Acadie des origines
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Acadie des origines

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L'Acadie, depuis ses débuts, a fasciné explorateurs, colonisateurs, voyageurs, historiens et écrivains. Ceci s'avère particulièrement vrai pour l'Acadie qui précède le « Grand Dérangement ». Cette Acadie souvent mythique et mythifiée s'est trouvée figurée sous des formes diverses dans le discours littéraire et historiographique.L'Acadie des origines explore les différentes manifestations de ce mythe aussi bien dans l'imaginaire que dans la réalité, des textes fondateurs aux représentations contemporaines. Les spécialistes explorent ici une variété de facettes de ce mythe à la vie longue, notamment la cartographie, la construction discursive, les pratiques linguistiques et socioculturelles et les études littéraires.

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Information

LA NOMINATION DU FRANÇAIS EN ACADIE :

PARCOURS ET ENJEUX75
Annette Boudreau
Université de Moncton
La nomination d’un état de langue […] va de pair avec l’indication
de sa fonction sociale, voire de sa place sociale […].
La nomination d’une langue est un mode d’intervention dans les affaires
humaines, son objet est de donner corps à une langue en l’instituant,
de se servir non pas seulement d’elle mais de son nom, ou de ses noms,
pour toucher ceux qui s’y reconnaissent tout aussi bien
que ceux à qui elle est étrangère.
(Tabouret-Keller, 1997 : 6)
En Acadie, les locuteurs du français vivent dans un contexte de diversité linguistique ; deux langues reconnues officiellement sur le plan national, le français et l’anglais, y côtoient plusieurs variétés de français. La langue française constitue le fondement même sur lequel s’est construite la société acadienne depuis le début de la colonisation au 17e siècle et plus encore depuis la fin du 19e siècle, où la langue française et la foi catholique ont constitué les piliers de la « nation » acadienne. « En conservant la foi, nous conserverons également la langue française, dans laquelle nous avons appris à prier » (Convention nationale de 1881). Aujourd’hui, le français, sans la religion, constitue le moyen par lequel la société acadienne tend à se légitimer ; et il s’impose comme le référent central de l’identité acadienne. Cependant, et c’est ce dont il sera question dans le texte, les francophones désignent leur langue de diverses façons et chaque dénomination, loin d’être neutre et sans importance, est porteuse de significations sociales non négligeables, car « nommer, c’est faire exister, c’est construire, c’est instituer socialement ; nommer, c’est dominer, c’est catégoriser76 ».
Dire : « je parle français » ou « je parle acadien » ne relève pas du même mode de représentation. Dans le premier cas, le locuteur se situe dans la sphère francophone, signifiant son appartenance à la francophonie internationale ; dans le deuxième cas, il se situe dans la même sphère, mais il délimite son espace et prend acte d’une existence particulière, tant sur le plan linguistique que sur le plan social77.
Ainsi, dire : « je parle chiac », « je parle acadien » ou « je parle acadjonne », c’est inscrire sa subjectivité dans le discours et remettre en question les tendances homogénéisantes du français et l’hégémonie d’une langue construite sur le modèle de la langue unique, la même pour tous. Dire : « on parle acadien », « on parle chiac » ou « on parle acadjonne », c’est élargir sa subjectivité à un ensemble social, c’est se distinguer sur le plan linguistique sans pour autant se départir de son affiliation francophone. Plus globalement, se nommer ou nommer sa langue peut indiquer une volonté de se situer à l’égard d’autres « lieux francophones », et plus particulièrement le Québec et la France, tous deux présents dans l’imaginaire des Acadiens, le premier, voisin immédiat avec lequel il est important de marquer une différence pour indiquer une spécificité francophone à l’intérieur du Canada78, la seconde, parce qu’elle incarne l’idéal du français « bien parlé » pour l’immense majorité des francophones de l’Acadie.
À partir de ces prémisses, nous tenterons de montrer ce que recouvre l’appellation de trois variétés de parlers acadiens, soit l’acadien79, l’acadjonne et le chiac80. Partant de l’époque actuelle, nous verrons que les deux premiers tirent leur légitimité des traits français hérités des premiers colons établis en Acadie à partir de 1604 – de l’Acadie des origines – et que le dernier est plutôt rattaché à l’époque contemporaine, qu’il émerge à l’écrit81 dans les années 1960 pendant les événements politiques et sociaux qui ont marqué l’Acadie de l’époque82.
Même s’il en sera question, l’objet du texte n’est pas tant d’analyser les formes distinctes de ces variétés que de montrer les liens entre les traits de ces variétés et la nomination de ces langues, et surtout d’examiner les représentations qui en découlent. Nous chercherons à savoir qui nomme, pourquoi on nomme et, surtout, quels sont les enjeux sociaux découlant de ces nominations, tant pour les locuteurs qui en font usage que pour les locuteurs de l’extérieur qui peuvent s’en servir comme éléments définitoires du groupe auquel elles renvoient. Avant d’entrer dans le vif du sujet, il convient de faire un bref retour sur les origines du français parlé en Acadie.
