L'Art du conte en 10 leçons
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L'Art du conte en 10 leçons

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L'Art du conte en 10 leçons

About this book

On assiste depuis quelques annĂ©es Ă  un renouveau du conte; spectacles et festivals se multiplient et suscitent la vocation de nouveaux conteurs qui, pour la plupart, ont tout Ă  redĂ©couvrir de l'art du conte et de sa pratique oubliĂ©e. Or, le conte n'a pas d'École. Comment alors devient-on conteur et quelles sont les qualitĂ©s Ă  acquĂ©rir pour honorer cet art particulier? Certains conteurs ont le souci de partager leur expĂ©rience sous forme de stages ou d'ateliers. À partir de questions simples, ils nous donnent ici des rĂ©ponses qui touchent, fondamentalement, Ă  la nature mĂȘme du conte et Ă  celle du conteur.L'ouvrage est nĂ© d'une idĂ©e originale de Jean-SĂ©bastien DubĂ© et a Ă©tĂ© rĂ©alisĂ© sous la direction du Collectif Littorale.

Information

Year
2012
eBook ISBN
9782923735689

La formation des conteurs

Former aujourd’hui, en France
, c’est rĂ©pondre Ă  une double demande :
  • celle d’organismes Ă  caractĂšre socioculturel, spĂ©cialisĂ©s dans la formation professionnelle des adultes ou dans des formations de loisirs (conteur professionnel ou conteur amateur) ;
  • celle de personnes ne trouvant pas, dans les institutions, de rĂ©ponses Ă  leur problĂ©matique de formation dans le domaine du « conte ».
Souvent, ce sont leurs interrogations auprĂšs des organismes socioculturels qui dĂ©terminent ces derniers Ă  mettre en place des formations. Parfois, les individus s’adressent directement Ă  des conteurs reconnus pour former des ateliers de rĂ©flexion et d’échanges de savoir-faire, autour des « mystĂšres » de la crĂ©ation. Il s’agit surtout des conteurs-auteurs se posant la question de savoir ce que c’est que d’ÊTRE conteur ; les conteurs-adaptateurs ou transcripteurs recherchant davantage Ă  obtenir « les ficelles » et « les trucs » du mĂ©tier, qu’à devenir des adeptes du « grand parler ».
Il est rĂ©volu le temps de l’éducation populaire, puis de l’éducation socioculturelle de la fin des annĂ©es soixante et des annĂ©es soixante-dix et quatre-vingt, oĂč il Ă©tait bon d’aller glaner les restes de l’oralitĂ© survivante en parcourant les sociĂ©tĂ©s rurales marginalisĂ©es par les nouvelles voies du progrĂšs. En ces temps-lĂ  — ceux du collectage et de la sauvegarde patrimoniale —, l’importance de la rĂ©colte ou du butin et le mĂ©pris de la culture officielle pour le conte (encore considĂ©rĂ© comme un art mineur, bon pour la rĂ©crĂ©ation des enfants) ont entraĂźnĂ© la crĂ©ation de lieux ou d’espaces nouveaux destinĂ©s Ă  recevoir ces reliques de la culture vivante : les Ă©comusĂ©es, les parcs naturels, les conservatoires du patrimoine, qui avaient en commun la particularitĂ© d’ĂȘtre administrĂ©s par trois collĂšges :
  • celui des administrateurs civils du lieu ou du territoire (les Ă©lus locaux) ;
  • celui des habitants acteurs et utilisateurs ;
  • celui, consultatif, des professionnels socioculturels, conseillers techniques et scientifiques.
Or, peu à peu, les habitants-acteurs se sont effacés devant le binÎme : élus locaux et professionnels socioculturels, les premiers étant souvent les employeurs des seconds.
La relation entre le conteur traditionnel et le public passait dĂ©sormais par l’intermĂ©diaire des professionnels. Ce n’étaient plus les hasards des lieux, des travaux et des saisons, ou la rĂ©putation du conteur du pays, qui permettaient la rencontre et l’échange, mais bien l’organisation, dans un lieu institutionnel, d’une prestation spectaculaire.
Au dĂ©but, tout cela se passait souvent dans des cadres patrimoniaux puis, peu Ă  peu, dans des salles polyvalentes rurales. Évidemment, les Ă©quipements aussi Ă©taient polyvalents, bons Ă  tout et Ă  rien. Les espaces scĂ©niques, quand il y en avait, Ă©taient adaptĂ©s trĂšs librement de ceux du théùtre et l’on prĂ©fĂ©rait avoir une rĂ©serve pour la buvette plutĂŽt que des loges pour les artistes. De plus, mĂȘme si le conteur Ă©tait totalement bĂ©nĂ©vole, il y avait un prix d’entrĂ©e ; il fallait bien amortir les Ă©quipements et payer les professionnels ! Le courant sĂ©curitaire a fait le reste, il n’était plus question de veillĂ©es dans des locaux patrimoniaux : granges, moulins, forges
