La Cousine Bette
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La Cousine Bette

About this book

La Cousine Bette was written in the year 1847 by Honoré de Balzac. This book is one of the most popular novels of Honoré de Balzac, and has been translated into several other languages around the world.

This book is published by Booklassic which brings young readers closer to classic literature globally.

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Information

Publisher
Booklassic
eBook ISBN
9789635228188

Chapitre 1 OĂč la passion va-t-elle se nicher ?

Vers le milieu du mois de juillet de l’annĂ©e 1838, une de ces voitures nouvellement mises en circulation sur les places de Paris et nommĂ©es des milords cheminait, rue de l’UniversitĂ©, portant un gros homme de taille moyenne, en uniforme de capitaine de la garde nationale.
Dans le nombre de ces Parisiens accusĂ©s d’ĂȘtre si spirituels, il s’en trouve qui se croient infiniment mieux en uniforme que dans leurs habits ordinaires, et qui supposent chez les femmes des goĂ»ts assez dĂ©pravĂ©s pour imaginer qu’elles seront favorablement impressionnĂ©es Ă  l’aspect d’un bonnet Ă  poil et par le harnais militaire.
La physionomie de ce capitaine appartenant Ă  la 2e lĂ©gion respirait un contentement de lui-mĂȘme qui faisait resplendir son teint rougeaud et sa figure passablement joufflue. À cette aurĂ©ole que la richesse acquise dans le commerce met au front des boutiquiers retirĂ©s, on devinait l’un des Ă©lus de Paris, au moins ancien adjoint de son arrondissement. Aussi, croyez que le ruban de la LĂ©gion d’honneur ne manquait pas sur la poitrine, crĂąnement bombĂ©e Ă  la prussienne. CampĂ© fiĂšrement dans le coin du milord, cet homme dĂ©corĂ© laissait errer son regard sur les passants, qui souvent, Ă  Paris, recueillent ainsi d’agrĂ©ables sourires adressĂ©s Ă  de beaux yeux absents.
Le milord arrĂȘta dans la partie de la rue comprise entre la rue de Bellechasse et la rue de Bourgogne, Ă  la porte d’une grande maison nouvellement bĂątie sur une portion de la cour d’un vieil hĂŽtel Ă  jardin. On avait respectĂ© l’hĂŽtel, qui demeurait dans sa forme primitive au fond de la cour diminuĂ©e de moitiĂ©.
À la maniĂšre seulement dont le capitaine accepta les services du cocher pour descendre du milord, on eĂ»t reconnu le quinquagĂ©naire. Il y a des gestes dont la franche lourdeur a toute l’indiscrĂ©tion d’un acte de naissance. Le capitaine remit son gant jaune Ă  sa main droite, et, sans rien demander au concierge, se dirigea vers le perron du rez-de-chaussĂ©e de l’hĂŽtel d’un air qui disait : « Elle est Ă  moi ! » Les portiers de Paris ont le coup d’Ɠil savant, ils n’arrĂȘtent point les gens dĂ©corĂ©s, vĂȘtus de bleu, Ă  dĂ©marche pesante ; enfin ils connaissent les riches.
Ce rez-de-chaussĂ©e Ă©tait occupĂ© tout entier par M. le baron Hulot d’Ervy, commissaire ordonnateur sous la RĂ©publique, ancien intendant gĂ©nĂ©ral d’armĂ©e, et alors directeur d’une des plus importantes administrations du ministĂšre de la guerre, conseiller d’Etat, grand officier de la LĂ©gion d’honneur, etc., etc.
Ce baron Hulot s’était nommĂ© lui-mĂȘme d’Ervy, lieu de sa naissance, pour se distinguer de son frĂšre, le cĂ©lĂšbre gĂ©nĂ©ral Hulot, colonel des grenadiers de la garde impĂ©riale, que l’empereur avait créé comte de Forzheim, aprĂšs la campagne de 1809. Le frĂšre aĂźnĂ©, le comte, chargĂ© de prendre soin de son frĂšre cadet, l’avait, par prudence paternelle, placĂ© dans l’administration militaire oĂč, grĂące Ă  leurs doubles services, le baron obtint et mĂ©rita la faveur de NapolĂ©on. DĂšs 1807, le baron Hulot Ă©tait intendant gĂ©nĂ©ral des armĂ©es en Espagne.
AprĂšs avoir sonnĂ©, le capitaine bourgeois fit de grands efforts pour remettre en place son habit, qui s’était autant retroussĂ© par derriĂšre que par devant, poussĂ© par l’action d’un ventre piriforme. Admis aussitĂŽt qu’un domestique en livrĂ©e l’eut aperçu, cet homme important et imposant suivit le domestique, qui dit en ouvrant la porte du salon :
– M. Crevel !
