Son Excellence EugĂšne Rougon est un roman d'Ămile Zola publiĂ© en 1876, sixiĂšme volume de la sĂ©rie Les Rougon-Macquart. Dans cet ouvrage, selon ses propres termes, Zola pĂ©nĂštre les « coulisses politiques » du Second Empire. Les personnages sont des proches du pouvoir: ministres, dĂ©putĂ©s, hauts fonctionnaires. L'action se dĂ©roule de 1856 Ă 1861.

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Son Excellence EugĂšne Rougon
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Literature GeneralIndex
LiteratureChapitre 1
Le prĂ©sident Ă©tait encore debout, au milieu du lĂ©ger tumulte que son entrĂ©e venait de produire. Il sâassit, en disant Ă demi-voix, nĂ©gligemment :
« La séance est ouverte. »
Et il classa les projets de loi, placĂ©s devant lui, sur le bureau. Ă sa gauche, un secrĂ©taire, myope, le nez sur le papier, lisait le procĂšs-verbal de la derniĂšre sĂ©ance, dâun balbutiement rapide que pas un dĂ©putĂ© nâĂ©coutait. Dans le brouhaha de la salle, cette lecture nâarrivait quâaux oreilles des huissiers, trĂšs dignes, trĂšs corrects, en face des poses abandonnĂ©es des membres de la Chambre.
Il nây avait pas cent dĂ©putĂ©s prĂ©sents. Les uns se renversaient Ă demi sur les banquettes de velours rouge, les yeux vagues, sommeillant dĂ©jĂ . Dâautres, pliĂ©s au bord de leurs pupitres comme sous lâennui de cette corvĂ©e dâune sĂ©ance publique, battaient doucement lâacajou du bout de leurs doigts. Par la baie vitrĂ©e qui taillait dans le ciel une demi-lune grise, tout le pluvieux aprĂšs-midi de mai entrait, tombant dâaplomb, Ă©clairant rĂ©guliĂšrement la sĂ©vĂ©ritĂ© pompeuse de la salle. La lumiĂšre descendait les gradins en une large nappe rougie, dâun Ă©clat sombre, allumĂ©e çà et lĂ dâun reflet rose, aux encoignures des bancs vides ; tandis que, derriĂšre le prĂ©sident, la nuditĂ© des statues et des sculptures arrĂȘtait des pans de clartĂ© blanche.
Un dĂ©putĂ©, au troisiĂšme banc, Ă droite, Ă©tait restĂ© debout, dans lâĂ©troit passage. Il frottait de la main son rude collier de barbe grisonnante, lâair prĂ©occupĂ©. Et, comme un huissier montait, il lâarrĂȘta et lui adressa une question Ă demi-voix.
« Non, monsieur Kahn, rĂ©pondit lâhuissier, M. le prĂ©sident du conseil dâĂtat nâest pas encore arrivĂ©. »
Alors, M. Kahn sâassit. Puis, se tournant brusquement vers son voisin de gauche :
« Dites donc, Béjuin, demanda-t-il, est-ce que vous avez vu Rougon, ce matin ? »
M. BĂ©juin, un petit homme maigre, noir, de mine silencieuse, leva la tĂȘte, les paupiĂšres battantes, la tĂȘte ailleurs. Il avait tirĂ© la planchette de son pupitre. Il faisait sa correspondance, sur du papier bleu, Ă en-tĂȘte commercial, portant ces mots : BĂ©juin et Cie, cristallerie de Saint-Florent.
« Rougon ? rĂ©pĂ©ta-t-il. Non, je ne lâai pas vu. Je nâai pas eu le temps de passer au Conseil dâĂ©tat. »
Et il se remit posément à sa besogne. Il consultait un carnet, il écrivait sa deuxiÚme lettre, sous le bourdonnement confus du secrétaire, qui achevait la lecture du procÚs-verbal.
