Enchaîné par des Plumes
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Enchaîné par des Plumes

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Enchaîné par des Plumes

About this book

Ceci n'est pas un livre. Ceci est une balade en compagnie de l'auteur à la recherche de la liberté. Prenez-lui la main, il ne sait pas toujours s'il est sur la bonne voie, il est persuadé qu'il ne faut jamais cesser de chercher. Un coup il déconstruira le bonheur, un autre il encensera la libération de mener une vie calme et sans remous. Rien ne pousse l'humain à être libre, il est plus facile de se contenter de suivre des schémas sans réfléchir. Pour autant, à quoi bon vivre pour autre chose que danser sous la pluie? Il n'y a que ça qui restera de nos âmes. Peut-être est-ce notre seul moyen d'échapper à la mort. Peut-être est-ce celle-ci qui vient nous délivrer. Ces plumes qui nous enchaînent ont besoin d'un vent pour s'envoler, et en tournant les pages vous rencontrerez ce souffle. Inspirez, expirez, volez.

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Information

Year
2021
Print ISBN
9782322395187
eBook ISBN
9782322386345
Edition
1
Subtopic
Sociología

L’Etat

Léviathan impétueux qui nous impose ses lois, son organisation, ses caprices, sa violence légitime. Tu ne nous avais pas prévenu que tu saurais te montrer tyran pour sauver tes intérêts, toi qui pourtant devais partager les mêmes que nous. Nous avions signé un contrat avec toi. Chacun donnait une part de sa puissance personnelle, et nous enfermions ce tout en un coffre-fort : toi. Muni d’une telle puissance, celle de tous pour un, tu devais faire respecter le un pour tous avec justice. Cela ne date pas de la démocratie. Nous t’avons invité à notre table de toutes les manières : oligarchie, monarchie, empire, dictature, suzeraineté… Et toutes ces formes vides, nous avons dû les réprimer à cause de ta dérive.
De l’esprit des lois tu devais être le garant, je n’ai l’impression que tu n’es bon plus qu’à t’admirer. Je ne te vois plus agir. Dans les démocraties, tu t’offres comme une putain à celui qui a le plus de billet. Avec les régimes autoritaires, tu complotes pour préserver ta place. Toi, construction suprême de l’Homme, tu t’acoquines avec ses détracteurs. Malheureux que nous sommes de ne pas pouvoir te remplacer. Tu es une ingrate création trop précieuse pour que nous nous en passions. Sinon la loi du plus fort l’emporterait de suite, autant que l’on trépasse en connaissant l’identité de notre bourreau.
L’anarchisme pourrait séduire les libertaires que nous sommes. Nous avons trop peur de ce à quoi pourrait rimer ce relâchement de bride. Maintenir sous ta menace les Hommes est notre moyen de préserver l’ordre. Il est imparfait, peu satisfaisant, il fonctionne à peu près, encore que pas de partout sur Terre. Lorsque nous avons pris conscience du pouvoir que nous t’avions accordé, il était trop tard pour faire machine arrière. Tu étais assis sur le siège de l’Histoire, il aurait été trop long de déconstruire des milliers d’années d’autorité. Nous ne voulions pas détruire l’une des rares choses que nous étions sûrs d’avoir bâti et qui avait su nous survivre. Il était passé le temps de l’anarchisme, lorsque nous l’avions, nous n’en avons rien fait. Peut-être parce que nous n’avions pas conscience de notre chance, peut-être parce que tes écailles nous ont paru plus robustes que nos peaux d’humains.
