Cet auteur belge nous raconte l'histoire d'une petite prostituée française partie vivre a Londres. A travers différents scenes de la vie de Zonzon, l'histoire mele plusieurs sentiments tels que: candeur et cynisme, amour et amitié, violence et tendresse.

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Zonzon Pépette- Fille de Londres
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Literature GeneralIndex
LiteratureChapitre 1 AU CERCLE
Tout marcha bien. Le type, un gros angliche,
lui donna deux guinées et ne se rhabilla pas si vite qu’elle n’eût
auparavant le temps de lui chiper son portefeuille. Elle lui laissa
sa montre, parce que, demain, il y aurait encore des montres. Son
coup fait, elle pensa, comme au temps de Paris :
– Salaud, je t’emmerde.
Elle n’eut pas à remettre de chapeau ;
elle n’en mettait jamais. Un coup de pouce au chignon, un coup de
poing à la jupe, les mains au tablier où sont les poches, puis en
route.
Dans la rue, elle se dépêcha pour rejoindre
son homme. Quand il ne la suivait pas, elle savait où le
trouver : au Cercle, avec les copains. En chemin,
près de la Tamise, elle rencontra le policeman qui, un jour,
l’avait coffrée ; lui ou un autre. Comme elle marchait vite,
il ne pouvait rien lui dire. Elle avait, pour les flics, des idées
très précises. Elle tourna la hanche :
– Toi, je t’emmerde !
Ouf ! ce qu’elle suait dans ce cochon de
Londres ! Dans ces ruelles, les gens couchaient par terre, et
pas tous sur des paillasses : il y avait des hommes avec des
femmes, des vieux, des jeunes, des nichées de pauv’gosses. Cela
puait le poivre. Cela puait aussi comme dans une chambre après
l’amour. Elle constata ce qu’elle constatait tous les jours :
que beaucoup de ces femmes étaient jeunes, avec de bonnes cuisses
et de cette chair encore verte qui plaît aux hommes. Elle
pensa :
– Sont-elles bêtes, quand il y a tant de
types.
Enfin c’était leur affaire.
On les emmerde !
Au Cercle, elle frappa ses trois
coups. C’était bon, le soir, se retrouver, dans cette espèce de
cave, et de blaguer, entre camarades, comme si qu’on arrivait tout
droit des ponts de Grenelle. Henry-le-Gosse vint ouvrir. Il tira sa
casquette. Il dit :
– Tu sais, ton homme, y s’impatiente.
Elle plaisanta.
– Va donc, je t’emmerde.
Ils étaient au complet, ceux du
Cercle : le grand D’Artagnan, Ernest-les-Beaux-Yeux,
Valère-le-Juste, Louis le Roi des Mecs, les autres :
quelques-uns avec leur môme.
Tous ensemble ils s’écrient :
– Ah ! voilà Zonzon Pépette.
Après Joseph, qui l’avait eue dès la France
mais était mort, ils savaient tous qu’elle avait un fessard comme
pas un, une balafre à travers le ventre, et qu’à certain moment,
quand on lui avait vu sa balafre, elle roucoulait en
tourterelle :
– Oh ! chéri, je t’emmerde.
Il ne restait, à ne pas le savoir, que ce brun
D’Artagnan, un prétentieux, qu’elle ne supportait guère.
Pour le moment, c’était Fernand-le-Lutteur.
Une seconde fois, après les autres, et à lui seul, puisqu’il était
le maître, il dit :
– Ah ! voilà Zonzon Pépette.
Il lui plaqua la main au corsage : si
tout était en ordre ? Depuis quinze jours, ils s’étaient
flanqué pas mal de gifles et de caresses : il s’aimaient
beaucoup. Il était solide. Il portait, en tatoué sur le bras, un
revolver, un autre dans sa poche. Et de plus un casse-tête :
un fameux zig.
Elle lui souffla :
– Y a du bon.
Devant tous, elle lui passa les guinées puis,
sous la table, le portefeuille : voir ce qu’il renfermait.
Elle ne l’avait pas ouvert, elle n’eût pas ouvert un portefeuille
sans son homme : c’est pas honnête.
Mince ! Ce qu’il y en avait des
banknotes ! Il les compta, les plia dans sa poche. Elle fut si
contente qu’elle dût crier :
– P’tit salaud, je t’emmerde !
Comme ils étaient riches, ils payèrent aux
copains une tournée : d’abord de ce qu’on voulut, puis une
seconde :
– Du gin pour tout le monde !
