S'indigner, oui, mais agir
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S'indigner, oui, mais agir

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S'indigner, oui, mais agir

About this book

Fidèle à ses idéaux, Serge Mongeau poursuit sa défense du bien commun dans ce nouvel opus qui peut être lu comme son «testament politique». Fustigeant toujours les inégalités sociales, l'absence de véritable démocratie et l'indifférence face à la crise écologique, ce militant de longue date pose une question toute simple: pourquoi ne pas commencer dès maintenant à vivre en adéquation avec les valeurs que nous défendons?Reprenant à son compte la sagesse populaire québécoise préconisant «que les bottines suivent les babines», Serge Mongeau nous invite à nous indigner, certes, mais aussi à agir. Devant l'urgence de la situation, il cible huit champs où nos actions peuvent faire la différence: reprendre le contrôle de notre alimentation, dire adieu à l'automobile, faire un usage modéré de l'avion, nous affranchir de la télévision, éviter le piège du crédit, nous libérer du salariat, sortir de l'individualisme et, enfin, nous engager politiquement.Le père de la simplicité volontaire au Québec fait ici un exposé clair des principes ayant guidé sa vie et sa réflexion. Il offre des solutions concrètes pour mettre en pratique ses idéaux et devenir vraiment «simplicitaire».

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DEUXIÈME PARTIE
LES CHAMPS D’ACTION