M. Kahn se renversa, les bras croisĂ©s. Sa figure aux traits forts, dont le grand nez bien fait trahissait une origine juive, restait maussade. Il regarda les rosaces dâor du plafond, sâarrĂȘta au ruissellement dâune averse qui crevait en ce moment sur les vitres de la baie ; puis, les yeux perdus, il parut examiner attentivement lâornementation compliquĂ©e du grand mur quâil avait en face de lui. Aux deux bouts, il fut retenu un instant par les panneaux tendus de velours vert, chargĂ©s dâattributs et dâencadrements dorĂ©s. Puis, aprĂšs avoir mesurĂ© dâun regard les paires de colonnes, entre lesquelles les statues allĂ©goriques de la LibertĂ© et de lâOrdre public mettaient leur face de marbre aux prunelles vides, il finit par sâabsorber dans le spectacle du rideau de soie verte, qui cachait la fresque reprĂ©sentant Louis-Philippe prĂȘtant serment Ă la Charte.
Cependant, le secrĂ©taire sâĂ©tait assis. Le brouhaha continuait dans la salle. Le prĂ©sident, sans se presser, feuilletait toujours des papiers. Il appuya machinalement la main sur la pĂ©dale de la sonnette, dont la grosse sonnerie ne dĂ©rangea pas une seule des conversations particuliĂšres. Et, debout au milieu du bruit, il resta lĂ un moment, Ă attendre.
« Messieurs, commença-t-il, jâai reçu une lettre⊠»
Il sâinterrompit pour donner un nouveau coup de sonnette, attendant encore, dominant de sa figure grave et ennuyĂ©e le bureau monumental, qui Ă©tageait au-dessous de lui ses panneaux de marbre rouge encadrĂ©s de marbre blanc. Sa redingote boutonnĂ©e se dĂ©tachait sur le bas-relief placĂ© derriĂšre le bureau, oĂč elle coupait dâune ligne noire les pĂ©plums de lâAgriculture et de lâIndustrie, aux profils antiques.
« Messieurs, reprit-il, lorsquâil eut obtenu un peu de silence, jâai reçu une lettre de M. de Lamberthon, dans laquelle il sâexcuse de ne pouvoir assister Ă la sĂ©ance dâaujourdâhui. »
Il y eut un lĂ©ger rire sur un banc, le sixiĂšme en face du bureau. CâĂ©tait un dĂ©putĂ© tout jeune, vingt-huit ans au plus, blond et adorable, qui Ă©touffait dans ses mains blanches une gaietĂ© de jolie femme. Un de ses collĂšgues, Ă©norme, se rapprocha de trois places, pour lui demander Ă lâoreille :
« Est-ce que Lamberthon a vraiment trouvé sa femme⊠? Contez-moi donc ça, La Rouquette. »
Le prĂ©sident avait pris une poignĂ©e de papiers. Il parlait dâune voix monotone ; des lambeaux de phrase arrivaient jusquâau fond de la salle.
« Il y a des demandes de congé⊠M. Blachet, M. Buquin-Lecomte, M. de la VillardiÚre⊠»
Et, pendant que la Chambre consultĂ©e accordait les congĂ©s, M. Kahn, las sans doute de considĂ©rer la soie verte tendue devant lâimage sĂ©ditieuse de Louis-Philippe, sâĂ©tait tournĂ© Ă demi pour regarder les tribunes. Au-dessus du soubassement de marbre jaune veinĂ© de laque, un seul rang de tribunes mettait, dâune colonne Ă lâautre, des bouts de rampe de velours amarante ; tandis que, tout en haut, un lambrequin de cuir gaufrĂ© nâarrivait pas Ă dissimuler le vide laissĂ© par la suppression du second rang, rĂ©servĂ© aux journalistes et au public, avant lâEmpire. Entre les grosses colonnes, jaunies, dĂ©veloppant leur pompe un peu lourde autour de lâhĂ©micycle, les Ă©troites loges sâenfonçaient, pleines dâombre, presque vides, Ă©gayĂ©es par trois ou quatre toilettes claires de femme.
« Tiens ! le colonel Jobelin est venu », murmura M. Kahn.
Il sourit au colonel, qui lâavait aperçu. Le colonel Jobelin portait la redingote bleu foncĂ© quâil avait adoptĂ©e comme uniforme civil, depuis sa retraite. Il Ă©tait tout seul dans la tribune des questeurs, avec sa rosette dâofficier, si grande, quâelle semblait le nĆud dâun foulard.
Plus loin, Ă gauche, les yeux de M. Kahn venaient de se fixer sur un jeune homme et une jeune femme, serrĂ©s tendrement lâun contre lâautre, dans un coin de la tribune du Conseil dâĂtat. Le jeune homme se penchait Ă tous moments, parlait dans le cou de la jeune femme, qui souriait dâun air doux, sans le regarder, les yeux fixĂ©s sur la figure allĂ©gorique de lâOrdre public.
