Ben-Hur
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An 15. Judah Ben-Hur, jeune héritier d'une des plus grandes familles de l'aristocratie juive, est accusé par le procurateur de Judée, Valerius Gratus. Cette accusation découle d'un accident. Il n'y eut pas d'enquete avant la condamnation, et pas de témoin pouvant corroborer les faits.

Sa mere et sa sour sont jetées en prison, ses biens sont confisqués et il est envoyé aux galeres sur les ordres de Messala, son ami d'enfance romain, et commandant de la garnison de Judée. La, il rencontre un Romain nommé Arrius,a qui il sauve la vie pendant une bataille navale. Arrius l'adopte et fait de lui son héritier. Il retrouve l'esclave de son pere, maintenant immensément riche, et peut profiter de cette fortune pour son sombre dessein: la vengeance.

Le Cheik Ildérim le Généreux l'engage comme conducteur de char, afin de mousser sa gloire. Ben-Hur affrontera dans l'arene Messala, celui qui l'avait envoyé aux galeres pendant 3 ans, dans une course de char, l'humiliant grùce a des paris, vengeant la mort présumée de sa mere et de sa sour. La course, qu'il gagne a la tete d'un char mené par 4 magnifiques chevaux blancs (Antares, Altair, Aldébaran et Rigel), rendra Messala paraplégique.

Ben-Hur fait croire a sa mort et retourne en Israël ou il monte une légion d'Israélites afin de renverser Rome. Cependant le peuple juif, agité par l'apparition du Messie, lui fait oublier son désir de vengeance. Il devient l'un des premiers chrétiens.

