Histoire d'un paysan - 1793 - L'An I de la République
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Histoire d'un paysan - 1793 - L'An I de la République

About this book

«Moi, je suis un homme du peuple, et j'écris pour le peuple. Je raconte ce qui s'est passé sous mes yeux.
J'ai vu l'ancien régime avec ses lettres de cachet, son gouvernement du bon plaisir, sa dßme, ses corvées, ses jurandes, ses barriÚres, ses douanes intérieures, ses capucins crasseux mendiant de porte en porte, ses privilÚges abominables, sa noblesse et son clergé, qui possédaient à eux seuls les deux tiers du territoire de la France! J'ai vu les états-généraux de 1789 et l'émigration, l'invasion des Prussiens et des Autrichiens, et la patrie en danger, la guerre civile, la Terreur, la levée en masse! enfin toutes ces choses grandes et terribles, qui étonneront les hommes jusqu'à la fin des siÚcles.
C'est donc l'histoire de vos grands-pÚres, à vous tous, bourgeois, ouvriers, soldats et paysans, que je raconte, l'histoire de ces patriotes courageux qui ont renversé les bastilles, détruit les privilÚges, aboli la noblesse, proclamé les Droits de l'homme, fondé l'égalité des citoyens devant la loi sur des bases inébranlables, et bousculé tous les rois de l'Europe, qui voulaient nous remettre la corde au cou.»