« Dites donc, Béjuin ? » murmura le député en poussant son collÚgue du genou.
M. BĂ©juin Ă©tait Ă sa cinquiĂšme lettre. Il leva la tĂȘte, effarĂ©.
« LĂ -haut, tenez, vous ne voyez pas le petit dâEscorailles et la jolie Mme Bouchard. Je parie quâil lui pince les hanches. Elle a des yeux mourants⊠Tous les amis de Rougon se sont donc donnĂ© rendez-vous. Il y a encore lĂ , dans la tribune du public, Mme Correur et le mĂ©nage Charbonnel. »
Un coup de sonnette plus prolongĂ© retentit. Un huissier lança dâune belle voix de basse : « Silence, messieurs ! » On Ă©couta. Et le prĂ©sident dit cette phrase, dont pas un mot ne fut perdu :
« M. Kahn demande lâautorisation de faire imprimer le discours quâil a prononcĂ© dans la discussion du projet de loi relatif Ă lâĂ©tablissement dâune taxe municipale sur les voitures et les chevaux circulant dans Paris. »
Un murmure courut sur les bancs, et les conversations reprirent. M. La Rouquette Ă©tait venu sâasseoir prĂšs de M. Kahn.
« Vous travaillez donc pour les populations, vous ? » lui dit-il en plaisantant.
Puis, sans le laisser répondre, il ajouta :
« Vous nâavez pas vu Rougon ? vous nâavez rien appris ?⊠Tout le monde parle de la chose. Il paraĂźt quâil nây a encore rien de certain. »
Il se tourna, il regarda lâhorloge.
« DĂ©jĂ deux heures vingt ! Câest moi qui filerais, sâil nây avait pas la lecture de ce diable de rapport !⊠Est-ce vraiment pour aujourdâhui ?
â On nous a tous prĂ©venus, rĂ©pondit M. Kahn. Je nâai pas entendu dire quâil y eĂ»t contrordre. Vous ferez bien de rester. On votera les quatre cent mille francs du baptĂȘme tout de suite.
â Sans doute, reprit M. La Rouquette. Le vieux gĂ©nĂ©ral Legrain, qui se trouve en ce moment perclus des deux jambes, sâest fait apporter par son domestique ; il est dans la salle des confĂ©rences, Ă attendre le vote⊠Lâempereur a raison de compter sur le dĂ©vouement du Corps lĂ©gislatif tout entier. Pas une de nos voix ne doit lui manquer, dans cette occasion solennelle. »
Le jeune dĂ©putĂ© avait fait un grand effort pour se donner la mine sĂ©rieuse dâun homme politique. Sa figure poupine, Ă©gayĂ©e de quelques poils blonds, se rengorgeait sur sa cravate, avec un lĂ©ger balancement. Il parut goĂ»ter un instant les deux derniĂšres phrases dâorateur quâil avait trouvĂ©es. Puis, brusquement, il partit dâun Ă©clat de rire.
« Mon Dieu ! dit-il ; que ces Charbonnel ont une bonne tĂȘte ! »
Alors, M. Kahn et lui plaisantÚrent aux dépens des Charbonnel. La femme avait un chùle jaune extravagant ; le mari portait une de ces redingotes de province, qui semblent taillées à coups de hache ; et tous deux, larges, rouges, écrasés, appuyaient presque le menton sur le velours de la rampe, pour mieux suivre la séance, à laquelle leurs yeux écarquillés ne paraissaient rien comprendre.
« Si Rougon saute, murmura M. La Rouquette, je ne donne pas deux sous du procĂšs des Charbonnel⊠Câest comme Mme Correur⊠»
Il se pencha Ă lâoreille de M. Kahn, et continua trĂšs bas :
« En somme, vous qui connaissez Rougon, dites-moi au juste ce que câest que Mme Correur. Elle a tenu un hĂŽtel, nâest-ce pas ? Autrefois, elle logeait Rougon. On raconte mĂȘme quâelle lui prĂȘtait de lâargent⊠Et maintenant, quel mĂ©tier fait-elle ? »
M. Kahn Ă©tait devenu trĂšs grave. Il frottait son collier de barbe, dâune main lente.
« Mme Correur est une dame fort respectable », dit-il nettement.
