Conflits de famille
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Conflits de famille

Comment sortir des impasses relationnelles entre parents et enfants

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Conflits de famille

Comment sortir des impasses relationnelles entre parents et enfants

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L'Ă©ducation parentale est l'un des ciments de notre sociĂ©tĂ©. Au travers de la famille, chaque parent s'Ă©vertue Ă  offrir un cadre structurant Ă  leurs enfants qui leur permettra de trouver leur place dans la sociĂ©tĂ© et devenir des adultes Ă©panouis et responsables. Malheureusement certaines rĂšgles censĂ©es ĂȘtre structurantes peuvent rapidement se transformer en un cadre trop rigide Ă  l'origine de situations conflictuelles Ă  rĂ©pĂ©tition, et dont il est trĂšs difficile de s'affranchir. Une fois engluĂ©s dans des relations difficiles, comment s'en sortir? Dans cet ouvrage sur les relations familiales, Giorgio Nardone et ses collaborateurs ont rĂ©uni le travail de plusieurs annĂ©es de recherches-interventions auprĂšs de centaines de familles. Il en rĂ©sulte six modĂšles de cellules familiales potentiellement gĂ©nĂ©rateurs de conflit. Riche de descriptions thĂ©oriques et de cas cliniques qui illustrent chacun des modĂšles, les auteurs prĂ©sente des stratĂ©gies de solutions simples, claires et rapides.

