Mai-Juin 1940 : Les causes de la défaite
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Mai-Juin 1940 : Les causes de la défaite

Panorama inédit des responsabilités politiques et militaires

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Mai-Juin 1940 : Les causes de la défaite

Panorama inédit des responsabilités politiques et militaires

About this book

La défaite de 1940 ébranla la France entiÚre ainsi que la communauté internationale. Une des plus grandes puissances du monde, une armée de prÚs de cinq millions d'hommes était vaincue en quelques semaines. Les responsables n'ont jamais été présentés en détail; le sujet est resté tabou en France. La plupart du temps les chefs militaires ont été accusés et ces derniers ont cherché à se couvrir en trouvant des boucs émissaires parmi les cadres subalternes et certaines personnalités politiques... La victoire de 1945 a quasiment clÎt le débat. Pour la premiÚre fois, cet ouvrage présente les raisons et déchiffre les responsabilités, aussi bien sur le plan militaire, que politique, diplomatique et intellectuel...Dominique Lormier, historien et écrivain, membre de l'Institut Jean Moulin et de la Légion d'honneur, est considéré comme l'un des meilleurs spécialistes de la Seconde Guerre mondiale et de la Résistance. Il est l'auteur d'une centaine d'ouvrages dont La Bataille de France, jour aprÚs jour, mai-juin 1940 (Le Cherche-midi, 2010, 7000 ex. vendus), Les 100 000 collabos: le fichier interdit de la collaboration française (Le Cherche-midi, sept. 2017, 4500 ex. vendus), Nouvelles histoires extraordinaires de la Résistance (Alisio, nov. 2018) et Les grandes affaires de la libération (Alisio, avril 2019).

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Information

Publisher
Alisio
Year
2020
Print ISBN
9782379350917
eBook ISBN
9782379350856
Topic
History
Index
History

1.

