Bel-Ami
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"Bel-Ami" est un roman réaliste de Guy de Maupassant (1850-1893), dont l'action se déroule à Paris au xixe siècle, publié en 1885 sous forme de feuilleton dans Gil Blas.
Le roman retrace l’ascension sociale de Georges Du Roy de Cantel (ou Georges Duroy), homme ambitieux et séducteur sans scrupule (arriviste - opportuniste), employé au bureau des chemins de fer du Nord, parvenu au sommet de la pyramide sociale parisienne grâce à ses maîtresses et à la collusion entre la finance, la presse et la politique. Henry-René-Albert-Guy de Maupassant est un écrivain français né le 5 août 1850 au château de Miromesnil à Tourville-sur-Arques1 (Seine-Inférieure) et mort le 6 juillet 1893 à Paris.

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Information

Publisher
Passerino
Year
2015
eBook ISBN
9788899617790

​Chapitre 1

Quand la caissiĂšre lui eut rendu la monnaie de sa piĂšce de cent sous, Georges Duroy sortit du restaurant.
Comme il portait beau par nature et par pose d'ancien sous-officier, il cambra sa taille, frisa sa moustache d'un geste militaire et familier, et jeta sur les dßneurs attardés un regard rapide et circulaire, un de ces regards de joli garçon, qui s'étendent comme des coups d'épervier.
Les femmes avaient levĂ© la tĂȘte vers lui, trois petites ouvriĂšres, une maĂźtresse de musique entre deux Ăąges, mal peignĂ©e, nĂ©gligĂ©e, coiffĂ©e d'un chapeau toujours poussiĂ©reux et vĂȘtue toujours d'une robe de travers, et deux bourgeoises avec leurs maris, habituĂ©es de cette gargote Ă  prix fixe.
Lorsqu'il fut sur le trottoir, il demeura un instant immobile, se demandant ce qu'il allait faire. On était au 28 juin, et il lui restait juste en poche trois francs quarante pour finir le mois. Cela représentait deux dßners sans déjeuners, ou deux déjeuners sans dßners, au choix. Il réfléchit que les repas du matin étant de vingt-deux sous, au lieu de trente que coûtaient ceux du soir, il lui resterait, en se contentant des déjeuners, un franc vingt centimes de boni, ce qui représentait encore deux collations au pain et au saucisson, plus deux bocks sur le boulevard. C'était là sa grande dépense et son grand plaisir des nuits; et il se mit à descendre la rue Notre-Dame-de-Lorette.
Il marchait ainsi qu'au temps oĂč il portait l'uniforme des hussards, la poitrine bombĂ©e, les jambes un peu entrouvertes comme s'il venait de descendre de cheval; et il avançait brutalement dans la rue pleine de monde, heurtant les Ă©paules, poussant les gens pour ne point se dĂ©ranger de sa route. Il inclinait lĂ©gĂšrement sur l'oreille son chapeau Ă  haute forme assez dĂ©fraĂźchi, et battait le pavĂ© de son talon. Il avait l'air de toujours dĂ©fier quelqu'un, les passants, les maisons, la ville entiĂšre, par chic de beau soldat tombĂ© dans le civil.
Quoique habillé d'un complet de soixante francs, il gardait une certaine élégance tapageuse, un peu commune, réelle cependant. Grand, bien fait, blond, d'un blond chùtain vaguement roussi, avec une moustache retroussée, qui semblait mousser sur sa lÚvre, des yeux bleus, clairs, troués d'une pupille toute petite, des cheveux frisés naturellement, séparés par une raie au milieu du crùne, il ressemblait bien au mauvais sujet des romans populaires.
C'Ă©tait une de ces soirĂ©es d'Ă©tĂ© oĂč l'air manque dans Paris. La ville, chaude comme une Ă©tuve, paraissait suer dans la nuit Ă©touffante. Les Ă©gouts soufflaient par leurs bouches de granit leurs haleines empestĂ©es, et les cuisines souterraines jetaient Ă  la rue, par leurs fenĂȘtres basses, les miasmes infĂąmes des eaux de vaisselle et des vieilles sauces.
Les concierges, en manches de chemise, à cheval sur des chaises en paille, fumaient la pipe sous des portes cochÚres, et les passants allaient d'un pas accablé, le front nu, le chapeau à la main.
