Vers l'an de grâce 16..., il n'était pas, dans l'ancienne province de la Marche, d'ennemis plus irréconciliables, ni d'amis plus intimes, que le jeune huguenot Armand-Louis de la Guerche, et son voisin, le catholique Renaud de Chaufontaine. Lorsque, après la prise de La Rochelle par les troupes de Richelieu, M. de la Guerche s'enfuit en Suède, chargé de documents précieux pour le roi Gustave-Adolphe, il retrouve dans des circonstances dramatiques son ami Renaud ainsi que la ravissante Adrienne de Souvigny. De multiples péripéties entraîneront alors les jeunes gens jusqu'au siège de Magdebourg, où l'histoire se dénouera à la satisfaction des héros, et par le châtiment de leurs adversaire

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Les coups d'épée de M. de la Guerche
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XVIII LA ROCHELLE
Quelques mois se sont écoulés ; attaquée du côté de terre, bloquée du côté de la mer par une jetée et par une flotte, séparée du monde par les forces imposantes que le cardinal de Richelieu a réunies autour de ses murailles croulantes, La Rochelle est arrivée à cette heure fatale où la garnison, affamée et décimée, défend bien plus son honneur que la ville assiégée. Armand-Louis et Renaud se sont séparés à Dunkerque. Avant de courir à de nouvelles aventures, qui peuvent les faire se rencontrer sur des champs de bataille, épée contre épée, ils se sont embrassés.
– N’épargne pas plus les catholiques que je n’épargnerai les huguenots, dit Renaud à son frère d’armes.
Et tandis que l’un, déguisé en colporteur, la balle sur la croupe du cheval, cherchait une route écartée qui lui permît de pénétrer dans la place investie, l’autre, au grand jour, le front haut, la rapière au flanc prenait le plus court, en compagnie de Carquefou, pour se rendre au camp du cardinal.
Tous deux avaient réussi. Passant comme une flèche au travers des balles, le cheval d’Armand-Louis l’a porté jusqu’aux portes de la ville, qui se sont ouvertes et refermées sur le cavalier. À la première rencontre, Renaud est rentré sous sa tente, l’épée rouge. Il avait payé sa bienvenue.
À la vue de son bien-aimé fils, M. de Charnailles, blessé, dévoré par la fièvre et l’insomnie, a trouvé la force de le serrer dans ses bras et de pleurer.
– Je mourrai content, lui dit-il, je sais maintenant que tu es digne du sang dont tu sors.
Rien de plus terrible et de plus navrant que l’aspect de La Rochelle. Les boulets et les bombes du cardinal y ont opéré de larges trouées ; des pans de murs sont battus ; des maisons, renversées de fond en comble, fument, à demi rongées par un reste d’incendie ; les églises, toutes portes ouvertes, sont à toute heure remplies d’une foule silencieuse de femmes et d’enfants, qui prient à genoux parmi les décombres. Les hommes sont aux remparts. À toute minute, un projectile passe en sifflant, heurte un toit, crève un mur, perce une tour et soulève, en tombant, un nuage de poussière. Chaque mur chancelle ; les brèches s’élargissent, le travail d’une nuit suffit à peine à réparer les désastres d’une heure. Les morts s’amoncellent. On n’espère plus le salut, on cherche l’occasion de bien tomber. La cité tout entière est en deuil.
Dans le camp ennemi, abondamment pourvu de toutes choses, le cardinal attend l’heure désirée qui, en lui livrant La Rochelle, lui permettra de porter tous ses efforts sur l’Europe, et de frapper la maison d’Autriche. Il calcule combien de jours le séparent encore de ce moment décisif. Il presse le travail des ingénieurs, il active l’ardeur des soldats. Souvent, il contemple la ville dont les derniers canons grondent encore. Son regard s’assombrit :
– Que de braves gens qui tombent là dedans ! dit-il ; mais je vaincrai la ville rebelle, dussé-je n’en pas laisser pierre sur pierre ! Il faut que la France soit une et forte dans la main du roi !
Et les batteries qu’il visite après, vomissent le fer et le feu.
