Le développement en contexte
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Le développement en contexte

Quatre temps d'un débat au sein des communautés francophones minoritaires (1969-2009)

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Le développement en contexte

Quatre temps d'un débat au sein des communautés francophones minoritaires (1969-2009)

About this book

Depuis 1969, la notion de dĂ©veloppement occupe une place centrale dans le dĂ©bat sur les langues officielles au Canada. Elle est mĂȘme une des pierres angulaires de la Partie VII de la Loi sur les langues officielles de 1988. Mais, qu'est-ce que le dĂ©veloppement? À entendre les dĂ©bats, on serait portĂ© Ă  croire qu'il s'agit d'une notion fixe, dont les reprĂ©sentations ont toujours Ă©tĂ© et demeurent les mĂȘmes. Or il n'en est rien. L'analyse des discours de cinq des principaux acteurs engagĂ©s dans ce dĂ©bat (dont le gouvernement fĂ©dĂ©ral, la FCFA et le Commissariat aux langues officielles) dĂ©montre que les reprĂ©sentations du dĂ©veloppement ont variĂ© au grĂ© des transformations des contextes historiques et politiques. L'ouvrage contribue Ă  cerner les enjeux entourant la notion centrale du dĂ©veloppement tels qu'ils s'Ă©noncent et Ă©voluent depuis 1969.

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Information

Year
2014
eBook ISBN
9782894238776

CHAPITRE 1
LA POLITISATION DU DÉBAT SUR LE DÉVELOPPEMENT (1969-1987)

