Avertissement: Libre Ă vous de choisir des fac-similĂ©s de piĂštre qualitĂ©; le prĂ©sent ouvrage a Ă©tĂ© entiĂšrement recomposĂ©, revu, corrigĂ© et annotĂ© au besoin, l'orthographe modernisĂ©e, car dĂ©chiffrer et interprĂ©ter ralentit et gĂąche le plaisir de lire; bref, tout a Ă©tĂ© fait pour rendre votre lecture plus accessible et agrĂ©able, et Ă un prix Ă©quivalent, sinon moins cher par rapport Ă l'existant.En français moderne, non inclusif, pour une lecture plus facile et agrĂ©able. Le Pogge (1380-1459) est, entre autres, un auteur humaniste du Quattrocento, en pleine Renaissance italienne.On trouvera dans cet ouvrage, outre ses 273 FacĂ©ties, la reproduction d'une de ses lettres dĂ©crivant les moeurs aux Bains de Bade, ainsi qu'un dialogue Ă l'occasion de son mariage tardif avec une jeunesse de 18 ans: Un vieillard doit-il se marier?Le rapport entre Pogge et Nasr Eddin Hodja?Si le personnage rĂ©el de Nasr Eddin Hodja a vĂ©cu entre 1208 et 1284 en Turquie, des mentions dans le MathnawĂŻ de son contemporain et ami DjalĂąl ad-DĂźn RĂ»mĂź concernent un Djuha, un de ses nombreux avatars, colportĂ©s par la tradition orale jusqu'Ă nos jours.Comme pour l'oeuf et la poule, lequel prĂ©cĂ©da l'autre? si on retrouve en Nasr Eddin des Fables de PhĂšdre, de Babrios, qui lui sont antĂ©rieurs, comme le recueil de Philogelos (chez le mĂȘme Ă©diteur), on retrouve Ă©galement des Fables issues des HĂ©catomythia d' AnbstĂ©mius (1440-1508).Bien malin donc qui saurait se prononcer avec certitude. Je ne m'y aventurerai pas, relevant simplement que si Nasr Eddin fait partie du folklore oral, qui lui a permis de perdurer et prospĂ©rer jusqu'Ă nos jours, mĂȘme en Anglophonie, les auteurs mentionnĂ©s, quant Ă eux, ont eu le mĂ©rite de fixer ces histoires dans le temps.

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Facéties
suivi de : Un vieillard doit-il se marier ? - Les bains de Bade
- 222 pages
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LES FACĂTIES
DE POGGE
FLORENTIN
Avis aux gens prudes de ne pas censurer
le ton léger des « Facéties »
Je prĂ©sume quâil y aura beaucoup de gens qui trouveront Ă reprendre Ă ces contes, comme Ă des lĂ©gĂšretĂ©s indignes dâun homme grave, et rĂ©clameront un langage plus ornĂ©, une Ă©loquence plus grande. Si je voulais leur rĂ©pondre, je dirais avoir lu que nos ancĂȘtres, qui Ă©taient gens sages et doctes, se sont dĂ©lectĂ©s aux facĂ©ties, aux joyeusetĂ©s, aux fables, quâils ont ainsi mĂ©ritĂ© non le blĂąme, mais la louange, et je croirais avoir assez fait pour leur opinion. En effet, comment penser quâil est honteux dâimiter en cela nos ancĂȘtres, ne le pouvant en autre chose, honteux de passer dans le soin dâĂ©crire ce mĂȘme temps que les autres passent dans les cercles et les rĂ©unions, alors surtout que ce travail nâest pas sans gloire et peut procurer de lâagrĂ©ment aux lecteurs ?
Car il est louable, je dirai mĂȘme nĂ©cessaire, dâarracher Ă ses soins continuels notre esprit accablĂ© de prĂ©occupations et de chagrins, de le tourner Ă la gaietĂ©, de le dĂ©tendre par la plaisanterie.
Mais chercher le style dans les petits sujets, mĂȘme alors quâil sâagit de rendre une facĂ©tie textuellement ou de rapporter les paroles dâautrui, me semble le fait dâun esprit trop exigeant. Il y a des choses qui ne peuvent ĂȘtre dĂ©crites dâune maniĂšre ornĂ©e, qui doivent ĂȘtre rapportĂ©es telles que les ont dites les acteurs de lâĂ©vĂ©nement.
