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About this book
À Saint-Pascal de Kamouraska dans les années 1930, une jeune fille lit dans les notes de sa mère une citation de saint Paul: «Mariez-vous, vous ferez bien, ne vous mariez pas, vous ferez encore mieux». Elle en prend acte. Fille aînée de Joseph Voisine et Blanche Moreau, Simone Voisine retiendra de son père la passion pour la politique, et de sa mère, l'instinct de liberté. Ce livre raconte le destin exceptionnel d'une femme qui fut enseignante, dirigeante syndicale, militante indépendantiste, passionnée de culture, tout en étant… religieuse.
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Information
Chapitre 1
La petite fille de milieu rural
trouve son chemin
1927-1943
L’enfance, ce grand territoire
d’où chacun est sorti! D’où suis-je?
Je suis de mon enfance. Je suis de mon enfance
comme d’un pays.
Antoine de Saint-Exupéry, Pilote de guerre, p. 103.
d’où chacun est sorti! D’où suis-je?
Je suis de mon enfance. Je suis de mon enfance
comme d’un pays.
Antoine de Saint-Exupéry, Pilote de guerre, p. 103.
Simone Voisine est née en octobre 1927 à Saint-Pascal de Kamouraska, village du Bas-Saint-Laurent. À propos de l’enfance, lors de notre première rencontre, Simone a d’emblée cité cet extrait d’Antoine de Saint-Exupéry.
L’enfance en milieu rural
La mère de Simone, Blanche Moreau, originaire de Mont-Carmel, dans le Bas-Saint-Laurent, venait d’une famille assez à l’aise qui comptait sept enfants, six filles et un garçon. Monsieur Moreau avait même été maire du village. Formée par les Sœurs de la Charité au couvent Foyer Sainte-Anne de la Pocatière, qui offrait les cours du primaire et du secondaire2, Blanche était devenue, à l’instar de ses sœurs, une enseignante. Elle a exercé cette profession pendant quelques années dans une école de rang; à l’époque, les femmes mariées ne pouvaient travailler hors du foyer3, par conséquent, Blanche dut abandonner l’enseignement lorsqu’elle prit époux.
L’ÂGE DE LA MARIÉE
Les parents de Simone Voisine se sont mariés en 1926 alors que sa mère avait 26 ans et son père 30. L’âge de la mariée peut paraître tardif, mais il reflète sans doute un phénomène démographique attribuable à une forte augmentation des naissances observée à compter de 1901. Cette augmentation, conjuguée à la pratique selon laquelle les femmes épousaient des hommes plus vieux, aurait eu comme conséquence que les femmes nées à compter de 1901 se seraient mariées moins facilement.
Voir Céline Fortier, 1982, Influence des disparités d’effectifs sur la nuptialité au Québec, de 1926 à 1975.
Le père de Simone, Joseph, dit «Jos», Voisine, avait six sœurs et cinq frères. Il venait, lui aussi, d’une famille assez aisée, mais il n’a pas poursuivi ses études. Il est devenu journalier et a souvent changé de travail au cours de sa vie, car il ne cachait pas ses allégeances politiques, tant au niveau provincial qu’au niveau fédéral; or, elles pouvaient être déterminantes pour avoir un emploi: «À cette époque-là, si t’étais pas du bon parti, tu perdais ton emploi», dit Simone. En effet, les pratiques de favoritisme étaient encore plus courantes qu’aujourd’hui et se traduisaient, notamment, dans l’attribution de faveurs et récompenses en contrepartie d’un vote pour un parti politique ou d’une contribution à une campagne électorale. On peut imaginer l’impact de celles-ci sur les familles dont le revenu pouvait dépendre de l’humeur des personnages politiques. Jacques Lacoursière nous dit qu’au Québec, pendant que Maurice Duplessis était premier ministre (de 1936 à 1939 puis de 1944 jusqu’à son décès en 1959), «le favoritisme règne en maître4». Les changements sociaux et politiques survenus dans les années suivantes ont, écrit Vincent Lemieux, érodé les fondements culturels et sociaux du favoritisme tel qu’il était alors pratiqué5.
Le père de Simone a exercé différents métiers. Il était, selon les mots de Simone, «assez bohème et indépendant». Il n’a pas suivi les traces des autres membres de sa famille, qui ont eu des occupations stables. Jos Voisine a été, entre autres, facteur. Simone se souvient d’avoir fait, avec fierté, la tournée avec lui lorsqu’il distribuait en voiture à cheval le courrier dans les rangs. Il a aussi travaillé pour la voirie et, pendant plusieurs années, à bord des trains. Cette dernière occupation l’a tenu loin de la famille et a nui au climat qui régnait à la maison.
