Le Mouron rouge
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Le Mouron rouge

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Le Mouron rouge

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En pleine Révolution Française, un gentilhomme anglais se dresse contre les excÚs de la Terreur, lutte contre la police de Robespierre pour sauver d'innocentes victimes promises à la guillotine. Il signe chacun de ses exploits avec un billet et un sceau figurant la fleur du Mouron rouge. Rien ne manque à ce parfait pourfendeur de l'injustice et du crime: il est mystérieux, endiablé, bondissant, enflammé, galant, amoureux, invincible... et il a un ennemi à la hauteur de ses qualités: l'horrible Chauvelin, chef de la police secrÚte de Robespierre. Mélanges de suspense, d'intrigues, de passions et de coups de théùtre, les romans de cette saga n'ont pas pris une ride: lorsque vous aurez commencé Le Mouron rouge, vous ne le lacherez pas avant de l'avoir terminé...

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Information

Year
2021
eBook ISBN
9782322379163
Edition
1

1. La barriĂšre de Neuilly

Une foule grouillante, bruissante et houleuse d’ĂȘtres qui n’ont d’humain que le nom, car Ă  les voir et les entendre, ils ne paraissent que des crĂ©atures fĂ©roces, animĂ©es par de grossiĂšres passions et par des appĂ©tits de vengeance et de haine. L’heure : quelques minutes avant le coucher du soleil ; et le lieu : la barriĂšre de Neuilly, non loin de l’endroit oĂč plus tard un tyran orgueilleux Ă©leva un monument immortel Ă  la gloire de la nation et Ă  sa propre vanitĂ©.
Pendant presque tout le jour, la guillotine avait Ă©tĂ© occupĂ©e Ă  sa hideuse tĂąche : tout ce dont la France avait Ă©tĂ© fiĂšre dans les siĂšcles passĂ©s, en fait de noms anciens et de race noble, avait payĂ© tribut Ă  la libertĂ© et Ă  la fraternitĂ©. Le massacre n’avait cessĂ© qu’à cette heure tardive de la journĂ©e, car il y avait maintenant pour le peuple d’autres spectacles plus intĂ©ressants Ă  voir, un peu avant la fermeture dĂ©finitive des portes.
La foule quitta en hĂąte la place de GrĂšve, et se dirigea vers les diffĂ©rentes barriĂšres afin d’assister Ă  ce spectacle captivant.
On pouvait le voir tous les jours, car ces aristos Ă©taient si bĂȘtes. Ils Ă©taient naturellement traĂźtres au peuple, tous, hommes, femmes et enfants, descendants des grands hommes qui, depuis les croisades, avaient fait la gloire de la France et constituĂ© sa vieille noblesse. Leurs ancĂȘtres avaient opprimĂ© le peuple et l’avaient Ă©crasĂ© sous les talons rouges de leurs Ă©lĂ©gants souliers Ă  boucles, et aujourd’hui le peuple Ă©tait devenu le souverain de la France et Ă©crasait ses anciens maĂźtres, non pas sous ses talons, car Ă  cette Ă©poque la plupart des gens du peuple allaient pieds nus, mais sous un poids plus effectif : le couteau de la guillotine.
Et chaque jour, chaque heure, l’affreux instrument de torture rĂ©clamait ses nombreuses victimes, hommes ĂągĂ©s, jeunes femmes, petits enfants, jusqu’au jour oĂč il devait exiger aprĂšs la tĂȘte d’un roi celle d’une reine jeune et belle.