Les occasions manquées

En octobre 1918, l’armĂ©e française, premiĂšre puissance militaire alliĂ©e du moment avec ses 110 divisions, prĂ©pare une puissante offensive en Lorraine, devant permettre l’invasion de l’Allemagne. Depuis la mi-juillet 1918, marquĂ©e par la seconde victoire française de la Marne, l’armĂ©e allemande est dĂ©sormais rĂ©duite Ă  la dĂ©fensive, avec ses 190 divisions en partie dĂ©cimĂ©es, aprĂšs les Ă©checs de ses offensives de mars Ă  juillet 1918, oĂč chaque fois l’armĂ©e française rĂ©tablit la situation, notamment en secourant avec 40 divisions ses alliĂ©s britanniques enfoncĂ©s en Picardie (mars 1918) et dans les Flandres (avril 1918). De mai Ă  juillet, c’est l’armĂ©e française, quasiment seule, qui contient les puissantes offensives allemandes en Champagne et sur la Marne. La 1re armĂ©e amĂ©ricaine, forte seulement de 16 divisions dont seulement 8 ayant l’expĂ©rience du combat, n’est constituĂ©e seulement qu’en aoĂ»t 1918 et n’entre rĂ©ellement en action qu’en septembre : le mythe du sauveur amĂ©ricain va avoir la vie longue. En rĂ©alitĂ©, le sort de la guerre a basculĂ© avec les Ă©checs des offensives allemandes de mars Ă  juillet 1918, ainsi que grĂące Ă  la seconde victoire française de la Marne Ă  la mi-juillet, remportĂ©e par 63 divisions françaises, 2 divisions italiennes, 2 divisions britanniques et 6 divisions amĂ©ricaines. L’apport militaire français a donc Ă©tĂ© dĂ©cisif.
Le 26 aoĂ»t 1918, la 1re armĂ©e amĂ©ricaine, instruite par des officiers français et entiĂšrement Ă©quipĂ©e en armement lourd français, se voit attribuer le secteur de Saint-Mihiel, reprĂ©sentant 50 kilomĂštres de front, alors qu’au mĂȘme moment 110 divisions françaises tiennent 600 kilomĂštres de front, 62 divisions britanniques et 14 divisions belges 200 kilomĂštres.
La bataille du saillant de Saint-Mihiel (12-15 septembre 1918), marquĂ©e par l’engagement de 11 divisions amĂ©ricaines et 4 divisions françaises, est saluĂ©e durant des dĂ©cennies de propagande comme un triomphe amĂ©ricain, ayant renversĂ© le cours de la guerre : une vĂ©ritable imposture. Cette offensive dĂ©bute en rĂ©alitĂ© dans le vide, devant 13 divisions allemandes en pleine retraite sur une seconde position fortifiĂ©e. La progression se limite Ă  30 kilomĂštres et se heurte trĂšs vite Ă  la seconde ligne de rĂ©sistance. Ailleurs, depuis la mi-aoĂ»t et jusqu’au 11 novembre 1918, les troupes françaises, britanniques et belges progressent de 60 Ă  200 kilomĂštres dans les lignes allemandes.
L’offensive Meuse-Argonne (26 septembre–11 novembre 1918), avec seulement 16 divisions amĂ©ricaines et surtout 37 divisions françaises, connaĂźt une progression de 70 kilomĂštres, grĂące Ă  l’expĂ©rience des troupes françaises sur le terrain, car le commandement amĂ©ricain, totalement inexpĂ©rimentĂ©, se montre incapable de ravitailler Ă  temps ses soldats du fait d’une logistique dĂ©faillante : ses fantassins piĂ©tinent dans les pires conditions et sont souvent stoppĂ©s par quelques mitrailleuses allemandes.
En novembre 1918, l’armĂ©e allemande se trouve reconduite Ă  sa frontiĂšre d’aoĂ»t 1914 avec la France. Le gĂ©nĂ©ral PĂ©tain, commandant en chef de l’armĂ©e française, compte porter le coup de grĂące en Lorraine, oĂč deux armĂ©es françaises doivent pĂ©nĂ©trer en territoire allemand afin de mettre fin au conflit par une victoire dĂ©cisive en territoire ennemi. Mais le gĂ©nĂ©ral français Foch (commandant en chef des troupes alliĂ©es du front occidental), influencĂ© par les politiques et les chefs militaires britanniques et amĂ©ricains qui veulent en finir au plus vite, sans assister Ă  un triomphe militaire uniquement français, dĂ©cide d’annuler cette offensive, qui aurait pourtant contribuĂ© Ă  une victoire dĂ©finitive. En effet, le commandement allemand fait croire Ă  son peuple que l’armistice du 11 novembre 1918 n’est en rien une dĂ©faite militaire, mais un simple arrĂȘt temporaire des hostilitĂ©s, puisque le territoire du Reich