Quand Georges Duroy parvint au boulevard, il s'arrĂȘta encore, indĂ©cis sur ce qu'il allait faire. Il avait envie maintenant de gagner les Champs-ÉlysĂ©es et l'avenue du bois de Boulogne pour trouver un peu d'air frais sous les arbres; mais un dĂ©sir aussi le travaillait, celui d'une rencontre amoureuse.
Comment se présenterait-elle? Il n'en savait rien, mais il l'attendait depuis trois mois, tous les jours, tous les soirs. Quelquefois cependant, grùce à sa belle mine et à sa tournure galante, il volait, par-ci, par-là, un peu d'amour, mais il espérait toujours plus et mieux.
La poche vide et le sang bouillant, il s'allumait au contact des rÎdeuses qui murmurent, à l'angle des rues: "Venez-vous chez moi, joli garçon?"mais il n'osait les suivre, ne les pouvant payer; et il attendait aussi autre chose, d'autres baisers, moins vulgaires.
Il aimait cependant les lieux oĂč grouillent les filles publiques, leurs bals, leurs cafĂ©s, leurs rues; il aimait les coudoyer, leur parler, les tutoyer, flairer leurs parfums violents, se sentir prĂšs d'elles. C'Ă©taient des femmes enfin, des femmes d'amour. Il ne les mĂ©prisait point du mĂ©pris innĂ© des hommes de famille.
Il tourna vers la Madeleine et suivit le flot de foule qui coulait accablé par la chaleur. Les grands cafés, pleins de monde, débordaient sur le trottoir, étalant leur public de buveurs sous la lumiÚre éclatante et crue de leur devanture illuminée. Devant eux, sur de petites tables carrées ou rondes, les verres contenaient des liquides rouges, jaunes, verts, bruns, de toutes les nuances; et dans l'intérieur des carafes on voyait briller les gros cylindres transparents de glace qui refroidissaient la belle eau claire.
Duroy avait ralenti sa marche, et l'envie de boire lui séchait la gorge.
Une soif chaude, une soif de soir d'été le tenait, et il pensait à la sensation délicieuse des boissons froides coulant dans la bouche. Mais s'il buvait seulement deux bocks dans la soirée, adieu le maigre souper du lendemain, et il les connaissait trop, les heures affamées de la fin du mois.
Il se dit: "Il faut que je gagne dix heures et je prendrai mon bock Ă  l'AmĂ©ricain. Nom d'un chien! que j'ai soif tout de mĂȘme!" Et il regardait tous ces hommes attablĂ©s et buvant, tous ces hommes qui pouvaient se dĂ©saltĂ©rer tant qu'il leur plaisait. Il allait, passant devant les cafĂ©s d'un air crĂąne et gaillard, et il jugeait d'un coup d'oeil, Ă  la mine, Ă  l'habit, ce que chaque consommateur devait porter d'argent sur lui. Et une colĂšre l'envahissait contre ces gens assis et tranquilles. En fouillant leurs poches, on trouverait de l'or, de la monnaie blanche et des sous. En moyenne, chacun devait avoir au moins deux louis; ils Ă©taient bien une centaine au cafĂ©; cent fois deux louis font quatre mille francs! Il murmurait: "Les cochons!" tout en se dandinant avec grĂące. S'il avait pu en tenir un au coin d'une rue, dans l'ombre bien noire, il lui aurait tordu le cou, ma foi, sans scrupule, comme il faisait aux volailles des paysans, aux jours de grandes manoeuvres.
Et il se rappelait ses deux années d'Afrique, la façon dont il rançonnait les Arabes dans les petits postes du Sud. Et un sourire cruel et gai passa sur ses lÚvres au souvenir d'une escapade qui avait coûté la vie à trois hommes de la tribu des Ouled-Alane et qui leur avait valu, à ses camarades et à lui, vingt poules, deux moutons et de l'or, et de quoi rire pendant six mois.
On n'avait jamais trouvé les coupables, qu'on n'avait guÚre cherché d'ailleurs, l'Arabe étant un peu considéré comme la proie naturelle du soldat.
A Paris, c'Ă©tait autre chose. On ne pouvait pas marauder gentiment, sabre au cĂŽtĂ© et revolver au poing, loin de la justice civile, en libertĂ©, il se sentait au coeur tous les instincts du sous-off lĂąchĂ© en pays conquis. Certes il les regrettait, ses deux annĂ©es de dĂ©sert. Quel dommage de n'ĂȘtre pas restĂ© lĂ -bas! Mais voilĂ , il avait espĂ©rĂ© mieux en revenant. Et maintenant!
