Le Comte de Zinzendorf
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Le Comte de Zinzendorf

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Le Comte de Zinzendorf

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PersonnalitĂ© inclassable mais attachante, Nikolaus Ludwig von Zinzendorf (1700-1760) a marquĂ© l'histoire du protestantisme allemand et celui des nombreuses nations vers lesquelles il envoya des Ă©vangĂ©listes moraves. Son nom reste en effet insĂ©parable de celui d'Herrnout, cette premiĂšre communautĂ© fondĂ©e en 1727 sur les terres du comte, qui accueillit des immigrĂ©s en provenance de BohĂȘme, chassĂ©s par la persĂ©cution religieuse. Zinzendorf fut Ă  son Ă©poque amplement calomniĂ©, tant par les piĂ©tistes que par les scolastiques, qui lui reprochaient soit sa trop grande largeur d'esprit, soit son mysticisme; tandis qu'aujourd'hui, de maniĂšre assez racoleuse et grĂ©gaire, on cĂ©lĂšbre volontiers son avance sur son temps, en matiĂšre d'{\oe}cumĂ©nisme, de fĂ©minisme, de prĂ©occupation sociale... En rĂ©alitĂ©, la lecture de sa biographie par FĂ©lix Bovet (1824-1903) --- la plus dĂ©taillĂ©e qui existe ---, nous montre surtout un homme totalement absorbĂ© par son christocentrisme: s'il ne veut pas entrer dans des disputes thĂ©ologiques, s'il ne veut pas se couper d'autres dĂ©nominations chrĂ©tiennes, ce n'est point par manque de conviction personnelle, mais uniquement par souci de faire avancer la cause de son MaĂźtre. Savoir dans quelle mesure la riche imagination de Zinzendorf, ses facultĂ©s poĂ©tiques peu communes (il a composĂ© des centaines de cantiques) exprimaient la volontĂ© personnelle de JĂ©sus-Christ rĂ©gnant dans les cieux, reste une Ă©nigme; encore que les fruits saints et durables de l'activitĂ© prodigieuse de cet organisateur-nĂ©, laissent penser qu'entrant dans la prĂ©sence de son Sauveur, il eut la joie d'entendre de sa bouche: « Bien fait, bon et fidĂšle serviteur!» Ce livre ThĂ©oTeX reproduit l'Ă©dition originale de 1865.

Information

Year
2021
Print ISBN
9782322270187
eBook ISBN
9782322416004
1.
(1700-1721)
1.1 – Introduction
Peu de caractĂšres prĂ©sentent au mĂȘme degrĂ© que celui de Zinzendorf cette diversitĂ© dans l’unitĂ© qui constitue, dit-on, la perfection. A la fois poĂšte et thĂ©ologien, pasteur, missionnaire et lĂ©gislateur, influent parmi les grands et vivant de prĂ©fĂ©rence avec les petits, douĂ© Ă  la fois de cette chaleur de sentiment et de cette imagination entraĂźnante qui font entreprendre les grandes choses et de cette prudence qui permet de les accomplir, il consacra toutes ses facultĂ©s Ă  un but unique; il n’eut qu’une pensĂ©e, qu’un dĂ©sir, qu’une volontĂ© : rĂ©pandre et raviver dans les Ăąmes la connaissance de ce que JĂ©sus-Christ a fait et souffert pour le monde. DĂšs son enfance, comme il le raconte lui-mĂȘme, il rĂ©solut fermement de se consacrer tout entier Ă  «cet Homme qui avait donnĂ© sa vie pour lui.»
C’est dans ce but, c’est dans la fidĂ©litĂ© Ă  cette rĂ©solution sans cesse renouvelĂ©e ou plutĂŽt toujours jeune et vivante en lui, que rĂ©side l’unitĂ© de son caractĂšre et de sa vie. Si cependant, parmi tous ces talents, il en est un qui frappe davantage l’attention et qui l’ait, plus que tous les autres, rendu propre Ă  accomplir la mission Ă  laquelle Dieu l’avait destinĂ©, c’est, Ă  coup sĂ»r, le talent d’organisation, de lĂ©gislation, l’art de connaĂźtre les hommes et de les conduire; en un mot, cet ensemble de facultĂ©s qui font l’homme d’État. On ne peut douter que, s’il eĂ»t employĂ© au service des puissances de la terre l’activitĂ© passionnĂ©e qu’il consacra au service de son divin MaĂźtre, il n’eĂ»t Ă©tĂ© un des hommes d’État les plus remarquables de son Ă©poque.
