On assiste depuis quelques annĂ©es Ă un renouveau du conte; spectacles et festivals se multiplient et suscitent la vocation de nouveaux conteurs qui, pour la plupart, ont tout Ă redĂ©couvrir de l'art du conte et de sa pratique oubliĂ©e. Or, le conte n'a pas d'Ăcole. Comment alors devient-on conteur et quelles sont les qualitĂ©s Ă acquĂ©rir pour honorer cet art particulier? Certains conteurs ont le souci de partager leur expĂ©rience sous forme de stages ou d'ateliers. Ă partir de questions simples, ils nous donnent ici des rĂ©ponses qui touchent, fondamentalement, Ă la nature mĂȘme du conte et Ă celle du conteur.L'ouvrage est nĂ© d'une idĂ©e originale de Jean-SĂ©bastien DubĂ© et a Ă©tĂ© rĂ©alisĂ© sous la direction du Collectif Littorale.

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L'Art du conte en 10 leçons
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LiteratureLa formation des conteurs
Former aujourdâhui, en FranceâŠ, câest rĂ©pondre Ă une double demande :
- celle dâorganismes Ă caractĂšre socioculturel, spĂ©cialisĂ©s dans la formation professionnelle des adultes ou dans des formations de loisirs (conteur professionnel ou conteur amateur) ;
- celle de personnes ne trouvant pas, dans les institutions, de réponses à leur problématique de formation dans le domaine du « conte ».
Souvent, ce sont leurs interrogations auprĂšs des organismes socioculturels qui dĂ©terminent ces derniers Ă mettre en place des formations. Parfois, les individus sâadressent directement Ă des conteurs reconnus pour former des ateliers de rĂ©flexion et dâĂ©changes de savoir-faire, autour des « mystĂšres » de la crĂ©ation. Il sâagit surtout des conteurs-auteurs se posant la question de savoir ce que câest que dâĂTRE conteur ; les conteurs-adaptateurs ou transcripteurs recherchant davantage Ă obtenir « les ficelles » et « les trucs » du mĂ©tier, quâĂ devenir des adeptes du « grand parler ».
Il est rĂ©volu le temps de lâĂ©ducation populaire, puis de lâĂ©ducation socioculturelle de la fin des annĂ©es soixante et des annĂ©es soixante-dix et quatre-vingt, oĂč il Ă©tait bon dâaller glaner les restes de lâoralitĂ© survivante en parcourant les sociĂ©tĂ©s rurales marginalisĂ©es par les nouvelles voies du progrĂšs. En ces temps-lĂ â ceux du collectage et de la sauvegarde patrimoniale â, lâimportance de la rĂ©colte ou du butin et le mĂ©pris de la culture officielle pour le conte (encore considĂ©rĂ© comme un art mineur, bon pour la rĂ©crĂ©ation des enfants) ont entraĂźnĂ© la crĂ©ation de lieux ou dâespaces nouveaux destinĂ©s Ă recevoir ces reliques de la culture vivante : les Ă©comusĂ©es, les parcs naturels, les conservatoires du patrimoine, qui avaient en commun la particularitĂ© dâĂȘtre administrĂ©s par trois collĂšges :
- celui des administrateurs civils du lieu ou du territoire (les élus locaux) ;
- celui des habitants acteurs et utilisateurs ;
- celui, consultatif, des professionnels socioculturels, conseillers techniques et scientifiques.
Or, peu à peu, les habitants-acteurs se sont effacés devant le binÎme : élus locaux et professionnels socioculturels, les premiers étant souvent les employeurs des seconds.
La relation entre le conteur traditionnel et le public passait dĂ©sormais par lâintermĂ©diaire des professionnels. Ce nâĂ©taient plus les hasards des lieux, des travaux et des saisons, ou la rĂ©putation du conteur du pays, qui permettaient la rencontre et lâĂ©change, mais bien lâorganisation, dans un lieu institutionnel, dâune prestation spectaculaire.
