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Autobiographie, tome I (1937-1979)

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Autobiographie, tome I (1937-1979)

About this book

Depuis la publication de son livre La simplicitĂ© volontaire, plus que jamais
 et le succĂšs remportĂ© (prĂšs de 30 000 exemplaires vendus), on associe Serge Mongeau Ă  ce qui a fait Ă©cole. Pas Ă©tonnant, puisqu'il ne cesse de donner des entrevues et des confĂ©rences partout au QuĂ©bec. Mais avant cela, Serge Mongeau a Ă©tĂ© et demeure un citoyen trĂšs impliquĂ© dans de nombreuses initiatives visant Ă  amĂ©liorer notre sociĂ©tĂ©. Dans le premier tome de son autobiographie, il raconte sa jeunesse puis ses divers engagements, qui ont toujours tenu une place de premiĂšre importance dans ses occupations: «Ma vie a Ă©tĂ© bien remplie, pas tant d'aventures ou d'Ă©vĂ©nements personnels que de luttes pour tenter de changer une sociĂ©tĂ© que j'ai trĂšs tĂŽt considĂ©rĂ©e comme bien mal foutue; l'injustice, la cupiditĂ©, le trop grand pouvoir des uns sur les autres, la misĂšre et tant d'autres choses me rĂ©voltent. Je suis un rebelle qui n'accepte ni les demi-mesures ni les compromissions; en consĂ©quence je me suis trouvĂ© profondĂ©ment impliquĂ© dans nombre de luttes sociales. J'espĂšre que mon livre sera utile aux plus jeunes qui pourront constater la distance parcourue en une cinquantaine d'annĂ©es; j'aimerais surtout qu'ils retiennent de mon histoire l'importance d'une foi indomptable en notre capacitĂ© de modifier notre avenir et, en corollaire, la nĂ©cessitĂ© de s'engager et de persister dans ses actions.» (Extrait de la PrĂ©face)Au fil des chapitres, l'auteur nous guide Ă  travers ses 40 premiĂšres annĂ©es: - pendant ses Ă©tudes de mĂ©decine, puis sa brĂšve pratique mĂ©dicale;- dans son travail pour rendre accessible la contraception;- lors de son bref passage au Parti QuĂ©bĂ©cois;- pendant la Crise d'octobre 1970, qui lui a valu un sĂ©jour en prison;- lors de son sĂ©jour au Chili coĂŻncidant avec le coup d'État qui a renversĂ© le gouvernement Allende;- dans son travail dans les CLSC.Une chronique sociale et politique, livrĂ©e par un homme vraiment engagĂ© et au regard lucide, qui raconte les combats d'hier et d'aujourd'hui.