Ses ennemis le comparaient souvent Ă  Cromwell 1 : cette comparaison, qui fait sourire, montre du moins qu’on ne lui a jamais refusĂ© les talents du politique. Il eĂ»t Ă©tĂ© facile cependant, sans sortir du domaine de l’histoire ecclĂ©siastique, de trouver des analogies plus voisines et plus frappantes. Ainsi, dans l’église romaine, le caractĂšre et la mission de saint Ignace de Loyola nous paraissent prĂ©senter des analogies nombreuses avec le caractĂšre et la mission de Zinzendorf au sein des Ă©glises protestantes. Tenant de sa naissance, comme le gentilhomme de Biscaye, la tradition, le goĂ»t et l’ambition des grandes choses et des illustres entreprises, douĂ© comme lui d’une imagination poĂ©tique et aventureuse, d’une Ăąme mystique et d’un cƓur passionnĂ©, il fut le chevalier du Sauveur, comme saint Ignace avait Ă©tĂ© le chevalier de la Vierge. L’un et l’autre fondĂšrent une sociĂ©tĂ© puissante rĂ©pandue par toute la terre, une petite Ă©glise dans l’Église, comme le disait Zinzendorf d’aprĂšs Spener, un ordre exerçant dans la chrĂ©tientĂ© une influence immense, plus profonde encore qu’apparente, et faisant essentiellement reposer cette influence sur les mĂȘmes moyens : l’éducation de la jeunesse et les missions intĂ©rieures. C’est dans ces deux sociĂ©tĂ©s, enfin, que s’est rĂ©veillĂ© le plus promptement et avec le plus d’énergie l’esprit conquĂ©rant du Christianisme. L’ordre des JĂ©suites Ă©tait Ă  peine fondĂ©, que dĂ©jĂ  les premiers disciples et amis de saint Ignace de Loyola prĂȘchaient l’Évangile dans les Grandes Indes et y subissaient le martyre. Il y avait bien peu d’annĂ©es aussi que les premiĂšres cabanes moraves s’élevaient sur les pentes du Houtberg, et dĂ©jĂ  leurs habitants, renonçant au repos et Ă  la sĂ©curitĂ© qu’ils venaient de trouver dans cet asile, abandonnaient leur colonie naissante et partaient joyeusement pour les Indes Occidentales, afin d’y annoncer le Sauveur aux esclaves noirs.
Mais, si l’on peut constater des points de ressemblance si nombreux entre ces deux grands hommes et entre ces deux sociĂ©tĂ©s, oĂč, dira-t-on, faut-il chercher la cause des diffĂ©rences non moins frappantes qui se font remarquer dans le dĂ©veloppement subsĂ©quent de l’UnitĂ© des FrĂšres et dans celui de l’ordre des JĂ©suites? Pourquoi, par exemple, les disciples de Zinzendorf se sont-ils toujours tenus dans leur humble sphĂšre, loin des affaires et des ambitions terrestres, tandis que les disciples de saint Ignace se sont trouvĂ©s mĂȘlĂ©s Ă  toutes les intrigues des cours et des cabinets et ont employĂ©, pour parvenir Ă  leur but, la diplomatie la plus Ă©quivoque et les moyens les moins justifiables de la politique humaine? La cause essentielle de ces diffĂ©rences se trouve dĂ©jĂ , ce nous semble, au point de dĂ©part et dans le drapeau qu’ont arborĂ© les fondateurs de ces deux sociĂ©tĂ©s. Ignace avait vouĂ© sa vie Ă  Notre Dame, c’est Ă  JĂ©sus seul que Zinzendorf avait consacrĂ© la sienne. Or, Notre Dame n’est que la patronne de l’église romaine : JĂ©sus-Christ est le chef de l’Église universelle et le Sauveur du monde. Travailler Ă  la gloire de Marie, ce ne pouvait ĂȘtre pour Ignace qu’étendre la domination de l’église romaine et en extirper l’hĂ©rĂ©sie. Servir JĂ©sus-Christ, ce n’était pour Zinzendorf travailler au profit d’aucune Ă©glise en particulier; ce n’était point faire entrer les hommes dans les limites plus ou moins Ă©troites d’une institution extĂ©rieure, si vaste et si grandiose qu’elle pĂ»t ĂȘtre; c’était les unir tous, quelle que fĂ»t la diffĂ©rence de leur culte et mĂȘme de leur dogmatique, par le seul lien d’un commun amour et d’une reconnaissance commune envers Celui «qui est mort non seulement pour nos pĂ©chĂ©s, mais aussi pour ceux de tout le monde.»
