La Fille aux yeux d'or
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About this book

La Fille aux yeux d'or was written in the year 1835 by Honoré de Balzac. This book is one of the most popular novels of Honoré de Balzac, and has been translated into several other languages around the world.

This book is published by Booklassic which brings young readers closer to classic literature globally.

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Information

Publisher
Booklassic
eBook ISBN
9789635227969

Chapitre 1 Physionomies Parisiennes

Un des spectacles oĂč se rencontre le plus d’épouvantement est certes l’aspect gĂ©nĂ©ral de la population parisienne, peuple horrible Ă  voir, hĂąve, jaune, tannĂ©. Paris n’est-il pas un vaste champ incessamment remuĂ© par une tempĂȘte d’intĂ©rĂȘts sous laquelle tourbillonne une moisson d’hommes que la mort fauche plus souvent qu’ailleurs et qui renaissent toujours aussi serrĂ©s, dont les visages contournĂ©s, tordus, rendent par tous les pores l’esprit, les dĂ©sirs, les poisons dont sont engrossĂ©s leurs cerveaux ; non pas des visages, mais bien des masques : masques de faiblesse, masques de force, masques de misĂšre, masques de joie, masques d’hypocrisie ; tous extĂ©nuĂ©s, tous empreints des signes ineffaçables d’une haletante aviditĂ© ? Que veulent-ils ? De l’or, ou du plaisir ?
Quelques observations sur l’ñme de Paris peuvent expliquer les causes de sa physionomie cadavĂ©reuse qui n’a que deux Ăąges, ou la jeunesse ou la caducitĂ© : jeunesse blafarde et sans couleur, caducitĂ© fardĂ©e qui veut paraĂźtre jeune. En voyant ce peuple exhumĂ©, les Ă©trangers, qui ne sont pas tenus de rĂ©flĂ©chir, Ă©prouvent tout d’abord un mouvement de dĂ©goĂ»t pour cette capitale, vaste atelier de jouissance, d’oĂč bientĂŽt eux-mĂȘmes ils ne peuvent sortir et, restent Ă  s’y dĂ©former volontiers. Peu de mots suffiront pour justifier physiologiquement la teinte presque infernale des figures parisiennes, car ce n’est pas seulement par plaisanterie que Paris a Ă©tĂ© nommĂ© un enfer. Tenez ce mot pour vrai. LĂ , tout fume, tout brĂ»le, tout brille, tout bouillonne, tout flambe, s’évapore, s’éteint, se rallume, Ă©tincelle, pĂ©tille et se consume. Jamais vie en aucun pays ne fut plus ardente, ni plus cuisante. Cette nature sociale toujours en fusion semble se dire aprĂšs chaque Ɠuvre finie : – A une autre ! comme se le dit la nature elle-mĂȘme. Comme la nature, cette nature sociale s’occupe d’insectes, de fleurs d’un jour, de bagatelles, d’éphĂ©mĂšres, et jette aussi feu et flamme par son Ă©ternel cratĂšre. Peut-ĂȘtre avant d’analyser les causes qui font une physionomie spĂ©ciale Ă  chaque tribu de cette nation intelligente et mouvante, doit-on signaler la cause gĂ©nĂ©rale qui en dĂ©colore, blĂȘmit, bleuit et brunit plus ou moins les individus.
A force de s’intĂ©resser Ă  tout, le Parisien finit par ne s’intĂ©resser Ă  rien. Aucun sentiment ne dominant sur sa face usĂ©e par le frottement, elle devient grise comme 1e plĂątre des maisons qui a reçu toute espĂšce de poussiĂšre et de fumĂ©e. En effet, indiffĂ©rent la veille Ă  ce dont il s’enivrera le lendemain, le Parisien vit en enfant quel que soit son Ăąge. Il murmure de tout, se console de tout, se moque de tout, oublie tout, veut tout, goĂ»te Ă  tout, prend tout avec passion, quitte tout avec insouciance ; ses rois, ses conquĂȘtes, sa gloire, son