Envers et contre tous
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Envers et contre tous

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Envers et contre tous

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La suite des «Coups d'épée de M. de La Guerche» par

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Information

Year
2021
eBook ISBN
9782322394708
Edition
1

XXXII LES COUPS DU SORT

Tout dans le camp présentait le spectacle d’une sourde agitation. Les escadrons et les bataillons prenaient leur rang de combat. On savait que le roi de Suède et Wallenstein devaient se mesurer le lendemain. Les officiers allaient et venaient, distribuant des ordres. Les canons roulaient, les plus vieux soldats examinaient leurs armes.
Armand-Louis se rendit chez Gustave-Adolphe, qui lui ouvrit ses bras ; il fut frappé de l’air de gravité qu’avait le roi.
– Je vous amène ce qui reste vivant des dragons de la Guerche, dit-il après qu’il eut mis le roi, en quelques mots, au fait de la situation de ses affaires.
– Tant mieux, répondit Gustave-Adolphe, nous n’aurons pas trop de nos meilleurs soldats.
– Pensez-vous, Sire, que Wallenstein soit plus redoutable que le comte de Tilly ? Le bourg de Lutzen sera pour Votre Majesté comme la ville de Leipzig, il baptisera une victoire nouvelle.
– Dieu est le maître, puisse-t-Il vous entendre !
D’une main ferme, Gustave-Adolphe fit voir à M. de la Guerche le plan des positions occupées par les deux armées.
– Je ne suis pas en état d’attendre l’hiver, non plus que Wallenstein, reprit-il ; je lui offre la bataille, et il l’acceptera pour ne pas mériter le reproche qu’on lui fait depuis Nuremberg, de ne pas oser se mesurer contre les armes du roi de Suède. Wallenstein est un grand général. Tout ce que le génie d’un homme peut inventer de combinaisons pour assurer la victoire à son drapeau, il le trouvera. Combien qui vivent aujourd’hui dormiront demain du sommeil éternel ! Vous serez près de moi, la Guerche.
– C’est la place la plus dangereuse ; merci de me l’avoir donnée, Sire.
En sortant de la tente du roi, Armand-Louis demanda à M. de Brahé des nouvelles du duc de Lauenbourg.
– Voilà deux jours qu’il est parti, répondit Arnold.
– Dieu veuille qu’il ne revienne plus ! s’écria M. de la Guerche.
Quelques heures séparaient encore la nuit du moment solennel où la grande bataille devait commencer. Armand-Louis sortit du camp pour voir Adrienne encore une fois. Comme il en franchissait l’enceinte, il rencontra Magnus qui marchait sur la piste d’un homme de mince apparence, qui poussait des talons et de la voix un cheval maigre et chétif.
– Si Magnus est toujours l’homme que j’ai connu, dit le vieux reître, m’est avis que j’ai vu la mine de ce coquin dans l’hôtellerie où le seigneur Mathéus portait le froc d’un moine.
– Et que t’importe ! murmura M. de la Guerche.
– On dit que dans les pays d’Afrique, les chacals précèdent les hyènes qui vont à la curée. Maître Innocent pourrait bien être l’éclaireur d’un bandit qui a nom Jacobus, et dont j’ai cru reconnaître le profil anguleux et la barbe rouge au moment où vous entriez chez le roi… C’est une idée dont je veux causer avec lui.
Mais au moment où Magnus faisait mine de tourner bride, maître Innocent joua de l’éperon, et le cheval maigre et chétif partit comme la foudre ; en quelques minutes, il fut hors d’atteinte.
– Eh ! eh ! murmura Magnus, voilà qui m’enracine dans mes soupçons… nous verrons la hyène après le chacal.
– Eh bien ! répliqua Armand-Louis, ne sommes-nous pas là pour les recevoir ?
Tandis que tout se préparait dans le camp suédois pour l’action décisive du lendemain, Wallenstein était en conférence avec le duc François-Albert, qui lui faisait part de la résolution prise par le roi Gustave-Adolphe.
– J’ai perdu deux fois vingt-quatre heures à vous chercher dans les montagnes, entre Cambourg et Weissenfels, et à battre les bords de la Saale. À votre tour, ne perdez pas une heure. Le roi de Suède sera sur vous demain.
– En êtes-vous bien sûr ? s’écria Wallenstein, qui se leva. Hier le roi marchait sur la Saxe.
– Il a levé le camp qu’il avait à Naunbourg et s’avance à marches forcées sur Weissenfels.
– Le comte Kolloredo s’y trouve ?
– Il tient le fort, mais il n’empêchera pas le roi Gustave-Adolphe de passer. Croyez-le, monseigneur, la bataille est inévitable.
– Elle ne sera inévitable que si je consens à l’accepter.
– Et si Votre Altesse la refuse, ses ennemis assureront qu’elle n’ose pas rencontrer le roi de Suède en rase campagne.
Wallenstein rougit.
– Ah ! on a dit cela !
– Ceux qui ne vous connaissent pas, monseigneur, se font un malin plaisir de colporter partout ces calomnies.
– Combien de soldats Gustave-Adolphe a-t-il dans sa main ?
– Vingt mille.
– C’est plus d’hommes que je ne puis lui en opposer.
