Belle-rose
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Belle-rose

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Belle-rose

About this book

Belle-Rose, gentilhomme et soldat, ne peut obtenir la main de sa belle, car il ne peut prétendre à la fortune, ou à la noblesse de son rival. Il annonce qu'il les gagnera et qu'il reviendra... Suivent les années de combat pendant lesquelles il gagne l'amitié indéfectible de la Déroute et de son fidèle Grippard, mérite l'amitié des soldats et l'inimitiés des intrigants et des puissants. Le destin de notre héros sera bien sûr de retrouver sa belle et de se marier... Au-delà des aventures de Belle-Rose, ce roman est également un beau tableau de la vie militaire et civile sous Louis XIV.

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Information

Year
2021
eBook ISBN
9782322394685
Edition
1

XXXIX LE NEVEU DU JARDINIER

Après les premières effusions d’une affection mutuelle que l’absence avait augmentée, Suzanne prit les deux mains de Claudine.
– Voyons, Claudine, ne me cache rien ; Belle-Rose ?…
– Serais-je si joyeuse s’il n’était ici ? s’écria la jeune fille.
– Ici ! répéta Suzanne, qui devint toute pâle de bonheur.
– Nous y sommes tous : mon frère, Cornélius, la Déroute et notre pauvre Grippard aussi ; c’est une conspiration.
– Raconte-moi vite tout cela. Qu’a dit Jacques en apprenant ma captivité ? Comment a-t-il quitté l’Angleterre ? Lequel de vous a découvert ma retraite ? Que comptez-vous faire ? M. de Louvois ne sait-il rien de votre arrivée ? Voyons, parle donc !
– Mais, ma pauvre sœur, tu ne m’en laisses pas le temps. Tu interroges toujours.
– C’est que tu ne réponds jamais.
– Eh bien ! je répondrai, mais ailleurs.
– Ce banc ne te semble-t-il pas fort bon pour cela ? Cette charmille nous protège et nous cache.
– Si elle nous cache, elle peut en cacher d’autres.
Suzanne tressaillit et jeta un regard furtif autour d’elle.
– Que veux-tu dire ? reprit-elle.
– Je dis qu’il faut se défier de tout au couvent ; les arbres sont creux et les murs transparents ; il y a des oreilles et des yeux partout. Je ne vois pas un sureau ou quelque chèvrefeuille que je ne me rappelle l’histoire du roi Midas et de ses roseaux qui parlaient ; allons ailleurs.
Claudine entraîna Suzanne et s’arrêta tout au fond du parc, sous un berceau d’où l’on pouvait s’échapper en cas de surprise ; il y avait un petit gazon tout autour, et l’on voyait de tous côtés à la fois.
– Maintenant l’ennemi peut venir, dit Claudine en s’asseyant ; à la moindre alerte, tu prends par là, derrière ces grands ormes, et moi par ici, le long de ce mur.
Suzanne se fit répéter vingt fois les mêmes détails ; mais Claudine l’interrompant enfin :
– Tu me fais perdre tous mes instants, et ils sont précieux, dit-elle ; Belle-Rose te racontera tout cela, et tu prendras plus de plaisir à l’entendre. Il faut d’abord te délivrer.
– C’est bien difficile ! j’ai tant d’ennemis qui me haïssent !
– Mais tu as tant d’amis qui t’aiment !
– J’en ai quatre.
– Sais-tu beaucoup de gens qui puissent en dire autant ?
– Pardonne-moi, Claudine ; la liberté avec vous, ce serait le bonheur, et j’ai tant souffert que je n’y crois plus.
– Je laisse à mon ami Jacques le soin de t’y faire croire un peu, et c’est un soin dont il s’acquittera volontiers. Mais ne parlons plus de cela : dans quelle partie du couvent es-tu logée ?
– Dans l’aile droite ; tu peux voir ma chambre d’ici. Là-bas tout au bout.
– Celle qui fait le coin ?
– Précisément.
– Elle est à vingt pieds du sol ?
– À peu près.
– Au besoin on pourrait descendre avec les draps du lit noués ensemble ?
– Je le crois ; mais il y a les chiens.
Castor et Pollux.
– Ah ! tu les connais ?
– Je connais tout.
– Alors tu sais qu’ils sont lâchés la nuit ?
– Parfaitement. Te souviens-tu de la mythologie, Suzanne ?
– Un peu.
– Eh bien ! nous traiterons Castor et Pollux comme on traita Cerbère. Notre ami la Déroute aura soin de se munir d’un quartier d’agneau. Le gâteau de miel n’est plus de notre temps.
– Tu ris toujours, Claudine.
– Vaut-il mieux pleurer ?
– Mais après les chiens, il y a les jardiniers.
– On les endormira.
– Et puis les murs !
– On les franchira.