Tu as su t’appuyer sur des alliés puissants : Hobbes, Rousseau, Montesquieu… Des généraux dont l’intellect supérieur endigue le débat. Puis, ton préféré, celui qui t’a mis au rang de Dieu : Marx. Lui, qui pour l’égalité de tous, voulait que tout soit régi par toi. Tu avais les pleins pouvoirs ! Tu étais enfin le tyran suprême ! Sauf que tu fus assez peu délicat dans la manière de gouverner sans notre contrôle. Tu tuas, pillas, étranglas, assassinas, et agis par tous les vices que nous connaissons par cœur. Quelle idée de croire que des mains humaines pouvaient créer un être qui ne leur ressemblerait pas.
Nous avons tenté de cohabiter avec toi en te mettant le plus de côté. Bien que pour cela, il fut que des personnages te reprennent en main sévèrement tel Thatcher ou Reagan. Ils n’étaient pas si mal partis pour nous libérer de ton emprise. Ils voulaient te détacher de notre survie, te chevaucher pour s’assurer que tu n’empiètes plus sur nos champs. L’intention était louable, empreinte de liberté. La réalité fut que ton absence provoqua davantage d’inégalité, accrut les écarts entre les Hommes. Nous n’avons plus de Dieu, plus de religion, toi avec ton encolure mythologique, tu es la dernière légende commune. Nous ne te voyons peu déployer tes ailes, cela dit, cela arrive plus souvent que ce que nous supputons. Malgré ton penchant à être séduit par d’habiles rhétoriqueurs, tu sais aussi te rebeller contre. À tout moment, le peuple peut révoquer celui ou ceux qu’ils ont désigné pour diriger tes flammes. Certaines révolutions peuvent se mener à travers des urnes, d’autres peuvent vous faire finir dans une urne. Dans tous les cas, le pouvoir est toujours révocable à un usurpateur.
Aujourd’hui, je te défie pourfendeur des eaux. Je veux être libre ! Et ta volonté m’est trouble veux-tu me sauver ou me réduire en esclavage ? Certes grâce à ta puissance, tu imposes un respect qui garantit bon nombre de liberté en société, mais je me fiche de celles-ci. Je veux être libre ! Si je prenais ta tête, tu ne m’empêcherais plus de faire quoique ce soit en théorie. Combien d’année perdrai-je à te contrôler pour qu’à peine assis sur ton encolure, un autre ambitieux ne me plante sa dague entre les omoplates ? Qui plus est, je ne serai libre que d’être le plus fort, ce n’est pas ce que je désire. Ma quête est individuelle, mais ne doit pas se faire aux dépens d’autrui. Nous t’avons tous donné un, tu nous dois à tous un. Tu prétends avoir le monopole de la violence légitime serpent, descends dans la ruelle, tu verras qu’il n’y a pas que toi qui frappe fort. Tu n’obéis qu’à toi-même. Le bien commun n’existe pas, personne ne veut la même chose, tu décides à notre place en fonction de qui t’alimente.
Il y eut des époques où tu t’es gavé de petits fours après le caviar. Tu n’as eu aucun scrupule à manger dans la main de ceux qui te graissaient la patte. Les premiers Hommes ont conclu un marché avec toi, sentiment que tu ne sers que les premiers hommes dorénavant. Ma confiance rime avec méfiance à ton égard. Il n’est pas certain que tu saches ce que tu veux et ce que tu dois. As-tu une volonté propre ? Es-tu seulement la création de l’Homme ? J’ai peur que tu ne sois qu’un instrument. Si seulement tu étais bien ce monstre et non pas une illusion, nous aurions pu revoir les termes du contrat. L’impression que tu as été créé avec le restant de pièces rouillées des régimes précédents.
