La Pucelle d'Orléans
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La Pucelle d'Orléans

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La Pucelle d'Orléans

About this book

La Pucelle d'Orléans was written in the year 1755 by Voltaire. This book is one of the most popular novels of Voltaire, and has been translated into several other languages around the world.

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Information

Publisher
Booklassic
eBook ISBN
9789635236558
Subtopic
Poetry

Chant IV

ARGUMENT.
Jeanne et Dunois combattent les Anglais. Ce qui leur arrive dans le chñteau d’Hermaphrodix.
Si j’étais roi, je voudrais ĂȘtre juste,
Dans le repos maintenir mes sujets,
Et tous les jours de mon empire auguste
Seraient marqués par de nouveaux bienfaits.
Que si j’étais contrĂŽleur des finances,
Je donnerais Ă  quelques beaux esprits,
Par-ci, par-lĂ , de bonnes ordonnances;
Car, aprĂšs tout, leur travail vaut son prix.
Que si j’étais archevĂȘque Ă  Paris,
Je tĂącherais avec le moliniste
D’apprivoiser le rude jansĂ©niste.
Mais si j’aimais une jeune beautĂ©,
Je ne voudrais m’éloigner d’auprĂšs d’elle,
Et chaque jour une fĂȘte nouvelle,
Chassant l’ennui de l’uniformitĂ©,
Tiendrait son coeur en mes fers arrĂȘtĂ©.
Heureux amants, que l’absence est cruelle!
Que de dangers on essuie en amour!
On risque, hĂ©las! dĂšs qu’on quitte sa belle,
D’ĂȘtre cocu deux ou trois fois par jour.
Le preux Chandos Ă  peine avait la joie
De s’ébaudir sur sa nouvelle proie,
Que tout Ă  coup Jeanne de rang en rang
Porte la mort, et fait couler le sang.
De Débora la redoutable lance
Perce Dildo si fatal Ă  la France,
Lui qui pilla les trésors de Clairvaux,
Et viola les soeurs de Fontevraux.
D’un coup nouveau les deux yeux elle crùve
A Fonkinar, digne d’aller en Grùve.
Cet impudent, né dans les durs climats
De l’Hibernie, au milieu des frimas,
Depuis trois ans faisait l’amour en France,
Comme un enfant de Rome ou de Florence.
Elle terrasse et milord Halifax,
Et son cousin l’impertinent Borax,
Et Midarblou qui renia son pĂšre,
Et Bartonay qui fit cocu son frĂšre.
A son exemple on ne voit chevalier,
Il n’est gendarme, il n’est bon Ă©cuyer,
Qui dix Anglais n’enfile de sa lance.
La mort les suit, la terreur les devance:
On croyait voir en ce moment affreux
Un dieu puissant qui combat avec eux.
Parmi le bruit de l’horrible tempĂȘte,
FrĂšre Lourdis criait Ă  pleine tĂȘte:
« Elle est pucelle, Anglais, frémissez tous;
C’est saint Denis qui l’arme contre vous;
Elle est pucelle, elle a fait des miracles;
Contre son bras vous n’avez point d’obstacles;
Vite Ă  genoux, excrĂ©ments d’Albion,
Demandez-lui sa bénédiction. »
Le fier Talbot, écumant de colÚre,
Incontinent fait empoigner le frĂšre;
On vous le lie, et le moine content,
Sans s’émouvoir, continuait criant:
« Je suis martyr; Anglais, il faut me croire;
Elle est pucelle; elle aura la victoire. »
L’homme est crĂ©dule, et dans son faible coeur
Tout est reçu; c’est une molle argile.
Mais que surtout il paraĂźt bien facile
De nous surprendre et de nous faire peur!
Du bon Lourdis le discours extatique
Fit plus d’effet sur le coeur des soldats
Que l’amazone et sa troupe hĂ©roĂŻque
N’en avaient fait par l’effort de leurs bras.
Ce vieil instinct qui fait croire aux prodiges,
L’esprit d’erreur, le trouble, les vertiges,
La froide crainte, et les illusions,
Ont fait tourner la tĂȘte des Bretons.
De ces Bretons la nation hardie
Avait alors peu de philosophie;
Maints chevaliers étaient des esprits lourds
Les beaux esprits ne sont que de nos jours.
Le preux Chandos, toujours plein d’assurance,
Criait aux siens: « Conquérants de la France,
Marchez Ă  droite. » Il dit, et dans l’instant
On tourne à gauche, et l’on fuit en jurant.