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Information

Publisher
Booklassic
eBook ISBN
9789635245796

Chapitre 1

Nous voilĂ  maintenant loin du pays ; je ne vous parlerai plus de la petite forge du Bois-de-ChĂȘnes, de l’auberge des Trois-Pigeons et de la baraque du vieux pĂšre Bastien ; les marches, les contre-marches, les rencontres, les attaques et les batailles vont commencer.
Les volontaires nationaux du district de Sarrebourg restĂšrent cantonnĂ©s Ă  RĂŒlzheim jusqu’à la fin de juillet ; c’est lĂ  que ceux de la haute montagne, venus avec leurs faux et leurs bĂątons, reçurent des fusils, des gibernes et des cartouches. Il en arrivait encore tous les jours par bandes ; on leur apprenait l’exercice ; et, dans ce coin de l’Alsace, entre Wissembourg et Landau, vous n’entendiez que le tambour des fantassins qu’on habituait Ă  marcher au pas, et la trompette des cavaliers qu’on faisait galoper en rond.
DerriĂšre nous s’étendait une grande ligne de redoutes, entre le camp de Kellermann et celui de Biron ; elle pouvait bien avoir quatre Ă  cinq lieues de long, et suivait le cours de la Lauter, c’est ce qu’on a nommĂ© depuis « les lignes de Wissembourg. »
Le service du train n’existait pas encore ; comme il fallait mettre les paysans en rĂ©quisition avec leurs chevaux et leurs charrettes, pour nous amener des vivres, souvent la distribution manquait.
Je demeurais, avec Marc DivĂšs et Jean Rat, chez une veuve qui pleurait du matin au soir. La pauvre femme nous donnait ses lĂ©gumes, ses pommes de terre, son pain de seigle. DivĂšs et moi Ă©tions toujours contents, mais Jean Rat trouvait que ce n’était pas encore assez : il aurait voulu de la viande !
Tous les camarades logĂ©s aux environs prenaient ce qu’ils trouvaient ; on couchait dans les granges, sur les greniers Ă  foin, sous les hangars. On ne pouvait pas se laisser mourir de faim ! C’était pour les pauvres habitants une vĂ©ritable dĂ©solation.
Tout se payait avec des assignats qui ne valaient plus grand’chose. Nos cantonnements fourmillaient de petites gazettes allemandes, oĂč l’on racontait la misĂšre de l’armĂ©e des savetiers, l’ignorance de leurs chefs et leurs sottises. Les Ă©migrĂ©s nous reprĂ©sentaient comme des gueux en train de grelotter et de se sauver ; les Allemands, eux, nous suivaient, la figure terrible, les moustaches retroussĂ©es, et le sabre en l’air. Pauvres diables ! ils en ont vu de dures pendant vingt ans, malgrĂ© leurs grandes moustaches.
VoilĂ  comme les Ă©crivassiers des rois vous excitent les uns contre les autres, pour vivre grassement aux dĂ©pens des peuples, qui se massacrent. Ils ne parlaient que de notre misĂšre et de la magnificence des troupes alliĂ©es, de leur belle tenue, du grand nombre de leurs canons, du bon approvisionnement de leurs magasins, rĂ©pandus le long du Rhin, chez l’électeur de BaviĂšre, le duc de Deux-Ponts et les autres princes de l’Empire. On pense bien que cela nous donnait l’envie d’aller voir ces magasins, Ă  Spire, Ă  Worms, Ă  Mayence ; nous y songions toujours et notre enthousiasme augmentait.
Malheureusement nous n’étions alors que vingt et un mille hommes d’infanterie Ă  l’armĂ©e du Rhin, dix-sept mille volontaires nationaux, six mille hommes de troupes Ă  cheval et dix-sept cents artilleurs, en tout quarante-six mille hommes, dont vingt-quatre mille employĂ©s Ă  la garde des redoutes, et vingt-deux mille seulement pour tenir la campagne.
Les Prussiens et les Autrichiens ensemble montaient Ă  plus de deux cent mille hommes. Nos Ă©migrĂ©s leur criaient : « Avancez !
 avancez !
 » car BouillĂ© savait bien que les ministres de Louis XVI, en disant Ă  l’AssemblĂ©e nationale que nos effets de campement suffisaient ; que le zĂšle indiscret de ceux qui fournissaient des armes aux volontaires nationaux ralentissait seul les livraisons rĂ©guliĂšres ; que l’état des arsenaux Ă©tait admirable, enfin que nos armĂ©es nageaient en quelque sorte dans l’abondance ; il savait bien que ces ministres mentaient ; que nous n’avions plus d’officiers supĂ©rieurs, d’ingĂ©nieurs et de mineurs, Ă  cause des dĂ©sertions ; que nous Ă©tions forcĂ©s de mettre en rĂ©quisition les voitures, les chevaux de selle et de trait, et mĂȘme les outils pour remuer la terre ; que la plupart d’entre nous n’avaient que leur veste, leur pantalon de toile et leurs sabots, avec une vieille patraque qui faisait long feu six fois sur dix ; qu’on nous avait mĂȘme donnĂ© l’ordre de trouver, oĂč nous pourrions, un sac de peau pour mettre nos misĂ©rables effets, et un sac de toile pour nos munitions ; il savait tout, puisque ces ministres, Louis XVI, la cour et les Ă©migrĂ©s s’entendaient ensemble.