n’est pas occupĂ© par les troupes alliĂ©es. Hitler va se servir de cet argument fallacieux pour dĂ©nigrer la victoire des AlliĂ©s de 1918, pourtant rĂ©elle sur le terrain avec un recul des forces allemandes de 200 kilomĂštres par endroits. Cependant, pour le commandement allemand – Hitler et ses sbires –, la non-invasion du territoire du Reich souligne « l’imposture » de la victoire des AlliĂ©s. Ainsi, par jalousie, les commandements et les politiques britanniques et amĂ©ricains sabotent la victoire française et offrent, sans le savoir, des arguments et des garanties Ă  l’adversaire. Les industriels amĂ©ricains et britanniques comptent investir en Allemagne aprĂšs la guerre. Il convient donc de limiter la victoire française et de ne pas trop humilier les futurs partenaires allemands.
L’historiographie anglo-amĂ©ricaine prĂ©sente l’armĂ©e française de 1918 comme une force au bord du gouffre, dĂ©moralisĂ©e et sauvĂ©e in extremis par les renforts amĂ©ricains et britanniques : rien n’est plus faux. En rĂ©alitĂ©, loin d’ĂȘtre affaiblie, l’armĂ©e française de 1918 se trouve Ă  son zĂ©nith, comme l’écrivent Ă  juste titre le colonel Michel Goya et Pierre Grumberg :
AppuyĂ©e par une industrie inventive et productive, commandĂ©e par des chefs novateurs, motorisĂ©e en masse, l’armĂ©e française de 1918 n’a rien de commun avec l’outil statique de 1916. AprĂšs avoir soutenu victorieusement – et en infĂ©rioritĂ© numĂ©rique – un ultime choc allemand, les offensives rĂ©pĂ©tĂ©es, inventĂ©es par PĂ©tain et Foch, Ă©crasent l’appareil militaire allemand en quatre mois. Jamais depuis Austerlitz et IĂ©na les armĂ©es françaises n’avaient atteint un tel niveau [
]. Le 11 novembre 1918, la France n’est pas seulement l’une des puissantes alliĂ©es victorieuses. Elle peut revendiquer la meilleure armĂ©e du monde : la mieux Ă©quipĂ©e, la plus novatrice, la mieux soignĂ©e. Elle possĂšde un commandement et des compĂ©tences qui n’ont rien Ă  envier aux Allemands. Et c’est Ă  elle-mĂȘme qu’elle doit son succĂšs1.
En novembre 1918, avec ses 110 divisions, ses 13 200 piĂšces d’artillerie, ses 2 300 chars et ses 3 600 avions, l’armĂ©e française surpasse en nombre l’armĂ©e britannique (62 divisions, 8 700 piĂšces d’artillerie, 610 chars et 1 700 avions) et l’armĂ©e amĂ©ricaine (16 divisions, 3 556 piĂšces d’artillerie, 90 chars et 740 avions). Nous sommes loin d’une armĂ©e française au bord du gouffre.
Par ailleurs, l’alliĂ© militaire italien, injustement mĂ©prisĂ© par l’historiographie française et surtout anglo-amĂ©ricaine, joue un rĂŽle considĂ©rable dans la dĂ©faite des puissances allemande et austro-hongroise. Luttant sur un front alpin de plus de 600 kilomĂštres, dans les pires conditions climatiques et topographiques, avec certains sommets dĂ©passant 3 500 mĂštres d’altitude, la trĂšs courageuse armĂ©e italienne, forte d’une cinquantaine de divisions, fixe une soixantaine de divisions austro-hongroises et remporte finalement l’éclatante victoire de Vittorio Veneto en octobre 1918, en capturant 430 000 soldats austro-hongrois. Depuis 1915, l’armĂ©e italienne a livrĂ© de terribles batailles dans les Dolomites et le Trentin, sur l’Isonzo et le Carso, puis sur le Piave. En parvenant Ă  vaincre quasiment seule le plus puissant alliĂ© de l’Allemagne, Ă  savoir l’Autriche-Hongrie, l’Italie contraint l’Allemagne Ă  demander au plus vite un armistice sur le front occidental : en effet, dĂ©sormais seule, l’armĂ©e allemande, en infĂ©rioritĂ© numĂ©rique en octobre 1918, ne peut se permettre d’ouvrir un second front au sud de l’Allemagne contre l’armĂ©e italienne, laquelle se trouve en mesure de traverser librement l’Autriche et d’atteindre les Alpes bavaroises. Mais l’apport capital de l’Italie est volontairement oubliĂ© par ses alliĂ©s lors du traitĂ© de Versailles en 1919, lequel lui octroie seulement les territoires dĂ©jĂ  conquis du Trentin et de l’Istrie. La promesse du traitĂ© de Londres d’avril 1915 de lui offrir Ă©galement la Dalmatie est oubliĂ©e.
