La fin de la trilogie des Mousquetaires, consacrée au début du regne de Louis XIV, qui voit Colbert combattre Fouquet, Aramis, devenu général des Jésuites, comploter, et d'Artagnan devenir maréchal de France, puis succomber.

- English
- ePUB (mobile friendly)
- Available on iOS & Android
eBook - ePub
Le Vicomte de Bragelonne - Tome I
About this book
Trusted by 375,005 students
Access to over 1.5 million titles for a fair monthly price.
Study more efficiently using our study tools.
Information
Subtopic
Historical FictionIndex
LiteratureChapitre LIII – Le roi
Le premier mouvement de surprise passé, d'Artagnan relut encore le billet d'Athos.
– C'est étrange, dit-il, que le roi me fasse appeler.
– Pourquoi, dit Raoul, ne croyez-vous pas, monsieur, que le roi doive regretter un serviteur tel que vous ?
– Oh ! oh ! s'écria l'officier en riant du bout des dents, vous me la donnez belle, maître Raoul. Si le roi m'eût regretté, il ne m'eût pas laissé partir. Non, non, je vois là quelque chose de mieux, ou de pis, si vous voulez.
– De pis ! Quoi donc, monsieur le chevalier ?
– Tu es jeune, tu es confiant, tu es admirable… Comme je voudrais être encore où tu en es ! Avoir vingt-quatre ans, le front uni ou le cerveau vide de tout, si ce n'est de femmes, d'amour ou de bonne intentions… Oh ! Raoul ! tant que tu n'auras pas reçu les sourires des rois et les confidences des reines ; tant que tu n'auras pas eu deux cardinaux tués sous toi, l'un tigre, l'autre renard ; tant que tu n'auras pas… Mais à quoi bon toutes ces niaiseries ? Il faut nous quitter, Raoul !
– Comme vous me dites cela ! Quel air grave !
– Eh ! mais la chose en vaut la peine… Écoute-moi : j'ai une belle recommandation à te faire.
– J'écoute, cher monsieur d'Artagnan.
– Tu vas prévenir ton père de mon départ.
– Vous partez ?
– Pardieu !… Tu lui diras que je suis passé en Angleterre et que j'habite ma petite maison de plaisance.
– En Angleterre, vous !… Et les ordres du roi ?
– Je te trouve de plus en plus naïf : tu te figures que je vais comme cela me rendre au Louvre et me remettre à la disposition de ce petit louveteau couronné ?
– Louveteau ! le roi ? Mais, monsieur le chevalier, vous êtes fou.
– Je ne fus jamais si sage, au contraire. Tu ne sais donc pas ce qu'il veut faire de moi, ce digne fils de Louis le Juste ?… Mais, mordioux ! c'est de la politique…Il veut me faire embastiller purement et simplement, vois-tu.
– À quel propos ? s'écria Raoul effaré de ce qu'il entendait.
– À propos de ce que je lui ai dit un certain jour à Blois… J'ai été vif ; il s'en souvient.
– Vous lui avez dit ?
– Qu'il était un ladre, un polisson, un niais.
– Ah ! mon Dieu !… dit Raoul ; est-il possible que de pareils mots soient sortis de votre bouche ?
– Peut-être que je ne te donne pas la lettre de mon discours, mais au moins je t'en donne le sens.
– Mais le roi vous eût fait arrêter tout de suite !
– Par qui ? C'était moi qui commandais les mousquetaires : il eût fallu me commander à moi-même de me conduire en prison ; je n'y eusse jamais consenti ; je me fusse résisté à moi-même… Et puis j'ai passé en Angleterre… plus de d'Artagnan… Aujourd'hui, le cardinal est mort ou à peu près : on me sait à Paris ; on met la main sur moi.
– Le cardinal était donc votre protecteur ?
– Le cardinal me connaissait ; il savait de moi certaines particularités ; j'en savais de lui certaines aussi : nous nous apprécions mutuellement… Et puis, en rendant son âme au diable, il aura conseillé à Anne d'Autriche de me faire habiter en lieu sûr. Va donc trouver ton père, conte-lui le fait, et adieu !
– Mon cher monsieur d'Artagnan, dit Raoul tout ému après avoir regardé par la fenêtre, vous ne pouvez pas même fuir.
– Pourquoi donc ?
– Parce qu'il y a en bas un officier des Suisses qui vous attend.
– Eh bien ?
– Eh bien ! il vous arrêtera.
D'Artagnan partit d'un éclat de rire homérique.
– Oh ! je sais bien que vous lui résisterez, que vous le combattrez même ; je sais bien que vous serez vainqueur ; mais c'est de la rébellion, cela, et vous êtes officier vous-même, sachant ce que c'est que la discipline.