CHAPITRE 4

REPRENDRE LE CONTRÔLE DE NOTRE ALIMENTATION

S’ALIMENTER EST ESSENTIEL pour vivre. Pourtant, de tout temps, les humains n’ont pas eu un accès égal à la nourriture ; et aujourd’hui encore, des centaines de millions d’individus ne mangent pas à leur faim ou n’arrivent pas à subsister. Mais ce que nous annonce l’avenir est bien pire : en raison de sécheresses à certains endroits, d’inondations à d’autres et de la baisse de fertilité des sols consécutive à l’agriculture industrielle, la production alimentaire est appelée à diminuer alors que la population continue à augmenter. Il faudra éventuellement faire face à de graves pénuries alimentaires qui, dans un système comme le nôtre, mèneront à des hausses du prix des aliments si importantes qu’une bonne partie de la population n’aura tout simplement plus les moyens de se les procurer.
Pourtant, comme les études de l’Organisation des Nations unies pour l’agriculture et l’alimentation (FAO) l’ont montré, nous aurions de quoi nourrir tous les humains et même davantage, mais à certaines conditions : il faudrait changer de modèle agricole, mettre un terme au gaspillage de nourriture et, pour nous, les habitants des pays industrialisés, diminuer notre consommation de viande. Devant la nécessité de diminuer les gaz à effet de serre et la pollution causés par le transport des marchandises, il faudrait également produire localement une plus grande part des aliments que nous consommons. Or, ce virage est loin d’être amorcé. Au contraire, on assiste actuellement au renforcement des pratiques industrielles. Heureusement, au même moment, des citoyens, un peu partout dans le monde, se mobilisent afin de s’affranchir de la dépendance aux multinationales et de développer des pratiques alimentaires plus saines pour les humains et pour la planète. Il est essentiel d’appuyer les initiatives qui vont dans ce sens et surtout, de les multiplier.
Chaque jour, nous devons manger. Cet acte essentiel à notre survie est devenu, dans notre monde industrialisé, un geste banal que nous accomplissons sans réfléchir et qui est pourtant dépendant d’une infrastructure dont nous ignorons la plupart du temps l’existence (ou sur laquelle nous préférons fermer les yeux, mais que nous aidons ainsi à développer). Les multinationales de l’alimentation grossissent et augmentent par le fait même leur pouvoir sur nos vies, en faisant par exemple du lobby auprès de nos gouvernements pour qu’ils se conforment à leurs intérêts, c’est-à-dire l’augmentation de leurs profits. Ainsi, alors que la majorité des gens, partout dans le monde, ne veut pas des organismes génétiquement modifiés (OGM), la proportion d’aliments qui en contiennent continue à croître. Même si bien des populations du Tiers-Monde voudraient avoir accès à un lopin de terre pour y faire pousser leurs légumes, les monocultures se développent sur d’immenses terres contrôlées par des multinationales insensibles aux besoins locaux. Alors que nous voudrions manger plus sainement, ce que nous retrouvons sur les tablettes des magasins contient toujours plus de produits chimiques aux effets inconnus à long terme.
Partout dans le monde se multiplient les actions pour contrer la mainmise des multinationales sur nos vies, comme l’illustre fort bien le magnifique livre de Marie-Monique Robin Les Moissons du futur. Comment l’agroécologie peut nourrir le monde 12. Et pour nous qui cherchons à nous libérer d’un système capitaliste dont nous constatons chaque jour les effets pervers, l’alimentation est un secteur à ne pas négliger. Là comme ailleurs, nous devons nous efforcer de reprendre la maîtrise de notre vie et nous pouvons le faire dans notre comportement quotidien. Les objectifs sont clairs :
  1. Rapprocher la production de la consommation.
  2. Adopter des méthodes agricoles qui permettent de garder, voire de renforcer la productivité naturelle du sol.
  3. Se préoccuper de celles et de ceux qui n’ont pas de quoi manger.
Comment cela peut-il se traduire dans nos gestes quotidiens ? De multiples façons :
  1. Contribuer au développement de l’agriculture urbaine en participant aux jardins communautaires ou collectifs (et en réclamant l’ouverture d’espaces supplémentaires). Quand on a accès à un peu de terrain, y faire un potager ; même sans grand espace, on peut faire de la culture en bacs.
  2. Favoriser la culture périurbaine et les rapports directs ferme-ville en participant aux programmes d’Agriculture soutenue par la communauté (ASC – les paniers hebdomadaires), en fréquentant les marchés de quartier qui accueillent de petits producteurs ou en s’intégrant à un groupe d’achat collectif. Si possible, donner sa préférence aux produits biologiques locaux, ce qui encouragera le développement des petites fermes. Les multinationales de l’alimentation ont bien vu l’intérêt croissant des consommateurs pour le bio et elles cherchent divers moyens de prendre le contrôle de ce marché, mais en le dépouillant de son sens.
  3. Faire ses achats d’épicerie dans une coopérative alimentaire. S’il n’y en a pas à proximité, pourquoi ne pas tenter d’en lancer une ? Il y a quelques années, nous trouvions partout au Québec des comptoirs alimentaires coopératifs desservant chacun une centaine de familles…
  4. Participer aux diverses initiatives de compostage, en ayant son propre composteur ou en faisant du vermicompostage, en déposant ses matières organiques dans les bacs collectifs (quand ils existent) et en faisant pression sur la municipalité pour qu’elle démarre un programme de collecte publique.
  5. Participer aux activités d’une cuisine collective ou s’organiser entre amis et voisins pour préparer ensemble des mets ou faire des conserves.
  6. Choisir le plus possible des aliments qui sont produits localement. En particulier, diminuer sa consommation de produits alimentaires provenant du Tiers-Monde.
  7. Faire ses achats le plus près possible de chez soi et à pied, de préférence. N’acheter les denrées périssables qu’en petites quantités, de façon à éviter le gaspillage.
  8. Réduire sa consommation de viande (surtout le bœuf) ; « un régime végétarien mobilise un tiers de combustibles fossiles de moins qu’un régime carné13. »
  9. Quand on mange au restaurant, ne pas hésiter à demander un contenant pour rapporter chez soi ce qui nous a été servi en trop grande quantité14.
Cela dit, il est important de souligner que notre alimentation n’est pas uniquement un geste rationnel et politique. Dans l’histoire humaine, manger a toujours été une fête, un moment de réjouissance, une occasion de partage et de rencontre. Aujourd’hui, ce n’est plus que dans de rares occasions qu’il en est encore ainsi. Nous vivons à l’ère des repas préparés en portions individuelles, avec les fours à micro-ondes qui permettent de les réchauffer à toute heure du jour. Finis les repas familiaux, les rencontres quotidiennes animées. On mange des aliments qui répondent davantage aux impératifs de profit de ceux qui nous les vendent qu’à nos besoins nutritionnels et qui, en conséquence, sont souvent loin de la diversité requise pour une saine alimentation, car « enrichis » d’une foule de substances qui n’ont rien à voir avec nos besoins véritables.
Une portion croissante de la population sent ce besoin de retrouver le vrai sens de l’alimentation. Établir un lien direct avec la nature en faisant pousser soi-même ses fruits et légumes, se rapprocher de celles et de ceux qui produisent nos aliments grâce aux marchés locaux ou aux paniers hebdomadaires du programme ASC, refuser les aliments dénaturés par les manipulations génétiques ou la chimie, s’inquiéter des conditions dans lesquelles travaillent celles et ceux qui produisent les aliments. Mais aussi retrouver la joie du partage, en multipliant les « pot lucks », les repas familiaux, les fêtes. Il me semble que c’est là une façon de redonner un sens à nos communautés et de redécouvrir la vraie joie de vivre dont nous nous sommes éloignés dans la frénésie de notre société de surconsommation.
CHAPITRE 5

ADIEU À L’AUTOMOBILE !