Un matin, M. de la Guerche entre chez M. de Charnailles, qui parfois se traîne jusqu’à un bastion pour mettre lui-même le feu à quelque coulevrine. C’est l’âme qui soutient la vie et lui commande de durer ; le corps est épuisé. À la vue de son petit-fils, hâve, le regard enflammé, noir de poudre, le vieux gentilhomme se soulève sur son lit :
– Eh bien ? dit-il.
– Tout est perdu ! répond Armand-Louis.
M. de Charnailles regarde le ciel :
– Seigneur ! Seigneur ! que Ta volonté soit faite ! s’écrie-t-il.
Puis, assurant son regard, et d’une voix ferme :
– À présent, va-t-on se rendre ? reprend-il.
– Non ; il y a encore des canons en état de tirer, des bras en état de frapper.
– Alors pourquoi se désespérer ? Dieu, qui a sauvé Son peuple dans le désert, ne peut-Il pas tirer La Rochelle de l’abîme ?
– Un messager est entré cette nuit dans la ville ; tout secours est impossible ; la flotte anglaise, lasse de tenir la mer inutilement, regagne ses ports ; nous restons seuls.
– Quelqu’un parle-t-il de capituler ?
– Personne ; chacun est à son poste ; mais si c’est assez pour tous de bien mourir, pour moi je veux faire plus.
– Parle.
– Je viens vous demander votre bénédiction. Dans une heure, je serai dans le camp de l’ennemi. Il se peut que je n’en revienne pas.
M. de Charnailles embrassa Armand-Louis.
– As-tu pensé à Mlle de Souvigny ? lui dit-il.
– Il n’est pas de minute où je n’entende son nom dans mon cœur, répondit Armand-Louis, mais elle sait que la voix de l’honneur est écoutée la première. Si je ne dois jamais la revoir, je veux qu’elle sache que j’étais digne d’elle.
– Très bien, mon fils ; à présent, explique-toi.
– Nous sommes ici cinquante gentilshommes qui avons fait serment de renverser la batterie qui bat la porte de Cogne. C’est un adieu que nous voulons faire au cardinal, une visite que veulent lui rendre des soldats qui n’auront plus bientôt d’autre patrie qu’un tombeau ou qu’une épée. Hier, cette batterie redoutable a été armée de ses dernières bombardes ; c’est par là qu’on veut ouvrir la brèche destinée au passage du roi… Ce soir, cette batterie ne sera plus qu’un monceau de décombres. Alors nous aurons payé notre dette ; l’honneur sera sauf.
– Voilà pour la mort ; mais pour le succès ?
– Nous sommes cinquante, je vous l’ai dit. À cette troupe déterminée se joindront deux cents piquiers et hommes d’armes qui nous suivront jusqu’au bout. Un émissaire qui a pénétré dans le camp cette nuit nous a fait connaître que le cardinal doit visiter aujourd’hui même de nouveaux travaux de sape entrepris à l’autre extrémité du camp, du côté du fort Saint-Louis. On ne nous croit plus en état de rien tenter hors de nos murs, mais on n’a pas compté sur le secours du désespoir. Le fort Beaulieu, qui fait face à la porte de Cogne, est insuffisamment armé ; la garnison, qui compte sur notre épuisement, dort la moitié du jour ou s’éparpille en maraude. À midi, nous fondons sur la batterie que cette garnison est appelée à protéger ; elle sera mal gardée ; nous passons sur le corps de ceux qui la défendent ; et, si nous pouvons pénétrer jusqu’à la tente autour de laquelle se promène si souvent la robe rouge de M. de Richelieu, nos implacables ennemis connaîtront ce que peut amonceler de ruines une poignée d’hommes résolus à tout braver.
M. de Charnailles joignit ses mains sur le front d’Armand-Louis :
– Que Dieu t’assiste ! mon fils, sois béni ! dit-il.
Les choses se firent comme M. de la Guerche l’avait annoncé. Un peu avant midi, les cinquante gentilshommes et les deux cents hommes de pied se réunirent derrière la contrescarpe qui défendait les approches de la porte de Cogne. Chacun des cavaliers prit un homme en croupe. Au dernier coup de midi, la poterne cachée dans un angle du bastion s’ouvrit et la troupe sortit comme une avalanche. Avant que les sentinelles eussent déchargé leurs mousquets, la distance qui séparait la porte de la batterie catholique fut à moitié franchie. Quelques canonniers, réveillés en sursaut, mirent le feu aux pièces ; mais, pointées contre le mur, elles envoyèrent leurs boulets par-dessus les premiers rangs. Quelques hommes tombèrent cependant, mais Armand-Louis et vingt cavaliers sautèrent dans les batteries avant que les pièces fussent rechargées, et firent main basse sur les canonnières.