Aussi, tandis que le nom des JĂ©suites s’associe Ă  celui de l’inquisition, de l’intolĂ©rance et du despotisme, Zinzendorf, au contraire, est un des hommes qui ont proclamĂ© le plus fidĂšlement le principe de la tolĂ©rance chrĂ©tienne; il est le premier peut-ĂȘtre qui ait saisi clairement l’unitĂ© rĂ©elle de l’Église de JĂ©sus-Christ, Ă  travers ces dĂ©nominations diverses de luthĂ©ranisme, de rĂ©forme, de catholicisme, auxquelles ses contemporains attachaient tant d’importance. Tandis que saint Ignace ne reprĂ©sente que le principe d’autoritĂ© et appartient tout entier Ă  cette Ă©glise du passĂ© dont ses successeurs s’efforcent de soutenir encore les murs Ă©branlĂ©s, Zinzendorf appartient Ă  l’ùre de la libertĂ© et Ă  l’église de l’avenir!
Au reste, n’oublions pas que Zinzendorf n’a pas fondĂ© seulement un ordre, mais une vĂ©ritable sociĂ©tĂ©, une sociĂ©tĂ© dont chaque citoyen peut acquĂ©rir et agir pour son propre compte, et oĂč la famille, tout en Ă©tant subordonnĂ©e Ă  la commune, ne lui est pas sacrifiĂ©e. Sous ce rapport, et comme organisateur d’une citĂ©, ce n’est pas aux fondateurs des ordres monastiques qu’il faut le comparer; ce serait plutĂŽt Ă  Platon, Ă  Thomas Morus et aux socialistes modernes, avec lesquels il se rencontre en bien des points. Ce que ceux-ci ont rĂȘvĂ©, il l’a en partie rĂ©alisĂ©, et ici encore se trouve une confirmation de ce mot cĂ©lĂšbre de Bacon : «Ce que le philosophe cherche, le chrĂ©tien l’a trouvĂ©.» C’est l’Évangile seul, en effet, qui nous donne la solution du problĂšme social, la conciliation de l’ordre et de la libertĂ©; car cette conciliation n’est que dans le principe de l’amour, et c’est l’Évangile seul qui nous donne l’audace d’y croire.
En outre, si la foi seule donne Ă  une sociĂ©tĂ© le moyen de se constituer et de se maintenir, c’est elle seule aussi qui lui donne un but, et c’est lĂ , ce nous semble, ce qui manque le plus Ă  celles qu’ont imaginĂ©es les philosophes modernes. Certes, nous sentons ce qu’il y a de vrai et de beau dans les thĂ©ories de Fourier, par exemple; mais nous craignons qu’elles ne conservent leur charme qu’à la condition de ne se rĂ©aliser jamais. Cet ennui qui accabla jadis les maĂźtres du monde et qui les fit mourir de langueur au milieu des dĂ©lices de la Rome impĂ©riale, cet inexorable ennui tarderait-il Ă  se glisser parmi les citoyens du phalanstĂšre? ne leur rendrait-il pas bientĂŽt insupportable une vie n’ayant d’autre but qu’elle-mĂȘme et tournant incessamment dans le mĂȘme cercle de travaux et de jouissances? « L’homme ne vit pas seulement de pain,» a dit l’Écriture. Ce qui rĂ©pare les forces du soldat dans ses veilles et dans ses fatigues, ce qui soutient son corps et rĂ©jouit son cƓur, ce qui le fait vivre, en un mot, ce n’est pas le pain de munition qu’il porte dans son sac : c’est le bĂąton de marĂ©chal qu’il a dans sa giberne.