Ainsi jadis dans ces plaines fécondes
Que de l’Euphrate environnent les ondes,
Quand des humains l’orgueil capricieux
Voulut bùtir prÚs des voûtes des cieux,
Dieu, ne voulant d’un pareil voisinage,
En cent jargons transmua leur langage.
Sitît qu’un d’eux à boire demandait,
Plñtre ou mortier d’abord on lui donnait;
Et cette gent, de qui Dieu se moquait,
Se sépara, laissant là son ouvrage.
On sait bientĂŽt aux remparts d’OrlĂ©ans
Ce grand combat contre les assiégeants:
La RenommĂ©e y vole Ă  tire d’aile,
Et va prĂŽnant le nom de la Pucelle.
Vous connaissez l’impĂ©tueuse ardeur
De nos Français; ces fous sont pleins d’honneur:
Ainsi qu’au bal ils vont tous aux batailles.
Déjà Dunois la gloire des bùtards,
Dunois qu’en Grùce on aurait pris pour Mars,
Et La Trimouille, et La Hire, et Saintrailles,
Et Richemont, sont sortis des murailles,
Croyant déjà chasser les ennemis,
Et criant tous: « OĂč sont-ils? oĂč sont-ils? »
Ils n’étaient pas bien loin car prĂšs des portes
Sire Talbot, homme de trĂšs grand sens,
Pour s’opposer à l’ardeur de nos gens,
En embuscade avait mis dix cohortes.
Sire Talbot a depuis plus d’un jour
JurĂ© tout haut par saint George et l’Amour
Qu’il entrerait dans la ville assiĂ©gĂ©e.
Son ùme était vivement partagée:
Du gros Louvet la superbe moitié
Avait pour lui plus que de l’amitiĂ©;
Et ce hĂ©ros, qu’un noble espoir enflamme,
Veut conquérir et la ville et sa dame.
Nos chevaliers Ă  peine ont fait cent pas
Que ce Talbot leur tombe sur les bras;
Mais nos Français ne s’étonnĂšrent pas.
Champs d’OrlĂ©ans, noble et petit théùtre
De ce combat terrible, opiniĂątre,
Le sang humain dont vous fûtes couverts
Vous engraissa pour plus de cent hivers.
Jamais les champs de Zama, de Pharsale,
De Malplaquet la campagne fatale,
CélÚbres lieux couverts de tant de morts,
N’ont vu tenter de plus hardis efforts.
Vous eussiez vu les lances hérissées,
L’une sur l’autre en cent tronçons cassĂ©es;
Les écuyers, les chevaux renversés,
Dessus leurs pieds dans l’instant redressĂ©s;
Le feu jaillir des coups de cimeterre,
Et du soleil redoubler la lumiĂšre;
De tous cÎtés voler, tomber à bas
Épaules, nez, mentons, pieds, jambes, bras.
Du haut des cieux les anges de la guerre,
Le fier Michel, et l’exterminateur,
Et des Persans le grand flagellateur,
Avaient les yeux attachés sur la terre,
Et regardaient ce combat plein d’horreur.
Michel alors prit la vaste balance
OĂč dans le ciel on pĂšse les humains;
D’une main sĂ»re il pesa les destins
Et les hĂ©ros d’Angleterre et de France.
Nos chevaliers, pesés exactement,
Légers de poids par malheur se trouvÚrent:
Du grand Talbot les destins l’emportùrent;
C’était du ciel un secret jugement.
Le Richemont se voit incontinent
PercĂ© d’un trait de la hanche Ă  la fesse;
Le vieux Saintraille au-dessus du genou;
Le beau La Hire, ah! je n’ose dire oĂč;
Mais que je plains sa gentille maĂźtresse!
Dans un marais La Trimouille enfoncé
N’en put sortir qu’avec un bras cassĂ©:
Donc à la ville il fallut qu’ils revinssent
Tout Ă©cloppĂ©s, et qu’au lit ils se tinssent.
VoilĂ  comment ils furent bien punis,
Car ils s’étaient moquĂ©s de saint Denis.
Comme il lui plaĂźt Dieu fait justice ou grĂące;
Quesnel l’a dit, nul ne peut en douter:
Or il lui plut le bĂątard excepter
Des Ă©tourdis dont il punit l’audace.
Un chacun d’eux, laidement ajustĂ©,
S’en retournait sur un brancard portĂ©,
En maugréant et Jeanne et sa fortune.
Dunois, n’ayant Ă©gratignure aucune,
Pousse aux Anglais, plus prompt que les éclairs:
Il fend leurs rangs, se fait jour Ă  travers,
Passe, et se trouve aux lieux oĂč la Pucelle
Fait tout tomber, oĂč tout fuit devant elle.
Quand deux torrents, l’effroi des laboureurs,
Précipités du sommet des montagnes,
