Kenilworth
eBook - ePub

Kenilworth

  1. English
  2. ePUB (mobile friendly)
  3. Available on iOS & Android
eBook - ePub

Kenilworth

About this book

Sous la plume de Walter Scott, nous parcourons l'Angleterre des annĂ©es 1575, sous le regne d'Élisabeth et nous cĂŽtoyons nombres de ses courtisans, par le biais de l'histoire romanesque d'une jeune fille qui quitte la maison paternelle pour faire un mariage secret avec le brillant comte de Leicester. Apres un imbroglio d'intrigues menĂ©es par un homme des plus malfaisants, l'issue de ce roman sera tragique pour la pauvre fille.

Frequently asked questions

Yes, you can cancel anytime from the Subscription tab in your account settings on the Perlego website. Your subscription will stay active until the end of your current billing period. Learn how to cancel your subscription.
No, books cannot be downloaded as external files, such as PDFs, for use outside of Perlego. However, you can download books within the Perlego app for offline reading on mobile or tablet. Learn more here.
Perlego offers two plans: Essential and Complete
  • Essential is ideal for learners and professionals who enjoy exploring a wide range of subjects. Access the Essential Library with 800,000+ trusted titles and best-sellers across business, personal growth, and the humanities. Includes unlimited reading time and Standard Read Aloud voice.
  • Complete: Perfect for advanced learners and researchers needing full, unrestricted access. Unlock 1.4M+ books across hundreds of subjects, including academic and specialized titles. The Complete Plan also includes advanced features like Premium Read Aloud and Research Assistant.
Both plans are available with monthly, semester, or annual billing cycles.
We are an online textbook subscription service, where you can get access to an entire online library for less than the price of a single book per month. With over 1 million books across 1000+ topics, we’ve got you covered! Learn more here.
Look out for the read-aloud symbol on your next book to see if you can listen to it. The read-aloud tool reads text aloud for you, highlighting the text as it is being read. You can pause it, speed it up and slow it down. Learn more here.
Yes! You can use the Perlego app on both iOS or Android devices to read anytime, anywhere — even offline. Perfect for commutes or when you’re on the go.
Please note we cannot support devices running on iOS 13 and Android 7 or earlier. Learn more about using the app.
Yes, you can access Kenilworth by Sir Walter Scott in PDF and/or ePUB format, as well as other popular books in Literature & Historical Fiction. We have over one million books available in our catalogue for you to explore.