Après ce fut entre eux. Elle choisit pour sa
part des huîtres bien blanches et, ensuite, un quartier de melon
sucré au poivre, avec du gin par là-dessus :
– Bon ça !
Il la regardait s’empiffrer.
Tout alla bien tant que l’autre ne fut pas là.
L’autre, c’était la Marie, une grande blonde de Flamande qui venait
de Belgique. Sale Belge ! Zonzon ne l’aimait pas. D’abord,
c’était la dernière à D’Artagnan. Ensuite, elle faisait sa
poire ; elle venait toujours en chapeau. Et, surtout, un jour
elle avait dit :
– Je suis honnête, moi ; je laisse
leur portefeuille aux types.
Une pimbêche, quoi !
Quand la Marie entra :
– On t’emmerde, pensa Zonzon.
Ce qu’elle n’avouait pas, c’est qu’elle avait
d’autres raisons de lui en vouloir. Fernand s’en cachait, mais cela
se voyait ; il avait envie de manger de la viande fade de
cette Flamande. C’est pas vrai ? Allons donc ! Il
suffisait, quand il la reluquait, de voir ses yeux ; des yeux
à lui rouler hors de la tête. Et tous les chichis qu’il faisait
autour d’elle !
Ce soir il s’écarta, il fit :
– Eh ! la Marie, si je ne vous
dégoûte pas, il y a de la place près de ma cuisse.
C’était assez dire ! Après, Zonzon fut
encore plus furieuse, parce que cette pimbêche, au lieu de répondre
à P’tit homme, allait s’asseoir derrière le banc du sien et le
fixait avec des yeux de bête. Pourtant elle ne montra rien :
elle leur tourna le dos :
– On vous emmerde.
Puis, elle fit gentiment à Fernand :
– Fernand, si qu’on buvait du
vin ?
Les autres ne buvaient que de l’ale.
Elle lui remplit son verre. Avec ce qui resta
de fond, elle lui frotta une mèche ; cela porte bonheur. Elle
en prit un peu pour elle.
Il répondit :
– Fous-moi la paix.
Cela se voyait : il pensait toujours à
cette garce ! Cependant, elle se contint encore. La bouteille
vide, elle dit :
– Fernand, si qu’on buvait la
suivante ?
Et cette fois assez haut pour qu’on pût
l’entendre, elle ajouta :
– C’est pas avec une Flamande que t’en
flûterais, des bouteilles !
Le mot porta : D’Artagnan serra les
dents ; Fernand, en riant, montra les siennes. Et ne
voilà-t-il pas ? Zonzon allait lui remplir son verre, quand
elle vit qu’avec son pied, il cherchait celui de la Marie. Il
allait arriver et, juste à ce moment, la pimbêche retira le
sien !
Nom de nom ! Elle ne put plus se tenir.
Elle devint pâle. Elle regarda Marie, elle regarda D’Artagnan, elle
regarda son homme et, on ne sait à qui des trois, elle
lança :
– Toi ! Je t’emmerde !
Elle avait crié fort. Fût-ce à cause de ce
mot ? Tout à coup, dans la cave, il y eut un grand
tumulte : Fernand sauta sur ses jambes, D’Artagnan sauta sur
ses jambes et, après lui, les autres. Elle eut le temps de voir la
béquille de Louis, le Roi des Mecs, s’envoler vers la lampe et
vlan ! sur ses grosses fesses, elle s’étala par terre.
Que s’était-il passé ? Quand on ralluma,
Zonzon restait toujours par terre. Elle n’était pas même pâle. Sa
tête pendait un peu. Elle avait un grand trou rouge dans le blanc
du corsage…
Pauvre Zonzon Pépette !
Chapitre 2 BETSY-L’ANGLICHE
Il est peut-être idiot de commencer la vie d’une femme par sa mort, mais enfin si l’on vit, c’est pour qu’on meure.
Et même, c’est comme on vit, que l’on meurt.
En ce temps Zonzon ne pensait pas à mourir. Elle était avec Valère, un petit homme amusant qui ne regardait pas trop à la galette. Un jour, avec Betsy, elle fit un type. Il les avait prises, Betsy pour la causette parce qu’elle était Angliche, Zonzon parce qu’à défaut de mots, les Françaises ont, au lit, beaucoup de gestes. Il se proposait de faire un tas de choses, mais comme toujours, à peine satisfait de l’une, il n’eut plus envie de l’autre et préféra s’endormir.