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Information

CHAPITRE 1

L’évolution de la famille


De la carence affective Ă  la surprotection

« Si un premier coup d’Ɠil l’a trompĂ©, un second le dĂ©trompe. »
Monsieur l’abbĂ© de Condillac, La logique ou les premiers dĂ©veloppements de l'art de penser
De l’aprĂšs-guerre Ă  aujourd’hui, en Italie comme en France, l’organisation de la famille a fortement Ă©voluĂ©. Ces transformations ont fait suite aux changements Ă©conomiques, sociaux et culturels qui ont marquĂ© ces cinquante derniĂšres annĂ©es. Nous sommes passĂ©s d’une famille de type purement « patriarcal » Ă  une famille « nuclĂ©aire ». Selon les statistiques les plus rĂ©centes de l’ISTAT (Institut national de statistiques italien), le nombre moyen des membres d’un foyer a encore diminuĂ©1. On rencontre de plus en plus de familles ayant choisi de n’avoir qu’un seul enfant. Nous assistons donc Ă  la formation d’arbres gĂ©nĂ©alogiques inversĂ©s ayant pour consĂ©quence que les parents, les grands-parents, les tantes et les oncles, bien souvent cĂ©libataires, reportent toute leur affection sur l’enfant unique.
L’évolution des mentalitĂ©s et l’aggravation du problĂšme du chĂŽmage incitent les jeunes, dont la formation et les besoins de la vie quotidienne sont pris en charge par leurs parents, Ă  quitter le domicile familial de plus en plus tard. De fait, 70 % des jeunes, principalement des hommes, bien qu’étant financiĂšrement indĂ©pendants, continuent Ă  vivre chez leurs parents jusqu’à l’ñge de 30 ans, se trouvant confortablement installĂ©s dans le giron maternel2. On parle de « famille avec adulescents3 », au sein de laquelle cohabitent des adultes. En 19994, la revue Time a consacrĂ© un reportage Ă  cet Ă©tat de fait. Les journalistes ont interviewĂ© des familles au sein desquelles vivaient des jeunes de plus de 30 ans, qui travaillaient dĂ©jĂ  et Ă©taient financiĂšrement indĂ©pendants. Lorsqu’il leur a Ă©tĂ© demandĂ© d’expliquer ce choix, les trentenaires ont rĂ©pondu : « Pourquoi j’irais vivre tout seul ? Ma mĂšre me chouchoute. Elle fait la cuisine
 et c’est meilleur qu’au restaurant. Mes chemises sont bien repassĂ©es, ma chambre est toujours rangĂ©e et ça sent bon. Et en plus, mon pĂšre rĂ©sout tous mes problĂšmes. Il va acheter mes vignettes, s’occupe de mon assurance, va chercher mon courrier, fait la queue dans les bureaux, Ă  la banque... Il emmĂšne ma voiture au garage et va la rechercher, c’est gĂ©ant ! » Et les parents, de leur cĂŽtĂ©, avaient dĂ©clarĂ© : « L’amour n’a jamais fait de mal Ă  personne. Qui, mieux que des parents, peut aider en cas de problĂšme ? Il vit encore Ă  la maison parce qu’il sait qu’il peut toujours compter sur nous. »
La complĂ©mentaritĂ© entre les positions des parents et des enfants est parfaite. Les parents protĂšgent, les enfants exigent des privilĂšges. Cependant, ce type d’interaction basĂ©e sur une forme de complicitĂ© entre parents et enfants, se complaisant dans la routine de la famille d’origine, est en fait une forme pathogĂšne de relations familiales. Sa pathogĂ©nĂšse rĂ©side dans le ralentissement ou mĂȘme le blocage du cours naturel de l’évolution du jeune qui, pour devenir adulte, a besoin de trouver autonomie et indĂ©pendance. Il doit ĂȘtre en mesure d’assumer ses responsabilitĂ©s personnelles et sociales.
À ce sujet, je me permets une rapide digression en abordant la thĂ©orie et les Ă©tudes sur l’évolution de l’ĂȘtre humain et de ses relations avec ses semblables et le monde qui l’entoure.
La maniĂšre dont la psychologie considĂšre l’enfance et l’adolescence a fortement Ă©voluĂ© depuis plusieurs siĂšcles. Nous sommes passĂ©s, en plusieurs Ă©tapes, d’une conception « orientĂ©e adulte » Ă  une vision « orientĂ©e enfant », qui est celle de notre sociĂ©tĂ© actuelle5.
La thĂ©orie du « petit homme » a perdurĂ© jusqu’à la fin du XVIIe siĂšcle. Selon cette derniĂšre, le spermatozoĂŻde serait dĂ©jĂ  un adulte miniature. Il grandirait mais ne changerait pas, tant moralement que physiquement. En consĂ©quence, en peinture, les enfants Ă©taient reprĂ©sentĂ©s comme de petits adultes un peu difformes. En littĂ©rature, ils Ă©taient supposĂ©s avoir les mĂȘmes centres d’intĂ©rĂȘt, les mĂȘmes motivations que les grandes personnes et Ă©taient censĂ©s adopter des stratĂ©gies de rĂ©solution de problĂšmes d’adultes. En consĂ©quence, leur Ă©ducation Ă©tait trĂšs stricte et ils Ă©taient sĂ©vĂšrement punis quand ils ne se comportaient pas de maniĂšre responsable.