Ce mot coupa court Ă la curiositĂ© de M. La Rouquette. Il pinça les lĂšvres, de lâair dâun Ă©colier qui vient de recevoir une leçon. Tous deux regardĂšrent un instant en silence Mme Correur, assise prĂšs des Charbonnel. Elle avait une robe de soie mauve, trĂšs voyante, avec beaucoup de dentelles et de bijoux ; la face trop rose, le front couvert de petits frisons de poupĂ©e blonde, elle montrait son cou gras, encore trĂšs beau, malgrĂ© ses quarante-huit ans.
Mais, au fond de la salle, il y eut tout dâun coup un bruit de porte, un tapage de jupes, qui fit tourner les tĂȘtes. Une grande fille, dâune admirable beautĂ©, mise trĂšs Ă©trangement, avec une robe de satin vert dâeau mal faite, venait dâentrer dans la loge du Corps diplomatique, suivie dâune dame ĂągĂ©e, vĂȘtue de noir.
« Tiens ! la belle Clorinde ! » murmura M. La Rouquette, qui se leva pour saluer à tout hasard.
M. Kahn sâĂ©tait levĂ© Ă©galement. Il se pencha vers M. BĂ©juin, occupĂ© Ă mettre ses lettres sous enveloppe.
« Dites donc, BĂ©juin, murmura-t-il, la comtesse Balbi et sa fille sont là ⊠Je monte leur demander si elles nâont pas vu Rougon. »
Au bureau, le prĂ©sident avait pris une nouvelle poignĂ©e de papiers. Il donna, sans cesser de lire, un regard Ă la belle Clorinde Balbi, dont lâarrivĂ©e soulevait un chuchotement dans la salle. Et, tout en passant les feuilles une Ă une Ă un secrĂ©taire, il disait sans points ni virgules, dâune façon interminable :
« PrĂ©sentation dâun projet de loi tendant Ă proroger la perception dâune surtaxe Ă lâoctroi de la ville de Lille⊠PrĂ©sentation dâun projet de loi relatif Ă la rĂ©union en une seule commune des communes de Doulevant-le-Petit et de Ville-en-Blaisois (Haute-Marne). »
Quand M. Kahn redescendit, il était désolé.
« DĂ©cidĂ©ment, personne ne lâa vu, dit-il Ă ses collĂšgues BĂ©juin et La Rouquette, quâil rencontra au bas de lâhĂ©micycle. On mâa assurĂ© que lâempereur lâavait fait demander hier soir, mais jâignore ce quâil est rĂ©sultĂ© de lâentretien⊠Rien nâest ennuyeux comme de ne pas savoir Ă quoi sâen tenir. »
M. La Rouquette, pendant quâil tournait le dos, murmura Ă lâoreille de M. BĂ©juin :
« Ce pauvre Kahn a joliment peur que Rougon ne se fùche avec les Tuileries. Il pourrait courir aprÚs son chemin de fer. »
Alors, M. Béjuin, qui parlait peu, lùcha gravement cette phrase :
« Le jour oĂč Rougon quittera le Conseil dâĂtat, ce sera une perte pour tout le monde. »
Et il appela du geste un huissier, pour le prier dâaller jeter Ă la boĂźte les lettres quâil venait dâĂ©crire.
Les trois dĂ©putĂ©s restĂšrent au pied du bureau, Ă gauche. Ils causĂšrent prudemment de la disgrĂące qui menaçait Rougon. CâĂ©tait une histoire compliquĂ©e. Un parent Ă©loignĂ© de lâimpĂ©ratrice, un sieur Rodriguez, rĂ©clamait au gouvernement français une somme de deux millions, depuis 1808. Pendant la guerre dâEspagne, ce Rodriguez, qui Ă©tait armateur, eut un navire chargĂ© de sucre et de cafĂ© capturĂ© dans le golfe de Gascogne et menĂ© Ă Brest par une de nos frĂ©gates, la Vigilante. Ă la suite de lâinstruction que fit la commission locale, lâofficier dâadministration conclut Ă la validitĂ© de la capture, sans en rĂ©fĂ©rer au Conseil des prises. Cependant, le sieur Rodriguez sâĂ©tait empressĂ© de se pourvoir au Conseil dâĂtat. Puis, il Ă©tait mort, et son fils, sous tous les gouvernements, avait tentĂ© vainement dâĂ©voquer lâaffaire, jusquâau jour oĂč un mot de son arriĂšre-petite-cousine, devenue toute-puissante, finit par faire mettre le procĂšs au rĂŽle.