Tu garantis ma liberté d’expression, avant de m’envoyer au tribunal pour avoir dit ce que je pense. Tu es un juge, non pas une bombe nucléaire. Nous n’apprécions pas vivre sous la menace, et tu ne veux pas être menacé. Nos rapports sont dès lors une lutte de soumission. Je n’ai pas envie de jouer selon tes règles. Ma vie, mon jeu, mes règles. Par ta manière punitive de nous apprendre à cohabiter dans la société, tu alimentes la violence. Elle n’est pas plus légitime que le désespéré qui prend les armes pour sortir de son désespoir. Nous t’avons inventer pour éviter la loi sauvage, à quel moment la loi n’est-elle pas sauvage ? Tu es un dragon dont tout le monde peut prendre les rênes, tu n’assures que ta survie.
Il aurait fallu que je te voie sortir plus de gens de la misère pour croire en toi. Tu ne travailles que pour l’équilibre. Des pauvres, des riches, des minorités, une majorité, tu as besoin de ces opposés pour nous stabiliser. Selon toi, reptile, qui a le droit d’être libre ? Je te pose la question car tu décides de tout. Ton rêve ultime est de tous nous contrôler. Ainsi, un monde parfait pourrait émerger. Nos destinés écrites à l’avance tu atteindrais à un équilibre parfait. Nous ne t’avons pas engendré pour que tu nous fasses vivre l’égalité, mais la liberté. Tu te trompes de mission dragon. Au lieu que ton feu soit dirigé contre ceux qui repoussent les limites, tu devrais souffler avec eux. Avec toi à leurs côtés nous nous heurterions plus vite à ce que nous pouvons dépasser. Cesse d’essayer de nous faire croire au bonheur et à l’immobilisme, tu es terrorisé qu’un jour nous te détrônions.
En vérité, tu agis comme une mère protégeant ses petits. Nous ne sommes pas des œufs, sale vivipare, que dans nos têtes que nous sommes en incubation. Ne nous couve plus, tu nous écrases, relâche-nous. Merci de nous avoir élevés, jusqu’à présent tu as été la meilleure des mères. Comme tout enfant, nous avons à tuer nos parents pour devenir adulte. Tu n’as plus les épaules pour nous porter, et cela fait trop longtemps que nous te servons de canne. Les firmes transnationales, les GAFA, le système bancaire ont sapé ton autorité depuis la seconde Guerre Mondiale. Tu ne peux plus rien dire, tu voudrais nous protéger, par moment du moins, tu n’en as plus la force. Ils te contraignent dans tes choix en menaçant de ne plus t’abreuver, et que tu ne puisses plus nous allaiter ensuite. Nous sommes grands, nous pouvons mener nos combats seuls. Désolé de te le dire, tu nous gênes plus que tu ne nous aides. Avec ta forme titanesque, tu caches les véritables monstres, tu nous empêches d’haïr les bonnes personnes. On ne croit plus en toi car tu as trop souvent porté le masque de celui qui tue, alors que tu n’es qu’un bourreau appliquant les sanctions décidées par d’autres.
Nous ne t’abandonnons pas, au contraire, je veux te sauver. Tu dois redevenir cette figure tutélaire qui permet à ce que nous soyons libres. Des horreurs venues des enfers ont supplanté ton pouvoir. Elles se rangent derrière toi pour être sûres que nous restions tranquille dans nos niches en préfabriqué. Elles abusent de notre confiance en toi, de la sorte nos relations se dégradent et nous oublions à quel point nous avons besoin de toi. Tu es notre mère, celle qui unit notre famille, celle vers qui nous retournons toujours lorsque le chemin est trouble. La liberté n’est pas une mission facile tous les jours, nous ne pouvons pas tout remettre en question en permanence. Tu es ce socle sur lequel nous pouvons nous appuyer pour avancer, ce faux cadre qui nous permet de ne pas s’égarer totalement. Ces institutions privées