Les États-Unis et son prĂ©sident Wilson, bien qu’ayant jouĂ© un rĂŽle modeste et non dĂ©cisif dans la victoire des AlliĂ©s en 1918, semblent vouloir dĂ©jĂ  rĂ©genter les destinĂ©es de l’Europe, avec une Grande-Bretagne totalement acquise Ă  leur cause et une France incapable de faire fructifier les acquis indĂ©niables et dĂ©cisifs de sa victoire. Clemenceau, le chef du gouvernement français, ampute plusieurs parties du territoire allemand au bĂ©nĂ©fice de la Pologne et de la TchĂ©coslovaquie, causes de tensions futures avec l’Allemagne, et fait Ă©clater l’Empire austro-hongrois, afin de crĂ©er un État totalement artificiel qu’est la Yougoslavie, qui rĂ©sistera seulement une semaine Ă  l’invasion de l’Axe en avril 1941 et Ă©clatera en guerre civile sĂ©paratiste durant les annĂ©es 1990.
L’occasion manquĂ©e de porter la guerre en territoire allemand en novembre 1918, par une puissante offensive française en Lorraine, l’occasion manquĂ©e d’accorder une juste rĂ©tribution Ă  l’alliĂ© italien, afin de conserver avec ce pays une solide alliance militaire qui a jouĂ© un rĂŽle dĂ©terminant dans la dĂ©faite des puissances centrales (Autriche-Hongrie et Allemagne), l’occasion manquĂ©e de limiter les pertes territoriales allemandes, afin de prĂ©parer une future rĂ©conciliation franco-allemande, l’occasion manquĂ©e d’éviter le dĂ©membrement injustifiĂ© de l’Empire austro-hongrois, facteur d’équilibre en Europe, sont autant de motifs dĂ©cisifs d’un conflit futur en Europe. Hitler est bien « nĂ© en grande partie » Ă  Versailles.
*
Le traitĂ© de Versailles, imposĂ© par les AlliĂ©s Ă  l’Allemagne, est signĂ© en juin 1919. L’humiliation est totale pour l’Allemagne, qui perd 70 000 kmÂČ de son territoire et 7 millions de ses habitants. Plusieurs cantons reviennent Ă  la Belgique. L’Alsace et la Lorraine sont reprises Ă  juste titre par la France. Le Slevig redevient danois, alors que le Danemark n’est pas intervenu dans le conflit. La jeune Pologne s’octroie la Posnanie et une partie de la Prusse-Orientale. Un corridor sĂ©pare la Prusse du reste du pays. La Haute-SilĂ©sie doit ĂȘtre partagĂ©e. La riche rĂ©gion d’Ulcin est attribuĂ©e aux TchĂšques et le port de Memel Ă  la Lituanie. Toutes les colonies allemandes tombent aux mains des vainqueurs. La RhĂ©nanie est dĂ©militarisĂ©e. Les AlliĂ©s occupent, sur la rive gauche du Rhin, trois tĂȘtes de pont pendant plusieurs annĂ©es. La Sarre est dĂ©tachĂ©e du Reich pour quinze ans. L’armĂ©e allemande est rĂ©duite Ă  100 000 hommes, dĂ©pourvus en grande partie d’armement lourd. L’Allemagne doit verser 20 milliards de marks-or aux AlliĂ©s. Beaucoup d’officiers et de soldats allemands, qui s’estiment invaincus, parlent de trahison.
En septembre 1919, Adolf Hitler, caporal de 30 ans et ancien combattant dĂ©sabusĂ©, prend la parole lors d’une rĂ©union politique Ă  Munich, devant un groupuscule d’ex- trĂ©mistes nationalistes : il fustige le traitĂ© de Versailles et estime que l’Allemagne n’a pas Ă©tĂ© vaincue militairement, les offensives alliĂ©es n’ayant pas pĂ©nĂ©trĂ© en territoire allemand. On en revient Ă  l’offensive française en Lorraine de novembre 1918, annulĂ©e Ă  la demande des AlliĂ©s anglo-amĂ©ricains. MalgrĂ© les 1 400 000 soldats français et 780 000 soldats italiens tuĂ©s durant la PremiĂšre Guerre mondiale, les 776 000 soldats britanniques et 116 000 soldats amĂ©ricains tombĂ©s durant ce conflit comptent davantage dans les choix militaires et politiques dĂ©sastreux des AlliĂ©s. Et la descente aux enfers va se poursuivre durant l’entre-deux-guerres, avec de nouvelles occasions manquĂ©es.