– Et il y a encore M. de Louvois.
– On s’en moquera.
– Et M. de Charny.
– Oh ! celui-là fera bien de ne pas se présenter devant notre ami Jacques !
– Tiens ! Claudine, reprit Suzanne, qui n’avait pu prononcer le nom du ministre et de son favori sans frémir, si cette tentative devait faire courir le moindre danger à Jacques, j’aimerais mieux prendre le voile et mourir ici.
– Et si tu devais rester au couvent seulement quinze jours de plus, Jacques aimerait mieux entrer tout de suite à la Bastille et n’en sortir jamais.
– Pauvre ami !
– Eh bien ! ma sœur, pour ce pauvre ami, nous pouvons bien nous exposer un peu.
– Tu sais bien que ce n’est pas pour moi que j’ai peur.
– Ma foi ! je n’ai pas grande crainte pour eux ; ils sont quatre de force à tailler en pièces toute la maréchaussée du royaume, dit Claudine d’un petit air crâne, bien qu’elle ne fût pas très rassurée au fond du cœur sur l’issue de leur entreprise.
Les deux amies s’embrassèrent pour se donner du courage.
– Voyons ! reprit Claudine, il faut bien nous entendre ! Cornélius vient tous les deux jours au parloir.
– C’est un peu beaucoup.
– Mais il y vient avec toutes sortes de bonnes choses pour les sœurs et toutes sortes de belles choses pour le couvent.
– Si bien qu’on regrette seulement qu’il ne vienne pas tous les jours.
– Tout juste. Il m’instruit des projets qu’ils ont combinés, Belle-Rose, la Déroute et lui ; tandis qu’ils agissent à l’extérieur, nous, agissons à l’intérieur ; je soustrais les clefs à la sœur Assomption, notre vénérable tourière, je me familiarise avec Castor et Pollux, nous laissons tous les jours quelques pièces d’or dans la main des jardiniers, et, le jour fixé pour l’évasion, nous sommes prêtes.
– Ah ! mon Dieu ! s’écria tout à coup Suzanne, la mère Scholastique de la Charité !
– Oh ! la mauvaise langue ! Sauve qui peut, répondit Claudine en tournant la tête du côté de la religieuse, qui marchait le nez dans son livre d’heures.
L’une prit du côté des ormes, l’autre du côté du mur, et toutes deux s’envolèrent comme des oiseaux. Tandis que les deux amies conspiraient dans l’intérieur du couvent, la Déroute ne perdait pas de temps à l’extérieur ; mais quelque effort d’imagination qu’il fît, il n’allait jamais assez vite au gré de Belle-Rose. Il poursuivait à la fois l’entrée de Grippard dans l’honorable corps de la maréchaussée et la sienne dans les jardins des bonnes sœurs. Le jour même de la conférence de Suzanne et de Claudine, la moitié de son souhait fut réalisé : Grippard vint le surprendre à l’hôtellerie du Roi David en grand costume de recors.
– Ah ! ah ! fit la Déroute, tu as donc réussi !
– Il le fallait bien, je me l’étais juré.
– Tu es entêté, à ce que je vois.
– Comme un Breton, quoique Picard. Mais ça n’a pas été sans peine.
– Vraiment !
– Depuis l’affaire de Villejuif, Bouletord est devenu soupçonneux comme un moine. Quand on lui dit blanc, il entend noir. Il a fallu m’y prendre à quatre fois pour réussir.
– Tant de mal pour se mettre ce vilain habit-là sur le dos, qui l’eût cru !
– Ça m’a coûté trente bouteilles des meilleurs crus d’Argenteuil, assaisonnées de mensonges et de jambons.
– Ah ! tu mens aussi ?
– Quelquefois, dit Grippard d’un air modeste. C’est un joli défaut qui sert parfois mieux que de belles qualités.
– C’est juste, répondit la Déroute avec philosophie.
– Et c’est là seulement ce qui m’a fait réussir.
– Conte-moi cela.
– Oh ! c’est fort simple. À notre premier déjeuner, il m’a montré un petit bout de sa haine contre Belle-Rose ; ça m’a fait réfléchir. Au second déjeuner, il m’a juré sur sa parole que si mon capitaine était capitaine, c’était par l’effet de mille scélératesses.
– Le gueux ! s’écria la Déroute en appliquant un furieux coup de poing sur la table.
– Au troisième déjeuner, reprit Grippard, il m’a fait serment de tuer Belle-Rose.
– On verra qui mourra le premier, murmura la Déroute en tourmentant la poignée de sa rapière.
– Au quatrième déjeuner, continua le narrateur, une idée magnifique m’a tout à coup illuminé : je lui ai fait confidence, entre six bouteilles vides et deux verres pleins, que je haïssais Belle-Rose à la mort. Bouletord a failli m’embrasser. Je lui ai cont...