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Chapitre 1

 
Le JĂ©bel es Zubleh est une chaĂźne de montagnes peu Ă©levĂ©e, longue d’environ cinquante kilomĂštres. Du haut des rochers de grĂšs rouge qui la composent, la vue ne dĂ©couvre au levant, si loin qu’elle peut s’étendre, que le dĂ©sert d’Arabie. Les sables, charriĂ©s par l’Euphrate, s’amoncellent au pied de la montagne, qui forme ainsi un rempart sans lequel les pĂąturages de Moab et d’Ammon feraient, eux aussi, partie du dĂ©sert. Une vallĂ©e, partie de l’extrĂ©mitĂ© du JĂ©bel et se dirigeant de l’est au nord, pour devenir le lit du Jabok, traverse la route romaine, qui n’est plus aujourd’hui qu’un simple sentier, suivi par les pĂšlerins qui se rendent Ă  la Mecque.
Un voyageur venait de sortir de cette vallĂ©e. Il paraissait avoir quarante-cinq ans. Sa barbe, jadis du plus beau noir, commençait Ă  s’argenter. Son visage, Ă  demi cachĂ© par le kefieh, mouchoir rouge qui recouvrait sa tĂȘte, Ă©tait brun comme du cafĂ© brĂ»lĂ©, et ses yeux, qu’il levait par moments, Ă©taient grands et foncĂ©s. Il portait les vĂȘtements flottants en usage dans l’Orient, mais on ne pouvait en distinguer les dĂ©tails, car il Ă©tait assis sous une tente en miniature, disposĂ©e sur le dos d’un grand chameau blanc.
C’était un animal digne d’admiration, que ce chameau. Sa couleur, sa hauteur, la largeur de son pied, sa bosse musculeuse, son long col de cygne, sa tĂȘte, large entre les yeux et terminĂ©e par un museau si mince, qu’il aurait tenu dans un bracelet de femme, son pas Ă©gal et Ă©lastique, tout prouvait qu’il Ă©tait de cette pure race syrienne dont l’origine remonte aux jours de Cyrus et, par consĂ©quent, absolument sans prix. Une frange rouge s’étalait sur son front, des chaĂźnes de bronze, terminĂ©es par des sonnettes d’argent, entouraient son cou, mais il n’avait ni brides, ni licol, pour le conduire.
En franchissant l’étroite vallĂ©e, le voyageur avait dĂ©passĂ© la frontiĂšre d’El Belka, l’ancien Ammon. C’était le matin. Devant lui montait le soleil, noyĂ© dans une brume lĂ©gĂšre, et s’étendait le dĂ©sert. Ce n’était point encore le dĂ©sert de sable, mais la rĂ©gion oĂč la vĂ©gĂ©tation commence Ă  s’étioler, oĂč le sol est jonchĂ© de blocs de granit et de pierres brunes ou grises, entre lesquelles croissent de maigres mimosas et des touffes d’alfa.
De route ou de sentier, plus trace. Une main invisible semblait guider le chameau ; il allongeait son pas et, la tĂȘte tendue vers l’horizon, il aspirait, par ses narines dilatĂ©es, des bouffĂ©es de vent du dĂ©sert. La litiĂšre oĂč se reposait le voyageur se balançait sur son dos, comme un navire sur les flots. Parfois un parfum d’absinthe embaumait l’air. Des alouettes et des hirondelles s’envolaient devant eux et des perdrix blanches fuyaient Ă  tire d’aile, avec de petits cris Ă©perdus, tandis que de temps Ă  autre un renard ou une hyĂšne prĂ©cipitait son galop, pour considĂ©rer de loin ces intrus. À leur droite s’élevaient les collines du JĂ©bel, enveloppĂ©es d’un voile gris perle qui prenait aux rayons du soleil levant des teintes violettes, d’une incomparable intensitĂ©. Au dessus de leur sommet le plus Ă©levĂ© un vautour planait, en dĂ©crivant de grandes orbes. Mais rien de tout cela n’attirait l’attention du voyageur. Son regard Ă©tait fixĂ© sur l’espace ; il semblait, comme sa monture, obĂ©ir Ă  un mystĂ©rieux appel.
Pendant deux heures, le dromadaire fila tout droit dans la direction de l’orient ; si rapide Ă©tait son allure, que le vent lui-mĂȘme ne l’aurait pas dĂ©passĂ©. Le paysage changeait peu Ă  peu. Le JĂ©bel ne paraissait plus ĂȘtre, Ă  l’horizon occidental, qu’un simple ruban bleu. Les pierres diminuaient. Du sable, rien que du sable, ici uni comme une plage, lĂ  ondulĂ© comme des vagues, ou bien encore s’élevant en longues dunes. Le soleil, dĂ©barrassĂ© maintenant des brumes qui l’entouraient Ă  son lever, rĂ©chauffait la brise, jetait sur la terre une lumiĂšre blanche, aveuglante, et faisait flamboyer l’immense voĂ»te du ciel.
Deux autres heures passĂšrent encore. Plus trace de vĂ©gĂ©tation sur le sable durci, qui se fendait sous les pas du dromadaire. On ne voyait plus le JĂ©bel, et l’ombre, qui jusqu’alors les avait suivis, s’inclinait maintenant vers le nord et courait sur la mĂȘme ligne qu’eux ; cependant le voyageur ne paraissait pas songer Ă  s’arrĂȘter encore.
À midi, le dromadaire fit halte de son propre mouvement. Son maĂźtre se redressa, comme s’il s’éveillait, considĂ©ra le soleil, puis scruta attentivement tous les points de l’horizon. Satisfait de son inspection, il croisa ses mains sur sa poitrine, baissa la tĂȘte et se mit Ă  prier silencieusement. Quand il eut terminĂ© sa priĂšre, il ordonna au dromadaire de s’agenouiller, en poussant ce ikh, ikh guttural, dĂ©jĂ  familier, sans doute, aux chameaux favoris de Job. Lentement l’animal obĂ©it. Le voyageur posa un pied sur son cou frĂȘle ; un instant plus tard, il se trouvait debout sur le sable.

