ă©coutant les quelques paroles qu’elle lui adressa, il le fut des sons rauques de sa voix tremblante.
– Se serait-il passĂ© quelque chose de plus grave que ce qu’il avait imaginé ?
Ce fut ce qu’il se demanda en la suivant dans son appartement. AussitĂŽt qu’ils furent entrĂ©s dans le petit salon qui prĂ©cĂ©dait la chambre de Ghislaine, elle ferma la porte avec un soin qu’il ne put pas ne pas remarquer ; de mĂȘme il remarqua aussi que, malgrĂ© la chaleur, les fenĂȘtres donnant sur le Nord Ă©taient closes. Il chercha les yeux de sa niĂšce pour l’interroger, mais il ne les rencontra pas.
– Eh bien ! mon enfant, que se passe-t-il ? demanda-t-il à mi-voix d’un ton affectueux et encourageant.
Elle ne répondit pas.
– Tu as besoin de moi, me voilà, tout à ta disposition.
Elle se cacha le visage entre ses deux mains et, d’une voix brisĂ©e, Ă  peine perceptible, elle murmura :
– La chose la plus infñme, la plus monstrueuse...
L’émotion lui coupa la parole, et ce ne furent que des sons inintelligibles pour M. de Chambrais qu’elle prononça ; puis, brusquement, elle s’arrĂȘta et fondit en larmes.
Il comprit que ce qu’il avait imaginĂ© Ă©tait Ă  cĂŽtĂ© de la vĂ©ritĂ©, terrible Ă  coup sĂ»r, mais sans pouvoir la deviner, sans oser mĂȘme l’envisager hardiment.
Pourtant, il fallait venir en aide à la pauvre enfant, et par de bonnes paroles la pousser, la forcer :
– Ma chĂšre enfant, ma petite fille, si tu avais encore ton pĂšre, ce qui t’oppresse, tu le lui confierais, n’est-ce pas ? Il est vrai que je n’ai pas Ă©tĂ© tout Ă  fait un pĂšre pour toi, mais je t’assure que j’en ai l’affection, la tendresse, l’indulgence. – Parle-moi donc comme s’il t’écoutait.
Il s’était approchĂ© d’elle et l’avait prise dans ses bras ; elle s’appuya contre lui, la tĂȘte basse, et il sentit qu’un tremblement la secouait.
Il attendit un moment, car s’il fallait l’encourager, c’était sans la brusquer.
– Je n’ose pas, murmura-t-elle, je ne peux pas.
Puis, baissant encore la voix :
– Vous souvenez-vous de ce que vous m’avez dit Ă  propos de mon goĂ»t pour la musique...
Un éclair le frappa :
– NicĂ©tas, s’écria-t-il.
– Oui.
Tous deux en mĂȘme temps s’arrĂȘtĂšrent, et un silence s’établit. M. de Chambrais se refusait Ă  aller jusqu’oĂč ce qu’il voyait du dĂ©sespoir de Ghislaine le poussait ; et Ghislaine hĂ©sitait, reculait devant ce qu’il lui restait Ă  dire.
Il sentit qu’il devait l’aider et lui tendre une main qui l’entraĂźnĂąt et la soutĂźnt en mĂȘme temps.
– Tu vois que j’avais raison de me dĂ©fier de ce NicĂ©tas et de te recommander la rĂ©serve avec lui.
– Croyez, mon oncle, que je me suis toujours enfermĂ©e dans cette rĂ©serve.
Ce fut un soulagement pour M. de Chambrais ; il avait foi dans la parole de Ghislaine, et ce qu’elle disait, il savait qu’il pouvait le croire ; si elle ne s’était pas laissĂ© prendre aux regards passionnĂ©s de ce musicien, rien de bien grave n’était Ă  craindre, semblait-il. Sans doute, il s’agissait de quelque dĂ©claration ridicule dont elle s’était exagĂ©rĂ© la portĂ©e ; il n’y avait qu’à congĂ©dier le drĂŽle, et cela serait facile.
– Alors, parle, tu comprends qu’il faut tout me dire, si pĂ©nible que cela puisse ĂȘtre.
– Comment ?
– Tu n’avais donc jamais encouragĂ© NicĂ©tas ?
– Oh ! jamais.
– Cependant ?
– Je n’avais mĂȘme jamais admis la pensĂ©e qu’il pĂ»t prendre mon attitude avec lui pour un encouragement : Ă  la vĂ©ritĂ©, il Ă©tait quelquefois Ă©trange, souvent il me regardait d’une façon gĂȘnante, il tenait des discours incohĂ©rents, mais je m’expliquais tout cela par la bizarrerie de son caractĂšre. Comment supposer...
– Évidemment.
– Les choses en Ă©taient lĂ , et je me proposais mĂȘme d’observer avec lui une plus grande rĂ©serve encore, comme vous me l’aviez recommandĂ©, quand vendredi lady Cappadoce l’a retenu Ă  dĂźner...
– Et pourquoi ?
– Il y avait eu de l’orage ; elle craignait qu’il ne fĂ»t mouillĂ© en retournant Ă  la gare ; enfin elle a pour lui, vous le savez, beaucoup de sympathie. Pendant le dĂźner il s’était montrĂ© ce que je l’avais toujours vu, ni plus ni moins Ă©trange. En nous levant de table, lady Cappadoce et moi, nous fĂźmes une promenade dans le parc, la pluie ayant cessĂ©, et... lui partit pour la station ; au moins je crus qu’il partait. Mais en rentrant aprĂšs notre promenade, je le trouvai dans ma chambre ; sans doute il Ă©tait entrĂ© par une fenĂȘtre ouverte et il s’était cachĂ© derriĂšre un rideau d’oĂč il sortit quand je fus seule. Mon premier mouvement fut de me jeter sur la sonnette, mais il s’était placĂ© entre elle et moi. Je pensai aussi Ă  appeler, Ă  crier, mais la peur du scandale me retint, la honte d’avoir Ă  rougir devant les domestiques ; et avant d’en venir lĂ  je voulus essayer de me dĂ©fendre seule.
– Bien, ma fille.
– Dois-je vous rĂ©pĂ©ter ce qu’il me dit ?
– Non, seulement ce qui est indispensable que je sache.
– Il commença par me dire qu’il fallait qu’il me parlĂąt, qu’il y allait de sa vie ; je lui rĂ©pondis que je n’avais rien Ă  entendre ; que je l’écouterais le lendemain, qu’il devait partir ; mais il ne partit point et alors il se jeta Ă  genoux...
– Je comprends, passe.
– Je voulus sortir moi-mĂȘme, il se plaça devant la porte. Je recommençai Ă  le presser de partir, et il rĂ©pondit qu’il m’obĂ©irait si je voulais prendre l’engagement que je serais pour lui aprĂšs cet aveu ce que j’étais avant. Je refusai, et comme il s’obstinait Ă  rester, Ă  parler, je le menaçai d’appeler Ă  l’aide. À mon accent, il comprit que j’étais dĂ©cidĂ©e Ă  tout, plutĂŽt qu’à supporter ses outrages une minute de plus ; il enjamba la fenĂȘtre, en me priant de me souvenir qu’il m’avait obĂ©i.
– Et depuis ?
– Il m’était impossible de le retrouver en face de moi ; sans confesser la vĂ©ritĂ© Ă  lady Cappadoce, je la priai de lui Ă©crire pour le prĂ©venir que les leçons Ă©taient interrompues : puis pour ne pas ĂȘtre exposĂ©e Ă  ce qu’il revĂźnt dans ma chambre comme la premiĂšre fois, je recommandai qu’on tĂźnt toutes les fenĂȘtres de mon appartement fermĂ©es, avant le dĂźner ; je me croyais en sĂ»retĂ©. Hier soir...
Elle s’arrĂȘta, et sa voix qui s’était raffermie s’altĂ©ra au point d’ĂȘtre Ă  peine intelligible.
– Hier soir je rentrai chez moi, accompagnĂ©e de Jeanne ; toutes les fenĂȘtres Ă©taient fermĂ©es, et rien ne se prĂ©sentait d’inquiĂ©tant. RassurĂ©e, je permis Ă  Jeanne d’aller passer une heure chez sa mĂšre, mais en lui ordonnant de fermer la porte de sa chambre et d’en emporter la clef : la mienne Ă©tait verrouillĂ©e. Au bout d’un certain temps, je passai dans le cabinet de toilette, et au moment oĂč je posai ma bougie sur la console...
– Il Ă©tait là !
– Il me saisit dans son bras et me ferma la bouche d’une main. Je voulus appeler, me dĂ©battre, me dĂ©gager, la force ma manqua. Quand je revins Ă  moi, il n’était plus là ; une fenĂȘtre de ma chambre Ă©tait entrouverte.