Table of contents

  1. Pages de titre
  2. I LE FILS DU FAUCONNIER
  3. II LES PREMIÈRES LARMES
  4. III UN PAS DANS LA VIE
  5. IV L’ESCARMOUCHE
  6. V UN INTÉRIEUR DE CASERNE
  7. VI LES ILLUSIONS PERDUES
  8. VII LES GOUTTES DU CALICE
  9. VIII UNE MAISON DE LA RUE CASSETTE
  10. IX UN AMI CONTRE UN ENNEMI
  11. X UNE FILLE D’ÈVE
  12. XI L’ÉCLAIR D’UNE PASSION
  13. XII LES RÊVES D’UN JOUR D’ÉTÉ
  14. XIII UN SERPENT DANS L’OMBRE
  15. XIV L’AGONIE
  16. XV UN PAS VERS LA TOMBE
  17. XVI LA VEILLE DU DERNIER JOUR
  18. XVII LA MAIN D’UNE FEMME
  19. XVIII L’ÉTOURDERIE D’UN HOMME GRAVE
  20. XIX LE BON GRAIN ET L’IVRAIE
  21. XX JEU DE CARTES ET JEU DE DÉS
  22. XXI LE BIEN ET LE MAL
  23. XXII LA CONFESSION D’UNE MADELEINE
  24. XXIII UN GUET-APENS
  25. XXIV UNE ÂME EN PEINE
  26. XXV VILLE GAGNÉE
  27. XXVI UNE MISSION DIPLOMATIQUE
  28. XXVII DEUX CŒURS DE FEMME
  29. XXVIII LES ARGUMENTS D’UN MINISTRE
  30. XXIX CE QUE FEMME VEUT, DIEU LE VEUT
  31. XXX UN COUP DE FEU
  32. XXXI LE REVERS DE LA MÉDAILLE
  33. XXXII UNE PROFESSION DE FOI
  34. XXXIII LE COUVENT DE LA RUE DU CHERCHE-MIDI
  35. XXXIV UNE NUIT BLANCHE
  36. XXXV LA RENONCIATION
  37. XXXVI LA DERNIÈRE HEURE
  38. XXXVII UNE BONNE FORTUNE
  39. XXXVIII LE SIÈGE DU COUVENT
  40. XXXIX LE NEVEU DU JARDINIER
  41. XL UN COUP DE POIGNARD
  42. XLI LE SECOURS DU FEU
  43. XLII LE MENDIANT
  44. XLIII L’ABBESSE DU COUVENT DE SAINTE-CLAIRE
  45. XLIV UN NID DANS UN COUVENT
  46. XLV LE CHEVALIER D’ARRAINES
  47. XLVI PAR MONTS ET PAR VAUX
  48. XLVII UN LOUVETEAU
  49. XLVIII VAINCRE OU MOURIR
  50. XLIX LE PRINTEMPS DE 1672
  51. L UN VOYAGE D’AGRÉMENT
  52. LI LE RHIN
  53. LII UN RAYON DE SOLEIL
  54. LIII LA RUE DE L’ARBRE-SEC
  55. Page de copyright

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