Mais cela allait de soi : le peuple ne gouvernait-il pas la France ? Tout aristocrate Ă©tait un traĂźtre, tous ses ancĂȘtres l’avaient Ă©tĂ© avant lui : pendant deux cents ans, le peuple avait suĂ©, avait peinĂ©, Ă©tait mort de faim, pour entretenir une cour dĂ©bauchĂ©e dans une extravagante prodigalitĂ© ; et maintenant les descendants de ceux qui avaient aidĂ© Ă  rendre cette cour si brillante avaient Ă  se cacher pour Ă©chapper Ă  la mort, Ă  s’enfuir s’ils voulaient Ă©viter la vengeance tardive du peuple.
Oui, ils cherchaient Ă  se cacher, ils cherchaient Ă  s’enfuir ; de lĂ  le plaisir ! Chaque aprĂšs-midi avant la fermeture des portes, lorsque les voitures des maraĂźchers s’en allaient en processions par les diverses barriĂšres, il y avait quelques fous d’aristos qui tentaient de s’échapper des griffes du Tribunal rĂ©volutionnaire. Sous diffĂ©rents dĂ©guisements, sous divers prĂ©textes, ils essayaient de se glisser Ă  travers les portes si bien gardĂ©es par les soldats-citoyens de la RĂ©publique. Hommes en femmes, femmes en hommes, enfants en haillons : il y en avait de toutes sortes : ci-devant comtes, marquis et mĂȘme ducs, qui voulaient s’enfuir de France, atteindre l’Angleterre ou quelque autre pays maudit, et lĂ , chercher Ă  exciter l’étranger contre la glorieuse RĂ©volution, ou Ă  lever une armĂ©e pour dĂ©livrer les malheureux prisonniers du Temple, qui naguĂšre s’appelaient la famille royale de France.
Mais ils Ă©taient presque toujours pincĂ©s aux barriĂšres. Le sergent Bibot surtout, Ă  la barriĂšre de Neuilly, avait un flair extraordinaire pour reconnaĂźtre un aristo sous le plus parfait dĂ©guisement. C’est alors que le jeu commençait. Bibot regardait sa proie comme un chat regarde une souris, il jouait avec elle pendant un bon quart d’heure quelquefois, faisait semblant d’ĂȘtre trompĂ© par l’apparence, par la perruque et les autres arrangements d’acteurs qui cachaient l’identitĂ© d’un noble comte ou d’une marquise.
Oh ! ce Bibot, quel rude farceur ! Et l’on ne perdait point son temps en flĂąnant autour de cette barriĂšre de Neuilly pour le voir attraper un aristo au moment mĂȘme oĂč celui-ci cherchait Ă  fuir la vengeance du peuple.
Parfois, Bibot laissait sa proie franchir la porte, lui permettant de croire pendant deux minutes que rĂ©ellement elle s’était Ă©vadĂ©e de Paris, et que mĂȘme elle pourrait atteindre en sĂ»retĂ© la cĂŽte anglaise : il laissait le pauvre malheureux marcher dix mĂštres vers la campagne et, alors, il envoyait aprĂšs lui deux hommes pour le ramener dĂ©masquĂ©.
Oh ! c’était trĂšs drĂŽle, car une fois sur deux, le fugitif se trouvait ĂȘtre une femme, quelque fiĂšre marquise, Ă  l’air terriblement comique, quand elle finissait par se trouver dans les griffes de Bibot, sĂ»re de ce qui l’attendait le lendemain : un procĂšs sommaire et ensuite la douce Ă©treinte de madame Guillotine.
Il n’y avait rien d’étonnant Ă  ce que, par cette belle soirĂ©e, autour de la porte de Bibot, la foule fĂ»t impatiente et excitĂ©e. La soif du sang croĂźt lorsqu’on cherche Ă  l’apaiser, jamais on ne l’étanche : pendant la journĂ©e, la foule avait vu tomber cent tĂȘtes sous le couteau, elle voulait s’assurer que le lendemain elle en verrait tomber cent autres.
Bibot Ă©tait assis contre la grille de la barriĂšre, sur un tonneau vide renversĂ© : il avait sous ses ordres un petit dĂ©tachement de citoyens-soldats. Dans ces derniers temps la besogne avait Ă©tĂ© dure, les maudits aristos commençaient Ă  ĂȘtre terrifiĂ©s et cherchaient de leur mieux Ă  se glisser hors de Paris : hommes, femmes et enfants dont les ancĂȘtres, mĂȘme dans les temps reculĂ©s, avaient servi ces traĂźtres de Bourbons, Ă©taient tous des traĂźtres eux-mĂȘmes et n’étaient qu’une juste pĂąture pour le couperet.