, mais dans des salles de spectacle, des lieux institutionnels normalisĂ©s, avec des micros, du noir absolu et des projecteurs, des siĂšges rĂ©glementaires anti-panique, des issues de secours, enfin : des lieux frĂ©quentables, culturellement corrects. Des techniciens du spectacle, des fiches techniques, des programmes, de la publicitĂ© et des affiches
 Le conte devenait spectacle, spectacle vivant, mais spectacle quand mĂȘme, mis en boĂźte Ă  contes, comme il y avait eu la boĂźte Ă  chansons. Et puis une fois le conte enfermĂ©, conditionnĂ©, rĂ©glementĂ©, il Ă©tait moins subversif, devenait frĂ©quentable par tous, rentable pour certains.
Ainsi les conteurs en devenir ne buvaient-ils plus Ă  la source des contes, mais ils allaient chercher des contes en conserve, dans les conservatoires qui avaient eu le mĂ©rite de les sauvegarder. C’était encore une voie acceptable, oĂč l’on pouvait grĂące aux enregistrements percevoir, par la voix mĂȘme du conteur traditionnel, les subtilitĂ©s, le choix des ingrĂ©dients, les tournures qui faisaient que ce conte-lĂ  devenait le conte de Untel. Évidemment, on perdait l’environnement et la gestuelle qui est le langage du corps.
Avec les Ă©missions de radio, puis de tĂ©lĂ©vision, on a cherchĂ© Ă  pallier ces manques, sans pouvoir approcher le monde des sensations : le chaud, le froid, les odeurs
 Mais le conte Ă  la radio, c’était une vĂ©ritable reconnaissance sociĂ©tale, et les Ă©missions de Henri Gougaud et de Jacques Pradel ont fait beaucoup pour sa renaissance. Quant Ă  la tĂ©lĂ©vision : qui de cette gĂ©nĂ©ration ne se souvient pas des veillĂ©es de Jean Pierre Chabrol ? Combien ont-elles suscitĂ© de vocations conteuses ?
Ensuite, les aspirants conteurs sont allés quérir le conte en livres, quittant la cuisine traditionnelle du récit oral pour utiliser les produits littéraires de la distribution commerciale. Là, plus aucune trace du conteur, mais des tournures convenues
 Certains éditeurs proches du monde des conteurs, et conscients de cette problématique, ont proposé une formule de compromis intéressante et efficace, celle du livre-CD.
Pour se sortir de cette impasse, il n’y avait que deux itinĂ©raires :
  • Aller chercher le conteur lĂ  oĂč il Ă©tait, Ă  savoir dans une salle de spectacle Ă  un moment donnĂ© et revenir Ă  la relation personnelle directe de bouche Ă  oreille, en passant par un vĂ©cu Ă©motionnel au sein d’un groupe de personnes. Toutefois, la nĂ©cessitĂ© de multiplier les auditions pour pouvoir s’imprĂ©gner des rĂ©cits Ă©tait rendue difficile par sa mobilitĂ© et par le coĂ»t. Le conteur d’aujourd’hui est sorti du cadre local, il voyage partout dans le monde et va lĂ  oĂč sa langue trouve des oreilles pour le recevoir. Certains aspirants conteurs ont fait des milliers de kilomĂštres pour suivre des conteurs rĂ©fĂ©rents. D’oĂč l’importance, pour ce type de formation, de l’existence de festivals qui, dans un espace-temps restreint, regroupent de nombreuses prestations d’artistes, des formations, des tables rondes, des librairies spĂ©cialisĂ©es

  • Se former, c’est-Ă -dire chercher Ă  recevoir une Ă©ducation au conte, abordant l’ensemble des connaissances de ce vaste domaine, afin d’acquĂ©rir les outils et les techniques nĂ©cessaires Ă  la pratique de cet Art et de pouvoir donner voix et vie au rĂ©cit Ă  partir d’un Ă©crit. Ce qui correspond davantage Ă  la recherche d’un enseignement programmĂ© et encadrĂ©, avec une approche thĂ©orique soutenue par quelques Ă©lĂ©ments de pratique expĂ©rimentale. Le cadre est celui d’une institution fixe, d’un programme Ă©tabli sur une ou plusieurs annĂ©es, d’une progression pĂ©dagogique de l’élĂ©mentaire Ă  la classe de maĂźtre, d’un label rĂ©fĂ©rentiel et d’une sanction Ă©quivalant Ă  un certificat d’aptitude professionnelle. Il est alors de bon ton d’utiliser dans son curriculum vitĂŠ et dans sa publicitĂ© le nom de son institut de formation et d’énumĂ©rer ses distinctions.