 Ah! oui, c'Ă©tait du propre, maintenant!
Il faisait aller sa langue dans sa bouche, avec un petit claquement, comme pour constater la sécheresse de son palais.
La foule glissait autour de lui, exténuée et lente, et il pensait toujours: "Tas de brutes! tous ces imbéciles-là ont des sous dans le gilet." Il bousculait les gens de l'épaule, et sifflotait des airs joyeux. Des messieurs heurtés se retournaient en grognant; des femmes prononçaient: "En voilà un animal!"
Il passa devant le Vaudeville, et s'arrĂȘta en face du cafĂ© AmĂ©ricain, se demandant s'il n'allait pas prendre son bock, tant la soif le torturait. Avant de se dĂ©cider, il regarda l'heure aux horloges lumineuses, au milieu de la chaussĂ©e. Il Ă©tait neuf heures un quart. Il se connaissait: dĂšs que le verre plein de biĂšre serait devant lui, il l'avalerait. Que ferait-il ensuite jusqu'Ă  onze heures?
Il passa. "J'irai jusqu'Ă  la Madeleine, se dit-il, et je reviendrai tout doucement."
Comme il arrivait au coin de la place de l'OpĂ©ra, il croisa un gros jeune homme, dont il se rappela vaguement avoir vu la tĂȘte quelque part.
Il se mit Ă  le suivre en cherchant dans ses souvenirs, et rĂ©pĂ©tant Ă  mi-voix: "OĂč diable ai-je connu ce particulier-lĂ ?"
Il fouillait dans sa pensĂ©e, sans parvenir Ă  se le rappeler; puis tout d'un coup, par un singulier phĂ©nomĂšne de mĂ©moire, le mĂȘme homme lui apparut moins gros, plus jeune, vĂȘtu d'un uniforme de hussard. Il s'Ă©cria tout haut: "Tiens, Forestier!" et, allongeant le pas, il alla frapper sur l'Ă©paule du marcheur. L'autre se retourna, le regarda, puis dit:
"Qu'est-ce que vous me voulez, monsieur?" Duroy se mit Ă  rire:
"Tu ne me reconnais pas?
- Non.
- Georges Duroy du 6e hussards."
Forestier tendit les deux mains:
"Ah! mon vieux! comment vas-tu?
- TrĂšs bien et toi?
- Oh! moi, pas trop; figure-toi que j'ai une poitrine de papier mùché maintenant; je tousse six mois sur douze, à la suite d'une bronchite que j'ai attrapée à Bougival, l'année de mon retour à Paris, voici quatre ans maintenant.
- Tiens! tu as l'air solide, pourtant."
Et Forestier, prenant le bras de son ancien camarade, lui parla de sa maladie, lui raconta les consultations, les opinions et les conseils des médecins, la difficulté de suivre leurs avis dans sa position. On lui ordonnait de passer l'hiver dans le Midi; mais le pouvait-il? Il était marié et journaliste, dans une belle situation.
"Je dirige la politique à La Vie Française. Je fais le Sénat au Salut, et, de temps en temps, des chroniques littéraires pour La PlanÚte. Voilà, j'ai fait mon chemin."
Duroy, surpris, le regardait. Il était bien changé, bien mûri. Il avait maintenant une allure, une tenue, un costume d'homme posé, sûr de lui, et un ventre d'homme qui dßne bien. Autrefois il était maigre, mince et souple, étourdi, casseur d'assiettes, tapageur et toujours en train. En trois ans Paris en avait fait quelqu'un de tout autre, de gros et de sérieux, avec quelques cheveux blancs sur les tempes, bien qu'il n'eût pas plus de vingt-sept ans.
Forestier demanda:
"OĂč vas-tu?"
Duroy répondit:
"Nulle part, je fais un tour avant de rentrer.
- Eh bien, veux-tu m'accompagner Ă  La Vie Française, oĂč j'ai des Ă©preuves Ă  corriger; puis nous irons prendre un bock ensemble.
- Je te suis."
Et ils se mirent à marcher en se tenant par le bras avec cette familiarité facile qui subsiste entre compagnons d'école et entre camarades de régiment.