Le philosophe Jean-Jacques Rousseau a Ă©tĂ© l’un des premiers Ă  remettre en question cette vision de petit adulte. Il a affirmĂ© que l’enfant avait sa propre façon de vivre, de penser, de ressentir et qu’il Ă©voluait d’une maniĂšre qui lui Ă©tait propre. Par la suite, Sigmund Freud a Ă©tudiĂ© les stades d’évolution du dĂ©veloppement affectif de l’enfant. Jean Piaget, quant Ă  lui, s’est intĂ©ressĂ© Ă  son dĂ©veloppement cognitif.
La thĂ©orie des relations objectales (Spitz, Klein, Winnicott, Mahler, Bowlby) a mis ensuite en Ă©vidence l’importance de la relation de l’enfant avec sa mĂšre et le rĂŽle que jouent ses stimulations sensorielles. Cette thĂ©orie a traitĂ© des divers types de relations et de leurs consĂ©quences sur le dĂ©veloppement psychique de l’enfant6.
Cette approche « orientĂ©e enfant » a permis de mieux comprendre ce dernier. Le rĂŽle de protecteur et d’éducateur que l’adulte doit avoir envers lui en a Ă©tĂ© amĂ©liorĂ©. Cette vision a Ă©galement jouĂ© un rĂŽle prĂ©pondĂ©rant dans l’abolition du travail des enfants. Tout comme elle a eu pour consĂ©quence de voir apparaĂźtre des mĂ©thodes d’enseignement moins autoritaristes et plus orientĂ©es vers le dialogue, favorisant une meilleure communication entre enseignants et Ă©lĂšves. Et enfin, elle a mis en lumiĂšre les effets funestes de la maltraitance, de la pauvretĂ© et de la privation affective.
Mais mĂȘme une bonne intuition peut se transformer en une horrible caricature si elle est poussĂ©e trop loin, si elle est trop simpliste, ou extraite de son contexte lorsqu’on veut l’appliquer. Les ouvrages pĂ©dagogiques publiĂ©s au cours de ces derniĂšres dizaines d’annĂ©es ont prĂ©sentĂ© aux parents une sĂ©rie de concepts, de mythes, d’affirmations pseudoscientifiques et d’idĂ©ologies non vĂ©rifiĂ©es. Ces diffĂ©rentes donnĂ©es ont Ă©tĂ© largement diffusĂ©es par les mĂ©dias et lĂ©gitimĂ©es par une application spĂ©cieuse des thĂ©ories et des dĂ©couvertes scientifiques, ce qui dĂ©soriente les parents. Ces derniers, au lieu de guider au mieux leurs enfants en leur apprenant Ă  surmonter les difficultĂ©s qu’ils rencontrent dans leur vie, les mettent au contraire sous cloche. Ce faisant, ils cherchent Ă  les protĂ©ger de la rĂ©alitĂ©, considĂ©rĂ©e comme incontrĂŽlable et pleine de dangers.
Selon l’une de ces thĂ©ories dĂ©sastreuses, il faut prĂ©server les talents innĂ©s de l’enfant et cultiver en premier lieu sa crĂ©ativitĂ©, puis celle de l’adolescent, tant Ă  la maison qu’à l’école. Pour ce faire, il est indispensable d’utiliser une mĂ©thode permissive ne comportant ni rĂšgles ni mesures incitatives, ni rĂ©compenses ni punitions, car cela pourrait gĂ©nĂ©rer du stress ou des frustrations et donc, porter prĂ©judice Ă  l’enfant et le traumatiser. Sa vitalitĂ© serait bridĂ©e ou, pire encore, des problĂšmes psychologiques se feraient jour. Cette philosophie ne tient aucun compte des affirmations de Piaget. Ce dernier estimait en effet que tant l’enfant que l’adolescent apprennent Ă  percevoir le monde et Ă  prendre conscience de leurs propres capacitĂ©s au travers de leurs actes et de leurs consĂ©quences. En d’autres termes, c’est en surmontant les obstacles rencontrĂ©s en chemin que les jeunes prennent confiance en eux et trouvent leur Ă©quilibre psychologique.
Une autre hypothĂšse thĂ©orique tout aussi dĂ©sastreuse stipule que pour rĂ©soudre les problĂšmes des jeunes, il suffit simplement de renforcer leur confiance en eux. Nous devons leur assurer chaque jour qu’ils sont « gĂ©niaux » dans tous les domaines. Nous devons les convaincre, par des discours, de croire en eux. Or, si leur foi n’est pas solidement Ă©tayĂ©e par des rĂ©alisations concrĂštes et des rĂ©ussites, ce n’est que du vent. Et donc, les adolescents n’arrivent pas Ă  avoir confiance en leurs capacitĂ©s. Ils peuvent ainsi en venir Ă  douter des affirmations des adultes et de leur sincĂ©ritĂ©. La confiance en soi s’acquiert par l’expĂ©rience personnelle vĂ©cue et ne peut ĂȘtre en aucun cas transmise par autrui.
Une autre idĂ©e dĂ©lĂ©tĂšre profondĂ©ment enracinĂ©e dans la culture contemporaine est celle qui prĂ©tend que la mĂšre est la cheville ouvriĂšre dans la vie de ses enfants. Celle-ci serait donc responsable de tous leurs maux. S’ils ont manquĂ© d’affection, c’est que leur mĂšre n’était pas « assez bien ». S’ils n’ont pas eu de « base solide » ou s’il n’y a pas eu d’infant bonding (contact physique avec la mĂšre biologique dans les instants suivant la naissance de l’enfant), le dĂ©veloppement normal de l’enfant ne peut ĂȘtre garanti. Le risque Ă©tant de voir apparaĂźtre toutes sortes de troubles de la personnalitĂ© et du comportement pouvant provoquer une instabilitĂ© mentale rĂ©elle et profonde chez l’adulte. Il est clair que ces thĂ©ories incitent les parents Ă  adopter des comportements Ă©ducatifs anxiogĂšnes consistant essentiellement Ă  entourer l’enfant de marques d’affection. Ainsi, pour Ă©viter un risque, on bascule Ă  l’autre extrĂȘme. Par peur de priver, on surprotĂšge.