La pĂ©riode qui prĂ©cĂšde la sanction de la Partie VII de la Loi sur les langues officielles (LLO) est marquĂ©e par l’émergence des principaux acteurs qui seront impliquĂ©s dans le dĂ©bat sur son dĂ©veloppement et sa mise en Ɠuvre, notamment la FĂ©dĂ©ration des francophones hors QuĂ©bec, le Commissariat aux langues officielles et le ComitĂ© mixte permanent des langues officielles. Leur Ă©mergence s’accompagne de l’avĂšnement de deux dynamiques clĂ©s : la premiĂšre consiste dans les rapports qu’entretiennent entre eux les divers groupes d’acteurs ; la seconde est qu’avec l’apparition de nouveaux interlocuteurs et de nouvelles occasions de prendre la parole, la teneur et la portĂ©e des dĂ©bats se modifient. En d’autres mots, l’avĂšnement des acteurs, les rapports qu’ils entretiennent entre eux et leurs reprĂ©sentations du dĂ©veloppement s’élaborent durant la pĂ©riode prĂ©-1988.
Le chapitre est divisĂ© en six parties. AprĂšs avoir prĂ©sentĂ© la trame de fond historique, nous passons Ă  la Loi sur les langues officielles de 1969 et aux programmes qui ont Ă©tĂ© mis en place Ă  la suite de son adoption. La deuxiĂšme partie est consacrĂ©e Ă  un acteur important créé en vertu de la LLO, soit le Commissariat aux langues officielles. La partie qui suit se concentre sur la FĂ©dĂ©ration des francophones hors QuĂ©bec, formĂ©e en 1975. Nous analysons ensuite la Charte canadienne des droits et libertĂ©s ainsi que ses incidences sur les droits des communautĂ©s francophones en situation minoritaire et sur la juridisation du dĂ©bat sur celles-ci. La derniĂšre partie est consacrĂ©e Ă  la participation des communautĂ©s francophones au dĂ©bat sur l’Entente constitutionnelle de 1987.
1. La trame de fond
L’organisation de ce chapitre s’inspire largement de la trame de fond historique canadienne de 1969 Ă  1987, qui a eu un effet dĂ©terminant sur l’orientation que prennent les dĂ©bats et les reprĂ©sentations. Il est cependant impossible de passer sous silence la Commission royale d’enquĂȘte sur le bilinguisme et le biculturalisme, bien qu’elle ait Ă©tĂ© instituĂ©e juste avant la pĂ©riode Ă  l’étude, puisque la Loi sur les langues officielles de 1969 vient en partie rĂ©pondre Ă  l’une des recommandations principales des commissaires, celle d’instaurer le bilinguisme officiel au sein du gouvernement fĂ©dĂ©ral63. Les commissaires ont aussi optĂ© pour le principe du bilinguisme individuel, quoique en Ă©mettant certaines rĂ©serves basĂ©es sur leurs rĂ©flexions sur le principe territorial. En effet, ils recommandaient au Nouveau-Brunswick et Ă  l’Ontario de reconnaĂźtre le français comme langue officielle, ces provinces ayant des communautĂ©s minoritaires linguistiques viables64. Toutefois, la loi de 1969 fait fi de ces rĂ©serves et embrasse totalement le principe individuel puisque, selon Trudeau, alors premier ministre du Canada, « le but de la politique linguistique ne pouvait ĂȘtre [
] que la protection des droits des individus et non pas celle des collectivitĂ©s linguistiques ou leur promotion65 ».
La Loi sur les langues officielles de 1969 sert aussi d’outil dans le dĂ©bat sur l’unitĂ© nationale dĂ©clenchĂ© par l’affirmation du nationalisme quĂ©bĂ©cois. Selon Kenneth McRoberts, l’objectif sous-jacent de la politique de bilinguisme Ă©tait que « si les francophones obtenaient l’égalitĂ© partout au Canada, les QuĂ©bĂ©cois francophones s’identifieraient moins au QuĂ©bec et plus au Canada dans son ensemble66 ». Il considĂšre que cette stratĂ©gie a Ă©tĂ© un Ă©chec67 et qu’elle n’a pas empĂȘchĂ© le pays de plonger dans de longs dĂ©bats constitutionnels. De nombreuses confĂ©rences se sont succĂ©dĂ© et ont culminĂ©, en 1982, avec le rapatriement de la constitution canadienne et l’enchĂąssement de la Charte canadienne des droits et libertĂ©s dans celle-ci, sans l’assentiment du QuĂ©bec.
La Charte canadienne des droits et libertĂ©s a donnĂ© de nouvelles assises aux revendications des communautĂ©s minoritaires de langue officielle en consacrant notamment l’égalitĂ© des langues et en prĂ©cisant leurs droits en matiĂšre d’éducation68. Elle a aussi accĂ©lĂ©rĂ© la tendance Ă  la juridisation du dĂ©bat sur les droits des commu­nautĂ©s minoritaires de langue officielle, celles-ci ayant accĂšs Ă  un financement par le biais du Programme de contestation judiciaire69. De nombreuses causes ainsi financĂ©es ont fait progresser l’interprĂ©tation des droits en matiĂšre de langues officielles.