L’AUTOMOBILE CONSTITUE AUJOURD’HUI un des principaux fondements de nos sociétés occidentales. C’est un secteur parmi les plus importants de nos économies ; fabrication, vente, entretien, crédit d’achat pour ce qui concerne les autos elles-mêmes, mais aussi construction de routes, de stationnements et de ponts que leur emploi nécessite, sans compter les quantités phénoménales de pétrole que requièrent leur fabrication et leur fonctionnement. L’accès à l’automobile privée joue également un rôle primordial dans notre façon d’occuper le territoire et de concevoir nos lieux d’habitation, de travail et de services. Tout cela affecte le « vivre-ensemble », sans compter la pollution de l’air causée par la combustion de pétrole, conséquence de l’augmentation constante du nombre d’automobiles sur nos routes.
Bien évidemment, avec la fin du pétrole bon marché, l’ère de l’automobile achève et il faut dès maintenant repenser notre civilisation sur un autre modèle. Une fois encore, nos gouvernements font preuve de manque de vision ; on répare les infrastructures routières qui se détériorent, on cherche les moyens de diminuer les bouchons de circulation « qui nuisent à la productivité », on encourage le remplacement des moteurs à combustion par des moteurs électriques… Du côté des transports collectifs, bien des mesures envisagées risquent de favoriser encore davantage l’étalement urbain au détriment des terres agricoles. Il ne s’agit plus de sauver l’automobile : il faut passer aux actes pour se donner une société où celle-ci n’a plus sa place.
Le changement ne sera pas facile. L’automobile est entrée dans nos mœurs, elle a conquis une partie importante de notre imaginaire. Comment pourrait-il en être autrement avec cette publicité agressive qui joue sur tous les tableaux et trouve le moyen de faire vibrer nos instincts les plus profonds : sexualité, puissance, liberté… ? Pour beaucoup de gens, la vie ne peut plus se concevoir sans automobile. Il y a quelques années, Katie Alvord a écrit un livre au titre significatif : Divorce your Car ! (Divorcez de votre auto !) 15, avec comme sous-titre Mettre fin à l’histoire d’amour avec l’automobile. Elle y montre d’une façon convaincante les similitudes entre la fin d’une relation amoureuse et l’abandon de l’automobile.
L’usage de la voiture nous a conduits à adopter des modes de vie où chacun se retrouve de plus en plus souvent seul pour répondre à ses divers besoins – travail, loisirs, consommation. Avec son auto, chacun peut aller où il veut et quand il le veut, sans avoir à compter sur les autres. Chacun dans sa bulle, pleinement « libre » de ses mouvements. Évidemment, cette image idyllique est loin de la réalité. On oublie le fait que cette « liberté » se paie par de longues heures de travail et qu’elle se traduit par des problèmes d’obésité de plus en plus importants, car les gens marchent moins et ne font pratiquement plus d’activité physique.
L’usage croissant de l’automobile n’a pas seulement des conséquences pour ceux et celles qui la conduisent. En plus de son rôle dans les gaz à effet de serre et dans la pollution atmosphérique, la circulation automobile affecte la qualité de vie de l’ensemble de la population, surtout en milieu urbain. Dans son livre Reclaiming our Cities &Towns. Better Living with Less Traffic (Reconquérir nos cités et villes. Mieux vivre avec moins de trafic)16, David Engwicht cite une étude effectuée à Los Angeles comparant les effets de l’intensité de la circulation sur la population de diverses rues d’un même quartier. Sur les rues où passaient 16 000 voitures par jour, les gens avaient en moyenne 0,9 ami par personne et 3,1 connaissances ; pour celles avec une circulation de 1 000 voitures par jour, le nombre d’amis passait à 3 par personne et celui d...

Table of contents

  1. S’indigner, oui, mais agir
  2. Introduction
  3. Première partie – L’urgence d’agir
  4. Deuxième partie – Les champs d’action
  5. Conclusion
  6. Notes

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