"Qu'est-ce que tu fais Ă  Paris?" dit Forestier.
Duroy haussa les épaules:
"Je crÚve de faim, tout simplement. Une fois mon temps fini, j'ai voulu venir ici pour
 pour faire fortune ou plutÎt pour vivre à Paris; et voilà six mois que je suis employé aux bureaux du chemin de fer du Nord, à quinze cents francs par an, rien de plus."
Forestier murmura:
"Bigre, ça n'est pas gras.
- Je te crois. Mais comment veux-tu que je m'en tire? Je suis seul, je ne connais personne, je ne peux me recommander à personne. Ce n'est pas la bonne volonté qui me manque, mais les moyens."
Son camarade le regarda des pieds Ă  la tĂȘte, en homme pratique, qui juge un sujet, puis il prononça d'un ton convaincu:
"Vois-tu, mon petit, tout dépend de l'aplomb, ici. Un homme un peu malin devient plus facilement ministre que chef de bureau. Il faut s'imposer et non pas demander. Mais comment diable n'as-tu pas trouvé mieux qu'une place d'employé au Nord?"
Duroy reprit:
"J'ai cherché partout, je n'ai rien découvert. Mais j'ai quelque chose en vue en ce moment, on m'offre d'entrer comme écuyer au manÚge Pellerin. Là, j'aurai, au bas mot, trois mille francs."
Forestier s'arrĂȘta net!
"Ne fais pas ça, c'est stupide, quand tu devrais gagner dix mille francs. Tu te fermes l'avenir du coup. Dans ton bureau, au moins, tu es cachĂ©, personne ne te connaĂźt, tu peux en sortir, si tu es fort, et faire ton chemin. Mais une fois Ă©cuyer, c'est fini. C'est comme si tu Ă©tais maĂźtre d'hĂŽtel dans une maison oĂč tout Paris va dĂźner. Quand tu auras donnĂ© des leçons d'Ă©quitation aux hommes du monde ou Ă  leurs fils, ils ne pourront plus s'accoutumer Ă  te considĂ©rer comme leur Ă©gal."
Il se tut, réfléchit quelques secondes, puis demanda:
"Es-tu bachelier?
- Non. J'ai échoué deux fois.
- Ça ne fait rien, du moment que tu as poussĂ© tes Ă©tudes jusqu'au bout. Si on parle de CicĂ©ron ou de TibĂšre, tu sais Ă  peu prĂšs ce que c'est?
- Oui, Ă  peu prĂšs.
- Bon, personne n'en sait davantage, Ă  l'exception d'une vingtaine d'imbĂ©ciles qui ne sont pas fichus de se tirer d'affaire. Ça n'est pas difficile de passer pour fort, va; le tout est de ne pas se faire pincer en flagrant dĂ©lit d'ignorance. On manoeuvre, on esquive la difficultĂ©, on tourne l'obstacle, et on colle les autres au moyen d'un dictionnaire. Tous les hommes sont bĂȘtes comme des oies et ignorants comme des carpes."
Il parlait en gaillard tranquille qui connaĂźt la vie, et il souriait en regardant passer la foule. Mais tout d'un coup il se mit Ă  tousser, et s'arrĂȘta pour laisser finir la quinte, puis, d'un ton dĂ©couragĂ©:
"N'est-ce pas assommant de ne pouvoir se débarrasser de cette bronchite? Et nous sommes en plein été. Oh! cet hiver, j'irai me guérir à Menton. Tant pis, ma foi, la santé avant tout. "
Ils arrivĂšrent au boulevard PoissonniĂšre, devant une grande porte vitrĂ©e, derriĂšre laquelle un journal ouvert Ă©tait collĂ© sur les deux faces. Trois personnes arrĂȘtĂ©es le lisaient.
Au-dessus de la porte s'étalait, comme un appel, en grandes lettres de feu dessinées par des flammes de gaz: La Vie Française. Et les promeneurs passant brusquement dans la clarté que jetaient ces trois mots éclatants apparaissaient tout à coup en pleine lumiÚre, visibles, clairs et nets comme au milieu du jour, puis rentraient aussitÎt dans l'ombre.
