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About this book
Ils sont quatre jeunes gens de la première génération à naître et à grandir dans ce rude pays qu'est le Nouvel-Ontario. Ils arrivent à maturité pendant la dépression des années 30, une conjoncture économique peu propice à la réalisation de leurs rêves. Dont le plus important, de bâtir un pays. Rose-Délima, surtout, se désespère: elle aime Donald Stewart malgré tout ce qui oppose alors les Canadiens français et les Canadiens anglais. Les liens de l'amour seront-ils plus forts que le conflit des cultures?Initialement publié en 1983 aux Quinze, puis repris par Prise de parole en 1986, ce roman historique est le deuxième tome de la trilogie Les Chroniques du Nouvel-Ontario.
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Information
Chapitre VII
Ce fut Vital Larramée qui le premier apporta au village la nouvelle du déraillement du train. Il se précipita si énervé dans le magasin général Debrettigny qu’on eut de la difficulté à comprendre l’histoire qu’il s’efforçait de raconter. En descendant au village, il avait vu le convoi de fret immobilisé sur la voie ferrée et quatre wagons renversés.
Un peu plus tard, le chef de gare avait confirmé la nouvelle. Il n’y avait eu qu’un blessé, l’un de ces vagabonds comme on en voyait de plus en plus, perchés sur les convois de marchandises en route pour l’Ouest. Le choc l’avait projeté sur le sol et il s’était cassé la jambe.
Cet accident paralysait la circulation ferroviaire et il faudrait attendre que l’équipe de secours vienne dégager la voie pour que, de nouveau, courrier et passagers puissent s’acheminer vers leurs destinations.
Lorsque la première rumeur de l’accident parvint aux oreilles d’Estelle Poirier, elle se dit que peut-être son heure était enfin venue. Elle attendit avec impatience le retour de son mari. Quand il entra, il se contenta de dire :
— T’as appris le déraillement d’à matin, je suppose. Donne-moi quelque chose à manger au plus vite parce qu’y faut que je retourne travailler avec l’équipe de secours qui vient d’arriver de North Bay.
Dès qu’il fut à table, elle s’assit en face de lui.
— Raconte-moi comment c’est arrivé.
— Y a pas grand-chose à dire, remarqua-t-il en haussant les épaules.
— Comment ça se fait que le train a déraillé?
— C’est en prenant la courbe. Y paraîtrait que les boulons qui tenaient les rails ont cassé.
— Ah, bon. Et qui est-ce qui a inspecté cette section-là hier?
— Ben... c’étaient Donat pis Viateur. Moé pis Laurent on a fait l’autre bout.
— Mais Hugh Anderson, le boss, y était pas avec vous autres?
— Non, y était parti, hier.
— Parti? Parti où?
Josaphat avala la dernière bouchée et se leva tout en finissant sa tasse de thé, qu’il posa au passage dans l’évier.
— Comment veux-tu que je le sache? Y a pas de permission à me demander. C’est lui, le boss.
Il ouvrit la porte pour sortir et se retourna sur le seuil.
— Attends-moi pas pour te coucher. Je vais travailler une partie de la nuit. Il faut que le train puisse passer demain matin.
Tout en lavant la vaisselle, Estelle revoyait les faits. Le train avait déraillé justement dans un endroit inspecté par Donat. Par chance, son mari avait été envoyé ailleurs, donc il était hors de tout blâme. Restait maintenant à savoir où Hugh Anderson était allé la veille.
Le lendemain matin, elle guetta le passage de Vital Larramée. Il n’y avait pas de meilleure source d’information que Vital.
Lorsque Estelle le vit venir, vêtu, malgré la douceur de cette matinée ensoleillée, de son long paletot noir, elle sortit sur le pas de sa porte.
— Hé, Vital, tu voudrais pas un bon verre de limonade?
Le jeune homme s’arrêta, surpris. Il n’avait guère l’habitude que l’on se dérange pour l’inviter. Sa figure décharnée s’illumina d’un sourire.
— Vous êtes ben bonne, m’ame Poirier. Ça serait pas de refus.
Lorsqu’il fut confortablement installé devant un verre de limonade qu’elle lui prépara avec une essence achetée du colporteur de Watkins, elle se mit à l’interroger.
— As-tu vu monsieur Anderson avant-hier, la veille de l’accident?
— Je l’ai vu, m’ame Poirier. Y prenait le train, le train du matin.
— Sais-tu où il allait?
— Non, mais il avait sa canne à pêche à la main.
La joie inonda le cœur d’Estelle. C’était mieux qu’elle n’avait osé espérer.
— T’as pas idée où il pouvait aller pêcher?
— Non, m’ame Poirier. Mais une fois j’sus allé chez lui et y avait ben du poisson. Même qu’y m’en a donné deux et qu’y m’a dit qu’y avait pris ça avec le docteur Clifford de l’Académie à Monteith, qui a un gros bateau et qui est un grand pêcheur.
Estelle jubilait.
