Culture des Patriotes (La)
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Culture des Patriotes (La)

About this book

D'oĂč vient la culture des Patriotes, ce combinĂ© d'influences intellectuelles et politiques qui leur permit de dĂ©finir puis de proposer au peuple du Bas-Canada un idĂ©al politique pour lequel ils ont luttĂ©? Quelles Ă©taient les lectures courantes et fondamentales des Patriotes? Quel est le poids des influences amĂ©ricaines et françaises?Sous la direction de Charles-Philippe Courtois et Julie Guyot, les plus Ă©minents spĂ©cialistes explorent ce vaste champ de recherche et tentent de comprendre comment ces idĂ©es trouvent encore aujourd'hui un Ă©cho au QuĂ©bec.Charles-Philippe Courtois est professeur adjoint (histoire) au CollĂšge militaire royal de Saint-Jean. SpĂ©cialiste d'histoire intellectuelle du QuĂ©bec, il est notamment l'auteur de La ConquĂȘte. Une anthologie.Julie Guyot enseigne l'histoire au collĂšge Édouard-Montpetit et est spĂ©cialiste des Patriotes. Sa thĂšse de maĂźtrise portait sur Louis-Joseph Papineau et les relations entre patriotes bas-canadiens et irlandais dans lesannĂ©es 1820 et 1830.

