En dialogue avec le monde
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Les entreprises suisses aus XIX et XX siĂšcles

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Les entreprises suisses aus XIX et XX siĂšcles

About this book

Fondée sous le nom d'Union suisse du commerce et de l'industrie (Vorort), economiesuisse est la plus ancienne association faßtiÚre nationale d'entreprises du monde. L'histoire de la faßtiÚre reflÚte l'évolution de la culture politique suisse au fil des décennies, qui s'appuie sur des institutions fortes. L'association a vu le jour en 1870 en tant que faßtiÚre des Chambres cantonales de commerce de l'époque et a intégré des associations de branches. Se développant à l'échelle cantonale, la petite et ouverte économie helvétique a pourtant adopté trÚs tÎt une orientation mondiale. Les deux guerres mondiales du XXe siÚcle ont mis fin, abruptement, à la premiÚre vague de mondialisation et conduit à une forte cartellisation du marché intérieur suisse. Celui-ci s'est à nouveau ouvert, dans la douleur, dans les années 1990 seulement. En 2000, le Vorort a fusionné avec la Société pour le développement de l'économie suisse (SDES), fondée en 1943, et donné naissance à economiesuisse. economiesuisse représente les entreprises suisses, pour l'essentiel actives à l'échelle internationale.

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Information

Year
2021
eBook ISBN
9783039199693
Edition
1

Courant normal au cours de la Seconde Guerre mondiale

Les origines du néolibéralisme

AprĂšs la crise des banques allemandes en 1931, la Suisse Ă©labore la mĂȘme annĂ©e un accord de compensation avec l’Autriche et la Hongrie. Le fait que le secrĂ©taire du Vorort Otto Hulftegger nĂ©gocie cet accord est trĂšs caractĂ©ristique et donne le ton de l’étroite collaboration entre l’USCI et l’administration fĂ©dĂ©rale au cours des annĂ©es 1930 et 1940. En 1939, au dĂ©but de la guerre, l’USCI crĂ©e alors le titre de directeur Ă  part entiĂšre. Jusque-lĂ , c’est le vice-prĂ©sident qui assume la direction des affaires. L’ancien secrĂ©taire Heinrich Homberger est alors nommĂ© directeur Ă  plein temps. Ce mode de promotion perdure jusqu’au XXIe siĂšcle au sein de l’union et d’Economiesuisse lors des diffĂ©rentes nominations au poste de directeur. Au cours de la crise Ă©conomique mondiale des annĂ©es 1930, l’industrie exportatrice suisse, c’est-Ă -dire le moteur de la prospĂ©ritĂ© suisse, se grippe trĂšs nettement du fait de la faiblesse de la demande. Les barriĂšres commerciales des États industriels et le renchĂ©rissement des exportations suisses provoquĂ© par un franc fort frappent l’économie exportatrice de plein fouet. En collaboration avec l’USCI, la ConfĂ©dĂ©ration met en place un commerce extĂ©rieur contrĂŽlĂ©. Cette coopĂ©ration avec l’USCI Ă©tait inĂ©vitable, car seule l’association faĂźtiĂšre des entreprises est en mesure de fournir des chiffres et des estimations sur les performances de ces derniĂšres ; or, les accords de compensation s’appuient sur ces donnĂ©es. Dans le cadre d’une Ă©conomie de guerre planifiĂ©e, il est inĂ©luctable que l’industrie exportatrice structure ellemĂȘme les exportations, raison pour laquelle l’USCI devient alors un interlocuteur incontournable et se voit confier des compĂ©tences par la ConfĂ©dĂ©ration, par exemple en matiĂšre de nĂ©gociations. Le Vorort prend notamment en charge l’office de compensation pour le trafic dit de compensation. Ceci s’accompagne d’une charge de travail administratif pour les entreprises encore jamais vue jusque-lĂ  ; celles-ci sont alors soutenues par les chambres de commerce cantonales. Ces derniĂšres Ă©tablissent les certificats d’origine nĂ©cessaires aux entreprises attestant que les produits d’exportation ont Ă©tĂ© fabriquĂ©s en Suisse et qu’ils n’y ont pas simplement Ă©tĂ© transformĂ©s. La ConfĂ©dĂ©ration entame dĂšs 1938 la planification de l’économie de guerre avec les diffĂ©rentes organisations existantes. C’est ainsi que la Suisse jouit non seulement d’une certaine stabilitĂ© politique, mais Ă©galement d’une bonne organisation lorsque la Seconde Guerre mondiale Ă©clate en septembre 1939 aprĂšs l’invasion de la Pologne par l’Allemagne.