Custine, qui nous commandait sous les ordres du gĂ©nĂ©ral Biron, venait de se porter Ă  Landau, notre premiĂšre place en avant de Thionville et de Metz ; il Ă©tait entrĂ© dans la ville, Ă  cheval, par une brĂšche ; ses hussards l’avaient suivi. Qu’on se figure d’aprĂšs cela l’état de nos fortifications. Combien de fois j’ai criĂ© :
– Ah ! misĂ©rables, dans quelle position vous nous avez rĂ©duits ! Si l’ennemi s’avance en masse, qu’est-ce que nous pourrons faire contre deux cent mille hommes ? Nous serons Ă©crasĂ©s, nous mourrons tous !
 Mais vous aurez vendu la patrie, pour conserver vos privilĂšges et nous tenir en servitude. Vous ĂȘtes des traĂźtres, et votre ministre Narbonne, qui disait Ă  l’AssemblĂ©e, en revenant d’inspecter nos forteresses, que nous Ă©tions prĂȘts pour la guerre, est le dernier des scĂ©lĂ©rats.
Par bonheur les Prussiens et les Autrichiens n’avançaient pas ; ils avaient de grands gĂ©nĂ©raux remplis de prudence et de sagesse ; des princes, des rois, des gĂ©nies natifs, qui faisaient des plans Ă  l’avance et se partageaient notre pays. Si ces gens avaient eu pour les commander, un enfant du peuple comme Hoche ou KlĂ©ber, nous Ă©tions perdus. Enfin ils restĂšrent Ă  ruminer pendant trois semaines, sans rien faire, et tout Ă  coup notre bataillon, qu’on appelait le 1er bataillon de la montagne, reçut l’ordre de nommer ses officiers et puis d’aller Ă  Landau.
Ce mĂȘme jour, le dernier de juillet 1792, les compagnies, formĂ©es par village, nommĂšrent leurs sergents, leurs lieutenants, sous-lieutenants et capitaines ; ensuite toutes les compagnies rĂ©unies nommĂšrent commandant Jean-Baptiste Meunier, un jeune architecte que j’avais vu cent fois chez nous avec sa toise et son niveau, sur les glacis, en train de niveler les chemins couverts ; il travaillait pour l’entrepreneur des fortifications Pirmetz, et prit alors notre commandement. Jean Rat venait de passer tambour-maĂźtre d’emblĂ©e ; le gueux avait enfin attrapĂ© une bonne place, avec sa double solde il allait pouvoir vivre comme un sergent.
Le lendemain nous Ă©tions en route pour Landau, les uns en blouse, les autres en veste, les baudriers en croix et le fusil sur l’épaule. Il faisait assez beau temps. Le 2e bataillon des volontaires de la Charente-InfĂ©rieure, cantonnĂ© aux environs, suivait le mĂȘme chemin que nous. Beaucoup allaient nu-pieds, et nous chantions ensemble la Marseillaise, que tous les patriotes commençaient Ă  connaĂźtre le long du Rhin.
Ceux de la Charente-InfĂ©rieure s’arrĂȘtĂšrent Ă  Impflingen, et nous arrivĂąmes Ă  Landau sur les trois heures de l’aprĂšs-midi. Le poste de garde Ă  l’avancĂ©e Ă©tait du rĂ©giment de Bretagne, encore en habits blancs ; et comme la sentinelle nous criait : « Qui vive ! » le commandant Meunier rĂ©pondit : « Premier bataillon de la montagne ! » au milieu des cris de « Vive la nation ! » Chacun mettait son bonnet au bout de la baĂŻonnette ; nous Ă©tions tous montagnards et fiers d’avoir un si beau nom.
On vint nous reconnaßtre et le bataillon entra sous les vieilles portes sombres, les trois fleurs de lis au-dessus, en chantant : « Allons, enfants de la patrie ! » comme un roulement de tonnerre.
Landau ressemble beaucoup Ă  Phalsbourg, mais c’est une vieille ville allemande avec des ponts-levis, des portes, des remparts et des demi-lunes Ă  la française. La Queich coule autour des remparts ; elle ne fait qu’un marais plein de joncs, de saules et de hautes herbes, oĂč les grenouilles et les crapauds chantent matin et soir. La moitiĂ© des remparts tombait dans les fossĂ©s ; la garnison, rĂ©pandue partout avec des pioches, des pelles, des Ă©chelles et des brouettes, se dĂ©pĂȘchait de les relever.
C’était la gloire de Louis XVI d’avoir des places pareilles, fortifiĂ©es par Vauban, et si bien entretenues ! L’argent du pays se dĂ©pensait en fĂȘtes, en chasses, en pensions sur le livre rouge. Quelle honte et quelle misĂšre, mon Dieu !