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Information

Year
2014
eBook ISBN
9782897191412
CHAPITRE XV

Le collectif Socialisme et santé  et autres actions

COMME J’AI TOUJOURS BESOIN DE RÊVER, c’est avec un grand plaisir que j’accepte l’invitation de Maurice Jobin de me joindre Ă  un groupe de rĂ©flexion qu’il vient de former avec quelques autres mĂ©decins « engagĂ©s » ; j’y retrouve d’autres mĂ©decins qui, Ă  divers titres, remettent en question la pratique actuelle de la mĂ©decine et cherchent les moyens de provoquer ou de hĂąter les changements qu’ils croient nĂ©cessaires. Tous nous nous sommes croisĂ©s Ă  un moment ou l’autre de notre vie, souvent Ă  l’occasion de luttes communes : pour l’avortement, pour l’indĂ©pendance du QuĂ©bec, pour la dĂ©fense des prisonniers politiques
 ; en plus de Maurice Jobin, le groupe comprend Henri Bellemare, Gustave Denis et Jean Lapierre. Nous commençons donc Ă  nous rencontrer rĂ©guliĂšrement, Ă©changeant librement sur nos diverses expĂ©riences et sur nos prĂ©occupations du moment.
À peu prĂšs Ă  la mĂȘme Ă©poque, j’aide Ă  fonder, sur la Rive-Sud de MontrĂ©al, un mouvement qui s’apparente au Monde Ă  bicyclette de MontrĂ©al, auquel j’appartiens depuis sa fondation en 1975. J’ai toujours Ă©prouvĂ©, par rapport Ă  la bicyclette, une sympathie que d’aucuns qualifient d’exagĂ©rĂ©e. DĂ©jĂ  au collĂšge les confrĂšres rigolaient bien de me voir arriver Ă  bicyclette en plein hiver, tempĂȘte de neige ou non. Et je continue Ă  faire sourire quand je me rends Ă  bicyclette aux rĂ©unions de directeurs gĂ©nĂ©raux, quand, Ă  30 degrĂ©s sous zĂ©ro, j’arrive au CLSC la barbe couverte de givre
 La bicyclette, pour moi, constitue un instrument de transport fort utile ; l’hiver, Ă  l’utilitĂ© s’ajoute le jeu, car c’est du sport de tenir sur deux roues quand les routes sont glacĂ©es ! J’ai toujours utilisĂ© ma bicyclette parce que cela me plaisait ; mais avec les annĂ©es, j’ai dĂ©couvert, notamment au contact de Claire Morissette et de Bob Silverman, du Monde Ă  bicyclette, d’autres raisons de l’employer et surtout d’inciter les autres Ă  le faire, comme le montre cet extrait d’un article que je rĂ©dige alors et qui sera publiĂ© dans la revue Possibles Ă  l’automne 1978 :
LA BICYCLETTE DANS LA VILLE
[
]
La bicyclette, c’est la santĂ© sans pilules, sans cliniques, sans tout cet appareil technologique moderne qui fait la fiertĂ© de notre mĂ©decine et les profits des multinationales.
La bicyclette, c’est le temps de vivre : les dĂ©placements urbains plus rapides, la fin des paiements mensuels pour l’achat de l’auto et pour son entretien, la fin de tous les commerces de soi-disant conditionnement physique. Mais si les gens prennent le temps de vivre, s’ils n’ont plus autant besoin de gagner, oĂč prendra-t-on les esclaves pour faire marcher les machines Ă  profit ? La bicyclette, c’est la fin de l’isolement, c’est la communication. Mais alors, cela pourrait ĂȘtre aussi la fin de la politique professionnelle, celle des « dĂ©lĂ©guĂ©s » qui prennent les dĂ©cisions Ă  notre place ? Les grandes compagnies ne pourraient plus avoir leurs « gĂ©rants » municipaux, plus de maire Drapeau ? La bicyclette, c’est l’harmonie avec la nature ; ça ne dĂ©truit pas et ça n’utilise pas beaucoup de ressources. Ça n’est pas bon pour le PNB et pour la circulation de l’argent.
Non, décidément, le Capital ne peut tolérer la bicyclette.
L’automobile est la plus grande industrie du monde occidental. L’économie des pays capitalistes est fondĂ©e sur cette industrie et les autres qui lui sont connexes (construction de routes, etc.). On a conçu l’automobile pour qu’elle soit et continue Ă  ĂȘtre la plus grande source de profits ; on change constamment les modĂšles, on s’arrange pour que les moteurs et les carrosseries ne durent qu’un temps limitĂ©, on sabote les transports publics pour qu’ils soient inconfortables et inefficaces, on fait des villes qui s’étendent Ă  n’en plus finir et obligent Ă  se motoriser.
L’automobile est le principal instrument d’asservissement du capitalisme. Son accessibilitĂ© (par les facilitĂ©s de crĂ©dit surtout) rĂ©pand l’illusion dĂ©mocratique. Sa surpuissance (telle qu’on ne peut jamais l’utiliser Ă  plein) constitue un excellent dĂ©rivatif pour compenser l’absurditĂ© et l’insignifiance de la vie des masses. Son confort qui amĂšne la suppression de tout effort physique abrutit et dĂ©veloppe le besoin de consommation, ce qui permet de faire tourner la roue et surtout oblige Ă  travailler toujours plus pour gagner plus
 et dĂ©penser plus.
Si les capitalistes veulent continuer Ă  faire du profit, l’automobile ne doit pas disparaĂźtre. Ses alternatives — la bicyclette et le transport en commun — ne doivent alors pas se dĂ©velopper.
[
]
Mais les cyclistes n’ont pas dit leur dernier mot.
Ils commencent Ă  comprendre qu’ils ne sont pas que des victimes de nĂ©gligence, mais qu’ils sont victimes d’une oppression qui ne cessera tant que rĂ©gnera la loi du profit dans notre sociĂ©tĂ©. Comme tous les opprimĂ©s qui prennent conscience, ils comprennent aussi qu’ils ne pourront se libĂ©rer seuls. Qu’il faudra s’unir entre cyclistes, avec les Ă©cologistes, avec les autres opprimĂ©s. Qu’il ne faut pas attendre passivement les changements souhaitĂ©s ; ils s’organisent, manifestent, harcĂšlent le pouvoir, sensibilisent Ă  leur cause. Qu’ensemble ils devront congĂ©dier ces politiciens traĂźtres vendus aux intĂ©rĂȘts du profit, qu’ensemble ils devront se reprendre en main, s’auto-administrer, s’autogĂ©rer. Et alors ils pourront enfin faire cette ville pour les femmes, les hommes, les enfants, les handicapĂ©s, les vieillards, les marginaux et tous les autres, Ă  la place de cette ville pour les automobiles qui est si invivable qu’à la premiĂšre occasion, les automobilistes la fuient ! C’est cela la vĂ©lorution.