– Diable d'enfant ! comme c'est élevé, comme c'est logique ! grommela d'Artagnan.
– Vous m'approuvez, n'est-ce pas ?
– Oui. Au lieu de passer par la rue où ce benêt m'attend, je vais m'esquiver simplement par les derrières. J'ai un cheval à l'écurie ; il est bon ; je le crèverai, mes moyens me le permettent, et, de cheval crevé en cheval crevé, j'arriverai à Boulogne en onze heures ; je sais le chemin… Ne dis plus qu'une chose à ton père.
– Laquelle ?
– C'est que… ce qu'il sait bien est placé chez Planchet, sauf un cinquième, et que…
– Mais, mon cher monsieur d'Artagnan, prenez bien garde ; si vous fuyez, on va dire deux choses.
– Lesquelles, cher ami ?
– D'abord, que vous avez eu peur.
– Oh ! qui donc dira cela ?
– Le roi tout le premier.
– Eh bien ! mais… il dira la vérité. J'ai peur.
– La seconde, c'est que vous vous sentiez coupable.
– Coupable de quoi ?
– Mais des crimes que l'on voudra bien vous imputer.
– C'est encore vrai… Et alors tu me conseilles d'aller me faire embastiller ?
– M. le comte de La Fère vous le conseillerait comme moi.
– Je le sais pardieu bien ! dit d'Artagnan rêveur ; tu as raison, je ne me sauverai pas. Mais si l'on me jette à la Bastille ?
– Nous vous en tirerons, dit Raoul d'un air tranquille et calme.
– Mordioux ! s'écria d'Artagnan en lui prenant la main, tu as dit cela d'une brave façon, Raoul ; c'est de l'Athos tout pur. Eh bien ! je pars. N'oublie pas mon dernier mot.
– Sauf un cinquième, dit Raoul.
– Oui, tu es un joli garçon, et je veux que tu ajoutes une chose à cette dernière.
– Parlez !
– C'est que, si vous ne me tirez pas de la Bastille et que j'y meure… Oh ! cela s'est vu… et je serais un détestable prisonnier, moi qui fus un homme passable… en ce cas, je donne trois cinquièmes à toi et le quatrième à ton père.
– Chevalier !
– Mordioux ! si vous voulez m'en faire dire, des messes, vous êtes libres.
Cela dit, d'Artagnan décrocha son baudrier, ceignit son épée, prit un chapeau dont la plume était fraîche, et tendit la main à Raoul, qui se jeta dans ses bras.
Une fois dans la boutique, il lança un coup d'œil sur les garçons, qui considéraient la scène avec un orgueil mêlé de quelque inquiétude ; puis plongeant la main dans une caisse de petits raisins secs de Corinthe, il poussa vers l'officier, qui attendait philosophiquement devant la porte de la boutique.
– Ces traits !… C'est vous, monsieur de Friedisch ! s'écria gaiement le mousquetaire. Eh ! eh ! nous arrêtons donc nos amis ?
– Arrêter ! firent entre eux les garçons.
– C'est moi, dit le Suisse. Ponchour, monsir d'Artagnan.
– Faut-il vous donner mon épée ? Je vous préviens qu'elle est longue et lourde. Laissez-la-moi jusqu'au Louvre ; je suis tout bête quand je n'ai pas d'épée par les rues, et vous seriez encore plus bête que moi d'en avoir deux.
– Le roi n'afre bas dit, répliqua le Suisse, cartez tonc votre épée.
– Eh bien ! c'est fort gentil de la part du roi. Partons vite.
M. de Friedisch n'était pas causeur, et d'Artagnan avait beaucoup trop à penser pour l'être. De la boutique de Planchet au Louvre, il n'y avait pas loin ; on arriva en dix minutes. Il faisait nuit alors. M. de Friedisch voulut entrer par le guichet.
– Non, dit d'Artagnan, vous perdrez du temps par là : prenez le petit escalier.
Le Suisse fit ce que lui recommandait d'Artagnan et le conduisit au vestibule du cabinet de Louis XIV. Arrivé là, il salua son prisonnier, et, sans rien dire, retourna à son poste.
D'Artagnan n'avait pas eu le temps de se demander pourquoi on ne lui ôtait pas son épée, que la porte du cabinet s'ouvrit et qu'un valet de chambre appela :
– Monsieur d'Artagnan !
Le mousquetaire prit sa tenue de parade et entra, l'œil grand ouvert, le front calme, la moustache roide.