Information

Chapitre 1

« Je suis maĂźtre d’auberge, et connais mon mĂ©tier :
« Je l’étudie encore, et veux, franc hĂŽtelier,
« Qu’on apporte chez moi de joyeux caractĂšres.
« Je prĂ©tends qu’en chantant on laboure mes terres ;
« Que toujours la gaßté préside à la moisson :
« Sans elle des fléaux je déteste le son. »
BEN JOHNSON, la Nouvelle Auberge.
C’est le privilĂšge des romanciers de placer le dĂ©but de leur histoire dans une auberge, rendez-vous de tous les voyageurs, oĂč rĂšgne la libertĂ©, et oĂč chacun dĂ©ploie son humeur sans cĂ©rĂ©monie et sans contrainte. Cette maniĂšre d’entrer en scĂšne est surtout convenable quand l’action se passe dans le bon vieux temps de la joyeuse Angleterre, oĂč ceux qui se trouvaient dans une hĂŽtellerie Ă©taient en quelque sorte, non seulement les hĂŽtes, mais les commensaux de mon hĂŽte[1], qui Ă©tait ordinairement un personnage jouissant du privilĂšge de la familiaritĂ©, bon compagnon et d’une joyeuse humeur. Sous son patronage, les divers membres de la sociĂ©tĂ© ne tardaient pas Ă  se mettre en contraste ; et, aprĂšs avoir vidĂ© un pot de six pintes, les uns et les autres s’étaient dĂ©pouillĂ©s de toute contrainte, et se montraient entre eux et devant leur hĂŽte avec la franchise d’anciennes connaissances.
Dans la dix-huitiĂšme annĂ©e du rĂšgne d’Élisabeth, le village de Cumnor, situĂ© Ă  trois ou quatre milles d’Oxford, avait l’avantage de possĂ©der une excellente auberge du bon vieux style, conduite ou plutĂŽt gouvernĂ©e par Giles Gosling, homme de bonne mine, au ventre arrondi, comptant cinquante et quelques annĂ©es, modĂ©rĂ© dans ses Ă©cots, exact dans ses paiemens, prompt Ă  la repartie, ayant une bonne cave et une jolie fille. Depuis le temps du vieux Harry Baillie, Ă  l’enseigne de la Cotte d’armes de Southwark, nul aubergiste n’avait possĂ©dĂ© Ă  un plus haut degrĂ© que Giles Gosling le talent de plaire Ă  tous ses hĂŽtes ; et sa renommĂ©e Ă©tait si grande, qu’avouer qu’on avait Ă©tĂ© Ă  Cumnor sans se rafraĂźchir Ă  l’Ours-Noir, c’eĂ»t Ă©tĂ© se dĂ©clarer indiffĂ©rent Ă  la rĂ©putation d’un vrai voyageur. Autant aurait valu qu’un provincial revĂźnt de Londres sans avoir vu Sa MajestĂ©. Les habitans de Cumnor Ă©taient fiers de Giles Gosling, et Giles Gosling Ă©tait fier de son auberge, de sa fille et de lui-mĂȘme.
Ce fut dans la cour de l’auberge tenue par ce brave et digne hĂŽtelier qu’un voyageur descendit Ă  la chute du jour, et remettant son cheval, qui semblait avoir fait un long voyage, au garçon d’écurie, lui fit quelques questions qui donnĂšrent lieu au dialogue suivant entre les mirmidons du bon Ours-Noir.
– HolĂ  ! hĂ© ! John Tapster[2] !
– Me voilĂ , Will Hostler, rĂ©pondit l’homme du robinet, se montrant en jaquette large, en culottes de toile et en tablier vert, Ă  une porte entr’ouverte qui paraissait conduire dans un cellier extĂ©rieur.
– VoilĂ  un voyageur qui demande si vous tirez de la bonne ale, continua le garçon d’écurie.
– Malepeste de mon cƓur[3], sans cela, rĂ©pondit le garçon du cellier, car il n’y a que quatre milles d’ici Ă  Oxford, et si mon ale ne persuadait pas tous les Ă©tudians, ils convaincraient bientĂŽt ma caboche avec le pot d’étain.
– Est-ce lĂ  ce que vous appelez la logique d’Oxford ? dit l’étranger en s’avançant vers la porte de l’auberge. Au mĂȘme instant Giles Gosling se prĂ©senta en personne devant lui.
