« Je suis maĂźtre dâauberge, et connais mon mĂ©tier :
« Je lâĂ©tudie encore, et veux, franc hĂŽtelier,
« Quâon apporte chez moi de joyeux caractĂšres.
« Je prĂ©tends quâen chantant on laboure mes terres ;
« Que toujours la gaßté préside à la moisson :
« Sans elle des fléaux je déteste le son. »
BEN JOHNSON, la Nouvelle Auberge.
Câest le privilĂšge des romanciers de placer le dĂ©but de leur histoire dans une auberge, rendez-vous de tous les voyageurs, oĂč rĂšgne la libertĂ©, et oĂč chacun dĂ©ploie son humeur sans cĂ©rĂ©monie et sans contrainte. Cette maniĂšre dâentrer en scĂšne est surtout convenable quand lâaction se passe dans le bon vieux temps de la joyeuse Angleterre, oĂč ceux qui se trouvaient dans une hĂŽtellerie Ă©taient en quelque sorte, non seulement les hĂŽtes, mais les commensaux de mon hĂŽte[1], qui Ă©tait ordinairement un personnage jouissant du privilĂšge de la familiaritĂ©, bon compagnon et dâune joyeuse humeur. Sous son patronage, les divers membres de la sociĂ©tĂ© ne tardaient pas Ă se mettre en contraste ; et, aprĂšs avoir vidĂ© un pot de six pintes, les uns et les autres sâĂ©taient dĂ©pouillĂ©s de toute contrainte, et se montraient entre eux et devant leur hĂŽte avec la franchise dâanciennes connaissances.
Dans la dix-huitiĂšme annĂ©e du rĂšgne dâĂlisabeth, le village de Cumnor, situĂ© Ă trois ou quatre milles dâOxford, avait lâavantage de possĂ©der une excellente auberge du bon vieux style, conduite ou plutĂŽt gouvernĂ©e par Giles Gosling, homme de bonne mine, au ventre arrondi, comptant cinquante et quelques annĂ©es, modĂ©rĂ© dans ses Ă©cots, exact dans ses paiemens, prompt Ă la repartie, ayant une bonne cave et une jolie fille. Depuis le temps du vieux Harry Baillie, Ă lâenseigne de la Cotte dâarmes de Southwark, nul aubergiste nâavait possĂ©dĂ© Ă un plus haut degrĂ© que Giles Gosling le talent de plaire Ă tous ses hĂŽtes ; et sa renommĂ©e Ă©tait si grande, quâavouer quâon avait Ă©tĂ© Ă Cumnor sans se rafraĂźchir Ă lâOurs-Noir, câeĂ»t Ă©tĂ© se dĂ©clarer indiffĂ©rent Ă la rĂ©putation dâun vrai voyageur. Autant aurait valu quâun provincial revĂźnt de Londres sans avoir vu Sa MajestĂ©. Les habitans de Cumnor Ă©taient fiers de Giles Gosling, et Giles Gosling Ă©tait fier de son auberge, de sa fille et de lui-mĂȘme.
Ce fut dans la cour de lâauberge tenue par ce brave et digne hĂŽtelier quâun voyageur descendit Ă la chute du jour, et remettant son cheval, qui semblait avoir fait un long voyage, au garçon dâĂ©curie, lui fit quelques questions qui donnĂšrent lieu au dialogue suivant entre les mirmidons du bon Ours-Noir.
â HolĂ ! hĂ© ! John Tapster[2] !
â Me voilĂ , Will Hostler, rĂ©pondit lâhomme du robinet, se montrant en jaquette large, en culottes de toile et en tablier vert, Ă une porte entrâouverte qui paraissait conduire dans un cellier extĂ©rieur.
â VoilĂ un voyageur qui demande si vous tirez de la bonne ale, continua le garçon dâĂ©curie.
â Malepeste de mon cĆur[3], sans cela, rĂ©pondit le garçon du cellier, car il nây a que quatre milles dâici Ă Oxford, et si mon ale ne persuadait pas tous les Ă©tudians, ils convaincraient bientĂŽt ma caboche avec le pot dâĂ©tain.