La garnison venait d’ĂȘtre portĂ©e Ă  sept mille six cents hommes.
AussitĂŽt casernĂ©s, on nous fit travailler comme les autres. Notre commandant Meunier, sa toise Ă  la main, s’entendait Ă  cet ouvrage ; il ne quittait pas les remparts, et c’est notre bataillon qui releva le bastion du cĂŽtĂ© d’Albertsweiler. Chacun travaillait de son Ă©tat : les maçons aux murs, les terrassiers aux glacis, etc. Cinq ou six forgerons, volontaires comme moi, rĂ©paraient sous mes ordres les outils cassĂ©s ; nous avions de l’ouvrage.
Mais ce que je n’oublierai jamais, c’est la colĂšre et l’indignation de la garnison, quand le manifeste du duc de Brunswick aux habitants de la France arriva chez nous. Au lieu de le cacher, on le lut par ordre supĂ©rieur, Ă  l’appel du matin.
C’était une espĂšce de proclamation, dans laquelle ce feld-marĂ©chal prussien nous prĂ©venait que les souverains venaient rĂ©tablir les droits et possessions des princes allemands en Alsace et en Lorraine ; qu’ils ne voulaient rien nous prendre, mais seulement procurer Ă  Sa MajestĂ© TrĂšs-ChrĂ©tienne, notre roi, les secours nĂ©cessaires pour assurer le bonheur de ses sujets ; que les armĂ©es combinĂ©es protĂ©geraient les bourgs, villes et villages qui s’empresseraient d’ouvrir leurs portes aux Prussiens et aux Autrichiens ; mais que les habitants des localitĂ©s qui oseraient se dĂ©fendre contre les troupes de Leurs MajestĂ©s et tirer sur elles, soit en rase campagne, soit par les portes, fenĂȘtres ou autres ouvertures de leurs maisons, seraient exĂ©cutĂ©s militairement, d’aprĂšs les rigueurs de la guerre ; que les troupes de ligne françaises Ă©taient sommĂ©es de se soumettre et de revenir Ă  leur ancienne fidĂ©litĂ© ; que les gardes nationales Ă©taient aussi sommĂ©es de veiller provisoirement sur les campagnes, jusqu’à l’arrivĂ©e des alliĂ©s, qui les relĂšveraient de leur garde ; que les Parisiens sans distinction Ă©taient Ă©galement tenus de se soumettre, sur-le-champ et sans dĂ©lai, aux Autrichiens et aux Prussiens, et que, s’ils insultaient Louis XVI, Marie-Antoinette ou leur auguste famille, les alliĂ©s dĂ©truiraient leur ville de fond en comble ! mais que, s’ils se dĂ©pĂȘchaient d’obĂ©ir, le roi de Prusse et l’empereur d’Autriche promettaient de prier Sa MajestĂ© de leur pardonner les crimes qu’ils avaient commis.
À peine avait-on lu cela, que toutes les compagnies, cavalerie, infanterie de ligne, volontaires, sortirent de leurs casernes, en criant ensemble :
– À l’ennemi !
Les gardes nationaux de la ville sortirent aussi des maisons, et sur la place d’Armes les cris « À l’ennemi !
 Vaincre ou mourir !
 Vive la nation ! » les chants de la Marseillaise et du Ça ira ! devinrent si terribles, que le gĂ©nĂ©ral Custine, Ă  cheval au milieu de son Ă©tat-major, descendit la rue des Postes ventre Ă  terre, croyant que c’était une rĂ©volte. Je vois encore cet homme, grand, roux, carrĂ©, avec ses gros yeux luisants, son gros nez rouge, ses moustaches et ses favoris de hussard, qui lĂšve la main ; et le colonel du 2e chasseurs Ă  cheval, Joseph de Broglie, un officier superbe, l’air hardi comme les anciens nobles ; le chef d’escadron Houchard, de Forbach, la figure grĂȘlĂ©e et balafrĂ©e, je les vois tous piaffer, caracoler, crier, donner des ordres, mais on ne pouvait pas les entendre.
Naturellement j’étais aussi furieux que les autres ; l’affront qu’un mauvais duc prussien osait faire Ă  la nation m’entrait jusqu’au bout des ongles ; j’en frĂ©missais !