qui te supplantent se jouent de nos sentiments pour toi et nous poussent à l’affrontement, alors qu’elles n’ont pour but que de nous faire consommer. D’eux nous sommes les clients, de toi nous sommes les enfants. Ils ne voudront jamais faire de nous de meilleures personnes. Nous protestons contre toi pour une limitation de vitesse, pour l’interdiction de la vente libre de médicament, de cet administratif insupportable. Il est vrai que ce sont des petites limites qui nous enquiquinent, dont nous voudrions être débarrassés. Il est certain que tu penses à une échelle plus grande que « à quoi ça sert d’acheter des voitures avec 150CC, si c’est pour rouler à 80km/h ? ». Notre bêtise est un affront. Tu essayes de faire de ton mieux, malgré l’emprise de celui qui te gouverne durant un quinquennat.
Féroce bête à l’amour maternel, mets-toi sur le côté, nous reviendrons te voir lorsqu’il le faudra. Tu n’es plus ce qui nous menace, tu n’as plus la force de nous blesser, nous ne te craignons plus. La silicon valley, la bourse de Londres, l’industrie chinoise, possèdent davantage un droit de cuisage sur nous que toi. Ce n’est pas normal, laisse-nous mener ce combat, ne t’interpose pas s’il te plaît. Peut-être sauras-tu te ranger de notre côté dans cette bataille. Ton souffle de feu et de glace serait un atout de poids, je ne le néglige nullement. Il n’est pas sûr que tu puisses prendre parti. Ils ont le pouvoir de te crucifier, bien plus encore que nous ne pourrions l’avoir.
Tu étais le maître à qui nous avions confié chacun notre part de puissance. Ils sont ceux qui nous ont volé notre puissance en nous rendant dépendant. Tu étais le destinataire, ils ont pris en embuscade la diligence qui transportait notre présent pour ta personne. Cela s’est produit car nous avons cru ces vilains, dont nous ne connaissions l’identité, qui nous ont conseillés de prendre la route à travers la forêt parce que soi-disant le pont s’était écroulé. Ni une ni deux nous nous sommes retrouvés attachés à un arbre, bâillonnés, ne pouvant t’appeler à l’aide. Alors lorsque tu les vis devant toi, t’offrir ce que tu désirais, tu décidas de leur accorder ta confiance à eux plutôt qu’à nous. Une machination qui a rompu le lien qu’il y avait entre le peuple et toi, l’Etat. Il y a trop d’intermédiaire, d’intérêts personnels entre nous pour que nous puissions avancer dans la bonne direction : vers notre liberté.
Nous savons comment tu réagis dorénavant lorsque nous te contestons : tu prétends la sécurité. Je ne t’aime pas quand tu agis comme ça. Nous t’avons confié le bien commun, personne n’a dit que le bonheur c’était simple et sans risque. Tu devais mettre en place les meilleures conditions pour nous permettre de faire nos choix librement. Au lieu de cela, tu restreins de plus en plus. Les caméras dans les villes, nous ne savons si c’est pour nous prémunir du danger ou si c’est pour mieux nous punir. Il faudrait que tu agisses pour qu’il n’y ait pas d’agression, non pas pour mieux les réprimander. Dépense moins dans des caméras, donne plus aux associations de sensibilisation, nous aurions moins de filles violées.
À l’avenir, nous aurons besoin de toi, que tu renaisses de tes cendres en phénix, pour le moment, il me semble que tu nous gênes. Il probable que tu ne disparaisses jamais, mais tes entrailles sont de plus en plus pourries. Elles fondent par l’action de ton propre acide, tu n’es plus qu’une coquille vide attendant que l’on abrège ses souffrances. À bientôt.