idole, qu’elle soit de bronze ou de verre ; comme il jette ses bas, ses chapeaux et sa fortune. A Paris, aucun sentiment ne rĂ©siste au jet des choses, et leur courant oblige Ă  une lutte qui dĂ©tend les passions : l’amour y est un dĂ©sir, et la haine une vellĂ©itĂ© : il n’y a lĂ  de vrai parent que le billet de mille francs, d’autre ami que le Mont-de-PiĂ©tĂ©. Ce laissez-aller gĂ©nĂ©ral porte ses fruits ; et, dans le salon, comme dans la rue personne n’y est de trop, personne n’y est absolument utile, ni absolument nuisible : les sots et les fripons comme les gens d’esprit ou de probitĂ©. Tout y est tolĂ©rĂ©, le gouvernement et la guillotine, la religion et le cholĂ©ra. Vous convenez toujours Ă  ce monde, vous n’y manquez jamais. Qui donc domine en ce pays sans mƓurs, sans croyance, sans aucun sentiment ; mais d’oĂč partent et oĂč aboutissent tous les sentiments, toutes les croyances et toutes les mƓurs ? L’or et le plaisir. Prenez ces deux mots comme une lumiĂšre et parcourez cette grande cage de plĂątre, cette ruche Ă  ruisseaux noirs, et suivez-y les serpenteaux de cette pensĂ©e qui l’agite, la soulĂšve, la travaille ? Voyez. Examinez d’abord le monde qui n’a rien. L’ouvrier, le prolĂ©taire, l’homme qui remue ses pieds, ses mains, sa langue, son dos, son seul bras, ses cinq doigts pour vivre ; eh ! bien, celui-lĂ  qui, le premier, devrait Ă©conomiser le principe de sa vie, il outrepasse ses forces, attelle sa femme Ă  quelque machine, use son enfant et le cloue Ă  un rouage. Le fabricant, le je ne sais quel fil secondaire dont le branle agite ce peuple qui, de ses mains sales, tourne et dore les porcelaines, coud les habits et les robes, amincit le fer, amenuise le bois, tisse l’acier, solidifie le chanvre et le fil, satine les bronzes, festonne le cristal, imite les fleurs, brode la laine, dresse les chevaux, tresse les harnais et les galons. dĂ©coupe le cuivre, peint les voitures, arrondit les vieux ormeaux, vaporise le coton, souffle les tuls, corrode le diamant, polit les mĂ©taux, transforme en feuilles le marbre, lĂšche les cailloux, toilette la pensĂ©e, colore, blanchit et noircit tout ; hĂ© ! bien, ce sous-chef est venu promettre Ă  ce monde de sueur et de volontĂ©, d’étude et de patience, un salaire excessif, soit au nom des caprices de la ville, soit Ă  la voix du monstre nommĂ© SpĂ©culation. Alors ces quadrumanes se sont mis Ă  veiller, pĂątir, travailler, jurer, jeĂ»ner, marcher ; tous se sont excĂ©dĂ©s pour gagner cet or qui les fascine. Puis, insouciants de l’avenir, avides de jouissances, comptant sur leurs bras comme le peintre sur la palette, ils jettent, grands seigneurs d’un jour, leur argent le lundi dans les cabarets, qui font une enceinte de boue Ă  la ville ; ceinture de la plus impudique des VĂ©nus, incessamment pliĂ©e et dĂ©pliĂ©e, oĂč se perd comme au jeu la fortune pĂ©riodique de ce peuple, aussi fĂ©roce au plaisir qu’il est tranquille au travail. Pendant cinq jours donc, aucun repos pour cette partie agissante de Paris ! Elle se livre Ă  des mouvements qui la font se gauchir, se grossir, maigrir, pĂąlir, jaillir en mille jets de volontĂ© crĂ©atrice. Puis son plaisir, son repos est une lassante dĂ©bauche, brune de peau, noire de tapes, blĂȘme d’ivresse, ou jaune d’indigestion, qui ne dure que deux jours, mais qui vole le pain de l’avenir, la soupe de la semaine, les robes de la femme, les langes