â Est-ce lĂ ce que vous appelez la logique dâOxford ? dit lâĂ©tranger en sâavançant vers la porte de lâauberge. Au mĂȘme instant Giles Gosling se prĂ©senta en personne devant lui.
â Vous parlez de logique ? dit lâhĂŽte. Ăcoutez donc une bonne consĂ©quence :
Quand le cheval est Ă son rĂątelier,
Il faut donner du vin au cavalier.
â Amen ! de tout mon cĆur, mon cher hĂŽte, dit lâĂ©tranger ; donnez-moi donc un flacon de votre meilleur vin des Canaries, et aidez-moi Ă le vider.
â Vous nâen ĂȘtes encore quâĂ votre mineure, monsieur le voyageur, sâil vous faut le secours de votre hĂŽte pour avaler une telle gorgĂ©e. Si vous parliez dâun gallon, vous pourriez avoir besoin de lâaide dâun voisin, et vous donner encore pour un bon biberon.
â Ne craignez rien, mon hĂŽte ; je ferai mon devoir en homme qui se trouve Ă quatre milles dâOxford. Je nâarrive pas des champs de Mars pour me perdre de rĂ©putation parmi les sectateurs de Minerve.
Tandis quâils parlaient ainsi, lâaubergiste, avec lâair du meilleur accueil, le fit entrer dans une grande salle au rez-de-chaussĂ©e, oĂč plusieurs compagnies se trouvaient dĂ©jĂ . Les uns buvaient, les autres jouaient aux cartes, quelques uns causaient ; et dâautres, dont les affaires exigeaient quâils se levassent le lendemain de grand matin, finissaient de souper, et disaient dĂ©jĂ au garçon de prĂ©parer leurs chambres.
LâarrivĂ©e de lâĂ©tranger fixa sur lui cette espĂšce dâattention indiffĂ©rente quâon accorde gĂ©nĂ©ralement en pareil cas Ă un nouveau venu, et voici quel fut le rĂ©sultat de cet examen. â CâĂ©tait un de ces hommes qui, quoique bien faits et dâun extĂ©rieur qui nâa rien de dĂ©sagrĂ©able en lui-mĂȘme, sont cependant si loin dâavoir une physionomie qui prĂ©vienne en leur faveur, que, soit Ă cause de lâexpression de leurs traits, du son de leur voix, ou par suite de leur tournure et de leurs maniĂšres, on Ă©prouve en somme une sorte de rĂ©pugnance Ă se trouver en leur sociĂ©tĂ©. Il avait un air de hardiesse sans franchise, et semblait annoncer au premier abord de grandes prĂ©tentions aux Ă©gards et aux dĂ©fĂ©rences, comme sâil eĂ»t craint de ne pas en trouver sâil ne faisait valoir Ă lâinstant ses droits pour en obtenir. Son manteau de voyage[4] entrâouvert laissait voir un beau justaucorps galonnĂ©, et un ceinturon de buffle qui soutenait un sabre et une paire de pistolets.
â Vous voyagez bien pourvu, monsieur, dit Giles Gosling en jetant un coup dâĆil sur ces armes, tandis quâil plaçait sur la table le vin que le voyageur avait demandĂ©.
â Oui, mon hĂŽte ; jâai reconnu leur utilitĂ© dans le moment du danger, et je nâimite pas vos grands du jour, qui congĂ©dient leur suite du moment quâils croient nâen plus avoir besoin.
â Oui-dĂ , monsieur, vous venez donc des Pays-Bas, du sol natal de la pique et de la coulevrine ?
â Jâai Ă©tĂ© haut et bas, mon ami, dâun cĂŽtĂ© et puis dâun autre, prĂšs et loin ; mais je bois Ă votre santĂ© un verre de votre vin. Emplissez-en un autre, et videz-le Ă la mienne. Sâil nâest pas bon au superlatif, buvez-le encore tel que vous lâavez versĂ©.
