La Gavotte
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La Gavotte

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La Gavotte

About this book

Histoire parallÚle entre un résistant et un officier allemand pendant, et surtout, aprÚs la deuxiÚme guerre mondiale.Dans son cinquiÚme ouvrage, Rémy COCHET rend hommage à ces hommes et ces femmes qui, en dépassant la haine de l'autre, ont oeuvré pour la paix.

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Information

Year
2021
Print ISBN
9782322230433
Edition
1
eBook ISBN
9782322218622
Subtopic
Poetry

Affectation

Le dĂ©but de l’annĂ©e 1943 confirme le virage amorcĂ© l’annĂ©e prĂ©cĂ©dente par quelques revers de la Wehrmacht. Dans la tĂȘte de Kurt, sur ce quai nimbĂ© de gris, Ă  Fribourg, il y a aussi un virage. Le vent du dĂ©sert a tournĂ© pour laisser souffler un vent glacial venu des Balkans. Ce souffle puissant emporte les derniĂšres illusions du soldat. La victoire finale sert les causes justes. Le nain guerrier harangue, gesticule, vitupĂšre, rien n’y fait, le Reich s’enlise. Certains officiers de haut rang fomentent des projets d’attentats. Mulhouse, Besançon, Dole, des paysages tristes dĂ©filent sous les yeux du soldat qui, pour la troisiĂšme fois, relit sa convocation. L’aviation ! Il s’attendait Ă  tout sauf Ă  ça. Que l’administration civile ou militaire, prenne des chemins sinueux, voire tordus, il le conçoit, mais Ă  ce point

