Se raconter des histoires
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Histoire et histoires dans les littératures francophones du Canada

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Histoire et histoires dans les littératures francophones du Canada

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Raconter des histoires est au coeur mĂȘme de la condition et de l'activitĂ© humaine. De la tradition orale aux romans postmodernes, elles Ă©pousent des formes et dĂ©veloppent des thĂ©matiques diffĂ©rentes. Ces Ă©tudes s'intĂ©ressent aux histoires que racontent les Ă©crivains francophones du Canada, pour en saisir la diversitĂ©, les thĂšmes de prĂ©dilection, les courants littĂ©raires. Les 33 articles sont variĂ©s, tant selon l'Ă©poque, le genre et les thĂ©matiques que les approches analytiques. Ils sont regroupĂ©s selon le genre (théùtre, contes, chansons...), l'origine (Acadie, Ouest canadien, Ontario français) ou les aspects narratifs (temps, espace, Ă©criture au fĂ©minin...). L'ensemble fournit un regard vaste, original et Ă©clairant sur de vastes pans du corpus littĂ©raire francophone du Canada.

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Information

Year
2013
eBook ISBN
9782894238806

CONTES ET CHANSONS

LA CHANSON SATIRIQUE, LA LITTÉRATURE ET L’HISTOIRE AU XIXE SIÈCLE :