Certains penseront que mon excuse part de mon impuissance, je leur donne raison, pourvu quâils racontent les mĂȘmes histoires encore mieux que moi, ce Ă quoi je les engage afin que la langue latine sâenrichisse de leur fait et brille mĂȘme dans les petits sujets. Pour moi, jâai voulu voir si beaucoup de choses qui Ă©taient regardĂ©es comme difficiles Ă dire en latin, pouvaient sâexprimer sans trop dâeffort.
Comme ce ne sont pas les ornements du style, lâampleur de lâĂ©loquence, qui se trouvent ici de mise, il me suffira dâentendre dire que jâai Ă©crit non sans agrĂ©ment. Mais arriĂšre ceux qui sâĂ©rigent en censeurs rigides ou en juges austĂšres ! Je veux ĂȘtre lu par des esprits aimables et cultivĂ©s, comme Lucilius par ceux de Cosenza et de Tarente ; si mes lecteurs sont rustiques, quâils pensent ce quâils veulent, mais nâaccusent pas lâauteur qui Ă©crivit ceci pour le dĂ©lassement de lâesprit et lâexercice de lâintelligence1.
1. Dâun pauvre matelot de GaĂšte
Le peuple de GaĂšte vit de la navigation. Un patron de barque de cet endroit, homme fort pauvre, quitta sa femme et son humble logis pour chercher fortune ; il revint au bout de cinq ans. Son premier soin fut dâaller voir sa femme, qui, dĂ©sespĂ©rant du retour de son mari, avait liĂ© connaissance avec un autre. II fut surpris de trouver sa maison toute rĂ©parĂ©e et fort agrandie.
â Comment, dit-il, a pu se faire tout cela ?
Elle répondit incontinent que Dieu, qui aide à tout le monde, y avait répandu sa grùce.
â Dieu soit bĂ©ni qui nous a fait tant de bien ! reprit le matelot.
Voyant alors la chambre Ă coucher, un lit et des meubles dâune Ă©lĂ©gance au-dessus de la condition de sa femme, il demanda dâoĂč venait tout cela. Elle rĂ©pondit encore que câĂ©tait de la bontĂ© et grĂące de Dieu. Le mari remercia encore le ciel, et tandis quâil regardait beaucoup dâautres choses qui lui semblaient nouvelles dans son mĂ©nage, voici venir un petit enfant bien joli qui avait plus de trois ans et qui caressa sa mĂšre comme câest la coutume des enfants. Le mari regarde et demande Ă qui il appartient. La femme rĂ©pond quâil est Ă elle et que la grĂące de Dieu lui a aidĂ© Ă lâacquĂ©rir.
â Ah ! pour le coup, dit-il, câest trop de grĂące de me donner des enfants en mon absence !
2. Dâun mĂ©decin qui guĂ©rissait les fous
Plusieurs sâentretenaient du vain souci, pour ne pas dire de la sottise, de ceux qui nourrissent des chiens ou des Ă©perviers pour la chasse aux oiseaux. Alors Paul de Florence : « De ceux-lĂ sâest bien moquĂ© un fou de Milan. » Comme nous demandions lâhistoire :
Il y avait, dit-il, Ă Milan, un mĂ©decin qui entreprenait de guĂ©rir les fous en un certain espace de temps. Voici quelle Ă©tait sa mĂ©thode : il avait dans sa maison une cour et dans cette cour une mare dâeau fĂ©tide et sale dans laquelle il liait Ă un pieu, tout nus, ceux quâon lui amenait comme fous, les uns jusquâaux genoux, les autres jusquâĂ lâaine, quelques-uns plus haut encore, selon le genre de dĂ©mence, et il les macĂ©rait ainsi par lâeau et par la diĂšte jusquâĂ ce quâils donnassent des marques de raison.