C’est avec des jeunes, dont mon fils Alain, que nous mettons au monde La Rive-Sud Ă  bĂ©cane. Nous tentons d’amener les diverses municipalitĂ©s de la Rive-Sud de MontrĂ©al Ă  prendre des mesures qui favorisent la bicyclette. L’accĂšs Ă  MontrĂ©al — par le mĂ©tro et par les ponts — devient vite notre prioritĂ©. Comme les trottoirs du pont Jacques-Cartier sont dans un Ă©tat dĂ©plorable (on permet d’y circuler Ă  bicyclette), nous demandons qu’on les rĂ©pare. Pour appuyer notre requĂȘte, nous organisons, avec Le Monde Ă  bicyclette, une manifestation sur le pont ; partant de Longueuil, nous envahissons la chaussĂ©e pour aller rejoindre Ă  la hauteur de l’üle Sainte-HĂ©lĂšne un groupe en provenance de MontrĂ©al. Les autoritĂ©s ne bougeant pas, nous dĂ©cidons de procĂ©der Ă  une rĂ©fection symbolique des trottoirs du pont : nous apportons notre ciment et refaisons, au profit des journalistes, quelques dizaines de mĂštres de trottoir. On nous promet d’agir, mais c’est toujours avec rĂ©ticence qu’on le fait, sans vraiment tenir compte de nos besoins ; ainsi, il y a parfois des semaines oĂč les trottoirs des deux cĂŽtĂ©s sont fermĂ©s. Comme je vais souvent Ă  MontrĂ©al Ă  bicyclette et qu’il n’y a pas d’autre accĂšs que le pont Jacques-Cartier, je suis ainsi amenĂ© Ă  quelques reprises Ă  emprunter la chaussĂ©e, Ă  la grande indignation des automobilistes qui me voient empiĂ©ter sur leur domaine ; c’est Ă©videmment risquĂ©, mais pour moi, cela fait partie du combat en faveur de la bicyclette.
Au printemps 1977, Françoise Rousseau, une des reprĂ©sentantes des usagers au conseil d’administration du CLSC, me raconte l’expĂ©rience qu’elle vient de vivre. Il y a quelques mois, en cuisinant, elle s’est coupĂ©e Ă  un doigt ; comme cela saignait beaucoup, elle s’est rendue Ă  une polyclinique oĂč elle a vu un mĂ©decin qui lui a suturĂ© sa plaie. La semaine suivante, elle est retournĂ©e Ă  la clinique et le mĂ©decin lui a enlevĂ© les points de sa suture ; comme Françoise constatait que son doigt demeurait Ă  demi pliĂ©, son mĂ©decin a minimisĂ© la chose en lui disant que ce n’était que le petit doigt et que de toute façon, elle possĂ©dait neuf autres doigts. Françoise a cru qu’elle devait se contenter de cette situation. Cependant, comme elle travaille au dĂ©partement de radiologie de l’HĂŽtel-Dieu de MontrĂ©al, un jour qu’elle donne un film Ă  un mĂ©decin, celui-ci note son doigt repliĂ© et lui demande ce qui s’est passĂ©. Françoise lui narre sa mĂ©saventure ; le mĂ©decin ne se gĂȘne pas pour vilipender l’incompĂ©tent qui a refermĂ© sa plaie sans rĂ©parer le tendon coupĂ© et lui dit que comme l’accident est relativement rĂ©cent, il est peut-ĂȘtre possible de rouvrir la plaie et de tenter d’anastomoser les deux segments de tendon. Elle voit donc un spĂ©cialiste de l’hĂŽpital et celui-ci suggĂšre l’intervention ; celle-ci a lieu dans les jours qui suivent. AprĂšs de longues semaines de physiothĂ©rapie, elle n’a pas retrouvĂ© une flexibilitĂ© parfaite, mais presque.
C’est parce qu’elle travaille dans un hĂŽpital et qu’un mĂ©decin a notĂ© par hasard son doigt croche que Françoise a pu rĂ©parer en partie l’erreur du mĂ©decin vu en situation d’urgence. Et quoi que dise ce mĂ©decin, ce petit doigt est important, surtout pour Françoise qui commence Ă  apprendre le piano et qui, dans son travail de classification des films de radiologie, se sert constamment de ce doigt. C’est parce que j’étais mĂ©decin que j’ai pu Ă©viter Ă  un de mes fils une opĂ©ration soi-disant pour aller chercher un testicule qui n’était pas descendu, alors que ce testicule Ă©tait bel et bien prĂ©sent lĂ  oĂč il devait ĂȘtre. Et quand nous parlons Ă  l’un ou Ă  l’autre de leur expĂ©rience avec la mĂ©decine, trĂšs vite nous en arrivons Ă  constituer une impressionnante collection d’erreurs mĂ©dicales plus ou moins importantes, mais dont certaines seraient dignes d’un musĂ©e des horreurs. Françoise et moi nous disons que cela n’a pas de sens : tous ne peuvent faire un cours de mĂ©decine ou de nursing, ou s’adonner Ă  travailler dans un hĂŽpital, pour parvenir Ă  se protĂ©ger des manquements de ceux qui ont Ă  charge de nous soigner. Pour aider le grand public si dĂ©pourvu devant les professionnels de la santĂ©, nous dĂ©cidons de former une association de dĂ©fense des malades.
AprĂšs un travail de dĂ©blayage et de recrutement de quelques mois, nous convoquons, en aoĂ»t 1977, une assemblĂ©e de fondation de l’Association quĂ©bĂ©coise pour la protection des malades. Une vingtaine de personnes sont prĂ©sentes Ă  la rencontre ; toutes constatent que dans notre systĂšme de soins, il arrive trĂšs souvent que les malades ne soient pas respectĂ©s. ThĂ©oriquement, on leur reconnaĂźt certains droits mais dans la pratique, ces droits sont frĂ©quemment bafouĂ©s. Ainsi, il est impossible d’avoir accĂšs Ă  son dossier mĂ©dical ; il est rare qu’on prĂ©sente diverses alternatives thĂ©rapeutiques avec les avantages et les inconvĂ©nients de chacune. Quand un malade est victime d’une erreur ou d’une nĂ©gligence mĂȘme Ă©videntes, lui ou ses proches qui voudraient rĂ©clamer une compensation se heurtent Ă  une conspiration du silence : pratiquement aucun professionnel n’accepte de tĂ©moigner contre un autre professionnel. Devant ce constat, l’assemblĂ©e accepte l’idĂ©e d’une association permanente dont les buts seront de :
—
renseigner la population su...