Outre les accords de compensation et les offices de compensation existants, les services administratifs dĂ©diĂ©s Ă  l’économie de guerre ont maintenant leur rĂŽle Ă  jouer. C’est en particulier la crĂ©ation de l’Office de guerre pour l’industrie et le travail et celle de l’Office de guerre pour l’alimentation, placĂ©s tous les deux sous l’égide du DĂ©partement fĂ©dĂ©ral de l’économie. Ces deux offices comptent respectivement sept et huit sections. Les reprĂ©sentants de l’USCI prennent surtout les rĂȘnes de l’Office de guerre pour l’industrie et le travail. Hans Sulzer, prĂ©sident de l’USCI, dirige jusqu’en 1941 la section des mĂ©taux et des machines ; Carl Koechlin, vice-prĂ©sident de l’USCI, celle de la chimie et des produits pharmaceutiques, et Gustav Eisenmann, membre du Vorort et directeur de la fabrique de papier Biberist, la section du papier et de la cellulose. Collaborateur de la sociĂ©tĂ© BBC Ă  Baden et conseiller national radical (PRD), le chef de l’Office de guerre pour l’industrie et le travail, Ernst Speiser, devient membre du Vorort aprĂšs la guerre et briĂšvement prĂ©sident de la SociĂ©tĂ© pour le dĂ©veloppement de l’économie suisse (sdes). D’autres membres du Vorort travaillent au sein de l’Office de guerre pour l’alimentation. Le directeur de l’USCI, Heinrich Homberger, est membre de la commission permanente de nĂ©gociation du Conseil fĂ©dĂ©ral. Plus tard renommĂ©e « DĂ©lĂ©gation Ă©conomique permanente » et encore en activitĂ© jusqu’au dĂ©but du XXIe siĂšcle, cette dĂ©lĂ©gation siĂšge, comme son nom l’indique, littĂ©ralement en permanence pendant la guerre. Le directeur du Vorort Heinrich Homberger, qui a pris ses quartiers Ă  l’hĂŽtel Schweizerhof Ă  Berne et est autorisĂ© Ă  utiliser le bureau 62 du dĂ©partement du commerce situĂ© aile ouest du Palais fĂ©dĂ©ral, sera surnommĂ© le « huitiĂšme conseiller fĂ©dĂ©ral ».4 À y regarder de plus prĂšs, l’USCI a dĂ©jĂ  procurĂ© par le passĂ© un vrai septiĂšme conseiller fĂ©dĂ©ral lorsque son vice-prĂ©sident, Ernst Wetter, est Ă©lu au Conseil fĂ©dĂ©ral en 1938 et se voit confier le DĂ©partement fĂ©dĂ©ral des finances et des douanes.
Alors que les entrepreneurs comme Carl Koechlin prĂŽnent encore avant la guerre l’orientation de l’industrie exportatrice suisse le plus possible vers les États-Unis, la rĂ©alitĂ© effective est tout autre Ă  l’étĂ© 1940 : la suprĂ©matie de l’Allemagne se profile. Lorsque la Wehrmacht envahit Paris, l’exode commence en Suisse. De nombreuses personnalitĂ©s en exil dont le prix Nobel de littĂ©rature Thomas Mann ou l’économiste Ludwig von Mises s’enfuient aux États-Unis. En Suisse, le mouvement dit du frontisme arrive Ă  son point culminant ; il prĂŽne une gouvernance autoritaire et la censure des journaux. La « PĂ©tition des 200 » remise au Conseil fĂ©dĂ©ral en 1940 marque le moment le plus sombre de la tradition libĂ©rale en Suisse. SignĂ©e par des personnes issues des milieux militaires et certains reprĂ©sentants de l’industrie, ce texte dĂ©nonce l’attitude antigermanique des rĂ©dacteurs en chef de la Neue ZĂŒrcher Zeitung (NZZ) et des Basler Nachrichten. Lorsque les États-Unis abandonnent leur neutralitĂ© aprĂšs l’attaque japonaise de Pearl Harbour et entrent en guerre en 1941, la Suisse est Ă©conomiquement isolĂ©e par la politique de blocage des pays en guerre. Or, la DĂ©fense spirituelle se manifeste Ă  cette mĂȘme pĂ©riode ; la population et des entrepreneurs soutiennent l’attitude critique de la NZZ et d’autres journaux Ă  l’encontre du totalitarisme de l’Axe. Un groupe de journalistes s’organise essentiellement autour du rĂ©dacteur en chef de la NZZ, Willy Bretscher, et rĂ©clame un retour au libĂ©ralisme et la prĂ©servation de ses valeurs. Ils sont convaincus que la Suisse, de par son histoire, est la terre fertile sur laquelle le noyau mĂȘme du libĂ©ralisme peut de nouveau prendre racine.5