II

Elle s’était enfoncĂ© la tĂȘte dans la poitrine de son oncle, Ă©plorĂ©e, haletante, et lui la tenait sans trouver un mot Ă  dire, bouleversĂ© par la douleur et aussi frĂ©missant d’indignation.
– Ma pauvre enfant, murmurait-il, ma pauvre enfant !
Puis s’interrompant dans sa te...

Table of contents

  1. Pages de titre
  2. PremiĂšre partie
  3. I
  4. II
  5. III
  6. IV
  7. V
  8. VI
  9. VII
  10. VIII
  11. IX
  12. DeuxiĂšme partie
  13. I - 1
  14. II - 1
  15. III - 1
  16. IV - 1
  17. V - 1
  18. VI - 1
  19. VII - 1
  20. VIII - 1
  21. IX - 1
  22. X
  23. TroisiĂšme partie
  24. I - 2
  25. II - 2
  26. III - 2
  27. IV - 2
  28. V - 2
  29. VI - 2
  30. VII - 2
  31. VIII - 2
  32. IX - 2
  33. X - 1
  34. QuatriĂšme partie
  35. I - 3
  36. II - 3
  37. III - 3
  38. IV - 3
  39. V - 3
  40. VI - 3
  41. VII - 3
  42. VIII - 3
  43. IX - 3
  44. X - 2
  45. XI
  46. XII
  47. XIII
  48. XIV
  49. XV
  50. Page de copyright

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