Brève histoire de l’origine du français en Acadie
À travers une étude approfondie du lexique, Claude Poirier affirme que les premiers colons français qui arrivèrent en Nouvelle-France (en Acadie en 1604 et au Québec en 1608) parlaient déjà le français83. Provenant surtout du centre-ouest de la France (Poitou et Saintonge), les Acadiens parlaient la variété de français84 des régions dont ils étaient issus. Massignon avance, tout comme Poirier, qu’avant la Déportation, la langue acadienne était caractérisée par une relative uniformité, liée au nombre limité de familles installées en Acadie85. Selon cette dernière, la diversification actuelle s’explique par les mouvements de population qui eurent lieu après la Déportation86. Cependant, Flikeid estime que la langue parlée en Acadie était déjà marquée par l’uniformité et la diversité au moment même de la Déportation87 et cela, en raison de « l’essaimage des établissements dès 1670 dans le but d’exploiter de nouveaux terrains favorables à la technique particulière d’agriculture adoptée (exploitation des marais) et par le fait que ces groupements se faisaient par unités familiales88 ». Quoi qu’il en soit, nous savons aujourd’hui que des traits linguistiques propres au français parlé en Acadie se sont maintenus à travers les siècles. En effet, l’isolement des colonies acadiennes après la Déportation, le peu d’accès à l’éducation en français jusqu’au début du 20e siècle, le peu d’exposition au français « normatif » et, surtout, la cohésion sociale construite autour du vernaculaire sont quelques facteurs qui expliquent ce maintien.
Le français appelé français acadien
Tout d’abord, rappelons qu’il est difficile de tracer des frontières entre les différentes variétés de langues, que celles-ci sont floues et poreuses et que les caractéristiques d’une variété ne sont pas exclusives à cette seule variété. Cependant, pour la clarté de l’exposé, un certain classement s’impose et nous présentons les traits les plus couramment décrits des variétés traitées dans ce texte.
Le français acadien parlé dans le nord-est et le sud-est du Nouveau-Brunswick surtout est marqué par le maintien, à des degrés divers, de traits dits archaïques89 qui dateraient du début de la colonisation90.
Depuis l’époque de la Renaissance acadienne, que les historiens situent autour de la fin du 19e siècle (Clarke, 1980 ; Couturier, 1996 ; Daigle, 1993 ; Thériault, 199391), plusieurs lettrés ont voulu montrer les forts liens de parenté existant entre le français parlé en Acadie et celui parlé en France à l’époque de la colonisation et même avant. Dès la première convention nationale en 1881, Pierre-Amand Landry, dans son discours d’ouverture, affirme :
[N]os gloires sont d’avoir fidèlement conservé la foi de nos aïeux et d’être restés fidèles, en grandissant, à leurs traditions et à leur langue, cette belle langue des Jean Racine et des Pierre Corneille, des Fénelon et des Bossuet, que n’a pu détruire ou nous enlever que dis-je? qu’a pu à peine affaiblir un tant soit peu le contact incessant d’un idiome qui aurait dû cent fois nous rayer de la liste des Français par mœurs et coutumes92.
En 1886, Pascal Poirier, alors sénateur, caractérise le français parlé en Acadie de « français “pur” qui provient d’une des branches les plus fécondes et les mieux conservées de la langue d’oïl93 » ; en 1915, il affirme : « la langue que nous parlons est celle-là même que nos pères ont apportée de France lorsqu’ils sont venus, dans la première moitié du 17e siècle, s’établir à Port-Royal94 ». Il ajoute en 1926 qu’il est important qu’un enfant acadien ne rougisse pas de sa langue, parce que « rougir de sa langue maternelle, c’est un peu rougir de la France95 ». Poirier s’est d’ailleurs mis « rageusement » à répertorier les expressions et les traits typiques des Acadiens dans ce qui est devenu le Glossaire Pascal Poirier, édité par Gérin96. En 1912, James Geddes, discourant sur le parler acadien de Carleton en Gaspésie, abonde dans son sens : « [C]e langage qui semble si dur et si grossier à nos oreilles modernes, n’est autre que notre langue nationale des quinzième et seizième siècles, telle du reste qu’on la retrouve dans les meilleurs écrivains de ces époques97 ». Plus près de nous, Antonine Maillet, entretenant le mythe, avance encore que le français que parlent les Acadiens tire ses sources de celui que parlait Rabelais :
La langue avait pour nous quelque chose d’inné et quelque chose qui relevait d’un vieil héritage – c’est-à-dire d’une vieille langue qui n’avait pas « cours sur le marché courant ». Conclusion : je me sentais au départ handicapée parce que je ne parlais pas bien (ce que je croyais bien) comme les Fran...

Table of contents

  1. Couverture
  2. Titre
  3. Crédits
  4. Introduction
  5. L’Acadie : un toponyme à usages multiples
  6. Rhétoriques et rêverie des origines
  7. Mémoire des origines et aventures maritimes
  8. L’Acadie dans la tête
  9. La nomination du français en Acadie
  10. Introduction, création et variations d'un mythe fondateur acadien, Subercase
  11. De Lionel Groulx à France Daigle
  12. Littérature et histoire dans L'Acadie perdue
  13. La poésie des origines dans Nous, l'étranger de Serge Patrice Thibodeau
  14. Exil et exode
  15. Bibliographie
  16. Table des matières
  17. 4e de couverture