L’idĂ©e de la Suisse comme un cas particulier dans l’histoire, «La Suisse [
] est une exception au mĂȘme titre que toutes les rĂ©ussites de ce monde », est dĂ©fendue par l’économiste allemand Wilhelm Röpke en exil Ă  GenĂšve. Son livre « Die Gesellschaftskrisis der Gegenwart » (Crise sociale de notre temps) paraĂźt en mars 1942 aux Ă©ditions Eugen-Rentsch Ă  Erlenbach et devient rapidement un bestseller en Suisse et un classique de la DĂ©fense spirituelle. L’adaption française sort en 1945 aux Ă©ditions de la BaconniĂšre. Röpke est l’un des premiers professeurs non juifs Ă  ĂȘtre dĂ©mis de ses fonctions par le national-socialisme, il part alors en exil Ă  Istanbul avant de rejoindre en 1936 l’Institut des Études internationales de GenĂšve grĂące Ă  William Rappard. Il compte Friedrich August von Hayek parmi ses amis. Avant mĂȘme le dĂ©clenchement de la guerre, Rappard, Röpke, Hayek et l’économiste autrichien Ludwig von Mises, Ă©galement en exil Ă  GenĂšve, essaient de crĂ©er une sociĂ©tĂ© de dĂ©fense des idĂ©es libĂ©rales. Pendant la guerre, Wilhelm Röpke est l’économiste le plus connu et le plus courageux de l’espace germanophone. DĂšs 1930, alors professeur en Allemagne, il distribue un trac dans lequel il accuse le Parti national-socialiste des travailleurs allemands (NSDAP) de vouloir Ă©riger une dictature et transformer les individus en « esclaves de l’État ».
La politique Ă©conomique des annĂ©es 1930 divise les Ă©conomistes en deux camps. Le premier s’intĂ©resse Ă  la planification de l’économie et le second groupe, organisĂ© autour de Röpke et Hayek, voit dans la planification de l’économie par l’État une mise en danger de la libertĂ© individuelle et prĂ©dit la route de la servitude, le futur titre d’un livre de Hayek. En Suisse, Wilhelm Röpke devient rapidement un intellectuel incontournable en ces temps mouvementĂ©s et un soutien important pour les journalistes proches du rĂ©dacteur de la NZZ, Willy Bretscher. Röpke parcourt l’histoire et la littĂ©rature suisse et devient un ardent dĂ©fenseur du rĂ©gime Ă©tatique suisse qu’il dĂ©signe comme l’idĂ©al d’un systĂšme Ă©conomique et d’un mode de vie sain. Dans une multitude d’articles et d’exposĂ©s, et mĂȘme dans un reportage photo pour la Schweizer Illustrierte, Wilhelm Röpke vante l’image de la Suisse comme le pays des entreprises familiales, des petites et moyennes entreprises, des familles de paysans en bonne santĂ© et des citoyens responsables qui prennent leurs dĂ©cisions Ă©conomiques et politiques en petit comitĂ© et en toute autonomie.
Cette prise de conscience de l’histoire et de la tradition libĂ©rale de la Suisse est extrĂȘmement importante pour la DĂ©fense spirituelle pendant la guerre. Elle annonce Ă©galement l’aprĂšs-guerre : les valeurs clairement libĂ©rales vont devenir le principal argument marketing de la Suisse, celui qui lui permettra d’ĂȘtre Ă©coutĂ©e par les AlliĂ©s en ces temps d’anticommunisme. AprĂšs 1942, une multitude d’organisations libĂ©rales ou clairement anticommunistes ou au moins antiĂ©tatiques voient le jour en Suisse, dont la SociĂ©tĂ© pour le dĂ©veloppement de l’économie suisse (sdes) ou l’« Institut fĂŒr Auslandforschung » (Institut de recherches internationales) initiĂ© par Hans Sulzer Ă  Zurich. Ces organisations entretiennent un rĂ©seau intellectuel avec des penseurs libĂ©raux, mĂȘme Ă  l’étranger, et contribuent aprĂšs la guerre Ă  redonner une image plus positive de la Suisse lorsque les AlliĂ©s se montrent plutĂŽt inamicaux Ă  l’encontre de ce pays neutre. Or, c’est surtout pendant la guerre qu’il s’est avĂ©rĂ© nĂ©cessaire de faire prendre conscience au peuple suisse de sa tradition libĂ©rale.