Nouvelle urbaine V

Les tambours donnaient le rythme du cortège comme ceux qui devaient animer l’armée d’Hannibal. Tout du moins, c’est comme cela que le ressentait Juline. Les chants de protestation lancés par une petite brune à lunette via un haut-parleur étaient repris par les manifestants en chœur. « Le climat pour le changer, c’est vous qui devez changer ! ».
Juline n’avait pas pour nature, au vu de son milieu social, de marcher dans la rue. Au contraire, elle aurait dû s’offusquer de l’inaction du gouvernement autour d’une tasse de café, à une terrasse beau chic beau genre. Elle ne supportait plus de ne pas être active dans ce qui l’entourait. Il lui fallait agir. Ce n’était pas tant parce qu’elle était une défenseuse de l’environnement qu’elle était là. L’origine était juste le fait de pouvoir réclamer à ce que sa liberté soit mieux ordonnée. Les politiciens ne lui avaient jamais inspiré confiance, elle voulait qu’ils se soumettent à ses désirs, non plus que ce soit l’inverse.
Autrement dit, elle ne manifestait pas pour la cause, elle s’élevait contre le système. Hors de question qu’elle le suive les cinquante prochaines années sans vouloir le changer. Ce samedi, ce aurait pu être une marche contre le sexisme, contre le racisme, pour les droits des réfugiés, pour le droit à la GPA, elle serait sortie soutenir la cause. Elle ne l’avait jamais fait. « Ca fait du bien de dire ce qu’on pense, même si je ne partage pas tout ce qui se dit ».
Entre une militante qui ne devait plus se laver pour économiser l’eau et un garçon dont la barbe possédait son propre écosystème, Juline avait du mal à se sentir à sa place. Tous n’étaient pas si caricaturaux de l’image renvoyée par le JT de vingt heures, mais il y avait quelques spécimens, avoua-t-elle. Elle était différente de ces gens et partageait leur lutte. « Dingue, comme nous sommes si éloignés et si proches ! ». Elle savait qu’en discutant avec eux, ils se trouveraient des milliers de désaccord sur la façon de faire, et c’est pour cela que la démocratie ne fonctionnait pas selon elle.
Un pétard éclata. Ce qu’elle appela un pétard était en réalité un tir d’un mortier artisanal. Le coup avait été dirigé vers le fleuve. Il n’avait pas pour but de faire des victimes, juste du bruit. Les forces de l’ordre, déjà présentes, foncèrent sur les manifestants. La masse ne pouvant être confinée sur la place principale, des heurts éclatèrent entre les CRS et les corps qui ne pouvaient se laisser écraser sans rien faire. Juline ne décidait plus d’où elle allait, elle était entrainée comme dans la fosse d’un concert. Ainsi, par ce jeu du hasard, elle se retrouva en première ligne, étouffée contre les boucliers anti-émeutes. N’ayant pas l’habitude d’être du côté de la rue, elle ne sut réagir, elle se laissa mourir contre les plexiglass, à la fois repoussée d’un côté et appuyée de l’autre. Un bélier, elle n’était qu’un bélier pour les autres manifestants qui faisaient bloc derrière elle, se servant de son corps pour faire résistance aux CRS. Ils aurait un peu plus de pitié devant une femme aux cheveux caramels, ces gros machos. Cela ne dura pas. Un coup de matraque sur le crâne de Juline, elle se releva et asséna un coup de clef mécanique à un policier. D’où sortait cette clef à molette ? Elle ne le sut jamais. En revanche, la garde à vue qui devait suivre, elle la connut bien.
Embarquée par un cortège de policier, elle ne cessa de se débattre. Le coup sur la tête ne lui avait pas remis les idées en place, au contraire, elle ne fit qu’enrager. Elle gueula, beugla, hurla, comme si la nature l’avait faite bête et non humaine. Était-elle traitée autrement ? Non. À l’arrière du camion qui l’emmenait à la gendarmerie, elle se tut enfin. Essoufflée d’avoir crié tout son saoul. Que faisait-elle ici ? Elle n’avait jamais désobéi, ni violemment, ni civilement. Sa seule faute était d’avoir été prise entre deux feux, et d’avoir demandé à ce qu’on la relâche de cet enfer.