RÉMI TREMBLAY ET LE CHANSONNIER POLITIQUE DU CANARD (1879)
Jean Levasseur
UniversitĂ© Bishop’s
Dans la gĂ©nĂ©alogie de la grande famille des sciences dites « hu­­maines », LittĂ©rature et Histoire sont des sƓurs qui se sont longtemps jalousĂ©es, sinon ignorĂ©es. Pendant que la pre­miĂšre n’en faisait et n’en fait encore que mention, de maniĂšre souvent anecdotique, la seconde en fait le plus souvent abstrac­tion. Le traitement et l’enseignement de l’histoire n’ont Ă©tĂ© sensiblement modifiĂ©s, au QuĂ©bec, que lorsque l’école des Annales de Lucien Fevre (France) parvint finalement Ă  faire une percĂ©e universitaire, dans les plus belles heures d’ouverture de la RĂ©volution tranquille. Une troisiĂšme et une quatriĂšme gĂ©né­rations d’historiens universi­taires furent alors formĂ©es, ouvertes aux possibilitĂ©s offertes par l’émergence des nouvelles sciences. Les Wallot, Bernard, Roby et Hamelin cĂŽtoieront ainsi, et influen­­ceront dĂ©finitivement quelques annĂ©es plus tard, une multitude de nouveaux jeunes chercheurs et historiens, tels que GĂ©rard Bouchard, RenĂ© Hardy, Normand SĂ©guin, Fernand Harvey et Yvan Lamonde, pour n’en nommer que quelques-uns, tous passionnĂ©s par les chemins que leur prĂ©sentait cette nouvelle historiographie ; car l’histoire sociale Ă©tait dĂ©sormais Ă  l’honneur et, avec elle, la nĂ©cessitĂ© d’utiliser des sources nouvelles, diffé­rentes et complĂ©mentaires. Les dossiers personnels des gouver­neurs, Ă©vĂȘques et premiers ministres n’étaient dĂ©sormais plus les seules archives qu’il valait la peine de consulter. Le marxisme et son idĂ©ologie sous-jacente, si forte dans les annĂ©es 1970, jouĂšrent eux aussi un rĂŽle important dans les prĂ©occupations de ces gĂ©nĂ©rations pour les phĂ©nomĂšnes sociaux et Ă©conomiques ayant marquĂ© l’histoire du QuĂ©bec. Les objets d’étude se multi­pliĂšrent : Ă  l’histoire traditionnelle des grands personnages et Ă©vĂ©nements s’ajoutĂšrent ainsi celles de l’économie, des idĂ©ologies, des tra­vailleurs et, bientĂŽt, celles de la femme, de l’urbanitĂ©, du syndi­calisme, etc. « Je dĂ©cou­vrais avec de plus en plus d’acuitĂ©, Ă©crira RenĂ© Durocher en 1984, que l’histoire Ă©tait une science sociale. C’est ainsi que la revue Recherches sociographiques m’apparaissait bien plus importante que la Revue d’histoire de l’AmĂ©rique française et qu’Albert Faucher m’en apprenait plus que Lionel Groulx5. »
La littĂ©rature comme tĂ©moignage de l’Histoire n’a cependant pas encore rĂ©ussi Ă  faire ce pas. Plus intĂ©ressĂ©e dans les annĂ©es 1960 et 1970 par des questions de formes et de struc­tures que par des donnĂ©es de contenu, plus intĂ©ressĂ©e dans les annĂ©es 1980 par la psychanalyse que par l’évolution des idĂ©es ou des mentalitĂ©s, et plus intĂ©ressĂ©e depuis par de vastes et vagues questions de postmodernisme, la littĂ©rature, dans son ensemble, a choisi de ne pas monter dans le navire de l’Histoire, et ce, malgrĂ© de vaillantes rĂ©alisations ponctuelles — l’essai de Robert Major sur l’« art de rĂ©ussir » de Jean Rivard (PUL, 1991), l’immense travail de Maurice Lemire dans sa tentative de rĂ©unir les institutions littĂ©raires, rĂ©elles et tangibles, avec l’évolution de la littĂ©rature elle-mĂȘme (L’histoire littĂ©raire au QuĂ©bec), etc. C’est sans doute en raison de ce manque d’études individuelles que les deux plus rĂ©cents efforts de mise en pers­pective de la littĂ©rature quĂ©bĂ©coise (Heinz Weinmann et Roger Chamberland, LittĂ©rature quĂ©bĂ©coise. Des origines Ă  nos jours (MontrĂ©al, HMH, 1996), destinĂ©e aux cĂ©geps, et Histoire de la littĂ©rature quĂ©bĂ©coise de l’équipe Biron, Dumont et Nardout-Lafarge (MontrĂ©al, BorĂ©al, 2007)), malgrĂ© leur grande valeur rĂ©fĂ©rentielle, demeurent des ouvrages de facture tradi­tionnelle qui prĂ©sentent une vision de la littĂ©rature quĂ©bĂ©coise fonciÚ­rement identique Ă  celle des histoires des dĂ©cennies prĂ©cé­dentes, oĂč les Ă©vĂ©nements extĂ©rieurs Ă  l’histoire jouent un rĂŽle on ne peut plus modeste.
Les analyses littĂ©raires brillent encore aujourd’hui, pour reprendre l’expression de BenoĂźt Melançon, par « leur isolation­nisme : malgrĂ© d’incessants appels Ă  l’interdisciplinaritĂ©, il n’y a guĂšre plus insulaire que les Ă©tudes littĂ©raires, enfermĂ©es dans leur altiĂšre solitude6 ». En retard sur l’Histoire, la littĂ©rature a donc encore comme tĂąche prĂ©sente et future d’analyser les cas particuliers pour, Ă©ventuellement, dĂ©passer la dĂ©marche induc­tive et en arri­­ver Ă  intĂ©grer cet art dans une perspective historique plus scien­tifique. À preuve, l’omission gĂ©nĂ©ralisĂ©e par les historiens des ouvrages de fiction, y compris mĂȘme ceux rĂ©digĂ©s par des personnages politiques. À peine le Charles GuĂ©rin du futur premier ministre de la province, P.J.O. Chauveau, obtient-il Ă  l’occasion une note au bas d’une page d’un essai d’historien ; et que dire des Faux brillants, Ɠuvre théùtrale d’un autre premier ministre, FĂ©lix-Gabriel Marchand, qui n’est, au bout du compte, jamais mentionnĂ©e et encore moins observĂ©e, Ă©tudiĂ©e ou analysĂ©e. Pour l’Histoire contemporaine du QuĂ©bec, la littĂ©rature demeure en effet un Ă©trange et anecdotique Ă©piphĂ©nomĂšne auquel il ne vaut pas la peine de s’attarder.