Former et se former

Ainsi se précisent les deux voies de la formation :
  • Former dans le sens premier de crĂ©er, en donnant forme Ă  ses inspirations, Ă  ses idĂ©es, afin de pouvoir les Ă©mettre hors de soi en tant qu’Ɠuvre. Et pour cela frĂ©quenter un maĂźtre accoucheur, avec lequel on se sent des affinitĂ©s, des identitĂ©s de vue et dont on apprĂ©cie les crĂ©ations.
  • Se former, s’instruire, se cultiver en passant par la mise en forme et l’organisation des connaissances, afin que les Ă©lĂ©ments recueillis dans la littĂ©rature puissent s’organiser et prendre une forme, se rapprochant le plus possible de celle du conte traditionnel.
Cette approche, volontairement schĂ©matique, peut ĂȘtre mĂ©tissĂ©e par tous les croisements possibles.
Il n’en demeure pas moins qu’il existe deux types de conteurs : les crĂ©ateurs-auteurs et les adaptateurs-transcripteurs. Cette distinction n’a pas de caractĂšre qualitatif, l’adaptation libre d’un texte existant ou la réécriture d’un rĂ©cit collectĂ© pouvant constituer des Ɠuvres de qualitĂ© Ă  part entiĂšre. Mais les itinĂ©raires pour parvenir Ă  l’un ou l’autre de ces types sont diffĂ©rents. Il est donc essentiel pour l’aspirant conteur de se connaĂźtre suffisamment soi-mĂȘme pour choisir la voie qui lui convient le mieux en fonction de l’objectif Ă  atteindre.

De la matiÚre en général

Un certain nombre de connaissances gĂ©nĂ©rales sont nĂ©cessaires avant que de commencer « Ă  apprendre Ă  apprendre » d’un « maĂźtre ». La premiĂšre Ă©tant de prendre conscience de la permanence universelle de ce phĂ©nomĂšne particulier qu’est l’oralitĂ© dans toutes les civilisations. La seconde Ă©tant de constater que, malgrĂ© l’accĂ©lĂ©ration de l’histoire, malgrĂ© les extraordinaires avancĂ©es de la science et des techniques et la nouveautĂ© du discours moderne, l’art du conte est toujours prĂ©sent et vivant.
Pourtant, l’informatique, les nouveaux systĂšmes de communication en trois dimensions, les nouveaux langages, plus rapides, plus polysĂ©miques, plus diversifiĂ©s qui rĂ©gissent nos relations au monde, le traitement de texte qui dĂ©tache la main de la plume, l’inflation des rĂ©cits Ă  voir qui « virtualisent » nos vies, tout cela semblerait devoir rejeter la parole conteuse dans un passĂ© dĂ©finitivement archaĂŻque. Mais, entre-temps, le conte est devenu sujet d’études scientifiques et littĂ©raires, de nombreuses thĂ©ories ont Ă©tĂ© Ă©laborĂ©es autour de ses origines, de ses pouvoirs, de sa typologie, de ses structures. De nombreuses publications : des Ă©tudes, des recueils, des manuels, mais aussi de nouvelles prestations-spectacles, de nouveaux festivals, signent un regain d’intĂ©rĂȘt du grand public pour ce genre littĂ©raire.
Le conseil que je donnerais aux conteurs nĂ©ophytes serait de commencer par quelques lectures, puisĂ©es dans les Ɠuv...

Table of contents

  1. Couverture
  2. L’art du conte en dix leçons
  3. PrĂ©sentation: l’art du conte en dix leçons
  4. Ben Haggarty
  5. Cherchez l’Ɠil du critique Traduction de Jacques Falquet
  6. Stéphanie Bénéteau
  7. Former les jeunes Ă  l’école
  8. Claudette L’Heureux
  9. Le conte ne s’enseigne pas, mais il peut s’apprendre
  10. Robert Bouthillier
  11. Engranger des contes

  12. Michel Faubert
  13. L’ñme qui sortait par la bouche du conteur

  14. Luigi Rignanese
  15. Patience de l’arrosage
  16. Annexe
  17. Alberto Garcia Sanchez
  18. Jouer avec l’air

  19. Dan Yashinsky
  20. Voler la sagesse des maĂźtres ou l’éducation d’un «fou d’orage» Traduction de Palomba Paves-Yashinsky et Jacques Falquet
  21. Guth Des Prez
  22. La formation des conteurs
  23. Michel Hindenoch
  24. La spĂ©cificitĂ© de l’oralitĂ©
  25. Jihad Darwiche
  26. La maütrise d’un art
  27. Haltes et rencontres sur le chemin du conte Regards d’apprentis sur la formation Jean-SĂ©bastien DubĂ©
  28. Crédits
  29. Notes

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