L’autorité lui parut soudain être un affreux concept. Autant quand elle n’en était pas la victime, elle la soutenait et en faisait une valeur forte, maintenant elle lui semblait injuste. Qui étaient ces hommes qui pouvaient faire d’elle ce qu’ils souhaitaient ? Rien de bien supérieur à Juline, rien de bien moins. Une égalité apparente. Elle avait un bleu sur l’épaule et un sur la pommette. Une quinquagénaire assise en face d’elle, lui dit qu’elle n’aurait qu’à se mettre plus de fond de teint les prochains jours. Les prochains jours ne serait-elle pas en prison plutôt ? Elle avait perdu tout sens rationnel, elle tenta de se ressaisir en conversant avec cette dame. Sa manière de se tenir dans le camion lui sembla être un signe d’habitude, elle ne tremblotait pas comme Juline.
Cette enseignante de français, bercée à la ferveur de mai 68, expliqua à Juline ce qu’elle avait besoin de savoir. « Surtout ne dis rien, tu t’en sortiras bien mieux si tu ne sais rien ». Conseil facile à appliquer, puisqu’il était la stricte vérité. Juline n’était venu que par curiosité, elle était une partisante lambda, avec un casier judiciaire vierge, inscrite dans aucune association. Ils ne pourraient pas retenir grand-chose contre elle. Une fois placée en garde à vue, elle n’aurait plus qu’à attendre sans se soucier d’un potentiel jugement.
On lui prit ses empreintes, lui ôta ses bijoux, lui posa des questions auxquelles elle n’avait pas de réponse, puis on l’emmena en cellule.
Là, au sol, elle redécouvrit l’ennui. Ils étaient nombreux à avoir été embarqués, la plupart discutaient entre eux pour passer le temps. Les sujets de conversation flottaient autour de la surpuissance de la police en France, de l’atteinte à la liberté de manifester si à chaque fois il y a des arrestations. Puisque c’était une journée normale, il y avait aussi des petits dealers, et deux gamins qui avaient volé un scooter. Scène mémorable que de voir un commercial en cigarette partager son avis avec un revendeur de shit. Au pied du peloton d’exécution, on se découvre tout un tas de point commun, autre que celui d’être condamné. L’image est excessive, ce n’est qu’une garde à vue, il n’y aura rien de tout ça après.
Juline en retrait compte ce qu’elle peut compter : le nombre de jeans, le nombre de trait sur le mur, le nombre de marque d’usure sur le sol, le nombre de seconde qu’il faut pour traverser la cellule. En somme elle ne compte plus sur rien pour tuer le temps.
« Vous ne passerez pas tous la nuit ici, on va vous appeler au fur et à mesure. ». Décision surprenante, puis avec le recul Juline comprit qu’ils ne devaient pas avoir le droit de les entasser de la sorte pour les faire dormir. Elle n’y connaissait rien en condition pénitentiaire de toute façon, ce n’était que supputation.
Ils l’appelèrent en troisième position. A...

Table of contents

  1. Epigraphe
  2. Sommaire
  3. Introduction
  4. Le Choix
  5. La Prison
  6. L’Argent
  7. Le Bonheur
  8. La Consommation
  9. Le Temps
  10. Le Rêve
  11. Les Emotions
  12. Amour
  13. Le Passé
  14. Fable de la liberté
  15. La Dépression
  16. Nouvelle urbaine I
  17. La Solitude
  18. Les Autres
  19. Addiction
  20. Nouvelle urbaine II
  21. Le Vide
  22. Bruit et Silence
  23. L’Age
  24. Le Suicide
  25. L’Evasion
  26. L’Art
  27. Nouvelle urbaine III
  28. L’Espace
  29. Dieu
  30. La Vérité
  31. Liberté d’expression
  32. La Technologie
  33. Nouvelle urbaine IV
  34. Les Animaux
  35. Le Chaos
  36. L’Etat
  37. Nouvelle urbaine V
  38. La Révolution
  39. La Naissance
  40. La Maladie
  41. La Célébrité
  42. La Routine
  43. La Bêtise
  44. Nouvelle urbaine VI
  45. La Confiance
  46. Les Limites
  47. La Volonté
  48. Conclusion
  49. Excuses
  50. Page de copyright

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