Toutefois, sans l’assentiment du QuĂ©bec Ă  la nouvelle donne constitutionnelle canadienne, le dĂ©bat est restĂ© ouvert et s’est dĂ©roulĂ© sur la place publique. L’élection, en 1984, d’un nouveau gouvernement conservateur – portĂ© au pouvoir notamment sur la promesse de permettre au QuĂ©bec de regagner le giron constitutionnel dans l’honneur et l’enthousiasme – a relancĂ© les nĂ©gociations Ă  ce sujet. Ces nĂ©gociations ont reprĂ©sentĂ© une nouvelle occasion pour les communautĂ©s francophones minoritaires de faire entendre leurs prĂ©occupations. Elles se sont alors engagĂ©es dans les dĂ©bats entourant l’Entente constitutionnelle de 1987, mieux connue sous le nom d’Accord du lac Meech. Cet accord met un terme Ă  la pĂ©riode que nous Ă©tudions dans ce chapitre.
2. Le renouvellement du cadre juridique et l’émergence des acteurs
DiffĂ©rentes dispositions de la Loi sur les langues officielles de 1969 ont eu un impact sur la portĂ©e des dĂ©bats entourant le dĂ©veloppement des communautĂ©s francophones en situation minoritaire, mais aussi un effet structurant sur les relations entre les diffĂ©rents acteurs. SanctionnĂ©e le 9 juillet 1969, la LLO Ă©nonce clairement Ă  l’article 2 que
[l]’anglais et le français sont les langues officielles du Canada pour tout ce qui relĂšve du Parlement et du Gouvernement du Canada ; elles ont un statut, des droits et des privilĂšges Ă©gaux quant Ă  leur emploi dans toutes les institutions du Parlement et du Gouvernement du Canada70.
La LLO stipulait aussi que le public pouvait communiquer dans les deux langues officielles, Ă  l’intĂ©rieur des rĂ©gions dĂ©signĂ©es, avec les « ministĂšres, dĂ©partements et organismes du gouvernement du Canada, ainsi [qu’avec les] organismes judiciaires, quasi judiciaires ou administratifs ou [les] corporations de la Couronne71 ». La LLO prĂ©voyait, dans ses articles 12 Ă  18, la crĂ©ation de districts bilingues fĂ©dĂ©raux dans lesquels « le principe du bilinguisme et celui de l’égalitĂ© des deux langues officielles devaient recevoir une application plus Ă©tendue que sur l’ensemble du territoire canadien72 ». Toutefois, aucun district n’a Ă©tĂ© créé et cette disposition de la LLO n’a jamais Ă©tĂ© mise en Ɠuvre. Fait Ă  noter : le concept de dĂ©veloppement est absent de la LLO de 1969.
Par contre, d’autres initiatives liĂ©es Ă  l’idĂ©e de dĂ©veloppement ont Ă©tĂ© mises sur pied afin de respecter l’esprit du rapport de la Commission royale d’enquĂȘte sur le bilinguisme et le biculturalisme et de la Loi sur les langues officielles. Le SecrĂ©tariat d’État, en crĂ©ant ces programmes, est devenu l’un des principaux acteurs gouvernementaux dans le dĂ©bat entourant le dĂ©veloppement.
RenĂ©-Jean Ravault souligne, entre autres, la crĂ©ation, en 1969, de la Direction de l’action socio-culturelle qui allait devenir la Direction des groupes minoritaires de langue officielle. Il identifie ainsi les objectifs de la Direction :
a) de renforcer et de promouvoir le dĂ©veloppement linguistique et culturel des communautĂ©s de langue officielle dans les rĂ©gions oĂč elles constituent des minoritĂ©s ;
et b) d’aider les deux communautĂ©s de langue officielle au Canada Ă  vivre et Ă  travailler harmonieusement pour l’atteinte de buts nationaux en offrant des occasions pour le public canadien de comprendre et d’accepter le fait français-anglais et ses incidences sur les diffĂ©rentes sphĂšres d’activitĂ© (notre traduction)73.
Huit programmes de subventions ont Ă©tĂ© Ă©laborĂ©s au SecrĂ©tariat d’État : soutien aux organismes provinciaux, Ă©changes culturels, animation sociale, activitĂ©s jeunesse, centres culturels, participation internationale, colloques et confĂ©rences, puis programmes et activitĂ©s spĂ©ciaux et nationaux74. La Direction de l’action socio-culturelle Ɠuvrait parallĂšlement Ă  la Direction des programmes des langues, « ajoutant ainsi l’aspect de dĂ©veloppement des communautĂ©s minoritaires Ă  celui de la promotion du bilinguisme dans l’enseignement75 ». Le dĂ©veloppement devenait partie intĂ©grante des activitĂ©s du SecrĂ©tariat d’État.
Le Commissariat aux langues officielles, dont la crĂ©ation Ă©tait prĂ©vue dans la Loi sur les langues officielles de 1969, a Ă©tĂ© un des premiers acteurs Ă  s’engager dans le dĂ©bat sur le dĂ©veloppement des communautĂ©s. L’article 25 prĂ©cise qu’il
incombe au Commissaire de prendre, dans les limites de ses pouvoirs, toutes les mesures propres Ă  faire reconnaĂźtre le statu...

Table of contents

  1. Couverture
  2. Titre
  3. Crédits
  4. Remerciements
  5. Introduction
  6. Chapitre 1 - La politisation du débat sur le développement (1969-1987)
  7. Chapitre 2 - L’institutionnalisation du dĂ©bat sur le dĂ©veloppement (1988-1992)
  8. Chapitre 3 - La rationalisation de l’action en matiĂšre de dĂ©veloppement (1993-2004)
  9. Chapitre 4 - La reconceptualisation du débat sur le développement depuis 2005
  10. Conclusion
  11. Bibliographie
  12. Table des matiĂšres
  13. 4e de couverture

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