On peut Ă©crire la vie de Zinzendorf Ă  bien des points de vue diffĂ©rents. Spangenberg, qui fut son compagnon d’Ɠuvre et son successeur, l’a Ă©crite dans le double but de le justifier des accusations de ses ennemis, et de laisser Ă  la communautĂ© qu’il avait fondĂ©e un souvenir des grands bienfaits de Dieu dont il avait Ă©tĂ© pour elle l’instrument. C’est aussi au point de vue spĂ©cial de l’église des FrĂšres que ce sujet a Ă©tĂ© traitĂ© par la plupart des biographes de Zinzendorf : Reichel, Duvernoy, Verbeek. Ils ont Ă  la fois complĂ©tĂ© par des documents nouveaux, et abrĂ©gĂ© pour le rendre plus populaire, l’ouvrage assez Ă©tendu de Spangenberg. Un autre de ses contemporains, le baron de Schrautenbach, nous a laissĂ© divers mĂ©moires sur l’église des FrĂšres et sur Zinzendorf en particulier. Ses portraits sont prĂ©cieux par la vigueur et la nettetĂ© des traits, et nous reprĂ©sentent d’une maniĂšre extraordinairement vivante les personnages dont il parle et avec lesquels il avait vĂ©cu familiĂšrement.
J. G. MĂŒller, le frĂšre du cĂ©lĂšbre historien suisse, a prĂ©sentĂ© sous une forme abrĂ©gĂ©e, mais avec beaucoup de vivacitĂ© et d’intelligence, une esquisse nette et fidĂšle de cette remarquable individualitĂ©. Son ouvrage n’est pas destinĂ© Ă  l’église morave seulement, mais Ă  tous les chrĂ©tiens Ă©vangĂ©liques. Enfin, un littĂ©rateur berlinois, Varnhagen von Ense, a consacrĂ© Ă  Zinzendorf un volume de ses Monuments biographiques. Il l’envisage au point de vue psychologique plutĂŽt qu’à celui de l’histoire ecclĂ©siastique. Son livre, qui suit pas Ă  pas Spangenberg, prĂ©sente un rĂ©cit complet, quoique succinct, et une apprĂ©ciation gĂ©nĂ©ralement Ă©quitable et sympathique de l’Ɠuvre de Zinzendorf.
[Mentionnons encore, au nombre des sources principales pour la biographie de Zinzendorf, l’Histoire de l’église des FrĂšres, de Cranz, et celle de Cranz. Le premier de ces ouvrages est dĂ©jĂ  ancien; l’autre a paru de 1852 Ă  1854. Citons aussi, parmi les Vies de Zinzendorf les plus rĂ©centes, celle de Brauns (1850) et celles de SchrƓder et de Pilgram, publiĂ©es toutes deux en 1857. Cette derniĂšre est Ă©crite au point de vue catholique.]
Tous les ouvrages que nous venons de nommer sont Ă©crits en allemand, et le public français ne connaĂźt guĂšre encore que de nom le cĂ©lĂšbre rĂ©novateur de l’église morave 2. Nous chercherons Ă  prĂ©senter Ă  nos lecteurs, telle que nous l’avons saisie nous-mĂȘme, cette physionomie si originale. Nous voudrions Ă  la fois les intĂ©resser Ă  cette individualitĂ© puissante et vraie et leur faire contempler en elle l’efficace souveraine de l’Esprit de Dieu. Nous voudrions aussi, en exposant les relations de Zinzendorf avec ses contemporains, montrer quelle est sa position spĂ©ciale dans l’histoire ecclĂ©siastique de son siĂšcle.
Zinzendorf a beaucoup Ă©crit. Pour le faire bien connaĂźtre, il faudrait le citer souvent, et c’est lĂ  une des plus grandes difficultĂ©s que l’on puisse rencontrer en essayant d’écrire sa vie en français. A l’embarras que l’on Ă©prouve toujours Ă  traduire le style poĂ©tique et religieux des Allemands, vient s’en joindre un autre rĂ©sultant de l’extrĂȘme originalitĂ© du style de Zinzendorf et surtout de son langage Ă©trange et tout individuel.