de l’enfant tous en haillons. Ces hommes, nĂ©s sans doute pour ĂȘtre beaux, car toute crĂ©ature a sa beautĂ© relative, se sont enrĂ©gimentĂ©s, dĂšs l’enfance, sous le commandement de la force, sous le rĂšgne du marteau, des cisailles, de la filature, et se sont promptement vulcanisĂ©s. Vulcain, avec sa laideur et sa force, n’est-il pas l’emblĂšme de cette laide et forte nation, sublime d’intelligence mĂ©canique, patiente Ă  ses heures, terrible un jour par siĂšcle, inflammable comme la poudre, et prĂ©parĂ©e Ă  l’incendie rĂ©volutionnaire par l’eau-de-vie, enfin assez spirituelle pour prendre feu sur un mot captieux qui signifie toujours pour elle : or et plaisir ! En comprenant tous ceux qui tendent la main pour une aumĂŽne, pour de lĂ©gitimes salaires ou pour les cinq francs accordĂ©s Ă  tous les genres de prostitution parisienne, enfin pour tout argent bien ou mal gagnĂ©, ce peuple compte trois cent mille individus. Sans les cabarets, le gouvernement, ne serait-il pas renversĂ© tous les mardis ? Heureusement, le mardi, ce peuple est engourdi, cuve son plaisir, n’a plus le sou, et retourne au travail, au pain sec, stimulĂ© par un besoin de procrĂ©ation matĂ©rielle qui, pour lui, devient une habitude. NĂ©anmoins ce peuple a ses phĂ©nomĂšnes de vertu, ses hommes complets, ses NapolĂ©ons inconnus, qui sont le type de ses forces portĂ©es Ă  leur plus haute expression, et rĂ©sument sa portĂ©e sociale dans une existence oĂč la pensĂ©e et le mouvement se combinent moins pour y jeter de la joie que pour y rĂ©gulariser l’action de la douleur.
Le hasard a fait un ouvrier Ă©conome, le hasard l’a gratifiĂ© d’une pensĂ©e, il a pu jeter les yeux sur l’avenir, il a rencontrĂ© une femme, il s’est trouvĂ© pĂšre, et aprĂšs quelques annĂ©es de privations dures il entreprend un petit commerce de mercerie, loue une boutique. Si ni la maladie ni le vice ne l’arrĂȘtent en sa voie, s’il a prospĂ©rĂ©, voici le croquis de cette vie normale.
Et, d’abord, saluez ce roi du mouvement parisien, qui s’est soumis le temps et l’espace. Oui, saluez cette crĂ©ature composĂ©e de salpĂȘtre et de gaz qui donne des enfants Ă  la France pendant ses nuits laborieuses, et remultiplie pendant le jour son individu pour le service, la gloire et le plaisir de ses concitoyens. Cet homme rĂ©sout le problĂšme de suffire, Ă  la fois, Ă  une femme aimable, Ă  son mĂ©nage, au Constitutionnel, Ă  son bureau, Ă  la Garde nationale, Ă  l’OpĂ©ra, Ă  Dieu ; mais pour transformer en Ă©cus le Constitutionnel, le Bureau, l’OpĂ©ra, la Garde nationale, la femme et Dieu. Enfin, saluez un irrĂ©prochable cumulard. LevĂ© tous les jours Ă  cinq heures, il a franchi comme un oiseau l’espace qui sĂ©pare son domicile de la rue Montmartre. Qu’il vente ou tonne, pleuve ou neige, il est au Constitutionnel et y attend la charge de journaux dont il a soumissionnĂ© la distribution. Il reçoit ce pain politique avec aviditĂ©, le prend et le porte. A neuf heures, il est au sein de son mĂ©nage, dĂ©bite un calembour Ă  sa femme, lui dĂ©robe un gros baiser, dĂ©guste une tasse de cafĂ© ou gronde ses enfants. A dix heures moins un quart, il apparaĂźt Ă  la mairie. LĂ , posĂ© sur un fauteuil, comme un perroquet sur son bĂąton, chauffĂ© par la ville de Paris, il inscrit jusqu’à quatre heures, sans leur donner une larme ou un sourire, les dĂ©cĂšs et les naissances de tout un arrondissement. Le bonheur, le malheur