— Je t’assure que tu manques pas grand-chose, Vital. Tiens, je vais te servir un morceau de gâteau au chocolat et un autre verre de limonade.
Lorsque Josaphat revint du travail et lui annonça que les travaux étaient terminés, que la voie était de nouveau en service, il s’étonna de voir qu’elle ne le questionnait pas davantage. Elle paraissait distraite, tout absorbée dans ses pensées.
Le lendemain, aussitôt le souper fini, elle mit son chapeau et ses gants.
— Tu sors? demanda Josaphat, étonné.
— J’ai promis à sainte Anne de faire brûler un lampion. Je vais aller faire un tour à l’église.
— Comme tu voudras. Moi, j’sus fatigué et j’irai pas plus loin que le perron à soir.
Estelle s’éloigna sur le trottoir de bois, tournant le coin pour s’engager dans la rue de l’Église. Lorsqu’elle fut sûre que Josaphat l’avait perdue de vue, elle contourna le magasin Debrettigny et reprit le Ferguson Highway jusqu’à la résidence de Hugh Anderson. Ouvrant la barrière de la cour, elle monta les marches du perron et frappa à la porte-moustiquaire, qui, étant donné la chaleur, fermait seule l’entrée de la maison.
Hugh Anderson apparut dans l’embrasure de la porte de cuisine au bout du passage et vint ouvrir. Il sembla étonné de voir la femme de son employé.
— Mrs. Poirier?
— Oui. Je pourrais-t’y vous parler? C’est ben important.
— Certainement. Entrez, passez au salon.
Estelle entra et s’arrêta, éblouie. C’était encore plus beau qu’elle ne se l’était imaginé. Un corridor émaillé blanc conduisait à la cuisine. À droite, il y avait une vraie salle à manger avec une table vernie et des chaises à siège rembourré. À gauche, c’était le salon avec des murs roses et des boiseries grises. Et probablement deux, peut-être trois chambres en haut.
— Venez vous asseoir, dit Hugh, très cordial. Qu’est-ce que je peux faire pour vous?
— C’est à propos de l’accident d’hier.
— Ah, oui. Très regrettable, cet accident.
— À ce qu’il paraît, c’était Donat Nantel qui était responsable d’inspecter c’te section-là la veille de l’accident?
— Ah oui, peut-être bien. En effet, je pense que Jos, votre mari, faisait l’autre section avec Viateur. Alors, ce devait être Donat.
— Eh ben, dit Estelle d’un ton âpre, qu’est-ce que vous attendez pour le mettre à la porte celui-là?
Hugh Anderson la regarda, étonné.
— Mais voyons, Mrs. Poirier, c’est pas nécessairement de sa faute. Malgré toutes les précautions, avec la metal fatigue, you know, il peut se produire de petits accidents.
— Vous appelez ça des petits accidents, vous, quatre chars déraillés?
La colère grondait en Hugh.
— Mais enfin, Mrs. Poirier, de quoi vous mêlez-vous? C’est pas de vos affaires.
Estelle ne se laissa pas intimider. Elle le regarda un moment en silence puis elle dit d’une voix grave :
— Au contraire, monsieur Anderson, c’est de mes affaires. Mon mari est plus vieux que Donat et y connaît le travail mieux que Donat. Si ça avait été mon mari qui avait inspecté la section, y aurait pas eu d’accident, vous pouvez en être sûr.
— Donat est un bon employé et ce n’est pas vous qui me direz quoi faire, dit Hugh en se levant pour montrer qu’il ne discuterait pas de ce sujet plus longtemps. Et à partir de maintenant, je vous conseillerais de vous en tenir à vos chaudrons, Mrs. Poirier.
Estelle, assise sur le bord de sa chaise, tournait fébrilement la courroie de son sac à main.
— Moi, monsieur Anderson, je pense que cet accident a coûté cher à la compagnie et qu’y doivent pas être contents. Si, par-dessus le marché, quelqu’un allait leur écrire pour dire que le foreman était parti à la pêche avec son ami le docteur Clifford ce jour-là au lieu d’être à l’ouvrage comme il aurait dû, ça les mettrait pas plus de bonne humeur.
Le sang monta au visage de Hugh Anderson.
— Mrs. Poirier, dit-il d’une voix étranglée par la colère, je vous souhaite le bonsoir. Nous n’avons plus rien à nous dire.
Estelle se leva et, pour montrer qu’elle n’était pas pressée de partir, se dirigea lentement vers la porte. Sur le seuil, elle se retourna.
— Juste une autre chose. J’attendrai trois jours. Après, si Donat Nantel n’est pas renvoyé, je ferai mon devoir. J’écrirai à la compagnie.
Hugh referma la porte avec fracas, faisant sursauter Mrs. Anderson dans sa cuisine.
— Hugh, qu’est-ce qui se passe? demanda-t-elle.
— Rien, Phyllis. Un coup de vent.