â Sâil nâest pas bon au superlatif, rĂ©pĂ©ta Gosling aprĂšs avoir vidĂ© son verre, en passant la langue sur ses lĂšvres avec lâair de satisfaction dâun gourmet, je ne sais ce que câest que le superlatif. Vous ne trouverez pas de pareil vin aux Trois-Grues, dans le Vintry[5] ; et si vous en trouvez de meilleur, mĂȘme aux Canaries ou Ă XĂ©rĂšs, je consens Ă ne toucher de ma vie ni pot ni argent. Levez votre verre entre vos yeux et le jour, et vous verrez les atomes sâagiter dans cette liqueur dorĂ©e comme la poussiĂšre dans un rayon de soleil ; mais jâaimerais mieux servir du vin Ă dix paysans quâĂ un voyageur. JâespĂšre que Votre Honneur le trouve bon ?
â Il est propre et confortable, mon hĂŽte ; mais, pour avoir dâexcellent vin, il faut le boire sur le lieu mĂȘme oĂč croĂźt la vigne. Croyez-moi, lâEspagnol est trop habile pour vous envoyer la quintessence de la grappe. Celui-ci, que vous regardez comme vin dâĂ©lite, ne passerait que pour de la piquette Ă la Groyne ou au Port Sainte-Marie. Il faut voyager, mon hĂŽte, si vous voulez ĂȘtre profondĂ©ment versĂ© dans les mystĂšres du flacon et du tonneau.
â En vĂ©ritĂ©, signor hĂŽte, si je ne voyageais que pour me trouver ensuite mĂ©content de ce que je puis avoir dans mon pays, il me semble que je ferais le voyage dâun fou ; et je vous assure quâil y a plus dâun fou en Ă©tat de flairer le bon vin sans ĂȘtre jamais sorti des brouillards de la vieille Angleterre. Ainsi donc grand merci toujours Ă mon coin du feu.
â Ce nâest pas lĂ penser noblement, mon hĂŽte, et je garantis que tous vos concitoyens ne sont pas de votre avis. Je parie quâil y a parmi vous des braves qui ont fait un voyage en Virginie, ou du moins une tournĂ©e dans les Pays-Bas. Allons, interrogez votre mĂ©moire. Nâavez-vous en pays Ă©tranger aucun ami dont vous seriez charmĂ© dâavoir des nouvelles ?
â Non, en vĂ©ritĂ©. Il nâen existe aucun depuis que cet Ă©cervelĂ© de Robin de Drysandford sâest fait tuer au siĂšge de la Brille. Au diable soit la coulevrine dont le boulet lâa emportĂ©, car jamais meilleur vivant nâa rempli et vidĂ© son verre du soir au lendemain. Mais il est mort, et je ne connais ni soldat ni voyageur dont je donnerais la pelure dâune pomme cuite.
â Par ma foi, voilĂ qui est Ă©trange. Quoi ! tandis quâil y a tant de braves Anglais en pays Ă©trangers, vous qui semblez ĂȘtre un homme comme il faut, vous nâavez parmi eux ni ami ni parent ?
â Si vous parlez de parens, jâai bien un mauvais brin de neveu qui est parti dâAngleterre la derniĂšre annĂ©e du rĂšgne de la reine Marie ; mais mieux le vaut perdu que retrouvĂ©.
â Ne parlez pas ainsi, mon cher hĂŽte, Ă moins que vous nâayez appris de ses tours depuis peu. Plus dâun poulain fougueux est devenu un noble coursier. Comment le nommez-vous ?
â Michel Lambourne ; un fils de ma sĆur. On nâa pas grand plaisir Ă se rappeler ce nom ni cette parentĂ©.
â Michel Lambourne ! dit lâĂ©tranger feignant dâĂȘtre frappĂ© de ce nom. Quoi ! serait-ce le vaillant cavalier qui se comporta avec tant de bravoure au siĂšge de Venloo que le comte Maurice lui fit des remerciemens Ă la tĂȘte de lâarmĂ©e ? On le disait Anglais, et dâune naissance peu relevĂ©e.
â Ce ne peut pas ĂȘtre mon neveu, dit Gosling, car il nâavait pas plus de courage quâune poule, Ă moins que ce ne fĂ»t pour le mal.