– Vous parlez de logique ? dit l’hĂŽte. Écoutez donc une bonne consĂ©quence :
Quand le cheval est Ă  son rĂątelier,
Il faut donner du vin au cavalier.
– Amen ! de tout mon cƓur, mon cher hĂŽte, dit l’étranger ; donnez-moi donc un flacon de votre meilleur vin des Canaries, et aidez-moi Ă  le vider.
– Vous n’en ĂȘtes encore qu’à votre mineure, monsieur le voyageur, s’il vous faut le secours de votre hĂŽte pour avaler une telle gorgĂ©e. Si vous parliez d’un gallon, vous pourriez avoir besoin de l’aide d’un voisin, et vous donner encore pour un bon biberon.
– Ne craignez rien, mon hĂŽte ; je ferai mon devoir en homme qui se trouve Ă  quatre milles d’Oxford. Je n’arrive pas des champs de Mars pour me perdre de rĂ©putation parmi les sectateurs de Minerve.
Tandis qu’ils parlaient ainsi, l’aubergiste, avec l’air du meilleur accueil, le fit entrer dans une grande salle au rez-de-chaussĂ©e, oĂč plusieurs compagnies se trouvaient dĂ©jĂ . Les uns buvaient, les autres jouaient aux cartes, quelques uns causaient ; et d’autres, dont les affaires exigeaient qu’ils se levassent le lendemain de grand matin, finissaient de souper, et disaient dĂ©jĂ  au garçon de prĂ©parer leurs chambres.
L’arrivĂ©e de l’étranger fixa sur lui cette espĂšce d’attention indiffĂ©rente qu’on accorde gĂ©nĂ©ralement en pareil cas Ă  un nouveau venu, et voici quel fut le rĂ©sultat de cet examen. – C’était un de ces hommes qui, quoique bien faits et d’un extĂ©rieur qui n’a rien de dĂ©sagrĂ©able en lui-mĂȘme, sont cependant si loin d’avoir une physionomie qui prĂ©vienne en leur faveur, que, soit Ă  cause de l’expression de leurs traits, du son de leur voix, ou par suite de leur tournure et de leurs maniĂšres, on Ă©prouve en somme une sorte de rĂ©pugnance Ă  se trouver en leur sociĂ©tĂ©. Il avait un air de hardiesse sans franchise, et semblait annoncer au premier abord de grandes prĂ©tentions aux Ă©gards et aux dĂ©fĂ©rences, comme s’il eĂ»t craint de ne pas en trouver s’il ne faisait valoir Ă  l’instant ses droits pour en obtenir. Son manteau de voyage[4] entr’ouvert laissait voir un beau justaucorps galonnĂ©, et un ceinturon de buffle qui soutenait un sabre et une paire de pistolets.
– Vous voyagez bien pourvu, monsieur, dit Giles Gosling en jetant un coup d’Ɠil sur ces armes, tandis qu’il plaçait sur la table le vin que le voyageur avait demandĂ©.
– Oui, mon hĂŽte ; j’ai reconnu leur utilitĂ© dans le moment du danger, et je n’imite pas vos grands du jour, qui congĂ©dient leur suite du moment qu’ils croient n’en plus avoir besoin.
– Oui-dà, monsieur, vous venez donc des Pays-Bas, du sol natal de la pique et de la coulevrine ?
– J’ai Ă©tĂ© haut et bas, mon ami, d’un cĂŽtĂ© et puis d’un autre, prĂšs et loin ; mais je bois Ă  votre santĂ© un verre de votre vin. Emplissez-en un autre, et videz-le Ă  la mienne. S’il n’est pas bon au superlatif, buvez-le encore tel que vous l’avez versĂ©.
– S’il n’est pas bon au superlatif, rĂ©pĂ©ta Gosling aprĂšs avoir vidĂ© son verre, en passant la langue sur ses lĂšvres avec l’air de satisfaction d’un gourmet, je ne sais ce que c’est que le superlatif. Vous ne trouverez pas de pareil vin aux Trois-Grues, dans le Vintry[5] ; et si vous en trouvez de meilleur, mĂȘme aux Canaries ou Ă  XĂ©rĂšs, je consens Ă  ne toucher de ma vie ni pot ni argent. Levez votre verre entre vos yeux et le jour, et vous verrez les atomes s’agiter dans cette liqueur dorĂ©e comme la poussiĂšre dans un rayon de soleil ; mais j’aimerais mieux servir du vin Ă  dix paysans qu’à un voyageur. J’espĂšre que Votre Honneur le trouve bon ?