Chapitre 2

 
Cet homme, on pouvait s’en apercevoir maintenant, Ă©tait d’une stature admirablement proportionnĂ©e, plus puissante qu’élevĂ©e. Il dĂ©tacha le cordon de soie qui retenait son kefieh sur sa tĂȘte et le rejeta en arriĂšre, dĂ©couvrant ainsi son visage Ă©nergique, presque aussi noir que celui d’un nĂšgre. Son nez aquilin, les coins lĂ©gĂšrement relevĂ©s de ses yeux, son front large et bas, entourĂ© d’une profusion de cheveux aux reflets mĂ©talliques, retombant en tresses nombreuses sur ses Ă©paules, trahissaient son origine. Tels devaient avoir Ă©tĂ© les Pharaons et les PtolĂ©mĂ©es, tel aussi MizraĂŻm, le fondateur de la race Ă©gyptienne. Il portait une chemise de coton blanc aux manches Ă©troites, sur laquelle il avait jetĂ© un manteau de laine ; ses pieds Ă©taient chaussĂ©s de sandales, assujetties par de longues courroies. Il Ă©tait absolument sans armes, chose Ă©trange pour un voyageur traversant le dĂ©sert, hantĂ© par les bĂȘtes fauves et par des hommes plus fĂ©roces qu’elles. Il fallait donc qu’il eĂ»t en vue une mission pacifique, qu’il fĂ»t exceptionnellement brave, ou peut-ĂȘtre qu’il se sentĂźt l’objet d’une protection toute spĂ©ciale. Il fit plusieurs fois le tour de son fidĂšle serviteur, frappant ses mains l’une contre l’autre, et ses pieds sur le sol, pour les dĂ©gourdir aprĂšs ces longues heures d’immobilitĂ©, et souvent il s’arrĂȘtait pour interroger l’espace, en abritant ses yeux sous sa main. Évidemment, il avait donnĂ© rendez-vous, en cet endroit perdu, Ă  quelqu’un qui tardait Ă  paraĂźtre, mais sur lequel il comptait, Ă  en juger par les prĂ©paratifs auxquels il se livrait.
Il prit dans la litiĂšre une gourde pleine d’eau et une Ă©ponge, avec laquelle il lava les yeux et les narines du chameau, aprĂšs quoi il dressa sur le sable une tente, au fond de laquelle il Ă©tendit un tapis. Cela fait, il examina, une fois encore, la plaine sans limites, au milieu de laquelle il se trouvait. Mais Ă  l’exception d’un chacal, galopant au loin, et d’un aigle qui dirigeait son vol vers le golfe d’Akaba, aucun ĂȘtre vivant ne se dessinait sur le sable blanc, ni sur le ciel bleu.
Il se tourna vers le chameau, en disant Ă  voix basse : « Nous sommes bien loin du lieu de notre demeure, ĂŽ coursier plus rapide que les vents, mais Dieu est avec nous. Sachons ĂȘtre patients. » Puis il suspendit au cou de l’animal un sac de toile, plein de fĂšves. Et toujours il Ă©piait l’ocĂ©an de sable, sur lequel les rayons du soleil tombaient verticalement. « Ils viendront, disait-il avec calme. Celui qui me guidait les guide Ă©galement. »
Il tira d’une corbeille en osier, dĂ©posĂ©e dans une des poches de la litiĂšre, trois assiettes en fibres de palmier, du vin, renfermĂ© dans de petites outres, du mouton sĂ©chĂ© et fumĂ©, des grenades de Syrie, des dattes d’El Shelebi, du fromage, du pain. Il disposa le tout sur un tapis qui garnissait le fond de la tente, puis il plaça Ă  cĂŽtĂ© des provisions trois de ces serviettes de soie dont se servent les Orientaux de distinction, pour se couvrir les genoux durant les repas.
Tout Ă©tait prĂȘt maintenant et il sortit de la tente. Ah ! lĂ -bas, Ă  l’orient, un point noir venait de paraĂźtre ! Les pieds comme rivĂ©s au sol, les yeux dilatĂ©s, il semblait se trouver en face d’une chose surnaturelle. Le point grandissait, il prenait une forme. BientĂŽt, il distingua clairement un dromadaire blanc, absolument semblable au sien et portant sur son dos la litiĂšre de voyage des Indous. Alors l’Égyptien croisa ses mains sur sa poitrine, et leva les yeux vers le ciel en s’écriant : « Dieu seul est grand ! »
L’étranger approchait, enfin il s’arrĂȘta. Lui aussi semblait sortir d’un rĂȘve. Il vit le chameau agenouillĂ©, la tente dressĂ©e, l’homme debout Ă  sa porte, dans l’attitude de l’adoration, et lui-mĂȘme, baissant la tĂȘte, pria silencieusement, aprĂšs quoi il mit pied Ă  terre et s’avança vers l’Égyptien, qui venait Ă  sa rencontre. Ils se regardĂšrent un instant, puis, chacun d’eux passa son bras droit sur l’épaule de l’autre et ils s’embrassĂšrent.