AprĂšs l’entrĂ©e en guerre des AmĂ©ricains, si les Ă©changes commerciaux entre la Suisse et les États-Unis continuent sur leur lancĂ©e dans un premier temps, au dĂ©but de l’annĂ©e 1942, les AlliĂ©s renforcent le blocus Ă©conomique Ă  l’encontre des forces de l’Axe. En fĂ©vrier 1942, le Conseil fĂ©dĂ©ral nomme une dĂ©lĂ©gation de nĂ©gociation dirigĂ©e par le prĂ©sident de l’USCI Hans Sulzer. Ces nĂ©gociations tournent court : les AlliĂ©s exigent une rĂ©duction des livraisons d’armes suisses vers l’Allemagne, comme le rapporte Sulzer fin mai au Conseil fĂ©dĂ©ral. La mission de Sulzer Ă  Londres est d’autant plus difficile que le Conseil fĂ©dĂ©ral Ă  Berne sous-estime l’attitude des AlliĂ©s Ă  l’égard de la Suisse, comme il ressort de la correspondance privĂ©e Ă©changĂ©e entre Sulzer et Homberger Ă  cette Ă©poque. Homberger arrive Ă  convaincre le Conseil fĂ©dĂ©ral Ă  Berne de mandater Sulzer de proposer un crĂ©dit de 200 millions de francs Ă  la Grande-Bretagne. Le crĂ©dit ne sera jamais versĂ©, mais permet au moins de reporter le blocus imminent des AlliĂ©s. Homberger reste nĂ©anmoins inflexible en ce qui concerne les exportations suisses vers l’Allemagne, et les sections de l’USCI se prononcent pour la poursuite de ces exportations. Les craintes de Sulzer que les acteurs politiques et Ă©conomiques en Suisse sous-estiment l’attitude des AlliĂ©s se vĂ©rifient. En effet, Ă  l’étĂ© 1942, les AlliĂ©s commencent Ă  reprendre le dessus militairement, et la Suisse se retrouve alors fortement sous pression : il lui est demandĂ© de cesser toute relation Ă©conomique avec l’Axe. À l’automne 1943, les AlliĂ©s bloquent les importations de denrĂ©es alimentaires vers la Suisse ; en octobre, ils dressent une liste noire d’entreprises suisses qui doivent ĂȘtre boycottĂ©es dans les pays alliĂ©s. Cette liste noire n’est officiellement supprimĂ©e qu’en 1946 lors de la signature de l’accord de Washington.
À la sortie de la guerre Ă  l’étĂ© 1945, l’image de la Suisse est plus que dĂ©plorable auprĂšs des AlliĂ©s victorieux. Les dĂ©lĂ©guĂ©s suisses chargĂ©s des nĂ©gociations Ă  l’instar de Hans Sulzer et de son ami William Rappard s’efforcent de multiples maniĂšres de redorer le blason de leur pays. La Suisse s’engage par exemple Ă  contribuer financiĂšrement Ă  la reconstruction de l’Europe. D’autre part, Sulzer et Rappard entretiennent pendant et aprĂšs la guerre des contacts Ă©troits avec les quelques rares penseurs encore libĂ©raux en Europe. C’est ainsi que l’économiste Friedrich August von Hayek quitte son exil de Londres Ă  l’automne 1938 pour se rendre Ă  Zurich. Dans un discours prononcĂ© devant la SociĂ©tĂ© Ă©conomique de Zurich, il exprime ses rĂ©serves Ă  l’encontre de l’économie planifiĂ©e et de ses rĂ©percussions sur les libertĂ©s individuelles. Ce discours zurichois constitue l’essence de son essai « La route de la servitude » oĂč Hayek soutient que le socialisme menace les libertĂ©s individuelles. PubliĂ© en 1944 Ă  la fin de la guerre en anglais en Grande-Bretagne et aux États-Unis, cet essai devient rapidement un bestseller. En 1945, la petite maison d’édition suisse Eugen Rentsch Ă  Erlenbach en publie la version allemande, laquelle a Ă©tĂ© traduite par l’épouse mĂȘme de Wilhelm Röpke, Eva. Le terme allemand de « servitude » dans le titre rappelle implicitement les vers bien connus du serment du GrĂŒtli tirĂ©s de la piĂšce de théùtre de Friedrich Schiller « Guillaume Tell » parue en 1804.