DĂ©vastĂ©e par un certain courant français des annĂ©es 1970, valorisĂ©e Ă  l’excĂšs par une AmĂ©rique en quĂȘte de direction, l’étude de la littĂ©rature quĂ©bĂ©coise n’a donc pu encore se dĂ©par­tir de l’hĂ©ritage hermĂ©tique des Foucault, Derrida et compagnie, en cela tout le contraire des Ă©tudes en Histoire, beaucoup plus influencĂ©es, elles, par des philosophes tel Karl Popper (1902-1994), pour qui « la clartĂ© est une valeur intel­lectuelle, puisque sans elle la discussion critique est impos­sible7 ».
Tant au XVIIIe siĂšcle qu’au XIXe, la poĂ©sie dite « de circons­­tance » est une tradition connue et pratiquĂ©e dĂ©jĂ  dans plusieurs pays d’Europe et les journaux en font souvent un Ă©lĂ©ment intrinsĂšque de leurs publications. Elle est considĂ©rĂ©e par les classes dirigeantes « comme un moyen de contestation redoutable8 », comme en tĂ©moigne l’emprisonnement, en mars 1810, de l’imprimeur du Canadien, Charles Lefrançois, en partie en raison de la publi­cation ponctuelle dans ses pages, depuis 1807, de chansons irrespec­tueuses de l’autoritĂ© britannique et de son reprĂ©sentant, le gouverneur Craig. L’ana­lyse du cas particulier de ce chansonnier de RĂ©mi Tremblay, premiĂšre et seule expression d’envergure du genre dans le XIXe siĂšcle littĂ©raire canadien-français, se propose comme une tentative de rĂ©union d’une expression Ă  caractĂšre populaire (la chanson satirique) avec l’Histoire, dans un dĂ©sir commun de tendre vers ce que Popper appelait la « connaissance objective », alors qu’induction et corroboration se rejoignent.
Les origines et la carriÚre de Rémi Tremblay
Avril 1865. Au terme de la guerre de SĂ©cession, et aprĂšs avoir Ă©chappĂ© Ă  l’attention des gardes de l’armĂ©e de l’Union qui le ramenaient Ă  Fort Trumbull (New London, Connecticut) Ă  la suite de sa dĂ©sertion, le jeune RĂ©mi Tremblay, 17 ans, avait en toute simplicitĂ© dĂ©cidĂ© de reprendre cette mĂȘme route qui l’avait vu, 18 mois plus tĂŽt, quitter ContrecƓur, oĂč il travaillait chez un marchand. Quatre-vingts kilomĂštres plus au sud, Ă  Rouse’s Point, poste frontiĂšre amĂ©ricain, il s’était engagĂ© dans les forces de l’armĂ©e du prĂ©sident Lincoln. Douze mois de combats, six mois d’incarcĂ©ration dans la terrible prison sudiste de Libby, en Virginie occidentale, et, surtout, l’idĂ©e de passer les derniers trois ans et demi de son contrat comme simple petit soldat dans un coin tranquille et perdu de l’AmĂ©rique l’avaient vite convaincu qu’un retour au pays natal Ă©tait prĂ©fĂ©rable. Il avait donc retraversĂ© la frontiĂšre Ă  Rouse’s Point et Ă©tait calmement, en marchant, revenu au bercail.
Son passage par MontrĂ©al fut alors pour lui l’occasion d’assister au spectacle improvisĂ© d’un curieux troubadour europĂ©en, un certain Grosperrin, homme Ă  la verve habile et chaleureuse. ImpressionnĂ© par sa prestation, il avait mĂȘme achetĂ© quelques-unes de ses chansons, que l’artiste de foire vendait bon marchĂ© sur des feuilles volantes. Plusieurs annĂ©es plus tard, l’écrivain Louis FrĂ©chette, qui l’aura Ă  son tour rencontrĂ© dans les rues du Vieux-QuĂ©bec, dira de lui :
[
] on le rencontrait partout, dans la rue, sur la place publique, Ă  la porte des Ă©glises, Ă  l’embarcadĂšre des bateaux Ă  vapeur en Ă©tĂ©, aux abords du pont de glace en hiver, chantant Ă  tue-tĂȘte ou rĂ©citant ses productions, faisant le boniment et distribuant ses brochures et plaquettes Ă  droite et Ă  gauche, moyennant deux, trois, cinq ou dix sous, suivant leur impor­tance.
[
]
Romances de saules pleureurs, refrains bachiques, grivoiseries au gros sel, stances de cĂ©ladon, satires politiques, philippiques Ă  l’emporte-piĂšce, il y en avait pour les goĂ»ts les plus divers9.
FrĂ©chette lui consacra un chapitre entier dans son ouvrage de 1892 Originaux et dĂ©traquĂ©s, oĂč, signe Ă©vident des images originales qu’il avait su lui lĂ©guer, il citait de mĂ©moire plusieurs de ses crĂ©ations10. Le troubadour avait Ă©galement marquĂ© l’imaginaire du jeune Tremblay et son image, claire ou diffuse, joua peut-ĂȘtre un rĂŽle dans la rĂ©dactio...

Table of contents

  1. Couverture
  2. Du mĂȘme auteur
  3. Titre
  4. Crédits
  5. Remerciements
  6. Raconter des histoires
  7. Contes et chansons
  8. Théùtre
  9. L’Acadie en histoires
  10. Histoires du Far-Ouest
  11. Les femmes racontent et se racontent
  12. Histoires de l’histoire
  13. Histoires de l’espace
  14. Table des matiĂšres
  15. 4e de couverture

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