Le roi était assis devant sa table et écrivait. Il ne se dérangea point quand le pas du mousquetaire retentit sur le parquet ; il ne tourna même pas la tête. D'Artagnan s'avança jusqu'au milieu de la salle, et voyant que le roi ne faisait pas attention à lui, comprenant d'ailleurs fort bien que c'était de l'affectation, sorte de préambule fâcheux pour l'explication qui se préparait, il tourna le dos au prince et se mit à regarder de tous ses yeux les fresques de la corniche et les lézardes du plafond. Cette manœuvre fut accompagnée de ce petit monologue tacite : « Ah ! tu veux m'humilier, toi que j'ai vu tout petit, toi que j'ai sauvé comme mon enfant, toi que j'ai servi comme mon Dieu, c'est-à-dire pour rien… Attends, attends ; tu vas voir ce que peut faire un homme qui a siffloté l'air du branle des Huguenots à la barbe de M. le cardinal, le vrai cardinal ! »
Louis XIV se retourna en ce moment.
– Vous êtes là, monsieur d'Artagnan ? dit-il.
D'Artagnan vit le mouvement et l'imita.
– Oui, Sire, dit-il.
– Bien, veuillez attendre que j'aie additionné.
D'Artagnan ne répondit rien ; seulement il s'inclina.
« C'est assez poli, pensa-t-il, et je n'ai rien à dire. »
Louis fit un trait de plume violent et jeta sa plume avec colère.
« Va, fâche-toi pour te mettre en train, pensa le mousquetaire, tu me mettras à mon aise : aussi bien, je n'ai pas l'autre jour, à Blois, vidé le fond du sac. »
Louis se leva, passa une main sur son front ; puis, s'arrêtant vis-à-vis de d'Artagnan, il le regarda d'un air impérieux et bienveillant tout à la fois.
« Que me veut-il ? Voyons, qu'il finisse », pensa le mousquetaire.
– Monsieur, dit le roi, vous savez sans doute que M. le cardinal est mort ?
– Je m'en doute, Sire.
– Vous savez par conséquent que je suis maître chez moi ?
– Ce n'est pas une chose qui date de la mort du cardinal, Sire ; on est toujours maître chez soi quand on veut.
– Oui ; mais vous vous rappelez tout ce que vous m'avez dit à Blois ?
« Nous y voici, pensa d'Artagnan ; je ne m...
Table of contents
- Titre
- Chapitre I – La lettre
- Chapitre II – Le messager
- Chapitre III – L'entrevue
- Chapitre IV – Le père et le fils
- Chapitre V – Où il sera parlé de Cropoli, de Cropole et d'un grand peintre inconnu
- Chapitre VI – L'inconnu
- Chapitre VII – Parry
- Chapitre VIII – Ce qu'était Sa Majesté Louis XIV à l'âge de vingt-deux ans
- Chapitre IX – Où l'inconnu de l'hôtellerie des Médicis perd son incognito
- Chapitre X – L'arithmétique de M. de Mazarin
- Chapitre XI – La politique de M. de Mazarin
- Chapitre XII – Le roi et le lieutenant
- Chapitre XIII – Marie de Mancini
- Chapitre XIV – Où le roi et le lieutenant font chacun preuve de mémoire
- Chapitre XV – Le proscrit
- Chapitre XVI – Remember !