Tout Ă  coup la gĂ©nĂ©rale se mit Ă  battre sur les remparts. Depuis huit jours les avant-postes de l’ennemi se rapprochaient de la place ; on crut qu’ils nous attaquaient ; chacun courut Ă  son poste sur les bastions, et l’on vit que le pays autour de nous restait tranquille. Le gĂ©nĂ©ral avait envoyĂ© donner cet ordre ; c’était une finesse de guerre, pour nous sĂ©parer et nous rappeler Ă  la consigne.
Tout le monde reprit son travail ; mais depuis ce moment l’indignation contre Louis XVI, Brunswick, le roi de Prusse et l’empereur d’Autriche augmentait de jour en jour. Les soldats, les volontaires et les gardes nationaux de la ville se rĂ©unissaient dans les brasseries et les cabarets ; ils dressaient des pĂ©titions Ă  l’AssemblĂ©e nationale contre les traĂźtres et demandaient la destitution du Roi.
Ces choses traĂźnĂšrent ainsi quelque temps. On avait relevĂ© les remparts et plantĂ© les palissades aux avancĂ©es ; on mettait des piĂšces en batterie ; on plantait des fascines. De forts dĂ©tachements autrichiens commençaient Ă  se rĂ©pandre dans nos lignes, entre Wissembourg et Landau ; des convois de farine et de munitions arrivaient sous la conduite des commissaires de district, pour approvisionner la place ; le 2e chasseurs Ă  cheval et des dragons nationaux les escortaient, car l’ennemi venait les attaquer jusqu’aux avant-postes d’Impflingen et d’Offenbach : on s’attendait Ă  nous voir bientĂŽt bloquĂ©s.
Mais avant l’arrivĂ©e des Autrichiens, nous devions encore apprendre l’effet que le terrible manifeste de Brunswick avait produit Ă  Paris : la prise des Tuileries par le peuple, le massacre des Suisses du roi, l’emprisonnement de Louis XVI, de Marie-Antoinette et de leur famille, d’abord au Luxembourg, ensuite au Temple.
Lorsqu’arriva ce courrier, le 15 aoĂ»t, l’enthousiasme des troupes fut si grand, que les patrouilles ennemies durent nous entendre crier et chanter Ă  plus d’une demi-lieue autour de la ville. On s’embrassait les uns les autres, en criant :
– Nous sommes dĂ©barrassĂ©s des traĂźtres !
Et l’on avait des larmes d’attendrissement dans les yeux ; on riait, on Ă©tait content, comme si chacun avait eu sa fortune faite.
Voici comment ces choses s’étaient passĂ©es ; je ne les ai pas vues, mais des gazettes patriotiques nous arrivaient alors par centaines ; on les lisait partout ; le premier venu se dressait sur une table et se mettait Ă  lire la lettre qu’il venait de recevoir d’un cousin ou d’un ami ; d’autres lisaient le dernier bulletin de l’AssemblĂ©e nationale ou du club des Jacobins ; enfin tout s’apprenait.
Je vous ai dĂ©jĂ  dit que depuis le 20 juin on se mĂ©fiait du roi, qui ne voulait pas retirer son veto du dĂ©cret de l’AssemblĂ©e nationale contre les prĂȘtres rĂ©fractaires. Ses ministres, depuis, n’avaient rien fait pour nous sauver de l’invasion : ils avaient laissĂ© nos magasins vides, nos places fortes sans dĂ©fense ; ils avaient retardĂ© d’envoyer leurs brevets aux nouveaux officiers nommĂ©s Ă  l’élection, et soutenaient toujours effrontĂ©ment Ă  l’AssemblĂ©e que tout Ă©tait prĂȘt, jusqu’au moment oĂč les Prussiens et les Autrichiens s’étaient mis en marche. Alors ces ministres avaient donnĂ© leur dĂ©mission en masse, et l’AssemblĂ©e avait Ă©tĂ© forcĂ©e de dĂ©clarer la patrie en danger.
Vous savez cela !