Hans Sulzer (1876–1959)

Hans Sulzer prĂ©side l’USCI pendant 16 ans, de 1935 Ă  1951, et est donc Ă  la tĂȘte des entreprises suisses pendant la Seconde Guerre mondiale. En octobre 1943, les AlliĂ©s inscrivent plusieurs entreprises suisses sur leur liste noire, dont Sulzer FrĂšres SA de Winterthour. Hans Sulzer lui-mĂȘme, mais aussi un grand nombre de ses contemporains considĂšrent cela comme une attaque ciblĂ©e de sa personne. Au cours de la PremiĂšre Guerre mondiale dĂ©jĂ , le Conseil fĂ©dĂ©ral nomme cet entrepreneur Ă  la fonction de dĂ©lĂ©guĂ© extraordinaire Ă  Washington et lui donne les pleins pouvoirs pour nĂ©gocier avec les AmĂ©ricains l’approvisionnement de la Suisse en vivres et en matiĂšres premiĂšres. En Suisse, de tels dĂ©tachĂ©s sont appelĂ©s « Ministre », raison pour laquelle Hanz Sulzer a toute sa vie durant Ă©tĂ© connu comme « Ministre Sulzer ». C’est surtout au cours de la Seconde Guerre mondiale que Sulzer, alors prĂ©sident de l’USCI, assume de nouveau des missions importantes comme ministre. Pendant l’économie de guerre, il est chef de la section des mĂ©taux et machines de l’Office de guerre pour l’industrie et le travail de 1939 Ă  1941 et prĂ©sident de la commission fĂ©dĂ©rale pour la surveillance des importations et des exportations de 1939 Ă  1945. MandatĂ© par le Conseil fĂ©dĂ©ral, le Ministre Sulzer nĂ©gocie avec les AlliĂ©s pendant la Seconde Guerre mondiale Ă  Londres.
AprĂšs des Ă©tudes de droit et d’économie politique Ă  GenĂšve, Berlin et Leipzig, il obtient un doctorat en droit en 1900. Il entre en 1903 dans l’entreprise familiale Sulzer FrĂšres Ă  Winterthour. La sociĂ©tĂ© Sulzer est transformĂ©e en une sociĂ©tĂ© anonyme en 1914, Hans Sulzer en prend alors la direction. Toutefois, pendant les annĂ©es passĂ©es Ă  la tĂȘte de l’USCI, il n’y exerce plus que comme prĂ©sident du conseil d’administration. Avec son ami de longue date, le professeur genevois et dĂ©lĂ©guĂ© suisse auprĂšs de la SociĂ©tĂ© des nations, William Rappard, Sulzer est en contact avec des penseurs libĂ©raux qui revendiquent un renouvellement du libĂ©ralisme et influent sur l’école de pensĂ©e du nĂ©olibĂ©ralisme. Conjointement avec d’autres entrepreneurs, Hans Sulzer finance l’Institut suisse de recherches internationales Ă  Zurich, qui invite en Suisse la fine fleur du nĂ©olibĂ©ralisme, surtout pendant les annĂ©es 1950.
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Passeport de Hans Sulzer.
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Annonce de confĂ©rences publiques de l’Institut suisse de recherches internationales, 1953.
Discours du prĂ©sident Hans Sulzer sur l’aprĂšsguerre devant l’assemblĂ©e des dĂ©lĂ©guĂ©s du Vorort, le 29 septembre 1945
Une reconnaissance du libĂ©ralisme, du libĂ©ralisme dans toute la dimension de sa signification, comme dĂ©finition de la dignitĂ© humaine, comme notre idĂ©al culturel de l’homme libre, libre de penser et libre d’agir tant au niveau Ă©conomique que politique, par opposition Ă  la massification des hommes en esclaves privĂ©s de libertĂ©. Un peuple qui accorde de l’importance Ă  la libertĂ© politique de ses citoyens doit Ă©galement se soucier de la prĂ©servation de leur libertĂ© Ă©conomique. La perte de la libertĂ© Ă©conomique induit inĂ©vitablement celle de la libertĂ© politique. La dignitĂ© humaine implique l’aspiration Ă  l’autonomie, Ă  l’ascension par ses propres moyens, Ă  ĂȘtre libĂ©rĂ© de toute tutelle et de toute contrainte. Elle seule peut apporter Ă  l’homme la reconquĂȘte de la prospĂ©ritĂ© et de la paix. Le libĂ©ralisme ne signifie pas la libertĂ© d’exploiter sans limite le pouvoir politique ou Ă©conomique ; il implique de s’insĂ©rer dans le bien commun, de prendre soin de ses con...