– La paix soit avec toi, ĂŽ serviteur du vrai Dieu ! dit l’étranger.
– Et avec toi, ĂŽ frĂšre en la vraie foi ! Sois le bienvenu, rĂ©pondit l’Égyptien.
Le nouveau venu Ă©tait grand et maigre. Il avait un visage Ă©maciĂ©, des cheveux comme sa barbe, des yeux enfoncĂ©s, un teint bronzĂ©. Lui aussi Ă©tait sans armes. Il portait le costume de l’Indoustan. Un chĂąle s’enroulait en turban autour de sa tĂȘte, ses vĂȘtements ressemblaient Ă  ceux de l’Égyptien, mais son manteau Ă©tait plus court et laissait passer de larges manches flottantes, serrĂ©es aux poignets. Ses pieds Ă©taient chaussĂ©s de pantoufles rouges, aux pointes relevĂ©es, la seule chose, dans son costume, qui ne fĂ»t pas blanche. Il semblait ĂȘtre la personnification de Vinistra, le plus grand des hĂ©ros de l’Iliade de l’Orient, la dĂ©votion incarnĂ©e.
– Dieu seul est grand ! s’écria-t-il, quand ils eurent fini de s’embrasser.
– BĂ©nis soient ceux qui le servent ! rĂ©pondit l’Égyptien. Voici, celui que nous attendons encore approche.
Et, les yeux tournĂ©s vers le nord, ils regardaient un dromadaire blanc, qui se dirigeait vers eux, avec un balancement de navire. Debout Ă  cĂŽtĂ© l’un de l’autre, ils attendirent jusqu’au moment oĂč le nouvel arrivant, quittant son coursier, vint Ă  eux pour les saluer.
– La paix soit avec toi, ĂŽ mon frĂšre ! dit-il en embrassant l’Indou, et l’Indou rĂ©pondit : « La volontĂ© de Dieu soit faite ! »
Le dernier arrivĂ© ne ressemblait pas Ă  ses amis. Il Ă©tait plus finement membrĂ© qu’eux, il avait la peau blanche, ses cheveux clairs et bouclĂ©s formaient une aurĂ©ole autour de sa tĂȘte, petite, mais belle. Ses yeux bleus foncĂ©s rĂ©flĂ©chissaient une Ăąme tendre et dĂ©licate, une nature Ă  la fois douce et brave. Il semblait ne possĂ©der ni coiffure, ni armes. Sous les plis d’une couverture de Tyr, qu’il portait avec une grĂące inconsciente, apparaissait une tunique sans manches, retenue Ă  la taille par une ceinture et qui laissait libres le cou, les bras et les jambes ; des sandales protĂ©geaient ses pieds. Cinquante annĂ©es, peut-ĂȘtre davantage, avaient passĂ© sur lui, sans effets apparents, si ce n’est qu’elles avaient empreint ses maniĂšres de gravitĂ© et donnĂ© du poids Ă  sa parole. Si lui-mĂȘme ne venait pas d’AthĂšnes, ses ancĂȘtres, certainement, devaient en ĂȘtre.
Quand il eut fini de saluer l’Égyptien, celui-ci dit d’une voix Ă©mue : « C’est moi que l’Esprit a fait arriver ici le premier, j’en conclus qu’il m’a choisi pour ĂȘtre le serviteur de mes frĂšres. La tente est dressĂ©e, le pain prĂȘt Ă  ĂȘtre rompu. Laissez-moi remplir les devoirs de ma charge. » Et les prenant par la main, il les introduisit dans la tente, enleva leurs chaussures et lava leurs pieds, puis il versa de l’eau sur leurs mains et les essuya avec un linge. Ayant ensuite lavĂ© ses mains, il dit : « Mangeons maintenant, afin de reprendre des forces pour accomplir notre tĂąche. Pendant notre repas, nous nous raconterons les uns aux autres qui nous sommes, d’oĂč nous venons, comment nous avons Ă©tĂ© appelĂ©s. »
Il les fit asseoir en face l’un de l’autre. SimultanĂ©ment leurs tĂȘtes s’inclinĂšrent, leurs mains se croisĂšrent et, tous ensemble, ils rendirent grĂące Ă  haute voix.
« PĂšre de tout ce qui vit – Dieu ! ce que nous avons ici vient de toi ; reçois nos hommages et bĂ©nis-nous, afin que nous puissions continuer Ă  faire ta volontĂ©. »
Ils se regardĂšrent avec Ă©tonnement, quand ils se furent tus ; chacun d’eux avait parlĂ© dans sa propre langue et pourtant ils s’étaient compris. Leurs Ăąmes tressaillirent d’émotion, car ce miracle leur prouvait qu’ils se trouvaient en la prĂ©sence de Dieu.