– Mais, vous êtes Wallenstein et vous les commandez. Vous avez d’ailleurs l’avantage de la position. Si vous reculez, ne craignez-vous pas de perdre, par cette retraite, le prestige de vingt victoires ? Le roi de Suède vous a attaqué, ce me semble, dans vos retranchements de Nuremberg. Le vainqueur de Tilly a-t-il pu vous entamer ?
– C’est vrai ; mais, voyez le hasard, hier, par mon ordre et dans la conviction où j’étais que la campagne était finie, le comte de Pappenheim s’est séparé de moi et marche sur Mortzbourg.
– Il faut le rappeler en toute hâte ; il ne peut pas être à plus de sept ou huit lieues.
– Vous chargeriez-vous de l’atteindre ?
– Oui ; et, le comte ramené au camp, je cours rejoindre le roi de Suède.
– Partez alors. Voici l’ordre signé et revêtu de mon sceau. Moi, je vais prendre conseil de mes généraux.
Mais c’était moins le comte Kolloredo ou Piccolomini que le duc de Fridland allait consulter que l’astrologue Seni.
L’entretien qu’il venait d’avoir avec le duc de Lauenbourg était loin d’avoir déterminé Wallenstein à accepter la bataille dont le menaçait Gustave-Adolphe ; il était dans sa politique de temporiser, et, bien qu’ébranlé par les arguments à l’aide desquels l’astucieux François-Albert avait piqué son amour-propre, il faisait dépendre sa résolution de la réponse des astres.
L’astrologue Seni occupait une maison au sommet de laquelle les ouvriers du camp avaient élevé une terrasse sur une sorte de tour où l’habile homme vivait au milieu d’un arsenal d’instruments. On ne voyait sur les murs que figures cabalistiques et calculs algébriques.
Au moment où Wallenstein entra dans la tour, Seni observait la marche des astres.
À la vue du firmament tout resplendissant d’étincelles, à la vue surtout de cet homme silencieux qui traçait sur une feuille de papier des signes et des chiffres dont le sens lui échappait, le général, que cent canons tirant à la fois ne faisaient pas frissonner, trembla de la tête aux pieds.
– Que disent les planètes ? demanda-t-il d’une voix émue.
Seni avait reçu précédemment la visite de François-Albert ; mais il n’était pas dans ses habitudes de se compromettre par des réponses catégoriques.
– Mars était bien rouge, ce soir… la terre s’abreuvera de sang bientôt ! dit-il.
– C’est une rosée qui tombe presque chaque jour dans les temps orageux où nous vivons. Mais, vous avez jeté les yeux sur l’étoile du roi de Suède ? poursuivit le duc de Friendland.
– Elle était voilée hier, ce matin plus voilée encore… cependant elle n’était point effacée… Saturne la menace ainsi que Jupiter… J’ai fait mes calculs sur la conjonction des astres… un grand événement est proche.
– Ah !
– Voyez votre étoile, monseigneur, quel vif éclat malgré l’approche de Mercure, astre ennemi dont Sirius, qui vous protège, combat l’influence… La vérité se lit dans le ciel en caractères de feu… Voyez cette étoile qui passe et s’éteint ; une autre encore fuit et disparaît… une troisième, plus resplendissante, s’élance des profondeurs du firmament… dans sa course, elle effleure le belliqueux Lion et le Bélier ami des batailles… Qu’il prenne garde !
– Qui ? Expliquez-vous ! demanda Wallenstein, qui ne respirait plus.
– L’astre qui est le maître de sa vie a pâli. Le ciel l’a dit et le répète : les ides de novembre seront fatales à Gustave-Adolphe !
La poitrine de Wallenstein se gonfla.
– Et c’est aujourd’hui le 1er novembre ! s’écria-t-il.
Seni traça sur le papier des chiffres et des paraboles ; Wallenstein le regardait retenant son souffle.
– Oui, fatales ! bien fatales ! répéta Seni ; le soleil s’est couché dans la pourpre… Que tu étais sombre, alors, étoile de Gustave-Adolphe !
Comme il sortait de la maison de Seni, Wallenstein, à demi vaincu, mais encore hésitant, rencontra un homme qui le cherchait. Il reconnut l’écuyer de Mme d’Igomer.
– Ah ! monseigneur ! dit cet homme.
Et, mettant un genou en terre, il lui présenta une écharpe souillée de boue et tout humide encore.
– Dieu ! morte ! s’écria Wallenstein.
L’écuyer se releva et, le front nu, raconta au comte de Friedland comment la baronne d’Igomer avait perdu la vie ; une seule chose avait surnagé, c’était ce tissu de soie, sauvé par sa légèreté. Maintenant Thécla dormait du sommeil éternel sous les glaïeuls et les joncs du marais.
Wallenstein écoutait l’écuyer d’un air sombre.
– Ah !… s’écria-t-il enfin, que la terre boive le sang… j’ai payé mon holocauste !
Et, mandant autour de lui les généraux de l’armée impériale, Isolani, Kolloredo, Piccolomini, Terzki :
– Messieurs, leur dit-il, demain nous livrons bataille à Gustave-Adolphe !
Toutes les dispositions furent prises pendant les quelques heures qui les séparaient du jour. Des fossés profonds hérissés de pieux s’étendirent sur les deux côtés de la route qui courait de Weissenfels à Leipzig entre les deux armées ; les troupes impériales, divisées en cinq brigades, prirent position, à trois cents pas de cette route, l’aile gauche appuyée au canal qui joint l’Elster à la Saale, et des batteries promptement établies dressèrent leurs canons sur toutes les hauteurs.
Cependant ...