Au dĂ©but, tout cela se passait souvent dans des cadres patrimoniaux puis, peu Ă peu, dans des salles polyvalentes rurales. Ăvidemment, les Ă©quipements aussi Ă©taient polyvalents, bons Ă tout et Ă rien. Les espaces scĂ©niques, quand il y en avait, Ă©taient adaptĂ©s trĂšs librement de ceux du théùtre et lâon prĂ©fĂ©rait avoir une rĂ©serve pour la buvette plutĂŽt que des loges pour les artistes. De plus, mĂȘme si le conteur Ă©tait totalement bĂ©nĂ©vole, il y avait un prix dâentrĂ©e ; il fallait bien amortir les Ă©quipements et payer les professionnels ! Le courant sĂ©curitaire a fait le reste, il nâĂ©tait plus question de veillĂ©es dans des locaux patrimoniaux : granges, moulins, forgesâŠ, mais dans des salles de spectacle, des lieux institutionnels normalisĂ©s, avec des micros, du noir absolu et des projecteurs, des siĂšges rĂ©glementaires anti-panique, des issues de secours, enfin : des lieux frĂ©quentables, culturellement corrects. Des techniciens du spectacle, des fiches techniques, des programmes, de la publicitĂ© et des affiches⊠Le conte devenait spectacle, spectacle vivant, mais spectacle quand mĂȘme, mis en boĂźte Ă contes, comme il y avait eu la boĂźte Ă chansons. Et puis une fois le conte enfermĂ©, conditionnĂ©, rĂ©glementĂ©, il Ă©tait moins subversif, devenait frĂ©quentable par tous, rentable pour certains.
Ainsi les conteurs en devenir ne buvaient-ils plus Ă la source des contes, mais ils allaient chercher des contes en conserve, dans les conservatoires qui avaient eu le mĂ©rite de les sauvegarder. CâĂ©tait encore une voie acceptable, oĂč lâon pouvait grĂące aux enregistrements percevoir, par la voix mĂȘme du conteur traditionnel, les subtilitĂ©s, le choix des ingrĂ©dients, les tournures qui faisaient que ce conte-lĂ devenait le conte de Untel. Ăvidemment, on perdait lâenvironnement et la gestuelle qui est le langage du corps.
Avec les Ă©missions de radio, puis de tĂ©lĂ©vision, on a cherchĂ© Ă pallier ces manques, sans pouvoir approcher le monde des sensations : le chaud, le froid, les odeurs⊠Mais le conte Ă la radio, câĂ©tait une vĂ©ritable reconnaissance sociĂ©tale, et les Ă©missions de Henri Gougaud et de Jacques Pradel ont fait beaucoup pour sa renaissance. Quant Ă la tĂ©lĂ©vision : qui de cette gĂ©nĂ©ration ne se souvient pas des veillĂ©es de Jean Pierre Chabrol ? Combien ont-elles suscitĂ© de vocations conteuses ?
Ensuite, les aspirants conteurs sont allés quérir le conte en livres, quittant la cuisine traditionnelle du récit oral pour utiliser les produits littéraires de la distribution commerciale. Là , plus aucune trace du conteur, mais des tournures convenues⊠Certains éditeurs proches du monde des conteurs, et conscients de cette problématique, ont proposé une formule de compromis intéressante et efficace, celle du livre-CD.
Pour se sortir de cette impasse, il nây avait que deux itinĂ©raires :
- Aller chercher le conteur lĂ oĂč il Ă©tait, Ă savoir dans une salle de spectacle Ă un moment donnĂ© et revenir Ă la relation personnelle directe de bouche Ă oreille, en passant par un vĂ©cu Ă©motionnel au sein dâun groupe de personnes. Toutefois, la nĂ©cessitĂ© de multiplier les auditions pour pouvoir sâimprĂ©gner des rĂ©cits Ă©tait rendue difficile par sa mobilitĂ© et par le coĂ»t. Le conteur dâaujourdâhui est sorti du cadre local, il voyage partout dans le monde et va lĂ oĂč sa langue trouve des oreilles pour le recevoir. Certains aspirants conteurs ont fait des milliers de kilomĂštres pour suivre des conteurs rĂ©fĂ©rents. DâoĂč lâimportance, pour ce type de formation, de lâexistence de festivals qui, dans un espace-temps restreint, regroupent de nombreuses prestations dâartistes, des formations, des tables rondes, des librairies spĂ©cialisĂ©esâŠ
- Se former, câest-Ă -dire chercher Ă recevoir une Ă©ducation au conte, abordant lâensemble des connaissances de ce vaste domaine, afin dâacquĂ©rir les outils et les techniques nĂ©cessaires Ă la pratique de cet Art et de pouvoir donner voix et vie au rĂ©cit Ă partir dâun Ă©crit. Ce qui correspond davantage Ă la recherche dâun enseignement programmĂ© et encadrĂ©, avec une approche thĂ©orique soutenue par quelques Ă©lĂ©ments de pratique expĂ©rimentale. Le cadre est celui dâune institution fixe, dâun programme Ă©tabli sur une ou plusieurs annĂ©es, dâune progression pĂ©dagogique de lâĂ©lĂ©mentaire Ă la classe de maĂźtre, dâun label rĂ©fĂ©rentiel et dâune sanction Ă©quivalant Ă un certificat dâaptitude professionnelle. Il est alors de bon ton dâutiliser dans son curriculum vitĂŠ et dans sa publicitĂ© le nom de son institut de formation et dâĂ©numĂ©rer ses distinctions.