â La guerre fait trouver du courage, rĂ©pliqua lâĂ©tranger.
â Je crois plutĂŽt quâelle lui aurait fait perdre le peu quâil en avait.
â Le Michel Lambourne que jâai connu Ă©tait un garçon bien fait ; il aimait Ă ĂȘtre mis avec Ă©lĂ©gance, et avait lâĆil dâun faucon pour dĂ©couvrir une jolie fille.
â Notre Michel avait lâair dâun chien avec une bouteille pendue Ă la queue, et il portait un habit dont chaque haillon semblait dire adieu aux autres.
â Oh ! mais dans la guerre on ne manque pas de bons habits.
â Notre Michel en aurait plutĂŽt escroquĂ© un Ă la friperie, tandis que le marchand aurait eu le dos tournĂ© ; et, quant Ă son Ćil de faucon, il Ă©tait toujours fixĂ© sur mes cuillĂšres dâargent Ă©garĂ©es. Il a passĂ© trois mois dans cette pauvre maison ; il Ă©tait chargĂ©, en sous-ordre, du soin de la cave, et, grĂące Ă ses erreurs et Ă ses mĂ©comptes, Ă ce quâil a bu et Ă ce quâil a laissĂ© perdre, sâil Ă©tait restĂ© trois mois de plus⊠jâaurais pu abattre lâenseigne, fermer la maison, et donner au diable la clef Ă garder.
â Et, malgrĂ© tout cela, mon cher hĂŽte, vous seriez fĂąchĂ© dâapprendre que le pauvre Michel Lambourne eĂ»t Ă©tĂ© tuĂ© Ă la tĂȘte de son rĂ©giment, en attaquant une redoute prĂšs de MaĂ«stricht ?
â FĂąchĂ© ! Ce serait la meilleure nouvelle que jâen pourrais apprendre, puisquâelle mâassurerait quâil nâa pas Ă©tĂ© pendu : mais nâen parlons plus. Je crains bien que sa mort ne fasse jamais honneur Ă sa famille. Dans tous les cas, ajouta-t-il en se versant un verre de vin des Canaries, de tout mon cĆur, que Dieu lui fasse paix !
â Pas si vite, mon hĂŽte ; pas si vite. Ne craignez rien, votre neveu vous fera encore honneur, surtout si câest le Michel Lambourne que jâai connu, et que jâaime presque autant⊠ma foi, tout autant que moi-mĂȘme. Ne pourriez-vous mâindiquer aucune marque qui pĂ»t me faire reconnaĂźtre si nos deux Michel sont la mĂȘme personne ?
â Ma foi, aucune quâil me souvienne, si ce nâest pourtant que mon Michel a Ă©tĂ© marquĂ© sur lâĂ©paule gauche pour avoir volĂ© un gobelet dâargent Ă dame Snort dâHogsditch.
â Pour le coup, vous mentez comme un coquin, mon oncle, dit lâĂ©tranger dĂ©boutonnant son gilet, entrâouvrant sa chemise, et faisant sortir son Ă©paule ; â de par Dieu ! ma peau est aussi saine et aussi entiĂšre que la vĂŽtre.
â Quoi ! Michel ! sâĂ©cria lâhĂŽte, est-ce vĂ©ritablement toi ? Oh ! oui, je devais mâen douter depuis une demi-heure ; je ne connais personne qui puisse prendre la moitiĂ© tant dâintĂ©rĂȘt Ă toi. Mais, Michel, si ta peau est saine et entiĂšre comme tu le dis, il faut que Goodman Thong, le bourreau, ait Ă©tĂ© bien indulgent, et quâil ne tâait touchĂ© quâavec un fer froid.
â Allons, mon oncle, allons, trĂȘve de plaisanteries. Gardez-les pour faire passer votre ale tournĂ©e, et voyons quel accueil cordial vous allez faire Ă un neveu qui a roulĂ© dans le monde pendant dix-huit ans, qui a vu le soleil se lever oĂč il se couche, et qui a voyagĂ© jusquâĂ ce que lâoccident devĂźnt lâorient pour lui.