En mars 1921, devant le refus du gouvernement allemand de rĂ©gler la dette de guerre, payable pourtant en 42 annuitĂ©s, les troupes françaises, belges et britanniques occupent le bassin industriel de l’Allemagne, la Ruhr, DĂŒsseldorf et Duisbourg. Puis, finalement, sous la pression des Britanniques, soucieux de s’entendre avec l’Allemagne, la Ruhr est Ă©vacuĂ©e. Cependant, en janvier 1923, plusieurs rĂ©giments français et belges pĂ©nĂštrent de nouveau dans les villes industrielles de la Ruhr, afin de prendre le charbon que Berlin n’a pas livrĂ© aux AlliĂ©s. En dĂ©cembre 1923, le chancelier allemand Gustav Stresemann abandonne la campagne de rĂ©sistance passive dans la Ruhr et reprend le versement des rĂ©parations de guerre. Les gouvernements britannique et amĂ©ricain, qui investissent en Allemagne, poussent la France Ă  Ă©vacuer la Ruhr. Les industriels allemands, bĂ©nĂ©ficiant de trĂšs nombreux prĂȘts accordĂ©s facilement par les États-Unis et la Grande-Bretagne, sabotent les exigences françaises.
En octobre 1925, le traitĂ© de Locarno, qui garantit les frontiĂšres en Europe, semble en apparence rĂ©concilier l’Allemagne avec ses anciens ennemis. Berlin obtient la promesse de l’évacuation de la zone de Cologne et doit faire son entrĂ©e Ă  la SDN (SociĂ©tĂ© des nations) dĂšs 1926. De son cĂŽtĂ©, le Reich reconnaĂźt la frontiĂšre de la France. Mais, en avril 1926, un accord secret signĂ© entre Berlin et Moscou permet un rĂ©armement clandestin de l’Allemagne, totalement contraire au traitĂ© de Versailles. DĂšs aoĂ»t 1928, l’armĂ©e allemande s’entraĂźne secrĂštement en Russie soviĂ©tique. Les soldats allemands testent l’équipement motorisĂ© lors de manƓuvres avec l’ArmĂ©e rouge. Des avions civils peuvent ĂȘtre rapidement transformĂ©s en appareils de combat. Des tracteurs sont recouverts de plaques de blindage et vite armĂ©s de mitrailleuses ou de canons lĂ©gers. Le gĂ©nĂ©ral allemand von Blomberg se rend trĂšs souvent Ă  Moscou. Ainsi, avant mĂȘme l’accession au pouvoir d’Adolf Hitler en 1933, l’armĂ©e allemande enfreint Ă  grande Ă©chelle les clauses du traitĂ© de Versailles, prĂ©parant dĂ©jĂ  sa revanche. En dĂ©cembre 1930, un plan secret de transformation de l’armĂ©e allemande doit permettre de porter rapidement les effectifs de 7 Ă  21 divisions, soit de 100 000 Ă  300 000 hommes. Une armĂ©e de frontiĂšre, composĂ©e d’organisations parallĂšles Ă  l’armĂ©e de terre (police, corps francs, douaniers), peut aussi renforcer les effectifs, Ă©valuĂ©s Ă  34 divisions (320 000 hommes). En cas de conflit, l’Allemagne est donc en mesure d’aligner 620 000 hommes, articulĂ©s en 55 divisions, l’artillerie passant de 288 Ă  1 728 canons et de 288 Ă  1 188 mortiers.
Le gĂ©nĂ©ral allemand von Schleicher prĂ©pare, avec une grande efficacitĂ©, le rĂ©armement clandestin du Reich. De nombreuses unitĂ©s sont Ă©quipĂ©es de matĂ©riel interdit par le traitĂ© de Versailles : artillerie lourde, canons antichars et antiaĂ©riens, bataillons de chars. Des dĂ©pĂŽts sont cachĂ©s dans les forĂȘts. Des avions civils sont fabriquĂ©s, transformables en une semaine en chasseurs de combat. De son cĂŽtĂ©, le gĂ©nĂ©ral allemand von Seeckt fait mettre au point du matĂ©riel que l’industrie devra rapidement rĂ©aliser en sĂ©rie. Il dĂ©veloppe la fabrication de divers prototypes Ă  l’étranger : avions en Russie, en SuĂšde et en Suisse ; blindĂ©s en SuĂšde ; sous-marins et mitrailleuses en Espagne et en Hollande. Le gĂ©nĂ©ral von Seeckt estime que « l’armĂ©e allemande ne peut avoir qu’une chose en vue, la guerre et non la paix Ă©ternelle2 ».
Pendant ce temps, les politiques français et britanniques, aveuglĂ©s par un pacifisme bĂ©at et persuadĂ©s des bonnes intentions de façade du gouvernement allemand, rĂ©duisent leurs efforts militaires. L’armĂ©e de terre française, forte de 673 000 hommes en 1924, passe Ă  400 000 hommes en 1928, avec la rĂ©duction du service militaire de dix-huit Ă  douze mois. Durant la mĂȘme pĂ©riode, les troupes françaises passent de 40 Ă  30 divisions en temps de paix.