Au-dessus de leurs tĂȘtes, les trois dĂ©putĂ©s entendaient la voix monotone du prĂ©sident, qui continuait :
« PrĂ©sentation dâun projet de loi autorisant le dĂ©partement du Calvados Ă ouvrir un emprunt de trois cent mille francs⊠PrĂ©sentation dâun projet de loi autorisant la ville dâAmiens Ă ouvrir un emprunt de deux cent mille francs pour la crĂ©ation de nouvelles promenades⊠PrĂ©sentation dâun projet de loi autorisant le dĂ©partement des CĂŽtes-du-Nord Ă ouvrir un emprunt de trois cent quarante-cinq mille francs, destinĂ© Ă couvrir les dĂ©ficits des cinq derniĂšres annĂ©es⊠»
« La vĂ©ritĂ© est, dit M. Kahn en baissant encore la voix, que le Rodriguez en question avait eu une invention fort ingĂ©nieuse. Il possĂ©dait avec un de ses gendres, fixĂ© Ă New York, des navires jumeaux voyageant Ă volontĂ© sous le pavillon amĂ©ricain ou sous le pavillon espagnol, selon les dangers de la traversĂ©e⊠Rougon mâa affirmĂ© que le navire capturĂ© Ă©tait bien Ă lui, et quâil nây avait aucunement lieu de faire droit Ă ses rĂ©clamations.
â Dâautant plus, ajouta M. BĂ©juin, que la procĂ©dure est inattaquable. Lâofficier dâadministration de Brest avait parfaitement le droit de conclure Ă la validation, selon la coutume du port, sans en rĂ©fĂ©rer au Conseil des prises. »
Il y eut un silence. M. La Rouquette, adossĂ© contre le soubassement de marbre, levait le nez, tĂąchait de fixer lâattention de la belle Clorinde.
« Mais, demanda-t-il naĂŻvement, pourquoi Rougon ne veut-il pas quâon rende les deux millions au Rodriguez ? Quâest-ce que ça lui fait ?
â Il y a lĂ une question de conscience », dit gravement M. Kahn.
M. La Rouquette regarda ses deux collĂšgues lâun aprĂšs lâautre ; mais, les voyant solennels, il ne sourit mĂȘme pas.
« Puis, continua M. Kahn comme rĂ©pondant aux choses quâil ne disait pas tout haut, Rougon a des ennuis, depuis que Marsy est ministre de lâintĂ©rieur. Ils nâont jamais pu se souffrir⊠Rougon me disait que, sans son attachement Ă lâempereur, auquel il a dĂ©jĂ rendu tant de services, il serait depuis longtemps rentrĂ© dans la vie privĂ©e⊠Enfin, il nâest plus bien aux Tuileries, il sent la nĂ©cessitĂ© de faire peau neuve.
â Il agit en honnĂȘte homme, rĂ©pĂ©ta M. BĂ©juin.
â Oui, dit M. La Rouquette dâun air fin, sâil veut se retirer, lâoccasion est bonne⊠Nâimporte, ses amis seront dĂ©solĂ©s. Voyez donc le colonel lĂ -haut, avec sa mine inquiĂšte ; lui qui comptait si bien sâattacher son ruban rouge au cou, le 15 aoĂ»t prochain !⊠Et la jolie Mme Bouchard qui avait jurĂ© que le digne M. Bouchard serait chef de division Ă lâIntĂ©rieur avant six mois ! Le petit dâEscorailles, lâenfant gĂątĂ© de Rougon, devait mettre la nomination sous la serviette de M. Bouchard, le jour de la fĂȘte de madame⊠Tiens ! oĂč sont-ils donc, le petit dâEscorailles et la jolie Mme Bouchard ? »
C...
Table of contents
- Titre
- Chapitre 1
- Chapitre 2
- Chapitre 3
- Chapitre 4
- Chapitre 5
- Chapitre 6
- Chapitre 7
- Chapitre 8
- Chapitre 9
- Chapitre 10
- Chapitre 11
- Chapitre 12
- Chapitre 13
- Chapitre 14
- à propos de cette édition électronique
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