Il avait commencé par Zonzon, c’est plus flatteur. Betsy au fond, lui au milieu, elle se trouvait à l’entrée du lit. Quand elle entendit qu’il ronflait, il ne lui fut pas difficile de se lever pour voir, dans ses poches, si elle ne trouverait pas un petit supplément. Il ne s’était guère montré généreux : trois couronnes à Betsy, trois à Zonzon. Et encore, après beaucoup de manières !
Dans une poche de la culotte, elle ne trouva rien. Dans une autre, une clef, puis le porte-monnaie : il n’y avait qu’un shelling.
– Merde, pensa Zonzon Pépette.
Quand ce fut le tour du veston, où l’on trouve le portefeuille, cette rosse de Betsy, qui la surveillait, se leva pour prendre sa part.
– Vieux chameau ! pensa Zonzon.
Elle n’avait pas l’habitude de marcher avec l’Angliche. Elle avait accepté, parce que cela se trouvait ; mais, pour le travail à deux, elle préférait une camarade plus accommodante et, surtout, moins maigre que cette maigre d’Angliche. Tous ces os, ça la dégoûtait un peu.
Ah ! voilà ! Elle tenait le portefeuille. Déjà Betsy avançait ses vilains doigts de squelette.
– Bas les pattes, grogna Zonzon.
Le portefeuille pesait lourd. Comment faire ? Elles auraient pu, l’une ou l’autre, l’empocher pour se le partager au dehors. Mais qui ? Elles ne pouvaient pas davantage le couper en deux. Il fallait bien l’ouvrir. D’ailleurs, le type dormait toujours.
Ce qu’elles virent d’abord, ce fut une enveloppe, avec une lettre, une autre enveloppe avec une lettre, d’autres lettres, des papiers ; mais de billets qu’elles cherchaient, elles n’en trouvèrent pas un.
Bast ! Zonzon n’en fut pas trop furieuse. Il aurait fallu, quand même, partager. Il lui vint une idée ; elle fit :
– Oh ! merde alors.
Tant cette idée lui parut amusante.
Elle n’avait pas encore renfilé sa chemise, elle n’en prit pas le temps. Elle chuchota vers Betsy :
– Dites donc, Betsy.
– Quoâ ? fit l’Angliche.
– C’est, demanda Zonzon, trois couronnes qu’il t’a données ?
– Yes, dit l’Angliche.
– Eh bien, passe-les-moi.
– À toâ ? Pourquoâ ?
– Parce que, répondit Zonzon, parce que je t’emmerde.
Comme ce français n’était pas clair, elle ajouta :
– Si tu ne me les donnes pas, je dirai à ton homme que t’as couché avec Nénest, et pour rien.
– Oh ! No ! supplia l’Angliche.
Et maigre, comme elle l’était, en chemise, sur ses longues pattes, elle dut aller farfouiller dans sa jupe, prendre les trois couronnes et les remettre à Zonzon.
– Maintenant, dit Zonzon, passe-moi les autres.
– Les autres ? Quels autres ?
Zonzon n’avait pas beaucoup de...
Table of contents
- Titre
- Chapitre 1 - AU CERCLE
- Chapitre 2 - BETSY-L’ANGLICHE
- Chapitre 3 - L’ALLUMETTE PREND FEU
- Chapitre 4 - LA SOUPE AU CAMPHRE
- Chapitre 5 - LE ROI
- Chapitre 6 - LE LAPIN
- Chapitre 7 - COFFRÉE
- Chapitre 8 - LE DOCTEUR
- Chapitre 9 - L’APÔTRE
- Chapitre 10 - LE CIMETIÈRE
- Chapitre 11 - À LA FOIRE
- Chapitre 12 - LE BRILLANT
- Chapitre 13 - KIKI LE BOITEUX
- Chapitre 14 - LA SONNETTE !
- Chapitre 15 - CHICHE
- Chapitre 16 - NIAISERIES
- Chapitre 17 - LE SIFFLET
- Chapitre 18 - LE CHAT
- Chapitre 19 - FRANÇOIS L’ALLUMETTE
- Chapitre 20 - LE VASE BRISÉ
- Chapitre 21 - LA CLEF SOUS L’OREILLER
- Chapitre 22 - LE CANDIDAT
- Chapitre 23 - LA LAMPE
- Chapitre 24 - LE DOIGT DE DIEU
- Chapitre 25 - LA FEMME AU GRAND FRONT
- Chapitre 26 - UNE DRÔLE D’HISTOIRE
- Chapitre 27 - L’HOPITAL
- Chapitre 28 - DU BLANC AU NOIR
- Chapitre 29 - N, I, FINI
- Chapitre 30 - LA DERNIÈRE NUIT
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