Certain jour on lui en amena un quâil mit dans lâeau jusquâaux cuisses. Quand il eut Ă©tĂ© lĂ quinze jours, il pria le mĂ©decin de lâen tirer, ce quâil obtint Ă condition quâil ne sortirait pas de la cour. Le malade obĂ©it et reçut bientĂŽt la permission de se promener dans toute la maison. Un jour il se tenait sur le seuil, quâil ne dĂ©passait pas, de crainte de la mare, lorsquâil vit un jeune gentilhomme Ă cheval avec un Ă©pervier et deux chiens, de ceux quâon appelle limiers. Comme le fou ne se souvenait plus de ce quâil avait vu pendant sa dĂ©mence :
â Apprenez-moi, je vous prie, dit-il au cavalier, sur quoi vous ĂȘtes montĂ© et Ă quel usage vous sert cette monture ?
â Je monte un cheval et je vais Ă la chasse.
â Ce que vous tenez sur le poing, comment lâappelle-t-on et quâen faites-vous ?
â Câest un Ă©pervier pour prendre des perdrix.
â Et quâest-ce que vous avez autour de vous ?
â Ce sont des chiens pour faire partir le gibier.
â Mais combien vous revient-il par an de ce gibier, pour la cap-30ture duquel il faut tant de prĂ©paratifs ?
â Fort peu de chose, dit le chasseur, peut-ĂȘtre six ducats.
â Et la dĂ©pense du cheval, des oiseaux et des chiens, Ă quoi monte-tâelle ?
â A cinquante.
â HolĂ ! dit alors le fou, allez-vous-en avant que le mĂ©decin ne rentre ; car sâil vous entendait, il vous mettrait dans la mare jus-quâau menton.
Ce fou montra que la chasse au vol Ă©tait une grande folie si elle nâavait lieu seulement de temps en temps et si elle nâĂ©tait pratiquĂ©e par des gens riches, en guise dâexercice.
3. Dâun Gascon qui se levait tard
Lorsque nous sĂ©journions Ă Constance, il y avait avec nous un jeune homme facĂ©tieux, nommĂ© Bonac, Gascon dâorigine, qui se levait tous les jours fort tard. Comme ses compagnons lui reprochaient sa paresse et lui demandaient ce quâil faisait si tard au lit, il rĂ©pondit en souriant :
â JâĂ©coute des plaideurs. En effet, lorsque je mâĂ©veille, il y a devant moi deux dames, lâActivitĂ© et la Paresse ; lâune mâexhorte Ă me lever et Ă faire quelque chose, lâautre, gourmandant sa voisine, dit quâil faut se reposer, goĂ»ter la chaleur du lit et ne pas toujours vaquer au travail. La premiĂšre soutient ses raisons, et pendant quâelles se disputent ainsi, moi, en juge Ă©quitable, sans pencher dâaucun cĂŽtĂ©, jâĂ©coute les plaidoyers et attends que les parties soient dâaccord, et câest ce qui fait que je suis si longtemps au lit.
4. Dâun Juif qui se fit ChrĂ©tien par persuasion
Beaucoup de gens engageaient un certain Juif Ă embrasser la foi de JĂ©sus-Christ. Mais celui-ci ne pouvait se dĂ©cider Ă faire le sacrifice de ses biens. Plusieurs lui conseillaient de les donner aux pauvres, parce que, selon le prĂ©cepte de lâĂvangile, qui est la vĂ©ritĂ© mĂȘme, il lui serait rendu au centuple. PersuadĂ© enfin, il se convertit et distribua sa fortune aux pauvres, aux malheureux et aux mendiants.
Ensuite, pendant presque un mois, il fut honorablement traitĂ© par diffĂ©rents chrĂ©tiens. Il fut choyĂ© et fĂȘtĂ© pour tout ce quâil venait de faire. Cependant, il menait une existence prĂ©caire, et attendait chaque jour le centuple promis. Comme les gens se lassaient peu Ă peu de le nourrir, les hĂŽtes se firent rares. Notre homme devint alors si misĂ©rable quâon dut le conduire Ă lâhĂŽpital, oĂč il fut pris dâun flux de sang par le bas, qui le rĂ©duisit Ă la derniĂšre extrĂ©mitĂ©. Il dĂ©sespĂ©rait de jamais guĂ©rir et il avait Ă©galement perdu lâespoir de rentrer dans le fameux « centuple », lorsquâun jour, Ă©prouvant le besoin de prendre lâair, il sortit de son lit, et sâen alla dans une prairie voisine pour soulager son ventre.