Simone était l’aînée de six enfants. Quatre garçons la suivaient: Régis, Jean-Paul, Léon, Gaston, puis venait la dernière, Lucienne. Sa mère avait perdu une petite fille avant la naissance de Lucienne, mais on en parlait peu. La famille habitait dans un rang et les voisins étaient en majorité des agriculteurs. Lorsque Simone évoque son enfance, elle réfère toujours, non pas au village de Saint-Pascal, mais au rang où habitait sa famille, le 3e Rang Est. Le rang, nous dit Jacques Dorion, constituait alors «en soi une cellule paroissiale, un noyau de vie auquel se lie chaque habitant6».
La famille vivait dans la pauvreté mais pas dans la misère, notamment parce que le grand-père paternel avait légué à son fils une petite ferme. La nourriture de qualité ne manquait donc pas. La débrouillardise était de mise et différentes activités permettaient de bien s’en tirer avec peu. Ainsi, l’été, les enfants Voisine travaillaient dans le jardin. À cette époque, les enfants prenaient souvent part aux travaux agricoles pendant les vacances7:
J’aimais beaucoup ça, le jardin tout l’été et l’automne. Les enfants, nous étions habitués à travailler dans le jardin. Quand c’était le temps des fraises, on en cueillait d’abord pour la maison, pour des conserves pour l’hiver – des fraises, des framboises, des bleuets – et ensuite on allait également en vendre au village. C’est avec cet argent-là qu’on achetait nos cahiers et parfois nos souliers pour l’école.
La famille possédait aussi un cerisier, un pommier et deux pruniers dont les fruits servaient aux confitures. Blanche cousait les vêtements pour toute la famille; ses sœurs lui envoyaient ceux dont elles n’avaient plus besoin, elle les décousait et en faisait de nouveaux. Elle en tricotait également.
Les souvenirs de la période des Fêtes sont restés vifs pour Simone. Sa mère sortait des images du temps de Noël, faisait lire à ses enfants la Bible, l’histoire, l’évangile et préparait des mets «un peu plus recherchés» servis dans «un peu plus de vaisselle». Il y avait toujours un bas de Noël dans lequel on trouvait une orange, une pomme et «quelques petites surprises», tels des bonbons que sa mère fabriquait. Elle ne leur offrait toutefois que très peu de choses achetées, si ce n’est, une année ou l’autre, une petite «surprise» trouvée dans un catalogue; il s’agissait alors d’un événement exceptionnel. Simone dit de sa mère qu’elle avait la capacité de créer du bonheur dans une maison où liberté et discipline faisaient bon ménage.
Avec le recul, maintenant qu’elle a côtoyé la misère, Simone décrit ainsi la situation de sa famille:
On était quand même dans un milieu protégé. Protégé justement par l’intelligence de notre mère. Elle faisait une béchamel aux œufs avec un œuf pour toute la famille, c’était quand même bon. Mais si elle n’avait pas eu le talent de faire ça, si elle n’avait pas eu du blé pour les grains d’avoine qu’elle avait récoltés pour nourrir les poules, on n’en aurait pas eu. C’est beaucoup une question de milieu, une question de temps, une question d’habileté aussi. À présent, les gens n’ont pas la possibilité de coudre, ils n’ont pas la possibilité de réparer un morceau de linge et tout… c’est ça aussi, je pense, qui nous fait voir une pauvreté plus grande. Puis comme la pauvreté matérielle est plus grande, ça devient également une pauvreté, disons, qui fait souffrir davantage. Parce que, nous autres, la pauvreté, on n’en souffrait pas… Nous autres, chez nous, on était assez insouciants. On s’apercevait que les autres en avaient plus que nous, mais cela ne nous faisait rien. Probablement aussi que compte tenu de la façon dont notre mère nous élevait, elle nous empêchait de faire des comparaisons.

Alors que ses frères pouvaient jouir de l’insouciance de l’enfance et s’amuser, Simone a dû s’initier toute petite aux tâches domestiques, comme c’était le cas de nombreuses filles8. Elle en a gardé longtemps le sentiment d’une injustice. Elle a été offusquée la première fois que son père lui a dit qu’elle devait rester à la maison pour aider sa mère au lieu d’aller jouer dehors:
Je répliquais en dedans de moi – parce qu’on ne répliquait pas à mon père –, je répliquais: J’suis pas si grande que ça, j’ai rien que cinq ans! En même temps, j’étais l’aînée, j’avais la confiance de mes parents pour m’occuper de mes frères, bon…
Simone reconnaît que la vie familiale n’était pas parfaite. Des désaccords existaient entre ses parents, qu’elle décrit comme très différents l’un de l’autre. Elle parle de son père comme d’un homme au cœur d’or, mais peu réaliste et très indépendant. Sa mère aurait souhaité investir davantage dans les études de ses enfants alors que son père n’en voyait pas autant la pertinence. À partir du moment où il commence à travailler à bord des trains, il est souvent absent et ses retours à la maison ne sont pas faciles. Simone a eu connaissance de discordes entre ses parents, mais sa mère s’exprimait peu à ce sujet, ne critiquait jamais ouvertement son mari, sans doute pour protéger l’harmonie familiale.