Table of contents

  1. Pages de titre
  2. I LES CONSEILS DU DÉSESPOIR1
  3. II MAGDEBOURG
  4. III LES PROPHÉTIES DE MAGNUS
  5. IV LA TORCHE ET L’ÉPÉE
  6. V PRIS AU PIÈGE
  7. VI BADINAGES AUTOUR D’UN PÂTÉ
  8. VII UN CHŒUR DE MOINES
  9. VIII L’HÔTELLERIE DE MAÎTRE INNOCENT
  10. IX LE SERMENT DE MAGNUS
  11. X COUPS D’ÉPINGLE ET COUPS DE GRIFFES
  12. XI LES SECOURS DU HASARD
  13. XII CHACUN SON VERRE
  14. XIII LA BATAILLE
  15. XIV LES ROUERIES D’UNE FILLE D’ÈVE
  16. XV OÙ Mlle DE PARDAILLAN ET Mlle DE SOUVIGNY CONNAISSENT TOUT À LA FOIS LES PLAISIRS DE LA VILLE ET CEUX DE LA CAMPAGNE
  17. XVI LE CHÂTEAU DE DRACHENFELD
  18. XVII PROPOSITIONS ET PROVOCATIONS
  19. XVIII LA PETITE MAISON DE NUREMBERG
  20. XIX QUATRE CONTRE UN
  21. XX LES ARGONAUTES À CHEVAL
  22. XXI UNE HALTE AUTOUR D’UN MUR
  23. XXII CE QUE FEMME VEUT
  24. XXIII LA POTERNE DE DRACHENFELD
  25. XXIV REQUIESCAT IN PACE !
  26. XXV LA RETRAITE DES TROIS CENTS
  27. XXVI LE PARLEMENTAIRE
  28. XXVII LA VOIX DU CANON
  29. XXVIII LE MARAIS
  30. XXIX LA LOUVE ET LE LOUP
  31. XXX À TOUTE OUTRANCE
  32. XXXI UN TIGRE AUX ABOIS
  33. XXXII LES COUPS DU SORT
  34. XXXIII LES MORTS VONT VITE
  35. Page de copyright

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