– Il est propre et confortable, mon hĂŽte ; mais, pour avoir d’excellent vin, il faut le boire sur le lieu mĂȘme oĂč croĂźt la vigne. Croyez-moi, l’Espagnol est trop habile pour vous envoyer la quintessence de la grappe. Celui-ci, que vous regardez comme vin d’élite, ne passerait que pour de la piquette Ă  la Groyne ou au Port Sainte-Marie. Il faut voyager, mon hĂŽte, si vous voulez ĂȘtre profondĂ©ment versĂ© dans les mystĂšres du flacon et du tonneau.
– En vĂ©ritĂ©, signor hĂŽte, si je ne voyageais que pour me trouver ensuite mĂ©content de ce que je puis avoir dans mon pays, il me semble que je ferais le voyage d’un fou ; et je vous assure qu’il y a plus d’un fou en Ă©tat de flairer le bon vin sans ĂȘtre jamais sorti des brouillards de la vieille Angleterre. Ainsi donc grand merci toujours Ă  mon coin du feu.
– Ce n’est pas lĂ  penser noblement, mon hĂŽte, et je garantis que tous vos concitoyens ne sont pas de votre avis. Je parie qu’il y a parmi vous des braves qui ont fait un voyage en Virginie, ou du moins une tournĂ©e dans les Pays-Bas. Allons, interrogez votre mĂ©moire. N’avez-vous en pays Ă©tranger aucun ami dont vous seriez charmĂ© d’avoir des nouvelles ?
– Non, en vĂ©ritĂ©. Il n’en existe aucun depuis que cet Ă©cervelĂ© de Robin de Drysandford s’est fait tuer au siĂšge de la Brille. Au diable soit la coulevrine dont le boulet l’a emportĂ©, car jamais meilleur vivant n’a rempli et vidĂ© son verre du soir au lendemain. Mais il est mort, et je ne connais ni soldat ni voyageur dont je donnerais la pelure d’une pomme cuite.
– Par ma foi, voilĂ  qui est Ă©trange. Quoi ! tandis qu’il y a tant de braves Anglais en pays Ă©trangers, vous qui semblez ĂȘtre un homme comme il faut, vous n’avez parmi eux ni ami ni parent ?
– Si vous parlez de parens, j’ai bien un mauvais brin de neveu qui est parti d’Angleterre la derniĂšre annĂ©e du rĂšgne de la reine Marie ; mais mieux le vaut perdu que retrouvĂ©.
– Ne parlez pas ainsi, mon cher hîte, à moins que vous n’ayez appris de ses tours depuis peu. Plus d’un poulain fougueux est devenu un noble coursier. Comment le nommez-vous ?
– Michel Lambourne ; un fils de ma sƓur. On n’a pas grand plaisir Ă  se rappeler ce nom ni cette parentĂ©.
– Michel Lambourne ! dit l’étranger feignant d’ĂȘtre frappĂ© de ce nom. Quoi ! serait-ce le vaillant cavalier qui se comporta avec tant de bravoure au siĂšge de Venloo que le comte Maurice lui fit des remerciemens Ă  la tĂȘte de l’armĂ©e ? On le disait Anglais, et d’une naissance peu relevĂ©e.
– Ce ne peut pas ĂȘtre mon neveu, dit Gosling, car il n’avait pas plus de courage qu’une poule, Ă  moins que ce ne fĂ»t pour le mal.
– La guerre fait trouver du courage, rĂ©pliqua l’étranger.
– Je crois plutît qu’elle lui aurait fait perdre le peu qu’il en avait.
– Le Michel Lambourne que j’ai connu Ă©tait un garçon bien fait ; il aimait Ă  ĂȘtre mis avec Ă©lĂ©gance, et avait l’Ɠil d’un faucon pour dĂ©couvrir une jolie fille.
– Notre Michel avait l’air d’un chien avec une bouteille pendue à la queue, et il portait un habit dont chaque haillon semblait dire adieu aux autres.