Dans la mĂȘme veine, les disciplines traitant de la santĂ© mentale accordent une importance excessive au phĂ©nomĂšne de maltraitance ou de manque affectif dans les familles. Il se dit que derriĂšre tout adolescent Ă  problĂšmes se cache de la maltraitance familiale. Il nous semble, Ă  nous, que cette croyance n’est que la consĂ©quence de thĂ©ories dĂ©sormais obsolĂštes, des idĂ©es qui Ă©taient en vigueur dans les annĂ©es d’avant et d’aprĂšs-guerre. À cette Ă©poque, la structure familiale Ă©tait basĂ©e sur une hiĂ©rarchie rigide et une Ă©ducation rĂ©pressive. Aujourd’hui, ces pratiques sont en nette rĂ©gression, mais les thĂ©ories n’ont pas Ă©tĂ© rĂ©actualisĂ©es. Elles ne tiennent aucun compte de l’évolution du monde, ni de celle de la famille.
En fait, de nos jours, la situation semble s’ĂȘtre totalement inversĂ©e. Le vrai problĂšme ne vient pas du manque affectif, mais de la surprotection.
Dans l’une de ses recherches longitudinales, menĂ©e pendant plus de dix ans7,Jerome Kagan, cĂ©lĂšbre spĂ©cialiste du dĂ©veloppement psychologique de l’enfant, a Ă©tudiĂ© les diffĂ©rences entre les familles surprotectrices et les autres types d’organisations familiales. Par « surprotectrice », j’entends une famille au sein de laquelle rĂšgne un climat social basĂ© sur le fait que les adultes se substituent sans cesse aux enfants. Ils font tout Ă  leur place, cherchant Ă  les aider, Ă  aplanir leurs difficultĂ©s par crainte de les voir devenir nĂ©vrosĂ©s ou malades. Jerome Kagan s’était focalisĂ© sur l’évolution de la stabilitĂ© Ă©motive des jeunes. Il a dĂ©montrĂ© que c’est dans les familles surprotectrices que l’on rencontre le plus de troubles psychologiques chez les adolescents, tels qu’anxiĂ©tĂ©, troubles obsessionnels, phobies, dĂ©pression et troubles alimentaires.
Michael Yapko, l’un des plus grands experts mondiaux du traitement de la dĂ©pression, estime que la famille « dĂ©responsabilisante » est le terrain le plus favorable Ă  l’apparition des troubles de l’adolescence.
Il n’est pas dans notre intention de faire un nouveau procĂšs Ă  la famille, il y en a dĂ©jĂ  eu tellement ! Nous sommes au contraire absolument persuadĂ©s que les parents, quel que soit leur comportement envers leurs enfants, sont motivĂ©s par les meilleures intentions du monde, par le dĂ©sir de bien faire. À notre avis, les problĂšmes familiaux sont dus, d’une part, Ă  l’évolution de la sociĂ©tĂ© italienne (et plus largement, latine) dans un monde toujours plus prospĂšre. Pour une autre part, selon une plĂ©iade de thĂ©ories et de modĂšles extrĂȘmement rĂ©pandus, les difficultĂ©s proviennent de la culpabilisation excessive des parents. Par exemple, si un parent donne une gifle Ă  son enfant, ce dernier peut appeler le « tĂ©lĂ©phone bleu8 » et lui intenter un procĂšs pour maltraitance sur mineur. Si le parent se met en colĂšre et s’il lui arrive de sortir de ses gonds, l’enfant peut appeler une assistante sociale. Si le parent ne soutient pas constamment son enfant dans ses Ă©tudes, c’est un irresponsable, il est donc coupable de l’échec scolaire de ce dernier. On peut trouver des exemples Ă  l’infini. Nous sommes aujourd’hui confrontĂ©s Ă  une situation souvent aberrante de gestion des relations entre les adultes et les jeunes.
Une recherche longitudinale menĂ©e sur ce thĂšme par une universitĂ© amĂ©ricaine et des spĂ©cialistes d’une universitĂ© suĂ©doise9 a prĂ©sentĂ© des donnĂ©es extrĂȘmement intĂ©ressantes. Les chercheurs ont Ă©tudiĂ© les effets d’une certaine forme d’éducation. Ils ont en effet examinĂ© ce qui se passait dans les familles oĂč aucune sanction n’était appliquĂ©e, sĂ©lectionnant celles oĂč, par exemple, les parents ne s’étaient jamais permis de lever la main sur leurs enfants, et les ont comparĂ©es Ă  c...

Table of contents

  1. Couverture
  2. Titre
  3. Copyright
  4. PRÉAMBULE - L’enfer est pavĂ© de bonnes intentions
  5. CHAPITRE 1 - L’évolution de la famille
  6. CHAPITRE 2 - RedĂ©finir l’adolescent et sa famille
  7. CHAPITRE 3 - SchĂ©ma d’interactions familiales
  8. CHAPITRE 4 - L’adolescent moderne
  9. Épilogue
  10. Bibliographie