Il Ă©rigeait en principe et exagĂ©rait encore la bigarrure qui avait rĂ©gnĂ© dans la langue allemande au xviie siĂšcle, et que les puristes de son temps commençaient Ă  condamner. Voici ce qu’il dit lui-mĂȘme Ă  ce sujet : «Lorsque le bon vieux costume allemand, tel qu’on le porte encore Ă  Zurich et dans une partie de l’empire, vint Ă  passer de mode, les ecclĂ©siastiques le conservĂšrent. Aussi, j’ai toujours prouvĂ© aux sĂ©paratistes que ce costume particulier des ecclĂ©siastiques Ă©tait chez ceux-ci une preuve de modestie, bien plutĂŽt que de vanitĂ©. C’est ce qui m’arrive avec la langue du xviie siĂšcle. J’y tiens et mĂȘme je l’exagĂšre. Aux locutions latines, grecques et françaises que l’on employait alors pour lui donner de l’emphase, j’ajoute, pour la rendre plus Ă©nergique, des expressions anglaises et hollandaises. Certes, ce n’est pas tant pour m’exercer dans ces langues-lĂ  que par le besoin trĂšs sĂ©rieux que j’éprouve de rendre ma pensĂ©e aussi exactement que possible. Je ne veux point souffrir d’équivoque. Je sais que par cette maniĂšre d’écrire je reste entiĂšrement inintelligible Ă  quelques-uns, mais je ne me ferais pas mieux entendre d’eux si je m’en tenais aux mots allemands; en revanche, d’autres lecteurs, gens rassis et ne craignant pas de creuser pour comprendre, peuvent du moins arriver Ă  m’entendre aussi nettement qu’il est possible. Je suis tout disposĂ© Ă  changer mes phrases Ă©trangĂšres en phrases purement allemandes, dĂšs que l’on me montrera dans ma langue maternelle des expressions Ă©quivalentes Ă  celles dont je me sers. En attendant, j’imiterai le bon sens des Anglais et des Hollandais, qui naturalisent tous les idiomes de leurs voisins, pour peu que cela puisse leur aider Ă  exprimer plus complĂštement leur pensĂ©e. C’est lĂ  le but de toutes les langues. L’élĂ©gance ne vient qu’aprĂšs.»
Le style de Zinzendorf est donc celui d’un homme audessus de toute prĂ©tention littĂ©raire et dĂ©daigneux de l’approbation des maĂźtres d’école et des gens de lettres. C’est aussi le style d’un homme d’action, ne se prĂ©occupant que d’arriver Ă  son but et y faisant plier toutes choses. Si Zinzendorf est un grand Ă©crivain, c’est un peu Ă  la façon du duc de Saint-Simon. Il est superflu de faire remarquer qu’un tel style est intraduisible, et que celui qui essayerait de le rendre tant soit peu littĂ©ralement irait Ă  contre-fin des intentions de l’auteur et ne ferait qu’une caricature. Nous croyons que le seul parti Ă  prendre pour le traducteur est d’user de la mĂȘme libertĂ© que prenait l’auteur, et de rendre hardiment l’esprit de celui-ci, sans se prĂ©occuper trop d’ĂȘtre fidĂšle Ă  la lettre.
1.2 – Naissance de Zinzendorf. Sa famille. État religieux de l’Allemagne.
Nicolas-Louis, comte de Zinzendorf et Pottendorf, seigneur de Freydeck, SchƓneck, ThĂŒrnstein et autres lieux, naquit Ă  Dresde le 26 mai 1700. Ses ancĂȘtres, Ă©levĂ©s au rang de comtes de l’Empire en 1662, Ă©taient originaires d’Autriche et sont connus dans l’histoire dĂšs le xie siĂšcle. Ce fut Ă  l’un d’eux, Henri de Zinzendorf, que le margrave d’Autriche, LĂ©opold le Bel, partant pour la Terre Sainte, confia le gouvernement de ses États. Un autre prit part Ă  la troisiĂšme croisade et combattit sous les murs de PtolĂ©maĂŻde. Jean IV le Jeune, seigneur de Zinzendorf, embrassa le luthĂ©ranisme Ă  son apparition. En 1633, sous l’empereur Ferdinand II, son petit-fils Maximilien-Erasme s’exila volontairement pour rester fidĂšle Ă  sa foi et jouir de la libertĂ© de conscience; il renonça Ă  toutes les possessions qu’il avait en Autriche et se retira en Franconie, dans son chĂąteau d’Oberbirg, prĂšs de Nuremberg. Ses deux fils passĂšrent au service de l’électeur de Saxe. L’aĂźnĂ© fut gĂ©nĂ©ral. Le second, George-Louis, devint ministre des confĂ©rences; c’était un homme aimĂ© et respectĂ© de chacun pour sa sagesse et son intĂ©gritĂ© irrĂ©prochable. Il se maria deux fois, et de son second mariage naquit Nicolas-Louis de Zinzendorf, dont nous Ă©crivons la vie.