LĂ , lorsquâil eut fait ses besoins, en cherchant une poignĂ©e dâherbe pour se torcher le derriĂšre, il trouva un chiffon roulĂ©, tout plein de pierres prĂ©cieuses. Par ce fait, Ă©tant redevenu riche, il put consulter les mĂ©decins, se guĂ©rir, acheter une maison et des terres, vivre depuis lors dans lâabondance. Tout le monde lui rĂ©pĂ©tait :
â Eh bien ! Est-ce que nous ne vous lâavions pas prĂ©dit, que Dieu vous rendrait tout au centuple ?
â Oui, rĂ©pondit-il, mais avant, il a permis que je fasse du sang jusquâĂ en mourir.
Ce mot sâapplique Ă ceux qui sont lents Ă rendre ou Ă reconnaĂźtre un bienfait.
5. Dâun imbĂ©cile qui croyait que sa femme avait deux ouvertures
Un paysan de nos campagnes, peu avisĂ© et nullement expert avec les femmes, se maria. Or, il arriva, quâĂ©tant au lit, la femme lui tourna le dos, mettant ses fesses au bon endroit. Le mari en eut tout de mĂȘme grande satisfaction. Tout surpris, notre homme demande Ă sa femme si elle nâaurait pas deux ouvertures. Celle-ci fit un signe affirmatif.
â Ho ho ! reprit-il, un seul me suffit, lâautre est superflu.
La femme, qui était rusée et que le curé de la paroisse courtisait, répondit aussitÎt.
â Nous pouvons faire lâaumĂŽne avec le second ; donnons-le Ă lâĂglise et Ă notre curĂ©, cela lui fera extrĂȘmement plaisir et ne te privera en rien puisquâun seul te suffit. Lâhomme approuva, tant pour ĂȘtre agrĂ©able au curĂ©, que pour se dĂ©barrasser du superflu. Or donc, on invite le curĂ© Ă souper, on lui conte lâaffaire et, le repas achevĂ©, tous trois se couchent dans le mĂȘme lit : la femme au milieu, le mari par devant, lâautre par derriĂšre, pour quâil prĂźt possession de ce qui lui Ă©tait offert. Le prĂȘtre, ardent, vorace, entama le premier le morceau depuis longtemps dĂ©sirĂ©, si bien que la femme poussait des soupirs retentissants. Le mari eut alors peur quâon empiĂ©tĂąt sur son domaine.
â Respecte bien nos conventions, mon ami, dit-il, use tant que tu voudras de ta part, mais ne touche pas Ă la mienne.
Le prĂȘtre repartit :
â Que Dieu mâen fasse la grĂące ! Je nâai nulle envie de ton bien et ne demande quâĂ user celui de lâĂglise.
A ces mots, notre imbĂ©cile se calme, et engage le curĂ© Ă jouir en toute libertĂ© de ce qui a Ă©tĂ© concĂ©dĂ© Ă lâĂglise.
6. Dâune veuve qui, par luxure, se donna Ă un pauvre
LâespĂšce des hypocrites est, de toutes, la pire qui existe. Comme on en parlait une fois dans une rĂ©union oĂč je me trouvais, et quâon disait que tout leur vient Ă profusion, quâils convoitent les dignitĂ©s en dissimulant leurs convoitises, quâils semblent subir les honneurs malgrĂ© eux, et uniquement pour obĂ©ir Ă des ordres supĂ©rieurs, un des assistants dit alors :
â Ils ressemblent Ă un certain Paul le bienheureux, qui habite Pise, un de ceux quâon appelle ordinairement des apĂŽtres, qui sâasseyent devant les portes sans rien demander.
Lâayant priĂ© de nous expliquer la ...
Table of contents
- Epigraphe
- Sommaire
- Introduction
- Les Facéties
- Un Vieillard doit-il se marier ?
- Description des bains de Bade
- Page de copyright
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