du quartier passe par le bec de sa plume, comme l’esprit du Constitutionnel voyageait naguĂšre sur ses Ă©paules. Rien ne lui pĂšse ! Il va toujours droit devant lui, prend son patriotisme tout fait dans le journal, ne contredit personne, crie ou applaudit avec tout le monde, et vit en hirondelle. A deux pas de sa paroisse, il peut, en cas d’une cĂ©rĂ©monie importante, laisser sa place Ă  un surnumĂ©raire, et aller chanter un requiem au lutrin de l’église, dont il est, le dimanche et les jours de fĂȘte, le plus bel ornement, la voix la plus imposante, oĂč il tord avec Ă©nergie sa large bouche en faisant tonner un joyeux Amen. Il est chantre. LibĂ©rĂ© Ă  quatre heures de son service officiel, il apparaĂźt pour rĂ©pandre la joie et la gaietĂ© au sein de la boutique la plus cĂ©lĂšbre qui soit en la CitĂ©. Heureuse est sa femme, il n’a pas le temps d’ĂȘtre jaloux ; il est plutĂŽt homme d’action que de sentiment. Aussi, dĂšs qu’il arrive, agace-t-il les demoiselles de comptoir, dont les yeux vifs attirent force chalands ; se gaudit au sein des parures, des fichus, de la mousseline façonnĂ©e par ces habiles ouvriĂšres ; ou, plus souvent encore avant de dĂźner, il sert une pratique, copie une page du journal ou porte chez l’huissier quelque effet en retard. A six heures, tous les deux jours, il est fidĂšle Ă  son poste. Inamovible basse-taille des chƓurs, il se trouve Ă  l’OpĂ©ra, prĂȘt Ă  y devenir soldat, Arabe, prisonnier, sauvage, paysan, ombre, patte de chameau, lion, diable, gĂ©nie, esclave, eunuque noir ou blanc, toujours expert Ă  produire de la joie, de la douleur, de la pitiĂ©, de l’étonnement, Ă  pousser d’invariables cris, Ă  se taire, Ă  chasser, Ă  se battre, Ă  reprĂ©senter Rome ou l’Égypte ; mais toujours –?in petto, mercier. A minuit, il redevient bon mari, homme, tendre pĂšre, il se glisse dans le lit conjugal, l’imagination encore tendue par les formes dĂ©cevantes des nymphes de l’OpĂ©ra, et fait ainsi tourner, au profit de l’amour conjugal, les dĂ©pravations du monde et les voluptueux ronds de jambe de la Taglioni. Enfin, s’il dort, il dort vite, et dĂ©pĂȘche son sommeil comme il a dĂ©pĂȘchĂ© sa vie. N’est-ce pas le mouvement fait homme, l’espace incarnĂ©, le protĂ©e de la civilisation ? Cet homme rĂ©sume tout : histoire, littĂ©rature, politique, gouvernement, religion, art militaire. N’est-ce pas une encyclopĂ©die vivante, un atlas grotesque, sans cesse en marche comme Paris et qui jamais ne repose ? En lui tout est jambes. Aucune physionomie ne saurait se conserver pure en de tels travaux. Peut-ĂȘtre l’ouvrier qui meurt vieux Ă  trente ans, l’estomac tannĂ© par les doses progressives de son eau-de-vie, sera-t-il trouvĂ©, au dire de quelques philosophes bien rentĂ©s, plus heureux que ne l’est le mercier. L’un pĂ©rit d’un seul coup et l’autre en dĂ©tail. De ses huit industries, de ses Ă©paules, de son gosier, de ses mains, de sa femme et de son commerce, celui-ci retire, comme d’autant de fermes, des enfants, quelques mille francs et le plus laborieux bonheur qui ait jamais recréé cƓur d’homme. Cette fortune et ces enfants, ou les enfants qui rĂ©sument tout pour lui, deviennent la proie du monde supĂ©rieur, auquel il porte ses Ă©cus et sa fille, ou son fils Ă©levĂ© au collĂšge, qui, plus instruit que ne l’est son pĂšre, jette plus haut ses regards ambitieux. Souvent le cadet d’un petit dĂ©taillant veut ĂȘtre quelque chose dans l’État.