Claquement de talons, salut hitlĂ©rien, le jeune soldat retrouve tout cela sans enthousiasme. "Quel cirque !" se dit-il en lui-mĂȘme. Il y a dans tous les pays du monde des rats de bureau qui manipulent des dossiers oĂč, sur quelques pages, est rĂ©sumĂ©e une partie de votre vie, voire votre existence entiĂšre. Le Colonel qui le reçoit a dĂ» ĂȘtre aimable dans une autre vie. Kurt, debout depuis une vingtaine de minutes, lui fait face. Le gradĂ© toussote et tripote quelques feuillets. La douleur Ă  la cheville le tiraille, Kurt grimace. Le colonel n’attendait que cela. Sans se prĂ©senter, il entre dans le vif du sujet.
- Ah, elle est belle notre armĂ©e, on nous envoie des Ă©clopĂ©s. Deux blessures en deux mois, et l’on vous dĂ©clare bon pour le service.
Il vrille son index sur une des pages de son rapport, comme pour dire "Voyez, c’est marquĂ© lĂ  ! ". Kurt se dit, en lui-mĂȘme, "Si cet homme me juge inapte, il n’a qu’à me laisser tranquille". Le visage fermĂ© du fonctionnaire n’encourage pas ce type de confidence, et encore moins la plaisanterie.
- Vos Ă©tats de service sont bons. Vous Ă©tiez pressenti pour le grade de capitaine, mais ici, nous pensons que votre grade de lieutenant suffira pour commander un dĂ©tachement d’une douzaine d’hommes. Six auto-mitrailleuses, vous et vos hommes, serez cantonnĂ©s au lieu-dit La Gavotte, au nord de Dole, pour une surveillance Ă©largie des moyens d’accĂšs Ă  la base. Votre rĂŽle consistera Ă  faire des patrouilles sur les axes sensibles. Hormis des rapports rĂ©guliers, vous avez carte blanche.
Une telle tirade sans respiration, cela force l’admiration. Quelque part, le jeune soldat se sent soulagĂ©. Ce rĂŽle secondaire lui convient parfaitement. Il fera son devoir, certes, mais sans excĂšs de zĂšle. Dieu soit louĂ©, adieu les attaques en premiĂšre ligne ! Il faut laisser cela aux jeunes loups fanatiques. Le colonel poursuit :
- Une aile complĂšte des bĂątiments vous sera rĂ©servĂ©e. Pour l’intendance, nĂ©gociez avec les autochtones, des crĂ©dits vous seront allouĂ©s. Vous avez deux jours pour vous familiariser avec vos hommes et le matĂ©riel.
Toujours aussi froid, il daigne enfin se prĂ©senter. Cependant, pas un mot sur sa dĂ©coration qui, cependant, doit bien figurer dans ce fichu dossier. Un rictus, censĂ© ĂȘtre de la condescendance, clĂŽt l’entretien.
A La Gavotte, depuis l’épisode de la casserole volante, des deux femmes s’ignorent poliment.
Clovis se permet une remarque :
- Cette petite a du cran. Roger, avec qui elle passe le plus clair de son temps, m’a racontĂ© son histoire.
- Et Emile, qui en crĂšve de jalousie, tu en fais quoi ?
- Aprùs tout, il n’avait pas à l’amener ici. Il est entiùrement responsable de ses conneries.
Entre la rivalitĂ© des deux femmes, celle des deux frĂšres et la venue imminente des Allemands, Clovis s’avoue dĂ©passĂ© par les Ă©vĂ©nements. Il met la pression sur un Emile dĂ©semparĂ© qui a perdu toute assurance. Avec Jacques, tout Ă©tait facile, mais lui, Emile, ne doit sa prĂ©sence ici qu’à un enchaĂźnement heureux de circonstances. Seul dans la nature avec sa protĂ©gĂ©e, ils auraient dĂ©jĂ  Ă©tĂ© arrĂȘtĂ©s. Il y a bien Faustin qui aurait pu l’aider, mais lui, il est de l’autre cĂŽtĂ© de la frontiĂšre. C’est ici-mĂȘme qu’il a besoin de contacts. Le mode opĂ©ratoire du passage de Louise en Suisse Ă©tait en tous points semblable au plan qui avait si bien rĂ©ussi au Professeur Iskanderian. Jamais l’étudiante n’aurait dĂ» transiter par Marnod. Alors pourquoi ce changement ? Crainte justifiĂ©e d’une arrestation au dĂ©part de Paris ou acte dĂ©libĂ©rĂ© du rĂ©sistant pour attirer Louise dans la nasse de La Gavotte ?
La petite Ă©tincelle qui anime les projets et les propulse au firmament, il ne l’a plus. La seule chance avec Louise, il l’a gĂąchĂ©e par son comportement stupide. Avec Lucie, la vie Ă©tait plus simple. Et s’il faisait amende honorable pour tenter de reconquĂ©rir Louise ? AprĂšs tout, n’ont-ils pas partagĂ© des moments intenses ? Elle est peut-ĂȘtre lĂ , la lueur d’espoir qui va l’aider Ă  supporter ce qu’il a fui. PassĂ©es, la surprise et la peur des premiers jours, la nature gĂ©nĂ©reuse d’Emeline a repris possession de cette Ăąme noble. Elle Ă©prouve alors de la compassion, de la pitiĂ©, pour cette fille surgie de l’aube.