Former et se former
Ainsi se précisent les deux voies de la formation :
- Former dans le sens premier de crĂ©er, en donnant forme Ă ses inspirations, Ă ses idĂ©es, afin de pouvoir les Ă©mettre hors de soi en tant quâĆuvre. Et pour cela frĂ©quenter un maĂźtre accoucheur, avec lequel on se sent des affinitĂ©s, des identitĂ©s de vue et dont on apprĂ©cie les crĂ©ations.
- Se former, sâinstruire, se cultiver en passant par la mise en forme et lâorganisation des connaissances, afin que les Ă©lĂ©ments recueillis dans la littĂ©rature puissent sâorganiser et prendre une forme, se rapprochant le plus possible de celle du conte traditionnel.
Cette approche, volontairement schĂ©matique, peut ĂȘtre mĂ©tissĂ©e par tous les croisements possibles.
Il nâen demeure pas moins quâil existe deux types de conteurs : les crĂ©ateurs-auteurs et les adaptateurs-transcripteurs. Cette distinction nâa pas de caractĂšre qualitatif, lâadaptation libre dâun texte existant ou la réécriture dâun rĂ©cit collectĂ© pouvant constituer des Ćuvres de qualitĂ© Ă part entiĂšre. Mais les itinĂ©raires pour parvenir Ă lâun ou lâautre de ces types sont diffĂ©rents. Il est donc essentiel pour lâaspirant conteur de se connaĂźtre suffisamment soi-mĂȘme pour choisir la voie qui lui convient le mieux en fonction de lâobjectif Ă atteindre.
De la matiÚre en général
Un certain nombre de connaissances gĂ©nĂ©rales sont nĂ©cessaires avant que de commencer « Ă apprendre Ă apprendre » dâun « maĂźtre ». La premiĂšre Ă©tant de prendre conscience de la permanence universelle de ce phĂ©nomĂšne particulier quâest lâoralitĂ© dans toutes les civilisations. La seconde Ă©tant de constater que, malgrĂ© lâaccĂ©lĂ©ration de lâhistoire, malgrĂ© les extraordinaires avancĂ©es de la science et des techniques et la nouveautĂ© du discours moderne, lâart du conte est toujours prĂ©sent et vivant.
Pourtant, lâinformatique, les nouveaux systĂšmes de communication en trois dimensions, les nouveaux langages, plus rapides, plus polysĂ©miques, plus diversifiĂ©s qui rĂ©gissent nos relations au monde, le traitement de texte qui dĂ©tache la main de la plume, lâinflation des rĂ©cits Ă voir qui « virtualisent » nos vies, tout cela semblerait devoir rejeter la parole conteuse dans un passĂ© dĂ©finitivement archaĂŻque. Mais, entre-temps, le conte est devenu sujet dâĂ©tudes scientifiques et littĂ©raires, de nombreuses thĂ©ories ont Ă©tĂ© Ă©laborĂ©es autour de ses origines, de ses pouvoirs, de sa typologie, de ses structures. De nombreuses publications : des Ă©tudes, des recueils, des manuels, mais aussi de nouvelles prestations-spectacles, de nouveaux festivals, signent un regain dâintĂ©rĂȘt du grand public pour ce genre littĂ©raire.
Le conseil que je donnerais aux conteurs nĂ©ophytes serait de commencer par quelques lectures, puisĂ©es dans les Ćuv...
Table of contents
- Couverture
- Lâart du conte en dix leçons
- PrĂ©sentation: lâart du conte en dix leçons
- Ben Haggarty
- Cherchez lâĆil du critique Traduction de Jacques Falquet
- Stéphanie Bénéteau
- Former les jeunes Ă lâĂ©cole
- Claudette LâHeureux
- Le conte ne sâenseigne pas, mais il peut sâapprendre
- Robert Bouthillier
- Engranger des contesâŠ
- Michel Faubert
- LâĂąme qui sortait par la bouche du conteurâŠ
- Luigi Rignanese
- Patience de lâarrosage
- Annexe
- Alberto Garcia Sanchez
- Jouer avec lâairâŠ
- Dan Yashinsky
- Voler la sagesse des maĂźtres ou lâĂ©ducation dâun «fou dâorage» Traduction de Palomba Paves-Yashinsky et Jacques Falquet
- Guth Des Prez
- La formation des conteurs
- Michel Hindenoch
- La spĂ©cificitĂ© de lâoralitĂ©
- Jihad Darwiche
- La maĂźtrise dâun art
- Haltes et rencontres sur le chemin du conte Regards dâapprentis sur la formation Jean-SĂ©bastien DubĂ©
- Crédits
- Notes
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