Cette ambition introduit la pensĂ©e dans la seconde des sphĂšres parisiennes. Montez donc un Ă©tage et allez Ă  l’entresol ; ou descendez du grenier et restez au quatriĂšme ; enfin, pĂ©nĂ©trez dans le monde qui a quelque chose : lĂ , mĂȘme rĂ©sultat. Les commerçants en gros et leurs garçons, les employĂ©s, les gens de la petite banque et de grande probitĂ©, les fripons, les Ăąmes damnĂ©es, les premiers et les derniers commis, les clercs de l’huissier, de l’avouĂ©, du notaire, enfin les membres agissants, pensants, spĂ©culants de cette petite bourgeoisie qui triture les intĂ©rĂȘts de Paris et veille Ă  son grain, accapare les denrĂ©es, emmagasine les produits fabriquĂ©s par les prolĂ©taires, encaque les fruits du Midi, les poissons de l’OcĂ©an, les vins de toute cĂŽte aimĂ©e du soleil ; qui Ă©tend les mains sur l’Orient, y prend les chĂąles dĂ©daignĂ©s par les Turcs et les Russes ; va rĂ©colter jusque dans les Indes, se couche pour attendre la vente, aspire aprĂšs le bĂ©nĂ©fice, escompte les effets, roule et encaisse toutes les valeurs ; emballe en dĂ©tail Paris tout entier, le voiture, guette les fantaisies de l’enfance, Ă©pie les caprices et les vices de l’ñge mur, en pressure les maladies ; eh bien, sans boire de l’eau-de-vie comme l’ouvrier, ni sans aller se vautrer dans la fange des barriĂšres, tous excĂšdent aussi leurs forces ; tendant outre-mesure leur corps et leur moral, l’un par l’autre ; se dessĂšchent de dĂ©sirs, s’abĂźment de courses prĂ©cipitĂ©es. Chez eux, la torsion physique s’accomplit sous le fouet des intĂ©rĂȘts, sous le flĂ©au des ambitions qui tourmentent les mondes Ă©levĂ©s de cette monstrueuse citĂ©, comme celle des prolĂ©taires s’est accomplie sous le cruel balancier des Ă©laborations matĂ©rielles incessamment dĂ©sirĂ©es par le despotisme du je le veux aristocrate. LĂ  donc aussi, pour obĂ©ir Ă  ce maĂźtre universel, le plaisir ou l’or, il faut dĂ©vorer le temps, presser le temps, trouver plus de vingt-quatre heures dans le jour et la nuit, s’énerver, se tuer, vendre trente ans de vieillesse pour deux ans d’un repos maladif. Seulement l’ouvrier meurt Ă  l’hĂŽpital, quand son dernier terme de rabougrissement s’est opĂ©rĂ©, tandis que le petit bourgeois persiste Ă  vivre et vit, mais crĂ©tinisĂ© : vous le rencontrez la face usĂ©e, plate, vieille, sans lueur aux yeux, sans fermetĂ© dans la jambe, se traĂźnant d’un air hĂ©bĂ©tĂ© sur le boulevard, la ceinture de sa VĂ©nus, de sa ville chĂ©rie. Que voulait le bourgeois ? le briquet du garde national, un immuable pot-au-feu, une place dĂ©cente au PĂšre-Lachaise, et pour sa vieillesse un peu d’or lĂ©gitimement gagnĂ©. Son lundi, Ă  lui, est le dimanche ; son repos est la promenade en voiture de remise, la partie de campagne, pendant laquelle femme et enfants avalent joyeusement de la poussiĂšre ou se rĂŽtissent au soleil ; sa barriĂšre est le restaurateur dont le vĂ©nĂ©neux dĂźner a du renom, ou quelque bal de famille oĂč l’on Ă©touffe jusqu’à minuit. Certains niais s’étonnent de la Saint-Guy dont sont atteints les monades que le microscope fait apercevoir dans une goutte d’eau, mais que dirait le Gargantua de Rabelais, figu...

Table of contents

  1. Titre
  2. Chapitre 1 - Physionomies Parisiennes
  3. Chapitre 2 - SinguliĂšre Bonne Fortune
  4. Chapitre 3 - La Force du Sang

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