MĂȘlent leurs flots, assemblent leurs fureurs,
Ils vont noyer l’espoir de nos campagnes:
Plus dangereux étaient Jeanne et Dunois,
Unis ensemble et frappant Ă  la fois.
Dans leur ardeur si bien ils s’emportùrent,
Si rudement les Anglais ils chassĂšrent,
Que de leurs gens bientĂŽt ils s’écartĂšrent.
La nuit survint; Jeanne et l’autre hĂ©ros,
N’entendant plus ni Français ni Chandos,
Font tous deux halte en criant: « Vive France! »
Au coin d’un bois oĂč rĂ©gnait le silence.
Au clair de lune ils cherchent le chemin.
Ils viennent, vont, tournent, le tout en vain;
Enfin rendus, ainsi que leur monture,
Mourants de faim, et lassés de chercher,
Ils maudissaient la fatale aventure
D’avoir vaincu sans savoir oĂč coucher.
Tel un vaisseau sans voile, sans boussole,
Tournoie au grĂ© de Neptune et d’Éole.
Un certain chien, qui passa tout auprĂšs,
Pour les sauver sembla venir exprĂšs;
Ce chien approche, il jappe, il leur fait fĂȘte;
Virant sa queue, et portant haut sa tĂȘte,
Devant eux marche; et, se tournant cent fois,
Il paraissait leur dire en son patois:
« Venez par là, messieurs, suivez-moi vite;
Venez, vous dis-je, et vous aurez bon gßte. »
Nos deux héros entendirent fort bien
Par ses façons ce que voulait ce chien;
Ils suivent donc, guidĂ©s par l’espĂ©rance,
En priant Dieu pour le bien de la France,
Et se faisant tous deux de temps en temps
Sur leurs exploits de trĂšs beaux compliments.
Du coin lascif d’une vive prunelle,
Dunois lorgnait malgré lui la Pucelle;
Mais il savait qu’à son bijou cachĂ©
De tout l’État le sort est attachĂ©,
Et qu’à jamais la France est ruinĂ©e,
Si cette fleur se cueille avant l’annĂ©e.
Il étouffait noblement ses désirs,
Et prĂ©fĂ©rait l’État Ă  ses plaisirs.
Et cependant, quand la route mal sûre
De l’ñne saint faisait clocher l’allure,
Dunois ardent, Dunois officieux
De son bras droit retenait la guerriĂšre,
Et Jeanne d’Arc, en clignotant des yeux,
De son bras gauche étendu par derriÚre
Serrait aussi ce héros vertueux:
Dont il advint tandis qu’ils chevauchùrent,
Que trĂšs souvent leurs bouches se touchĂšrent
Pour se parler tous les deux de plus prĂšs
De la patrie et de ses intĂ©rĂȘts.
On m’a contĂ©, ma belle Konismare,
Que Charles Douze, en son humeur bizarre,
Vainqueur des rois et vainqueur de l’amour,
N’osa t’admettre à sa brutale cour:
Charles craignit de te rendre les armes;
Il se sentit, il évita tes charmes.
Mais tenir Jeanne et ne point y toucher,
Se mettre Ă  table, avoir faim sans manger,
Cette victoire était cent fois plus belle.
Dunois ressemble à Robert d’Arbrisselle,
A ce grand saint qui se plut Ă  coucher
Entre les bras de deux nonnes fessues,
A caresser quatre cuisses dodues,
Quatre tétons, et le tout sans pécher.
Au point du jour apparut Ă  leur vue
Un beau palais d’une vaste Ă©tendue;
De marbre blanc était bùti le mur;
Une dorique et longue colonnade
Porte un balcon formé de jaspe pur;
De porcelaine était la balustrade.
Nos paladins, enchantés, éblouis,
Crurent entrer tout droit en paradis.
Le chien aboie: aussitĂŽt vingt trompettes
Se font entendre, et quarante estafiers
A pourpoints d’or, à brillantes braguettes,
Viennent s’offrir à nos deux chevaliers.
TrÚs galamment deux jeunes écuyers
Dans le palais par la main les conduisent,
Dans des bains d’or filles les introduisent
HonnĂȘtement; puis lavĂ©s, essuyĂ©s,
D’...

Table of contents

  1. Titre
  2. Chant I
  3. Chant II
  4. Chant III
  5. Chant IV
  6. Chant V
  7. Chant VI
  8. Chant VII
  9. Chant VIII
  10. Chant IX
  11. Chant X
  12. Chant XI
  13. Chant XII
  14. Chant XIII
  15. Chant XIV
  16. Chant XV
  17. Chant XVI
  18. Chant XVII
  19. Chant XVIII
  20. Chant XIX
  21. Chant XX
  22. Chant XXI

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