Table of contents

  1. Non, je n’accepte pas
  2. Crédits
  3. Exergue
  4. Dédicace
  5. Introduction
  6. Chapitre premier – Les premiĂšres annĂ©es
  7. Chapitre II – Ma « vocation »
  8. Chapitre III – Les Ă©tudes en mĂ©decine et les Chantiers de MontrĂ©al
  9. Chapitre IV – La pratique mĂ©dicale
  10. Chapitre V – L’organisation communautaire et le planning familial
  11. Chapitre VI – Le Parti quĂ©bĂ©cois
  12. Chapitre VII – La crise d’octobre
  13. Chapitre VIII – L’éclatement du Centre de planning
  14. Photos
  15. Chapitre IX – Le QuĂ©bec MĂ©dical
  16. Chapitre X – Le retour au Chili sous le gouvernement Allende
  17. Chapitre XI – Le coup d’État du 11 septembre 1973
  18. Chapitre XII – Les efforts pour faire ouvrir l’ambassade canadienne
  19. Chapitre XIII – Mon travail sur les politiques de population
  20. Chapitre XIV – Le CLSC et ses promesses
  21. Chapitre XV – Le collectif Socialisme et santé  et autres actions
  22. Chapitre XVI – La fin d’un rĂȘve
  23. Notes

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