– Oh ! mais dans la guerre on ne manque pas de bons habits.
– Notre Michel en aurait plutĂŽt escroquĂ© un Ă  la friperie, tandis que le marchand aurait eu le dos tournĂ© ; et, quant Ă  son Ɠil de faucon, il Ă©tait toujours fixĂ© sur mes cuillĂšres d’argent Ă©garĂ©es. Il a passĂ© trois mois dans cette pauvre maison ; il Ă©tait chargĂ©, en sous-ordre, du soin de la cave, et, grĂące Ă  ses erreurs et Ă  ses mĂ©comptes, Ă  ce qu’il a bu et Ă  ce qu’il a laissĂ© perdre, s’il Ă©tait restĂ© trois mois de plus
 j’aurais pu abattre l’enseigne, fermer la maison, et donner au diable la clef Ă  garder.
– Et, malgrĂ© tout cela, mon cher hĂŽte, vous seriez fĂąchĂ© d’apprendre que le pauvre Michel Lambourne eĂ»t Ă©tĂ© tuĂ© Ă  la tĂȘte de son rĂ©giment, en attaquant une redoute prĂšs de MaĂ«stricht ?
– FĂąchĂ© ! Ce serait la meilleure nouvelle que j’en pourrais apprendre, puisqu’elle m’assurerait qu’il n’a pas Ă©tĂ© pendu : mais n’en parlons plus. Je crains bien que sa mort ne fasse jamais honneur Ă  sa famille. Dans tous les cas, ajouta-t-il en se versant un verre de vin des Canaries, de tout mon cƓur, que Dieu lui fasse paix !
– Pas si vite, mon hĂŽte ; pas si vite. Ne craignez rien, votre neveu vous fera encore honneur, surtout si c’est le Michel Lambourne que j’ai connu, et que j’aime presque autant
 ma foi, tout autant que moi-mĂȘme. Ne pourriez-vous m’indiquer aucune marque qui pĂ»t me faire reconnaĂźtre si nos deux Michel sont la mĂȘme personne ?
– Ma foi, aucune qu’il me souvienne, si ce n’est pourtant que mon Michel a Ă©tĂ© marquĂ© sur l’épaule gauche pour avoir volĂ© un gobelet d’argent Ă  dame Snort d’Hogsditch.
– Pour le coup, vous mentez comme un coquin, mon oncle, dit l’étranger dĂ©boutonnant son gilet, entr’ouvrant sa chemise, et faisant sortir son Ă©paule ; – de par Dieu ! ma peau est aussi saine et aussi entiĂšre que la vĂŽtre.
– Quoi ! Michel ! s’écria l’hĂŽte, est-ce vĂ©ritablement toi ? Oh ! oui, je devais m’en douter depuis une demi-heure ; je ne connais personne qui puisse prendre la moitiĂ© tant d’intĂ©rĂȘt Ă  toi. Mais, Michel, si ta peau est saine et entiĂšre comme tu le dis, il faut que Goodman Thong, le bourreau, ait Ă©tĂ© bien indulgent, et qu’il ne t’ait touchĂ© qu’avec un fer froid.
– Allons, mon oncle, allons, trĂȘve de plaisanteries. Gardez-les pour faire passer votre ale tournĂ©e, et voyons quel accueil cordial vous allez faire Ă  un neveu qui a roulĂ© dans le monde pendant dix-huit ans, qui a vu le soleil se lever oĂč il se couche, et qui a voyagĂ© jusqu’à ce que l’occident devĂźnt l’orient pour lui.
– À ce que je vois, Michel, tu en as rapportĂ© un des talens du voyageur, et bien certainement tu n’avais pas besoin de faire tant de chemin pour l’acquĂ©rir. Je me souviens qu’entre toutes tes bonnes qualitĂ©s, tu avais celle de ne jamais dire un mot de vĂ©ritĂ©.
– Voyez-vous ce paĂŻen de mĂ©crĂ©ant, messieurs, dit Michel Lambourne en s’adressant Ă  ceux qui Ă©taient tĂ©moins de cette Ă©trange entrevue de l’oncle et du neveu, et dont quelques uns, nĂ©s dans le village mĂȘme, n’ignoraient pas les hauts faits de sa jeunesse ; c’est sans doute lĂ  ce qu’on appelle Ă  Cumnor tuer le veau gras. Mais sachez, mon oncle, que je ne viens pas de garder les pourceaux. Je me soucie fort peu de votre accueil bon ou mauvais. Je porte avec moi de quoi me faire bien recevoir partout.