Chapitre 3

Pour parler le langage du temps, ceci se passait en l’an 747 de l’ùre romaine. On Ă©tait au mois de dĂ©cembre, et en cette saison, une course Ă  travers le dĂ©sert aiguise singuliĂšrement l’appĂ©tit. Les trois hommes rĂ©unis sous la tente en faisaient l’expĂ©rience. Ils avaient faim et pendant un moment ils mangĂšrent en silence, puis, aprĂšs avoir goĂ»tĂ© au vin, ils se mirent Ă  causer.
– Rien n’est plus doux aux oreilles d’un homme qui se trouve en pays Ă©tranger, que d’entendre son propre nom prononcĂ© par la voix d’un ami, dit l’Égyptien. Nous serons pendant bien des jours compagnons de voyage, il est temps que nous fassions connaissance. Si vous le jugez bon, que le dernier venu soit le premier Ă  parler !
Lentement d’abord, comme un homme habituĂ© Ă  peser ses paroles, le Grec commença son discours :
– Ce que j’ai Ă  vous dire, mes frĂšres, est si Ă©trange que je ne sais pas oĂč je dois commencer mon histoire et en quels termes il faut que je la narre, Ă  peine la comprends-je moi-mĂȘme ; une seule chose m’est certaine, c’est que j’accomplis la volontĂ© de mon maĂźtre et que son service est une constante extase. Lorsque je songe Ă  la tĂąche qui m’est confiĂ©e, une joie si inexprimable s’empare de mon Ăąme, que, par cette joie, je reconnais dans la volontĂ© qui me guide celle de Dieu lui-mĂȘme.
Il s’arrĂȘta, incapable de poursuivre. Ses compagnons comprenaient son Ă©motion et la partageaient.
– Bien loin, Ă  l’ouest du lieu oĂč nous sommes, reprit-il enfin, se trouve un pays dont le nom ne tombera jamais dans l’oubli, car le monde entier demeurera toujours son dĂ©biteur, et c’est Ă  lui que l’humanitĂ© devra, jusqu’à la fin des Ăąges, ses joies les plus pures. Je ne parle point ici des artistes, des philosophes, des orateurs, des guerriers de ma patrie ; ce qui sera ma gloire, ĂŽ mes frĂšres, c’est que, dans sa langue sera, un jour, proclamĂ©e dans tout l’univers la doctrine de Celui que nous cherchons. Ce pays, c’est la GrĂšce. Je suis Gaspard, le fils de ClĂ©anthe d’AthĂšnes. Mon peuple s’adonne de prĂ©fĂ©rence Ă  l’étude et j’ai hĂ©ritĂ© de cette passion. Or il se trouve que nos deux plus grands philosophes ont proclamĂ©, l’un que chaque homme possĂšde une Ăąme immortelle, l’autre, l’existence d’un seul Dieu, infiniment juste. Dans tous les systĂšmes philosophiques discutĂ©s par nous, je n’ai trouvĂ© que ces deux affirmations qui me parussent dignes d’ĂȘtre Ă©tudiĂ©es, car je devinais qu’entre l’ñme et ce Dieu devait exister une relation dont j’ignorais encore la nature. Mais je n’arrivais pas Ă  comprendre en quoi elle consistait. Il me semblait qu’une muraille se dressait entre la vĂ©ritĂ© et moi. Je criai, demandant Ă  ĂȘtre Ă©clairĂ©, mais aucune voix d’au-delĂ  ne me rĂ©pondit et, dĂ©sespĂ©rant de trouver la solution de ce problĂšme, je quittai la ville et les Ă©coles.
Il y a dans la partie septentrionale de mon pays, en Thessalie, une montagne fameuse, l’Olympe ; mes compatriotes la considĂšrent comme la demeure des dieux, le domicile de Jupiter, le plus grand d’entre eux. Ce fut lĂ  que je me rendis. Sur le versant mĂ©ridional de la montagne, je dĂ©couvris une grotte, dans laquelle je m’établis pour mĂ©diter ou plutĂŽt pour attendre la rĂ©vĂ©lation dont mon Ăąme avait soif et que je sollicitais par d’ardentes priĂšres. Je croyais en un Dieu invisible, mais suprĂȘme, et comme je dĂ©sirais le connaĂźtre de toutes les puissances de mon ĂȘtre, je croyais aussi qu’il aurait compassion de moi et qu’il me rĂ©pondrait.
– Et voilĂ , il l’a fait ! s’écria l’Indou en levant ses mains vers le ciel.
– Écoutez-moi encore, mes frĂšres, reprit le Grec. La porte de mon ermitage Ă©tait tournĂ©e du cĂŽtĂ© d’un bras de mer, appelĂ© le golfe ThermaĂŻque. Un jour je vis un homme tomber par dessus le bord d’un navire, qui passait prĂšs de la cĂŽte. Il nagea jusqu’au rivage, je le recueillis et pris soin de lui. C’était un Juif, versĂ© dans la connaissance de l’histoire et de la loi de son peuple, et j’appris de lui que le Dieu que je priais existait rĂ©ellement et que, depuis des siĂšcles, il Ă©tait leur lĂ©gislateur, leur chef, leur roi. Qu’était-ce donc, sinon la rĂ©vĂ©lation aprĂšs laquelle je soupirais ? Ma foi n’avait pas Ă©tĂ© vaine. Dieu me rĂ©pondait.
– Il rĂ©pond Ă  tous ceux qui crient ainsi Ă  Lui avec foi, dit l’Indou.
– Mais combien sont rares, hĂ©las ! ceux qui comprennent ses rĂ©ponses, ajouta l’Égyptien.
– Ce n’est pas tout, poursuivit le Grec. Le messager qu’il m’envoyait m’en dit plus encore. Il m’apprit que les prophĂštes qui, aprĂšs la premiĂšre rĂ©vĂ©lation, marchĂšrent et parlĂšrent avec Dieu, ont annoncĂ© qu’il reviendra. Il m’a nommĂ© les prophĂštes et m’a citĂ© les paroles contenues dans leurs livres. Et voici, il m’a dit mĂȘme que sa seconde venue est proche et qu’on l’attend Ă  JĂ©rusalem. D’aprĂšs cet homme, ainsi que la premiĂšre rĂ©vĂ©lation n’avait Ă©tĂ© que pour les seuls Juifs, ainsi en serait-il de la seconde. « Celui qui doit venir sera roi des Juifs, » me disait-il. « Et nous, m’écriai-je, nous les autres hommes, n’aura-t-il rien pour nous ? » « Non, me rĂ©pondit-il avec fiertĂ©, nous sommes son peuple Ă©lu. » Cependant je ne me dĂ©courageais point, car je ne comprenais pas pourquoi un Dieu pareil aurait mis une limite Ă  son amour et Ă  ses bienfaits, en les rĂ©servant Ă  un seul peuple, pour ainsi dire Ă  une seule famille. Je voulais en savoir davantage et je parvins, enfin, Ă  vaincre l’orgueil du Juif et Ă  dĂ©couvrir que ses pĂšres avaient Ă©tĂ© choisis pour ĂȘtre les dĂ©positaires de la vĂ©ritĂ©, afin de la transmettre un jour Ă  d’autres, pour que le monde entier soit sauvĂ© par elle. Lorsque le Juif m’eut, quittĂ©, je me remis Ă  prier, demandant maintenant qu’il me soit permis de voir le roi et de l’adorer, quand il sera venu. Une nuit que j’étais assis Ă  la porte de ma caverne, songeant Ă  ces mystĂšres, je vis soudain une Ă©toile s’allumer dans l’obscuritĂ© qui s’étendait sur la mer. Lentement elle s’éleva dans le ciel et s’approcha de moi, enfin elle brilla au-dessus de la montagne, au-dessus de ma porte mĂȘme et sa lumiĂšre m’éclaira. Je to...