Intérieurement, il devait admettre qu’il se trouvait dans une situation fâcheuse. Dire qu’il ne lui restait plus que dix-sept mois pour atteindre sa retraite. S’il fallait qu’il se produise quelque chose pour mettre sa pension en danger! Rien qu’à y penser, une sueur froide perla sur son front. Puis il songea à la circulaire qu’il avait reçue il y avait déjà quelque temps, où, pour réduire progressivement les effectifs, on lui interdisait de remplacer les employés qui quitteraient la compagnie pour quelque raison que ce soit. Mettons qu’il renverrait Donat en lui faisant porter le blâme de cet accident, cela pourrait être avantageux de deux façons : d’abord, par son rapport, il empêcherait une enquête plus approfondie; ensuite, en réduisant les effectifs à Val-d’Argent, il préviendrait d’éventuelles mises à pied, ou, pire encore, que la section soit tout bonnement rattachée à une autre.
Lorsque Estelle revint chez elle, Josaphat fumait tranquillement sa pipe tout en se berçant sur le perron.
— Alors, t’as allumé ton lampion?
Elle s’arrêta et ferma à demi les yeux.
— Oui, Josaphat, je l’ai allumé. Pis j’ai ben l’impression que la bonne sainte Anne va m’exaucer cette fois-ci.

Lorsque Donat Nantel se présenta au travail le lendemain, il fut reçu par un contremaître au visage grave.
— Attends-moi ici un moment. J’ai à te parler.
Il alla donner les ordres du jour aux trois autres employés et attendit qu’ils se fussent éloignés sur la draisine. Puis, il revint vers Donat.
— J’ai reçu des mauvaises nouvelles hier soir, dit-il en évitant son regard. Il semble que la compagnie te tient responsable du déraillement d’hier et que tu es suspendu jusqu’à nouvel ordre. Je peux pas te dire si ce sera pour longtemps.
Donat leva sur Hugh des yeux étonnés.
— Qu’est-ce que ça veut dire?
— Ça veut dire que t’as pas besoin de revenir au travail avant que je te fasse demander. Je vais faire mon gros possible pour qu’ils te reprennent.
— Mais pourquoi?
— Parce qu’on te blâme pour le déraillement, je te l’ai déjà dit. C’est toi qui étais responsable de cette section-là la veille.
— Mais vous savez ben que c’est pas de ma faute. Les boulons étaient solides quand je suis passé. S’ils ne l’avaient pas été, je l’aurais dit. J’ai toujours fait ma job de mon mieux.
— Le problème, c’est que la voie était défectueuse quand le fret est arrivé.
— Alors, qu’est-ce que vous voulez que je fasse?
Hugh réprima un mouvement d’impatience.
— Es-tu sourd? dit-il en haussant la voix. Va-t’en chez vous et restes-y. On t’enverra ton chèque.
Donat le regarda, hébété, pendant un moment. Un tremblement nerveux agitait ses mains. Puis, comme un automate, il traversa la route et s’enfonça dans les broussailles en direction de sa maison.
Hugh, mal à l’aise, le regardait aller.
— Voyons, est-ce qu’il est devenu fou? dit-il, sans se rendre compte qu’il parlait tout haut. On dirait qu’il se prépare à traverser le muskeg au lieu de prendre la route comme tout le monde.
Achille revenait à la maison pour dîner lorsqu’il reconnut le buggy de son fils Donat qui venait par la route. Il fut plus étonné encore de voir que c’était Imelda, sa bru, qui menait le cheval et qu’elle avait les trois enfants avec elle. Intrigué, il hâta le pas.
Pénétrant dans la maison, il vit Imelda qui pleurait, affalée sur une chaise. Les trois enfants étaient assis, silencieux, sentant qu’il se passait quelque chose de grave.
— Voyons, qu’est-ce que c’est? Quelqu’un de malade?
Laura essaya de parler, mais en fut incapable et se détourna. Imelda, à travers ses sanglots, finit par dire ce qui s’était passé.
— Il est comme un homme fou, acheva-t-elle. Il n’arrête pas de marcher de long en large en répétant : « C’est pas de ma faute, c’est pas de ma faute. » Je peux pas le faire asseoir pour manger ni se coucher pour s...
Table of contents
- Première de couverture
- De la même auteure
- Page titre
- Dépôt légal - Catalogage
- Dédicace
- Épigraphe
- Chapitre I
- Chapitre II
- Chapitre III
- Chapitre IV
- Chapitre V
- Chapitre VI
- Chapitre VII
- Chapitre VIII
- Chapitre IX
- Chapitre X
- Chapitre XI
- Chapitre XII
- Chapitre XIII
- Chapitre XIV
- Chapitre XV
- Chapitre XVI
- Chapitre XVII
- Chapitre XVIII
- Chapitre XIX
- Chapitre XX
- Chapitre XXI
- Chapitre XXII
- Chapitre XXIII
- Chapitre XXIV
- Chapitre XXV
- Chapitre XXVI
- Table des matières
- Quatrième de couverture