Tous les jours Bibot avait eu le plaisir de démasquer quelques royalistes fugitifs et de les renvoyer au Tribunal révolutionnaire, à la merci de ce bon patriote, le citoyen Fouquier-Tinville.
Robespierre et Danton l’avaient tous deux fĂ©licitĂ© de son zĂšle, et Bibot Ă©tait fier d’avoir, sur sa propre initiative, envoyĂ© Ă  la guillotine cinquante aristos au moins.
Aujourd’hui tous les sergents qui commandaient aux diffĂ©rentes portes avaient reçu des ordres spĂ©ciaux. RĂ©cemment, un grand nombre de ci-devant avaient rĂ©ussi Ă  se sauver de France et Ă  gagner l’Angleterre. Il courait des bruits curieux Ă  propos de ces disparitions : elles Ă©taient devenues trĂšs frĂ©quentes et extraordinairement audacieuses ; l’opinion publique en Ă©tait Ă©trangement surexcitĂ©e. Le sergent Grospierre avait Ă©tĂ© condamnĂ© Ă  mort pour avoir, Ă  la porte Nord, laissĂ© filer sous ses yeux toute une famille de ci-devant.
On assurait que ces Ă©vasions Ă©taient organisĂ©es par une bande d’Anglais, dont la tĂ©mĂ©ritĂ© Ă©tait sans Ă©gale et qui, par pure manie de se mĂȘler de ce qui ne les regardait pas, occupaient leurs loisirs Ă  enlever Ă  madame Guillotine ses victimes lĂ©gales.
Ces bruits s’étaient bientĂŽt accrus d’une façon extravagante. Personne ne doutait que cette bande d’Anglais n’existĂąt ; elle semblait se trouver sous la direction d’un homme dont l’audace et le courage Ă©taient presque fabuleux. D’étranges histoires circulaient : comment lui et les aristos qu’il sauvait devenaient soudainement invisibles en arrivant aux barriĂšres, et comment ils s’échappaient des portes par un moyen surnaturel.
Personne n’avait vu ces mystĂ©rieux Anglais ; quant Ă  leur chef, on n’en parlait jamais qu’avec un frisson superstitieux.
Pendant la journĂ©e, le citoyen Fouquier-Tinville recevait de quelque source inconnue un bout de papier ; quelquefois il le trouvait dans la poche de son manteau ; d’autres fois, quelqu’un le lui tendait dans la foule, quand il se rendait Ă  la sĂ©ance du Tribunal rĂ©volutionnaire. Le papier contenait toujours l’avis succinct que la bande d’Anglais intrigants Ă©tait Ă  l’Ɠuvre et toujours il Ă©tait signĂ© d’une marque rouge : une petite fleur en forme d’étoile, celle que l’on appelle le mouron rouge.
Quelques heures aprÚs la récep...

Table of contents

  1. Le Mouron rouge
  2. 1.  La barriÚre de Neuilly
  3. 2. Douvres : au Repos du PĂȘcheur
  4. 3. Les réfugiés
  5. 4. La ligue : le Mouron Rouge
  6. 5. Marguerite
  7. 6. Un élégant de 92
  8. 7. Le verger secret
  9. 8. L’agent accrĂ©ditĂ©
  10. 9. L’attentat
  11. 10. À l’opĂ©ra
  12. 11. Le bal de Lord Grenville
  13. 12. Le billet
  14. 13. L’un ou l’autre
  15. 14. Une heure précise
  16. 15. Doute
  17. 16. Richmond
  18. 17. Bon voyage !
  19. 18. L’emblĂšme mystĂ©rieux
  20. 19. Le Mouron Rouge
  21. 20. L’ami
  22. 21. ArrĂȘt
  23. 22. Calais
  24. 23. Espoir
  25. 24. Le guet-apens
  26. 25. L’aigle et le renard
  27. 26. Le juif
  28. 27. Sur la piste
  29. 28. La hutte du pĂšre Blanchard
  30. 29. Prise
  31. 30. Le yacht
  32. 31. Sauvés
  33. Page de copyright

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