En parlant ainsi il tira une bourse assez bien remplie de piĂšces d’or dont la vue produisit un effet remarquable sur la compagnie. Quelques uns secouĂšrent la tĂȘte, et chuchotĂšrent entre eux ; deux ou trois des moins scrupuleux commencĂšrent Ă  le reconnaĂźtre comme concitoyen et camarade d’école, tandis que d’autres personnages plus graves se levĂšrent, et sortirent de l’auberge en disant, entre eux Ă  demi-voix que, si Giles Gosling voulait continuer Ă  prospĂ©rer, il fallait qu’il chassĂąt de chez lui le plus tĂŽt possible son vaurien de neveu. Gosling se conduisit lui-mĂȘme comme s’il partageait cette opinion, et mĂȘme la vue de l’or fit sur le brave homme moins d’impression qu’elle n’en produit ordinairement sur un homme de sa profession.
– Mon neveu Michel, lui dit-il, mets ta bourse dans ta poche ; le fils de ma sƓur n’a point d’écot Ă  payer chez moi pour y souper ni pour y coucher une nuit ; car je suppose que tu n’as pas envie de rester plus long-temps dans un endroit oĂč tu n’es que trop connu.
– Quant Ă  cela, mon oncle, rĂ©pondit le voyageur, je consulterai mon inclination et mes affaires. En attendant, je dĂ©sire donner Ă  souper Ă  mes braves concitoyens, qui ne sont pas trop fiers pour se souvenir de Michel Lambourne. Si vous voulez me fournir un souper pour mon argent, soit ; sinon, il n’y a que deux minutes de chemin d’ici au LiĂšvre qui bat du tambour, et je me flatte que mes bons voisins voudront bien m’y accompagner.
– Non, Michel, non, lui dit son oncle ; comme dix-huit ans ont passĂ© sur ta tĂȘte, et que je me flatte que tu as un peu amendĂ© ta vie, tu ne quitteras pas ma maison Ă  l’heure qu’il est, et tu auras tout ce que tu voudras raisonnablement demander ; mais je voudrais ĂȘtre sĂ»r que cette bourse que tu viens d’étaler a Ă©tĂ© aussi lĂ©gitimement gagnĂ©e qu’elle semble bien remplie.
– Entendez-vous l’infidĂšle, mes bons voisins ? dit Lambourne en s’adressant de nouveau Ă  l’auditoire. VoilĂ  un vieux coquin d’oncle qui veut remettre au jour les folies de son neveu, aprĂšs qu’elles ont une vingtaine d’annĂ©es de date. Quant Ă  cet or, messieurs, j’ai Ă©tĂ© dans le pays oĂč il croĂźt, oĂč l’on n’a que la peine de le ramasser ; j’ai Ă©tĂ© dans le Nouveau-Monde, mes amis, dans l’Eldorado, oĂč les enfans jouent Ă  la fossette avec des diamans, oĂč les paysannes portent des colliers de rubis, et oĂč les maisons sont couvertes de tuiles d’or, et les rues pavĂ©es en argent.
– Sur mon crĂ©dit, ami Michel, dit Laurent Goldthred, qui figurait au premier rang parmi l...

Table of contents

  1. Titre
  2. Chapitre 1
  3. Chapitre 2
  4. Chapitre 3
  5. Chapitre 4
  6. Chapitre 5
  7. Chapitre 6
  8. Chapitre 7
  9. Chapitre 8
  10. Chapitre 9
  11. Chapitre 10
  12. Chapitre 11
  13. Chapitre 12
  14. Chapitre 13
  15. Chapitre 14
  16. Chapitre 15
  17. Chapitre 16
  18. Chapitre 17
  19. Chapitre 18
  20. Chapitre 19
  21. Chapitre 20
  22. Chapitre 21
  23. Chapitre 22
  24. Chapitre 23
  25. Chapitre 24
  26. Chapitre 25
  27. Chapitre 26
  28. Chapitre 27
  29. Chapitre 28
  30. Chapitre 29
  31. Chapitre 30
  32. Chapitre 31
  33. Chapitre 32
  34. Chapitre 33
  35. Chapitre 34
  36. Chapitre 35
  37. Chapitre 36
  38. Chapitre 37
  39. Chapitre 38
  40. Chapitre 39
  41. Chapitre 40
  42. Chapitre 41
  43. À propos de cette Ă©dition Ă©lectronique
  44. Notes de bas de page