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CHAPITRE 1
Aux sources du républicanisme québécois
Bernard AndrĂšs
Professeur associĂ©, DĂ©partement d’études littĂ©raires
Université du Québec à Montréal et Société des Dix
Dans son fameux Discours de 1867 devant l’Institut canadien, Louis-Joseph Papineau rĂ©affirme son credo rĂ©publicain en citant la DĂ©claration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 et la DĂ©claration d’indĂ©pendance de 1776. Il affirme clairement son attachement au systĂšme politique des États-Unis :
VoilĂ  le systĂšme amĂ©ricain, de bien loin le plus parfait que l’ingĂ©nuitĂ© et la raison humaines aient encore imaginĂ©, pour promouvoir le plus rapidement possible la grandeur et la prospĂ©ritĂ© des États qui auront le bonheur de le recevoir[26].
Aux sources de sa pensĂ©e politique, le vieil orateur ne manque pas de mentionner Aristote auquel il compare Montesquieu qu’il qualifie de « rĂ©publicain convaincu et [de] libre penseur[27] ». Mais Papineau fils n’oublie pas, non plus, d’évoquer un contemporain de son propre pĂšre, Ă  l’époque des premiers dĂ©bats politiques au QuĂ©bec et au Bas-Canada, dans les annĂ©es 1770-1790. Il s’agit de Pierre du Calvet et de ses « livres accusateurs contre cet odieux tyran[28] » qu’était, aux yeux de Papineau, le gouverneur Haldimand. Si Pierre du Calvet jouit aujourd’hui d’une certaine reconnaissance pour avoir, en son temps, inspirĂ© une premiĂšre gĂ©nĂ©ration de lettrĂ©s et d’hommes politiques, en est-il autant d’autres penseurs et hommes d’action de la fin du XVIIIe siĂšcle canadien, fermement engagĂ©s dans la CitĂ© ? Comment ces intellectuels d’avant la lettre ont-ils contribuĂ© Ă  l’émergence d’une pensĂ©e nationale et, pour certains, d’une culture rĂ©publicaine ? C’est ce que je me propose d’esquisser ici en prĂ©sentant un certain nombre d’auteurs et d’écrits auxquels je me consacre depuis une vingtaine d’annĂ©es pour le projet « ArchĂ©ologie du littĂ©raire au QuĂ©bec[29] ».
Mes remarques portent sur deux Ă©vĂ©nements marquants de cette pĂ©riode : la guerre de l’IndĂ©pendance amĂ©ricaine, puis la RĂ©volution française. AprĂšs avoir tentĂ© de cerner l’importance de ces deux « rĂ©volutions continentales » sur l’émergence d’une conscience nationale chez les Canadiens et dans quelle mesure l’idĂ©e rĂ©publicaine a pu nourrir cette prise de conscience, je m’interrogerai sur la mĂ©moire qu’en garda le QuĂ©bec jusqu’à nos jours.
Autour de la guerre d’IndĂ©pendance amĂ©ricaine
L’importance qu’a revĂȘtue l’invasion amĂ©ricaine de 1775-1776 est bien connue et documentĂ©e depuis les travaux de Marcel Trudel, de Gustave LanctĂŽt, de Claude Galarneau, d’Yvan Lamonde et des historiens des idĂ©es[30]. Un ouvrage rĂ©cent de Pierre Monette en fait le bilan, tout en proposant une analyse Ă©clairante des enjeux politiques et identitaires de la campagne idĂ©ologique alors menĂ©e par le CongrĂšs amĂ©ricain. Dans son Rendez-vous manquĂ© avec la rĂ©volution amĂ©ricaine[31], Monette réédite en les commentant les « adresses aux habitants de la province de QuĂ©bec diffusĂ©es Ă  l’occasion de l’invasion amĂ©ricaine de 1775-1776 ». Pour saisir l’effet de ces Lettres diffusĂ©es en français dans la province, nous possĂ©dons deux tĂ©moignages clĂ©s provenant de deux notaires farouchement opposĂ©s Ă  la propagande bostonnaise : Simon Sanguinet, Ă  MontrĂ©al, et Jean-Baptiste Badeaux, Ă  Trois-RiviĂšres. Ils nous apprennent que l’analphabĂ©tisme d’une grande partie de la population n’a pas empĂȘchĂ© la circulation des idĂ©es rebelles au monarchisme, loin de lĂ . C’est surtout oralement que s’effectua la diffusion de ces adresses, aussi bien en ville qu’à la campagne. Monette conclut : « Sanguinet tĂ©moigne bien malgrĂ© lui des succĂšs de la propagande des Colonies-Unies et de l’importance de la pĂ©nĂ©tration des nouvelles idĂ©es rĂ©publicaines au sein de la population de la province de QuĂ©bec[32]. » Gustave LanctĂŽt l’affirmait dĂ©jĂ  dans Le Canada et la rĂ©volution amĂ©ricaine :
Si elle n’a pas conquis le Canada, la rĂ©volution amĂ©ricaine n’en a pas moins exercĂ© une profonde influence dans le QuĂ©bec. Elle fut l’éducatrice politique du Canadien français. Par sa propagande, elle rĂ©pandit dans cette terre, encore imprĂ©gnĂ©e de colonialisme bourbonien, l’idĂ©e de libertĂ© individuelle et collective ; elle propagea la notion de droits politiques. En discutant avec le citoyen, elle lui apprit les premiers rudiments constitutionnels[33].