Table of contents

  1. Couverture
  2. Titre
  3. Impressum
  4. Mentions légales
  5. Devise
  6. Avant-propos
  7. Les entreprises suisses dans l’économie mondiale : pioniĂšres de la mondialisation
  8. L’« accord de libre-Ă©change » de Marignan : Ă©conomie extĂ©rieure, esprit d’entreprise et corporations bourgeoises
  9. Le Blocus continental napolĂ©onien (1803–1813) : la Suisse prise dans une guerre Ă©conomique mondiale
  10. Le triomphe du libĂ©ralisme (1830–1869) : les bases de la prospĂ©ritĂ©
  11. La fondation de l’Union suisse du commerce et de l’industrie
  12. La « premiĂšre mondialisation » aprĂšs l’ouverture du canal du Suez en 1869 : les entreprises suisses dans le monde
  13. Du pays du tourisme à la Belle Époque au pays des organisations internationales
  14. La crise économique mondiale des années 1930 : secret bancaire et dévaluation du franc
  15. Courant normal au cours de la Seconde Guerre mondiale : les origines du néolibéralisme
  16. L’empire occulte ? Malaise dans le petit pays le plus riche du monde
  17. Le Vorort sous la pression de la droite et de la gauche : polarisation de la politique intérieure
  18. L’association et la politique Ă©conomique internationale des annĂ©es 1990
  19. L’exception Suisse : le traitĂ© de Maastricht et un Marignan diplomatique
  20. Economiesuisse au XXIe siÚcle : retour aux valeurs fondamentales du libéralisme
  21. Les missions d’Economiesuisse à l’avenir : en dialogue avec le monde
  22. Annexe