Malgré tout, Simone garde surtout de beaux souvenirs de son enfance, époque bénie de jeux et de formation. Elle se souvient, entre autres, que ses parents avaient l’habitude de chanter. Ils chantaient des complaintes et de vieilles chansons françaises, comme Sur le pont d’Avignon, surtout avant l’arrivée chez eux de l’électricité et de la radio l’année de ses dix ans. Aussi, elle découvre et apprécie dès son jeune âge la chanson et la poésie françaises.
Ses parents se tenaient informés, ils lisaient les journaux (L’Événement, L’Action catholique). Comme son père était un passionné de politique, il en était souvent question à la maison, où on trouvait même un buste de Duplessis. Joseph Voisine était croyant et assez nationaliste. Sa vénération pour le «Chef» s’explique sans doute par l’attrait de ses discours nationalistes et populistes. Maurice Duplessis trouvait, en effet, ses principaux appuis dans les milieux ruraux et les petites villes sachant se montrer à l’écoute des aspirations des Québécois attachés à leur religion, opposés au communisme et soucieux de préserver leur identité9. En contact avec un tel engagement de leur père, les enfants ont acquis, alors qu’ils étaient très jeunes, des notions de politique.
Pour sa part, Blanche leur parlait d’Abélard Godbout, premier ministre libéral qu’elle admirait. C’est le gouvernement de Godbout qui a fait adopter en 1943 une loi rendant obligatoire les études scolaires jusqu’à l’âge de quatorze ans et instaurant la gratuité de l’éducation au primaire. Son gouvernement avait également, en 1940, fait reconnaître le droit de vote réclamé par les femmes. Ex-enseignante, sa mère se tenait informée des avancées en éducation et a voulu inculquer la soif d’apprendre à ses enfants.
À partir de sa lecture des journaux, elle leur expliquait ce qui se passait ailleurs sur la planète, leur racontait les événements qui concernaient des populations lointaines à l’aide d’une carte géographique. C’est à la maison que se sont développées les connaissances de Simone en géographie. Ce n’était pas un phénomène marginal à l’époque. En effet, dans les familles bourgeoises, certains enfants recevaient les premières années de formation à la maison10. Selon les historiennes du collectif Clio, la croyance populaire selon laquelle les femmes étaient plus scolarisées que leurs maris et se chargeaient de l’information dans la famille n’a pas été démontrée. Elles notent toutefois que selon Thérèse Hamel, il en était ainsi en milieu rural11. C’était le cas dans la famille de Simone.
L’approche pédagogique de Blanche visait surtout à ouvrir les horizons de ses enfants. Lorsqu’elle leur parlait des problèmes des peuples dans le monde, elle ne s’apitoyait pas, mais cherchait plutôt à les leur faire comprendre. Simone devait manifester toute sa vie une réelle compassion pour les peuples du monde entier, héritée de sa mère.
Le milieu familial nous a donné une certaine façon de comprendre la vie, de comprendre l’environnement, de comprendre les gens qui nous entourent. On était sensibilisés quand il y avait un désastre, un incendie quelque part ou un désastre qui touchait une population dans le monde. On apprenait ça dans les journaux. Ma mère nous expliquait la guerre, comment elle avait commencé, pourquoi c’était comme ça. Elle nous donnait des assises à partir desquelles on pouvait par la suite comprendre d’autres situations similaires.
La conception que proposait Blanche de la religion et des rites qui lui sont associés devait aussi marquer Simone pour la vie. En effet, selon les premiers enseignements religieux reçus de sa mère, Simone a compris que croire ne signifiait pas observer des règles ou adopter des comportements modèles si ce n’est ceux d’amour et d’entraide. Femme instruite et généreuse, Blanche prônait et pratiquait le partage, évitait de poser des jugements et de condamner, tentant plutôt de comprendre.
L’éducation que Blanche a donnée à ses enfant...
Table of contents
- Préface
- Remerciements
- Avant-propos
- Introduction
- Chapitre 1 - La petite fille de milieu rural trouve son chemin 1927-1943
- Chapitre 2 - La vocation, se donner un horizon 1943-1947
- Chapitre 3 - Notre-Dame des Victoires, Anticosti, Notre-Dame de la Garde, le développement de la passion d’enseigner 1947-1962
- Chapitre 4 - Le Québec change et la vie de religieuse aussi... 1962 - 1975
- Chapitre 5 - Le militantisme syndical et l’engagement communautaire, les années en Gaspésie 1975-1993
- Chapitre 6 - La cause ultime, la soupe poulaire 1993 à aujourd'hui
- Chapitre 7 - Une trajectoire singulière, une femme et ses valeurs
- Conclusion
- Bibliographie