â Ă ce que je vois, Michel, tu en as rapportĂ© un des talens du voyageur, et bien certainement tu nâavais pas besoin de faire tant de chemin pour lâacquĂ©rir. Je me souviens quâentre toutes tes bonnes qualitĂ©s, tu avais celle de ne jamais dire un mot de vĂ©ritĂ©.
â Voyez-vous ce paĂŻen de mĂ©crĂ©ant, messieurs, dit Michel Lambourne en sâadressant Ă ceux qui Ă©taient tĂ©moins de cette Ă©trange entrevue de lâoncle et du neveu, et dont quelques uns, nĂ©s dans le village mĂȘme, nâignoraient pas les hauts faits de sa jeunesse ; câest sans doute lĂ ce quâon appelle Ă Cumnor tuer le veau gras. Mais sachez, mon oncle, que je ne viens pas de garder les pourceaux. Je me soucie fort peu de votre accueil bon ou mauvais. Je porte avec moi de quoi me faire bien recevoir partout.
En parlant ainsi il tira une bourse assez bien remplie de piĂšces dâor dont la vue produisit un effet remarquable sur la compagnie. Quelques uns secouĂšrent la tĂȘte, et chuchotĂšrent entre eux ; deux ou trois des moins scrupuleux commencĂšrent Ă le reconnaĂźtre comme concitoyen et camarade dâĂ©cole, tandis que dâautres personnages plus graves se levĂšrent, et sortirent de lâauberge en disant, entre eux Ă demi-voix que, si Giles Gosling voulait continuer Ă prospĂ©rer, il fallait quâil chassĂąt de chez lui le plus tĂŽt possible son vaurien de neveu. Gosling se conduisit lui-mĂȘme comme sâil partageait cette opinion, et mĂȘme la vue de lâor fit sur le brave homme moins dâimpression quâelle nâen produit ordinairement sur un homme de sa profession.
â Mon neveu Michel, lui dit-il, mets ta bourse dans ta poche ; le fils de ma sĆur nâa point dâĂ©cot Ă payer chez moi pour y souper ni pour y coucher une nuit ; car je suppose que tu nâas pas envie de rester plus long-temps dans un endroit oĂč tu nâes que trop connu.
â Quant Ă cela, mon oncle, rĂ©pondit le voyageur, je consulterai mon inclination et mes affaires. En attendant, je dĂ©sire donner Ă souper Ă mes braves concitoyens, qui ne sont pas trop fiers pour se souvenir de Michel Lambourne. Si vous voulez me fournir un souper pour mon argent, soit ; sinon, il nây a que deux minutes de chemin dâici au LiĂšvre qui bat du tambour, et je me flatte que mes bons voisins voudront bien mây accompagner.
â Non, Michel, non, lui dit son oncle ; comme dix-huit ans ont passĂ© sur ta tĂȘte, et que je me flatte que tu as un peu amendĂ© ta vie, tu ne quitteras pas ma maison Ă lâheure quâil est, et tu auras tout ce que tu voudras raisonnablement demander ; mais je voudrais ĂȘtre sĂ»r que cette bourse que tu viens dâĂ©taler a Ă©tĂ© aussi lĂ©gitimement gagnĂ©e quâelle semble bien remplie.
â Entendez-vous lâinfidĂšle, mes bons voisins ? dit Lambourne en sâadressant de nouveau Ă lâauditoire. VoilĂ un vieux coquin dâoncle qui veut remettre au jour les folies de son neveu, aprĂšs quâelles ont une vingtaine dâannĂ©es de date. Quant Ă cet or, messieurs, jâai Ă©tĂ© dans le pays oĂč il croĂźt, oĂč lâon nâa que la peine de le ramasser ; jâai Ă©tĂ© dans le Nouveau-Monde, mes amis, dans lâEldorado, oĂč les enfans jouent Ă la fossette avec des diamans, oĂč les paysannes portent des colliers de rubis, et oĂč les maisons sont couvertes de tuiles dâor, et les rues pavĂ©es en argent.
â Sur mon crĂ©dit, ami Michel, dit Laurent Goldthred, qui figurait au premier rang parmi l...