Le souvenir des ancĂȘtres du comte de Zinzendorf ne fut pas sans influence sur lui. Le sacrifice qu’avait fait l’aĂŻeul pour rester fidĂšle Ă  sa conscience attira sur le petit-fils les bĂ©nĂ©dictions du Seigneur. Zinzendorf dut s’habituer dĂšs son enfance Ă  comprendre le prix inestimable de cette foi Ă©vangĂ©lique Ă  laquelle sa famille avait sacrifiĂ© ses biens terrestres. On comprend aussi la sympathie particuliĂšre avec laquelle il accueillit plus tard les Ă©migrants moraves. Il sentit qu’à lui, plus qu’à tout autre, appartenaient le devoir et le privilĂšge de donner protection Ă  des gens qui, comme l’avait fait son aĂŻeul, abandonnaient leurs biens et leur patrie pour ne pas renoncer Ă  leur foi.
Mais cette influence ne fut certainement pas la seule qu’exerça sur le jeune comte le souvenir de ses aĂŻeux. Si, plus tard, pour n’ĂȘtre entravĂ© par rien dans l’exercice de son ministĂšre, il voulut renoncer Ă  son titre et mĂȘme Ă  son nom, il Ă©tait dans ses premiĂšres annĂ©es trĂšs sensible Ă  l’illustration de sa naissance, et il y trouvait un motif de mettre ses actions Ă  la hauteur de sa condition.
« J’étais un Zinzendorf,» dit-il dans une de ses poĂ©sies, «et un Zinzendorf n’est pas digne de vivre, s’il n’emploie sa vie Ă  une bonne cause. Aussi ai-je Ă©tĂ© rongĂ© de la crainte de m’éteindre trop tĂŽt et sans avoir Ă©tĂ© utile dans ce monde.
Je porte en outre le nom de chrĂ©tien : me voilĂ  donc doublement obligĂ©. Un chrĂ©tien ne doit pas se consumer sans donner de lumiĂšre. La foi qui n’agit pas n’est qu’un damnĂ© bavardage, et les gens sensĂ©s doivent la regarder comme chose insensĂ©e.»
Mais dans cette mĂȘme poĂ©sie, comme il abdique avec joie la fiertĂ© de sa race aux pieds de Celui qu’il a appelĂ© sa seule passion!»
«Depuis le comte Albert, mon aĂŻeul, dit-il, la devise de notre maison est celle-ci : Je ne cĂšde ni Ă  un ni Ă  tous. Telle est notre nature : cĂ©der nous est pĂ©nible. Il y en a un cependant devant qui s’est brisĂ© mon courage; C’est ce JĂ©sus qui fut pendu au bois, ce JĂ©sus qui fut l’objet des railleries et des outrages, et auquel bientĂŽt aprĂšs le monde rendit les armes.»
S’il est intĂ©ressant de connaĂźtre quelle influence a pu exercer sur Zinzendorf la position sociale de sa famille, il est plus important encore d’étudier le milieu religieux et moral dans lequel il s’est trouvĂ© placĂ©. Pour nous en rendre c...

Table of contents

  1. Sommaire
  2. Préface
  3. 1. (1700-1721)
  4. 2. (1721-1727)
  5. 3. (1727-1733)
  6. 4. (1733-1736)
  7. 5. (1736-1738)
  8. 6. (1739-1744)
  9. 7. (1744-1755)
  10. 8. (1755-1760)
  11. Appendice.
  12. Page de copyright

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