Table of contents

  1. Titre
  2. Chapitre 1
  3. Chapitre 2
  4. Chapitre 3
  5. Chapitre 4
  6. Chapitre 5
  7. Chapitre 6
  8. Chapitre 7
  9. Chapitre 8
  10. Chapitre 9
  11. Chapitre 10
  12. Chapitre 11
  13. Chapitre 12
  14. Chapitre 13
  15. Chapitre 14
  16. Chapitre 15
  17. Chapitre 16
  18. Chapitre 17
  19. Chapitre 18
  20. Chapitre 19
  21. Chapitre 20
  22. Chapitre 21
  23. Chapitre 22
  24. Chapitre 23
  25. Chapitre 24
  26. Chapitre 25
  27. Chapitre 26
  28. Chapitre 27
  29. Chapitre 28
  30. Chapitre 29
  31. Chapitre 30
  32. Chapitre 31
  33. Chapitre 32
  34. Chapitre 33
  35. Chapitre 34
  36. Chapitre 35
  37. Chapitre 36
  38. Chapitre 37
  39. Chapitre 38
  40. Chapitre 39
  41. Chapitre 40
  42. Chapitre 41
  43. Chapitre 42
  44. Chapitre 43
  45. Chapitre 44
  46. Chapitre 45
  47. Chapitre 46
  48. Chapitre 47
  49. À propos de cette Ă©dition Ă©lectronique

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