Mesplet, Jautard et la Gazette littéraire de Montréal
Un autre aspect de cette invasion qui, si elle Ă©choua sur le plan militaire, n’en fut pas moins une prodigieuse invasion d’idĂ©es, c’est qu’elle laissa derriĂšre elle, en sol canadien, un imprimeur du CongrĂšs. Nous lui devons la premiĂšre Gazette littĂ©raire de MontrĂ©al. Il existait bien depuis 1764 une Gazette de QuĂ©bec/Quebec Gazette, bilingue, elle, et liĂ©e de prĂšs aux autoritĂ©s britanniques. Mais, quand celui-lĂ  mĂȘme qui avait diffusĂ© la propagande amĂ©ricaine au QuĂ©bec, Fleury Mesplet, installa ses presses Ă  MontrĂ©al, en 1776, il poursuivit activement la diffusion des idĂ©es nouvelles dans la province en la dotant, deux ans plus tard, d’un vrai journal d’opinion. Entre juin 1778 et juin 1779, en pleine guerre de l’IndĂ©pendance amĂ©ricaine, la Gazette littĂ©raire de MontrĂ©al anime le petit milieu intellectuel de la province[34]. Outre la diffusion des idĂ©es voltairiennes, cette gazette ne manque pas de dĂ©cocher Ă  l’occasion une pointe contre le systĂšme monarchique. Ainsi, dans un de ces jeux littĂ©raires qu’on appelle « logogryphe », la devinette du 22 juillet 1778 se lit comme suit : « Celui qu’on ne connoĂźt en nulle RĂ©publique[35] »  Et la rĂ©ponse est donnĂ©e la semaine suivante : « le Roi ». Certes, on prend soin de ne pas disserter directement des idĂ©es rĂ©publicaines modernes. On y Ă©voque plutĂŽt la RĂ©publique romaine (1er juillet ; 4 et 18 novembre 1778). Mais il est surtout question de la RĂ©publique des Lettres, au sens plus engagĂ© qu’elle prend au siĂšcle des LumiĂšres. Chez Mesplet, elle se trouve d’ailleurs explicitement associĂ©e Ă  Voltaire, « cet homme unique, dont la mort a plongĂ© toute la RĂ©publique des Lettres dans une consternation que la suite des temps ne modĂ©rera jamais » (14 octobre 1778)[36]. On se rappelle en effet que le philosophe de Ferney s’était Ă©teint l’annĂ©e mĂȘme de la fondation de cette gazette. La publication montrĂ©alaise passe donc l’automne et l’hiver suivant Ă  exposer habilement les thĂšses voltairiennes en alternant les points de vue opposĂ©s sur sa philosophie : une semaine pour, une semaine contre, mais, tout compte fait, l’apologie de Voltaire l’emporte haut la main, comme l’ont bien montrĂ© Jean-Paul de Lagrave, puis Nova Doyon, Jacques Cotnam et Pierre HĂ©bert[37].
Si l’on doit Ă  l’imprimeur Fleury Mesplet l’initiative de cette Gazette littĂ©raire de MontrĂ©al, c’est Ă  Valentin Jautard, alias le Spectateur tranquille, qu’en reviennent la politique Ă©ditoriale et le ballet des pseudonymes qui Ă©gaya les Ă©changes (en prĂ©servant autant que possible l’identitĂ© des signataires). Retenons parmi ces pseudonymes, outre FĂ©licitĂ© Canadienne, Le Beau Sexe et L’Admirateur du Beau Sexe, des signatures plus frondeuses comme Le Turbulent, L’Esprit de contradiction, Je veux entrer en lice, moi, Le Bon Patriote, Le Citoyen, L’Homme sans prĂ©jugĂ©, Le jeune Canadien, Patriote, L’Émule des sciences et Le Vrai ami du Bien. Plus rarement, il est vrai, d’autres collaborateurs signent de leur propre nom, comme ce Pierre du Calvet que mentionnera plus tard ­Louis-Joseph Papineau, on l’a vu, ou encore Foucher fils, dont il sera question plus loin. Mais revenons Ă  du Calvet. Ce nĂ©gociant prospĂšre et juge de paix montrĂ©alais rĂšgle ses comptes dans la Gazette. Le 26 mai 1779, il n’hĂ©site pas ...

Table of contents

  1. La Culture des Patriotes
  2. Remerciements
  3. PRÉSENTATION: La culture des Patriotes, un objet encore mĂ©connu ?
  4. CHAPITRE 1: Aux sources du républicanisme québécois
  5. CHAPITRE 2: Pierre Bédard et les patriotes de 1810
  6. CHAPITRE 3: La culture des Patriotes, entre appropriation et occultation
  7. CHAPITRE 4: Nation et république chez les Patriotes
  8. CHAPITRE 5: Louis-Joseph Papineau et les enjeux locaux à la veille de la rébellion de 1837
  9. CHAPITRE 6: Rome et la république dans la culture politique des Patriotes
  10. CHAPITRE 7: Survivre à la défaite de 1837
  11. CHAPITRE 8: Le lion ne s’informe jamais du nombre des moutons
  12. CHAPITRE 9: Aristote, Papineau, le Léviathan canadien et la politeia bas-canadienne
  13. POSTFACE: Le temps des RĂ©bellions. De l’AntiquitĂ© rĂȘvĂ©e Ă  la libertĂ© des Modernes
  14. BIBLIOGRAPHIE SÉLECTIVE: Le rĂ©publicanisme et la culture politique du mouvement patriote
  15. Crédit