Outre la modernisation de sa marine de guerre, l’effort militaire de la France se concentre sur la ligne Maginot, construite dĂšs 1928, couvrant principalement la frontiĂšre franco-allemande, afin de protĂ©ger le territoire d’une invasion germanique. Le commandement veut Ă©viter la terrible saignĂ©e de 14-18 grĂące au bĂ©ton protecteur, d’autant que la France, avec 40 millions d’habitants, se trouve lourdement dĂ©favorisĂ©e face Ă  une Allemagne forte de 75 millions d’habitants. En cas d’une nouvelle guerre, il est nĂ©cessaire d’économiser le prĂ©cieux « sang français ». De plus, le nord et l’est de la France ont subi d’importantes destructions de grandes villes, du terroir agricole et du bassin industriel en 14-18 ; pour Ă©viter cela de nouveau, il est nĂ©cessaire, en cas de conflit, de repousser immĂ©diatement toute attaque ennemie et de garantir l’intĂ©gritĂ© du territoire national.
La guerre de 14-18 amĂšne une modification radicale de la stratĂ©gie française : plus question d’offensives Ă  outrance comme en 1914 ou en 1918. Selon le commandement français, le prochain conflit sera une guerre de position. La bataille de Verdun en 1916 a montrĂ© qu’un front continu fortifiĂ©, oĂč chaque pouce de terrain est battu par de l’artillerie et les mitrailleuses, est quasiment imprenable. Les chars ne doivent servir qu’à contre-attaquer avec de l’infanterie pour colmater les brĂšches Ă©ventuelles, ou couvrir la mise en place des divisions de fantassins.
La ligne Maginot permet d’économiser les troupes et de compenser les classes creuses causĂ©es par la saignĂ©e de 14-18, d’empĂȘcher une attaque surprise venant d’Allemagne. Elle offre Ă©galement la possibilitĂ© de mobiliser l’armĂ©e française en toute sĂ©curitĂ©. Elle protĂšge les bassins industriels et les mines d’Alsace et de Lorraine. Elle peut servir de base Ă  une contre-offensive future. Elle force les Allemands Ă  passer par la Belgique, obligeant la Grande-Bretagne (garante de la neutralitĂ© belge) Ă  se battre contre l’Allemagne, en dĂ©plaçant en outre la zone des combats hors de France, elle entre dans la stratĂ©gie du plan Dyle, oĂč les meilleures divisions françaises et britanniques comptent livrer bataille en Belgique, sur ce fleuve. L’immense forĂȘt des Ardennes, rĂ©putĂ©e infranchissable aux divisions blindĂ©es, et le fleuve de la Meuse, avec ses vallĂ©es encaissĂ©es, sĂ©curisent le flanc droit du dispositif alliĂ© en Belgique.
C’est sous l’égide du marĂ©chal PĂ©tain, partisan convaincu des fortifications, que s’établissent les premiers plans de construction de la ligne Maginot. Au total, avec les rallonges ultĂ©rieures, la ligne Maginot va coĂ»ter plus de 5 milliards de francs de 1929 Ă  1939, ce qui ne reprĂ©sente pas une dĂ©pense particuliĂšrement importante dans le budget de l’État d’une grande puissance comme la France.
La ligne Maginot s’échelonne en profondeur sur diffĂ©rents niveaux depuis la frontiĂšre franco-allemande, dont on distingue quatre parties distinctes, avec d’abord une ligne des avant-postes, destinĂ©e Ă  dĂ©tecter une attaque surprise et Ă  la retarder. La ligne principale de rĂ©sistance se trouve Ă  environ 2 kilomĂštres des avant-postes. Elle se signale par un double rĂ©seau de rails antichars et de barbelĂ©s, balayĂ©s par les axes de tirs des mitrailleuses des casemates, et couverts par les tirs d’artillerie des ouvrages. Les abris d’intervalles, destinĂ©s Ă  assurer le soutien des troupes combatt...

Table of contents

  1. Couverture
  2. Auteur
  3. Introduction
  4. 1. Les occasions manquées
  5. 2. Mussolini jeté dans les bras d'Hitler
  6. 3. L'armée française commandée par deux généraux affaiblis et malades
  7. 4. Édouard Daladier l'irresponsable
  8. 5. L'impréparation militaire française et plan désastreux
  9. 6. Les défaillances belges, hollandaises, britanniques, et le sacrifice méconnu de l'armée française
  10. 7. Heinz Guderian et Erwin Rommel : deux principaux artisans de la défaite française de 1940
  11. 8. Une résistance militaire française pourtant acharnée
  12. 9. Pétain et les prisonniers français
  13. 10. Mai-juin 1940 n'est pas une défaite honteuse pour la France
  14. Sources principales
  15. Les éditions Alisio

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