Forestier poussa cette porte: "Entre", dit-il. Duroy entra, monta un escalier luxueux et sale que toute la rue voyait, parvint dans une antichambre, dont les deux garçons de bureau saluĂšrent son camarade, puis s'arrĂȘta dans une sorte de salon d'attente, poussiĂ©reux et fripĂ©, tendu de faux velours d'un vert pisseux, criblĂ© de taches et rongĂ© par endroits, comme si des souris l'eussent grignotĂ©.
"Assieds-toi, dit Forestier, je reviens dans cinq minutes."
Et il disparut par une des trois sorties qui donnaient dans ce cabinet.
Une odeur étrange, particuliÚre, inexprimable, l'odeur des salles de rédaction, flottait dans ce lieu. Duroy demeurait immobile, un peu intimidé, surpris surtout. De temps en temps des hommes passaient devant lui, en courant, entrés par une porte et partis par l'autre avant qu'il eût le temps de les regarder.
C'Ă©taient tantĂŽt des jeunes gens, trĂšs jeunes, l'air affairĂ©, et tenant Ă  la main une feuille de papier qui palpitait au vent de leur course; tantĂŽt des ouvriers compositeurs, dont la blouse de toile tachĂ©e d'encre laissait voir un col de chemise bien blanc et un pantalon de drap pareil Ă  celui des gens du monde; et ils portaient avec prĂ©caution des bandes de papier imprimĂ©, des Ă©preuves fraĂźches, tout humides. Quelquefois un petit monsieur entrait, vĂȘtu avec une Ă©lĂ©gance trop apparente, la taille trop serrĂ©e dans la redingote, la jambe trop moulĂ©e sous l'Ă©toffe, le pied Ă©treint dans un soulier trop pointu, quelque reporter mondain apportant les Ă©chos de la soirĂ©e.
D'autres encore arrivaient, graves, importants, coiffés de hauts chapeaux à bords plats, comme si cette forme les eût distingués du reste des hommes.
Forestier reparut tenant par le bras un grand garçon maigre, de trente à quarante ans, en habit noir et en cravate blanche, trÚs brun, la moustache roulée en pointes aiguës, et qui avait l'air insolent et content de lui.
Forestier lui dit:
"Adieu, cher maĂźtre."
L'autre lui serra la main:
"Au revoir, mon cher", et il descendit l'escalier en sifflotant, la canne sous le bras.
Duroy demanda:
"Qui est-ce?
- C'est Jacques Rival, tu sais, le fameux chroniqueur, le duelliste. Il vient de corriger ses épreuves. Garin, Montel et lui sont les trois premiers chroniqueurs d'esprit et d'actualité que nous ayons à Paris. Il gagne ici trente mille francs par an pour deux articles par semaine."
Et comme ils s'en allaient, ils rencontrĂšrent un petit homme Ă  longs cheveux, gros, d'aspect malpropre, qui montait les marches en soufflant.
Forestier salua trĂšs bas.
"Norbert de Varenne, dit-il, le poÚte, l'auteur des Soleils morts, encore un homme dans les grands prix. Chaque conte qu'il nous donne coûte trois cents francs, et les plus longs n'ont pas deux cents lignes. Mais entrons au Napolitain, je commence à crever de soif."
DÚs qu'ils furent assis devant la table du café, Forestier cria: " Deux bocks!" et il avala le sien d'un seul trait, tandis que Duroy buvait la biÚre à lentes gorgées, la savourant et la dégustant, comme une chose précieuse et rare.
Son compagnon se taisait, semblait réfléchir, puis tout à coup:
"Pourquoi n'essaierais-tu pas du journalisme?"
L'autre, surpris, le regarda; puis il dit:
"Mais
 c'est que
 je n'ai jamais rien...

Table of contents

  1. Couverture
  2. Bel-Ami
  3. Table des matiĂšres
  4. ​Chapitre 1
  5. ​Chapitre 2
  6. ​Chapitre 3
  7. ​Chapitre 4
  8. ​Chapitre 5
  9. Chapitre 6
  10. ​Chapitre 7
  11. ​Chapitre 8
  12. Partie 2
  13. ​Chapitre 1
  14. ​Chapitre 2
  15. ​Chapitre 3
  16. ​Chapitre 4
  17. ​Chapitre 5
  18. ​Chapitre 6
  19. ​Chapitre 7
  20. ​Chapitre 8
  21. Chapitre 9
  22. ​Chapitre 10
  23. Crédits

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