– En avant ! cria-t-il aux piquiers qui montaient par toutes les ouvertures.
– En avant ! répondirent deux cents voix exaltées par la fièvre du triomphe.
– Moi, je reste, dit un vieux soldat.
Et, prenant une pioche, il se mit à creuser la terre au pied de l’épaulement.
C’était un piquier qui, pris de terreur, peu de jours auparavant, avait abandonné son poste. Depuis lors, on n’avait pas vu visage plus sombre dans La Rochelle.
Armand-Louis le regarda d’un air de mépris.
– À ta guise. Tu compteras ceux qui reviendront, dit-il.
Le visage du piquier devint blême.
– Que ceux qui reviendront m’oublient ! dit-il.
Et il frappa la terre à coups redoublés.
Comme un torrent vainqueur d’une digue, le flot des assaillants se précipita sur les lignes de l’armée royale.
Mais là, il y avait déjà des bandes rassemblées à la hâte, qui portaient l’épée et le mousquet.
Les premières, rompues par la violence du choc, se replièrent sur d’autres, et la mêlée devint terrible.
Cependant, les décharges de la mousqueterie, succédant tout à coup aux détonations de l’artillerie, venaient d’attirer l’attention du cardinal. Il quitta la partie des lignes qu’il visitait et regarda du côté de la batterie qui battait en brèche la porte de Cogne. Elle était alors au pouvoir des huguenots.
La première pensée du cardinal fut que les assiégeants avaient reçu des renforts par un côté de ses lignes ouvertes et qu’ils reprenaient l’offensive. Mais aucune troupe ne sortait de la ville ; devant lui, il n’y avait qu’une poignée de com...
Table of contents
- Pages de titre
- I CASTOR ET POLLUX
- II LA GRANDE-FORTELLE
- III PREMIERS SOUPIRS
- IV OÙ CARQUEFOU FAIT SON ENTRÉE DANS LE MONDE
- V L’HOMME À LA CROIX ROUGE
- VI CONVERSATIONS À HUIS CLOS
- VII À BON CHAT, BON RAT
- VIII MILANS ET FAUCONS EN VOYAGE
- IX OÙ L’ON VOIT QUE LES HÔTELLERIES SE SUIVENT ET NE SE RESSEMBLENT PAS
- X FLAMBERGE AU VENT
- XI COURSE AU CLOCHER
- XII LE « BON SAMARITAIN »
- XIII LES DEUX COUSINES
- XIV LA PETITE MAISON BLANCHE
- XV UNE FAUVETTE DANS UN NID
- XVI LE COUP DE FOUDRE
- XVII UN SERPENT SOUS L’HERBE
- XVIII LA ROCHELLE
- XIX LES HASARDS D’UN VOYAGE PAR TERRE ET PAR MER
- XX PEAU DE TIGRE ET CŒUR DE LION
- XXI LE MASQUE TOMBE
- XXII UN HABILE HOMME
- XXIII LES JARDINS DU ROI
- XXIV CHARYBDE ET SCYLLA
- XXV VIVE LE ROI !
- XXVI PARTIE ET REVANCHE
- XXVII LE RETOUR DE L’ENFANT PRODIGUE
- XXVIII CONFESSIONS ET PETITS PROJETS
- XXIX VOILE NOIR ET VOILE BLANCHE
- XXX LE COMTE ÉBERART
- XXXI UNE ANCIENNE CONNAISSANCE
- XXXII DÉCLARATION DE GUERRE
- XXXIII UNE RENCONTRE IMPRÉVUE
- XXXIV LE CONSEIL DES QUATRE
- XXXV UN VOYAGE D’AGRÉMENT
- XXXVI SORCIER CONTRE SORCIÈRE
- XXXVII LE DÉJEUNER DE DEUX AMIS
- XXXVIII MENUS PROPOS
- XXXIX SAUVE QUI PEUT
- Page de copyright
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