EusĂšbe sort de chez Jules, Ă  qui il a remis sa maigre pension. Les gens du village, loin d’ĂȘtre dupes, connaissent maintenant les coupables activitĂ©s de Robert. Cela explique que le poilu soit passĂ© de peu Ă  plus de visites du tout. Seul le facteur boit la rituelle mirabelle et aujourd’hui, pour combattre le froid, il a quelque peu forcĂ© la dose. Les verres lilliputiens se sont succĂ©dĂ©s, Ă  la hauteur du dĂ©sespoir du pĂšre Mercier. AprĂšs la descente du liquide, il faut affronter l’autre, la vraie, celle qui mĂšne en contrebas de ce village tout en creux et en bosses. Le fonctionnaire maĂźtrise mal sa lourde sacoche, les freins et surtout le guidon du vĂ©lo. D’ailleurs, il ne contrĂŽle plus rien et dĂ©vale, en ligne droite, accompagnĂ© d’aboiements de chiens, pour heurter de plein fouet un vĂ©hicule militaire. Le convoi stoppe. Le pauvre homme est en vrac, au milieu de ses lettres Ă©parpillĂ©es sur la chaussĂ©e. La fourche de son vĂ©lo est tordue. Kurt se porte au secours de l’infortunĂ© facteur. Il se penche pour l’aider Ă  se relever. Il comprend mieux Ă  prĂ©sent cet Ă©cart de conduite cycliste. Ce quidam empeste l’alcool.
- Ça va, monsieur ?
- Je
je
boü
te
 aux lettres.
- C’est ça, je vais vous aider Ă  dĂ©gager la route. Pouvez-vous m’indiquer La Gavotte, je vous prie.
- Le gros arbre, lĂ -bas.
C’est tout ce qu’il peut dire. Quelques soldats savourent ce pur moment de la vie rurale française. Dans son Ă©briĂ©tĂ© avancĂ©e, l’employĂ© des postes trouve normal qu’un officier allemand s’adresse Ă  lui en français. Dans la cour de la ferme, Louise et Roger s’occupent de la corvĂ©e de bois. Lui fend, elle charge dans une brouette. La surprise est totale. Louise est la premiĂšre personne questionnĂ©e par Kurt qui lui remet un papier. Les six vĂ©hicules sont alignĂ©s dans un ordre parfait. Les autres membres de la famille sont figĂ©s dans la cuisine. Emile rompt le silence.
- Merde, la seule personne qu’ils n’auraient pas dĂ» voir.
- On a beau s’y attendre, ça surprend.
Clovis sort. Il se dirige vers l’officier. Il regarde Kurt droit dans les yeux.
- Je ne vous souhaite pas la bienvenue, je ne fais qu’exĂ©cuter un ordre.
- Vous ne nous aimez pas, monsieur Berthier-Mourot
- Comment voulez-vous qu’on vous aime, vous dĂ©portez, torturez, tuez nos garçons.
- Moi aussi, j’obĂ©is Ă  des ordres, mais je m’engage Ă  ne pas vous compliquer la vie. Vous nous fournirez certaines denrĂ©es, nous vous les paierons. Montrez-nous nos quartiers, je vous prie.
Clovis a simplement répondu :
- Venez !
A l’époque du grand-pĂšre de Clovis, La Gavotte s’enorgueillissait d’un joli cheptel d’une centaine de montbĂ©liardes. La Grande Guerre avait mis un terme aux appĂ©tits expansionnistes de l’aĂŻeul. Les bĂątiments abritaient alors de nombreux journaliers. Aujourd’hui vouĂ©s Ă  la fonction d’entrepĂŽt, personne ne s’était donnĂ© la peine de les nettoyer.
- Autrefois il y avait un métayer, vous disposerez de son logement.
- Mais c’est un chñteau, monsieur.
- N’exagĂ©rons rien. Bonsoir.
Quelques ordres, cette fois-ci dans la langue de Goethe, les soldats s’activent Ă  nettoyer ce qui va ĂȘtre leur lieu de vie. Clovis retrouve sa tribu. Emeline fait montre d’une certaine impatience.
- Alors ?
- L’officier, c’est de la belle bĂȘte teutonne. Il parle français et est trĂšs courtois. VoilĂ  tout ce que je peux vous dire. Ah si, j’oubliais, il paiera ce que nous lui fournirons.
Emeline, en bonne paysanne, est rassurĂ©e. Elle voit lĂ , en femme pratique, l’occasion d’amĂ©liorer l’ordinaire. Clovis se retourne et observe Louise.
- La campagne vous donne des couleurs. Je vous ai vue tout à l’heure, vous ne rechignez pas à la tñche.
- Je suis d’une famille oĂč on travaille beaucoup. Tout ce que possĂšde mon pĂšre, il l’a acquis Ă  la sueur de son front. Avec maman, nous le secondons de notre mieux.
- Roger m’a racontĂ© votre histoire. Prendre vos repas en compagnie de Bismarck et de Rex n’est pas convenable pour une jeune fille. DorĂ©navant vous les prendrez Ă  cette table.
Le ton employĂ© par Clovis ne souffre pas la rĂ©plique, c’est une premiĂšre pour Emeline et ses fils. La mĂšre hoche la tĂȘte, chez elle c’est une habitude. Emile reste silencieux. Quant Ă  Roger, il lance un clin d’Ɠil Ă  sa nouvelle amie.
- Vous savez Louise, autour de cette table, nous nous exprimons tous librement. C’est Ă©galement valable pour vous.
La jeune fille se racle la gorge, elle est visiblement émue.
- Merci.
- Emile, tu dors avec ton frÚre, Louise récupÚre ta chambre.
A nouveau, Clovis s’adresse à Louise :
- L’Allemand vous a repĂ©rĂ©e. Il est inutile, pour l’instant, d’attirer l’attention par un dĂ©part inexpliquĂ©.
Le paysan sourit.
- Et puis, il reste du bois Ă  rentrer.
Emeline tombe le masque, elle redevient l’épouse attentionnĂ©e. Louise savoure cet instant de bonheur. Une seule ombre au tableau, ses parents