- Chapitre XVII – Où l'on cherche Aramis, et où l'on ne retrouve que Bazin
- Chapitre XVIII – Où d'Artagnan cherche Porthos et ne trouve que Mousqueton
- Chapitre XIX – Ce que d'Artagnan venait faire à Paris
- Chapitre XX – De la société qui se forme rue des Lombards à l'enseigne du Pilon-d'Or, pour exploiter l'idée de M. d'Artagnan
- Chapitre XXI – Où d'Artagnan se prépare à voyager pour la maison Planchet et Compagnie
- Chapitre XXII – D'Artagnan voyage pour la maison Planchet et Compagnie
- Chapitre XXIII – Où l'auteur est forcé, bien malgré lui, de faire un peu d'histoire
- Chapitre XXIV – Le trésor
- Chapitre XXV – Le marais
- Chapitre XXVI – Le cœur et l'esprit
- Chapitre XXVII – Le lendemain
- Chapitre XXVIII – La marchandise de contrebande
- Chapitre XXIX – Où d'Artagnan commence à craindre d'avoir placé son argent et celui de Planchet à fonds perdu
- Chapitre XXX – Les actions de la société Planchet et Compagnie remontent au pair
- Chapitre XXXI – Monck se dessine
- Chapitre XXXII – Comment Athos et d'Artagnan se retrouvent encore une fois à l'hôtellerie de la Corne du Cerf
- Chapitre XXXIII – L'audience
- Chapitre XXXIV – De l'embarras des richesses
- Chapitre XXXV – Sur le canal
- Chapitre XXXVI – Comment d'Artagnan tira, comme eût fait une fée, une maison de plaisance d'une boîte de sapin
- Chapitre XXXVII – Comment d'Artagnan régla le passif de la société avant d'établir son actif
- Chapitre XXXVIII – Où l'on voit que l'épicier français s'était déjà réhabilité au XVIIème siècle
- Chapitre XXXIX – Le jeu de M. de Mazarin
- Chapitre XL – Affaire d'État
- Chapitre XLI – Le récit
- Chapitre XLII – Où M. de Mazarin se fait prodigue
- Chapitre XLIII – Guénaud
- Chapitre XLIV – Colbert
- Chapitre XLV – Confession d'un homme de bien
- Chapitre XLVI – La donation
- Chapitre XLVII – Comment Anne d'Autriche donna un conseil à Louis XIV, et comment M. Fouquet lui en donna un autre
- Chapitre XLVIII – Agonie
- Chapitre XLIX – La première apparition de Colbert
- Chapitre L – Le premier jour de la royauté de Louis XIV
- Chapitre LI – Une passion
- Chapitre LII – La leçon de M. d'Artagnan
- Chapitre LIII – Le roi
- Chapitre LIV – Les maisons de M. Fouquet
- Chapitre LV – L'abbé Fouquet
- Chapitre LVI – Le vin de M. de La Fontaine
- Chapitre LVII – La galerie de Saint-Mandé
- Chapitre LVIII – Les épicuriens
- Chapitre LIX – Un quart d'heure de retard
- Chapitre LX – Plan de bataille
- Chapitre LXI – Le cabaret de l'Image-de-Notre-Dame
- Chapitre LXII – Vive Colbert !
- Chapitre LXIII – Comment le diamant de M. d'Emerys passa entre les mains de d'Artagnan
- Chapitre LXIV – De la différence notable que d'Artagnan trouva entre M. l'intendant et Mgr le surintendant
- Chapitre LXV – Philosophie du cœur et de l'esprit
- Chapitre LXVI – Voyage
- Chapitre LXVII – Comment d'Artagnan fit connaissance d'un poète qui s'était fait imprimeur pour que ses vers fussent imprimés
- Chapitre LXVIII – D'Artagnan continue ses investigations
- Chapitre LXIX – Où le lecteur sera sans doute aussi étonné que le fut d'Artagnan de retrouver une ancienne connaissance
- Chapitre LXX – Où les idées de d'Artagnan, d'abord fort troublées, commencent à s'éclaircir un peu
- Chapitre LXXI – Une procession à Vannes
- À propos de cette édition électronique
Frequently asked questions
Yes, you can cancel anytime from the Subscription tab in your account settings on the Perlego website. Your subscription will stay active until the end of your current billing period. Learn how to cancel your subscription
No, books cannot be downloaded as external files, such as PDFs, for use outside of Perlego. However, you can download books within the Perlego app for offline reading on mobile or tablet. Learn how to download books offline
Perlego offers two plans: Essential and Complete
- Essential is ideal for learners and professionals who enjoy exploring a wide range of subjects. Access the Essential Library with 800,000+ trusted titles and best-sellers across business, personal growth, and the humanities. Includes unlimited reading time and Standard Read Aloud voice.
- Complete: Perfect for advanced learners and researchers needing full, unrestricted access. Unlock 1.5M+ books across hundreds of subjects, including academic and specialized titles. The Complete Plan also includes advanced features like Premium Read Aloud and Research Assistant.
We are an online textbook subscription service, where you can get access to an entire online library for less than the price of a single book per month. With over 1.5 million books across 990+ topics, we’ve got you covered! Learn about our mission
Look out for the read-aloud symbol on your next book to see if you can listen to it. The read-aloud tool reads text aloud for you, highlighting the text as it is being read. You can pause it, speed it up and slow it down. Learn more about Read Aloud
Yes! You can use the Perlego app on both iOS and Android devices to read anytime, anywhere — even offline. Perfect for commutes or when you’re on the go.
Please note we cannot support devices running on iOS 13 and Android 7 or earlier. Learn more about using the app
Please note we cannot support devices running on iOS 13 and Android 7 or earlier. Learn more about using the app
Yes, you can access Le Vicomte de Bragelonne - Tome I by Alexandre Dumas in PDF and/or ePUB format, as well as other popular books in Literature & Historical Fiction. We have over 1.5 million books available in our catalogue for you to explore.