Eh bien, malgrĂ© tout, beaucoup de gens paisibles ne pouvaient pas encore croire Ă  la trahison d’un si bon roi, quand le manifeste de Brunswick, qui dĂ©clarait que les Prussiens et les Autrichiens nous envahissaient pour le rĂ©tablir, lui, Louis XVI, sa noblesse et ses Ă©vĂȘques dans leurs anciens privilĂšges, et nous dans notre ancienne servitude, ce manifeste honteux, abominable, insolent, montra que toute cette race s’accordait contre les peuples, comme des larrons en foire, et naturellement les plus honnĂȘtes gens en furent indignĂ©s ; des centaines de pĂ©titions arrivĂšrent Ă  l’AssemblĂ©e nationale, demandant la destitution du roi ; mais les meilleurs dĂ©putĂ©s se trouvaient dans les dĂ©partements, pour encourager l’enrĂŽlement des volontaires ; ce qui restait Ă  l’AssemblĂ©e ne voulait pas Ă©couter les justes plaintes du peuple ; et dans ce moment mĂȘme, comme on le sut plus tard, les chefs des girondins s’entendaient sous main avec le roi, qui leur promettait des places de ministres.
Les sections de Paris, voyant que nos dĂ©putĂ©s ne faisaient rien pour sauver la patrie, dĂ©clarĂšrent : « Qu’elles attendraient encore avec patience jusqu’au jeudi 9 aoĂ»t, onze heures du soir, que l’AssemblĂ©e eĂ»t prononcĂ© sur la dĂ©chĂ©ance, mais que si justice n’était pas faite au peuple par le Corps lĂ©gislatif, ce mĂȘme jour, Ă  minuit, le tocsin sonnerait, la gĂ©nĂ©rale battrait et tout se lĂšverait Ă  la fois ! » C’était franc et brave !
Pour toute rĂ©ponse, l’AssemblĂ©e donna l’ordre au ministre de la guerre d’envoyer sur-le-champ au camp de Soissons tous les fĂ©dĂ©rĂ©s des dĂ©partements, qui se trouvaient Ă  Paris ; et le mĂȘme jour, 406 voix contre 224 rejetĂšrent la proposition de mettre en accusation le gĂ©nĂ©ral Lafayette.
AussitÎt Danton, Camille Desmoulins, Barbaroux, le chef des fédérés marseillais, Panis, Sergent, Bazire, Merlin de Thionville, Santerre, Westermann, etc., etc., tous les patriotes qui voulaient sauver la liberté ou mourir avec elle, soulevÚrent le peuple. Les sections, réunies dans la nuit du 9 au 10 août, nommÚrent chacune trois commissaires, « avec pleins pouvoirs pour sauver la chose publique, » et Danton fit sonner le tocsin.
Le chĂąteau des Tuileries Ă©tait plein de Suisses, de gentilshommes et d’autres gardes prĂȘts Ă  le dĂ©fendre. Mais Louis XVI, qui se doutait bien que si le peuple l’emportait, il vengerait la mort de ses frĂšres, au lieu d’attendre l’attaque, commença par se mettre au sec, avec la reine et le dauphin, en allant Ă  l’AssemblĂ©e nationale et disant qu’il voulait Ă©pargner un grand crime aux insurgĂ©s.
Il paraĂźt que ce roi ne pensait pas comme le dernier hardier de village, qu’il est honteux de laisser dĂ©fendre son bien par les autres, et de sacrifier leur vie, en se retirant soi-mĂȘme du danger.
Enfin, Leurs MajestĂ©s parties, le peuple, commandĂ© par Westermann, Ă©tait arrivĂ© sous le feu roulant des Suisses qui garnissaient toutes les fenĂȘtres. Les patriotes avaient d’abord reculĂ©, mais ensuite ils Ă©taient revenus furieux Ă  la baĂŻonnette, ils avaient mis le feu Ă  la caserne des Suisses et s’étaient prĂ©cipitĂ©s dans les bĂątisses, en massacrant domestiques, valetaille, gentilshommes, tout ce qui se rencontrait. On prĂ©cipitait les malheureux Suisses par les fenĂȘtres, on les fusillait dans les cours, dans les rues, dans les jardins ; dĂ©jĂ  deux cents fĂ©dĂ©rĂ©s marseillais, cent fĂ©dĂ©rĂ©s bretons, cinq cents Suisses, mille garde nationaux et citoyens des faubourgs, mille nobles et domestiques couvraient de leurs corps les pavĂ©s, les escaliers, les planchers du chĂąteau, ou brĂ»laient sous les dĂ©combres de la caserne, et Sa MajestĂ© Louis XVI, au lieu d’aller...

Table of contents

  1. Titre
  2. Chapitre 1
  3. Chapitre 2
  4. Chapitre 3
  5. Chapitre 4
  6. Chapitre 5
  7. Chapitre 6
  8. Chapitre 7
  9. Chapitre 8
  10. Chapitre 9
  11. Chapitre 10
  12. Chapitre 11
  13. Chapitre 12
  14. CONVENTION NATIONALE - SÉANCE DU 4 FRUCTIDOR AN II
  15. À propos de cette Ă©dition Ă©lectronique

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