- Depuis la rafle du Vel d’Hiv, je suis inquiùte.
- Tu es en sĂ©curitĂ© ici, enfin relativement, c’est ce que tes parents voulaient, je crois ?
- En effet, Emile, je ne te remercierai jamais assez pour ce que tu as fait pour moi. Soyons amis.
Le passeur en avale sa salive. Ami n’est pas exactement ce qu’il espĂšre, mais, aprĂšs tout, c’est un dĂ©but.
Au chant du coq, tout ce qui compte d’humains Ă  la ferme est debout. Clovis, autant par reflexe que par habitude, jette un Ɠil par la fenĂȘtre.
- Nom de Dieu, la cour n’a jamais Ă©tĂ© aussi propre, ils ont dĂ» y passer la nuit !
Les six véhicules militaires sont alignés avec un Kurt qui donne ses instructions aux chauffeurs.
- Accomplissons nos missions avec discrĂ©tion et efficacitĂ©. Nous nous bornerons Ă  demeurer ici sans marques ostentatoires. Attirer des regards sur nous, c’est devenir la cible d’éventuels attentats.
L’Allemand tiendra son engagement. DĂšs la patrouille de reconnaissance achevĂ©e, la petite unitĂ© mobile regagne ses quartiers. Clovis et ses fils vaquent Ă  leurs habituelles occupations. Avec application, Louise Ă©trille le cheval comtois. Kurt se dĂ©tend en fumant une cigarette. La mission a Ă©tĂ© courte, le clocher Ă©grĂšne ses quatre heures.
- Belle bĂȘte, mademoiselle, Ă  ce que je vois, vous en prenez grand soin.
Surprise, Louise se retourne pour faire face à l’officier.
- Je n’ai pas voulu vous faire peur, veuillez m’excuser.
Clovis qui, de loin, voit la scùne, s’approche.
- Bonjour monsieur Berthier-Mourot, c’est bien cela ?
- Bonjour mon Lieutenant, Louise est un peu farouche.
- Votre fille est consciencieuse, la robe de ce cheval est magnifique.
Roger, qui n’a pas vu Kurt placĂ© devant son pĂšre, sort de l’écurie.
- Louise, ramĂšne Bismarck, la litiĂšre de monsieur est prĂȘte.
- Bismarck ? interroge Kurt.
- C’est le nom du cheval...

Table of contents

  1. Dédicace
  2. Avertissement
  3. Sommaire
  4. Préface
  5. Kurt
  6. Les Berthier-Mourot
  7. Kurt et Liselotte
  8. Emile et Jacques
  9. La traction du village
  10. Chute
  11. Coups de fusil
  12. Les gaßtés parisiennes
  13. Privé de désert
  14. Convocation
  15. Opération "Edelweiss"
  16. Par monts et par Vaud
  17. Joyeux Noël
  18. Convalescence en ForĂȘt Noire
  19. Bis repetita
  20. Louise
  21. Rejet
  22. Affectation
  23. Maria
  24. La libération
  25. Pas d'Alsace pour le Roi de Prusse
  26. La joie d'ĂȘtre maire
  27. Jules, le dernier combat
  28. Werner
  29. Adieu Jules
  30. Renaissance
  31. Maria qui rit, Maria qui pleure
  32. Françoise
  33. Please turn over
  34. Le grand saut
  35. Une fùcheuse découverte
  36. Fugue en Maria mineure
  37. Jumelage
  38. Histoire Ă  deux balles
  39. Une paire de maires pĂšres
  40. Epilogue
  41. Remerciements
  42. Du mĂȘme auteur
  43. Page de copyright

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