En entendant ce nom, admirablement approprié à la tournure de celui qui le portait, une grande femme blonde, trÚs bien conservée, parut avoir reçu comme une commotion électrique et se leva.
– Hortense, mon ange, va dans le jardin avec ta cousine Bette, dit-elle vivement à sa fille, qui brodait à quelques pas d’elle.
AprĂšs avoir gracieusement saluĂ© le capitaine, Mlle Hortense Hulot sortit par une porte-fenĂȘtre, en emmenant avec elle une vieille fille sĂšche qui paraissait plus ĂągĂ©e que la baronne, quoiqu’elle eĂ»t cinq ans de moins.
– Il s’agit de ton mariage, dit la cousine Bette Ă  l’oreille de sa petite cousine Hortense, sans paraĂźtre offensĂ©e de la façon dont la baronne s’y prenait pour les renvoyer, en la comptant pour presque rien.
La mise de cette cousine eĂ»t, au besoin, expliquĂ© ce sans-gĂȘne.
Cette vieille fille portait une robe de mĂ©rinos, couleur raisin de Corinthe, dont la coupe et les lisĂ©rĂ©s dataient de la Restauration, une collerette brodĂ©e qui pouvait valoir trois francs, un chapeau de paille cousue Ă  coques de satin bleu bordĂ©es de paille comme on en voit aux revendeuses de la Halle. À l’aspect de souliers en peau de chĂšvre dont la façon annonçait un cordonnier du dernier ordre, un Ă©tranger aurait hĂ©sitĂ© Ă  saluer la cousine Bette comme une parente de la maison, car elle ressemblait tout Ă  fait Ă  une couturiĂšre en journĂ©e. NĂ©anmoins, la vieille fille ne sortit pas sans faire un petit salut affectueux Ă  M. Crevel, salut auquel ce personnage rĂ©pondit par un signe d’intelligence.
– Vous viendrez demain, n’est-ce pas, mademoiselle Fischer ? dit-il.
– Vous n’avez pas de monde ? demanda la cousine Bette.
– Mes enfants et vous, voilĂ  tout, rĂ©pliqua le visiteur.
– Bien, rĂ©pondit-elle, comptez alors sur moi.
– Me voici, madame, à vos ordres, dit le capitaine de la milice bourgeoise en saluant de nouveau la baronne Hulot.
Et il jeta sur Mme Hulot un regard comme Tartuffe en jette à Elmire, quand un acteur de province croit nécessaire de marquer les intentions de ce rÎle, à Poitiers ou à Coutances.
– Si vous voulez me suivre par ici, monsieur, nous serons beaucoup mieux que dans ce salon pour causer d’affaires, dit Mme Hulot en dĂ©signant une piĂšce voisine qui, dans l’ordonnance de l’appartement formait un salon de jeu.
Cette piĂšce n’était sĂ©parĂ©e que par une lĂ©gĂšre cloison du boudoir dont la croisĂ©e donnait sur le jardin, et Mme Hulot laissa M. Crevel seul pendant un moment, car elle jugea nĂ©cessaire de fermer la croisĂ©e et la porte du boudoir, afin que personne ne pĂ»t y venir Ă©couter. Elle eut mĂȘme la prĂ©caution de fermer Ă©galement la porte-fenĂȘtre du grand salon, en souriant Ă  sa fille et Ă  sa cousine, qu’elle vit Ă©tablies dans un vieux kiosque au fond du jardin. Elle revint en laissant ouverte la porte du salon de jeu, afin d’entendre ouvrir celle du grand salon, si quelqu’un y entrait. En allant et venant ainsi, la baronne, n’étant observĂ©e par personne, laissait dire Ă  sa physionomie toute sa pensĂ©e ; et qui l’aurait vue eĂ»t Ă©tĂ© presque Ă©pouvantĂ© de son agitation. Mais, en revenant de la porte d’entrĂ©e du grand salon au salon de jeu, sa figure se voila sous cette rĂ©serve impĂ©nĂ©trable que toutes les femmes, mĂȘme les plus franches, semblent avoir Ă  commandement.
Pendant ces prĂ©paratifs au moins singuliers, le garde national examinait l’ameublement du salon oĂč il se trouvait. En voyant les rideaux de soie, anciennement rouges, dĂ©teints en violet par l’action du soleil, et limĂ©s sur les plis par un long usage, un tapis d’oĂč les couleurs avaient disparu, des meubles dĂ©dorĂ©s et dont la soie marbrĂ©e de taches Ă©tait usĂ©e par bandes, des expressions de dĂ©dain, de contentement et d’espĂ©rance se succĂ©dĂšrent naĂŻvement sur sa plate figure de commerçant parvenu. Il se regardait dans la glace, par-dessus une vieille pendule Empire, en se passant lui-mĂȘme en revue, quand le frou-frou de la robe de soie lui annonça la baronne. Et il se remit aussitĂŽt en position.
AprĂšs s’ĂȘtre jetĂ©e sur un petit canapĂ©, qui certes avait Ă©tĂ© fort beau vers 1809, la baronne, indiquant Ă  Crevel un fauteuil dont les bras Ă©taient terminĂ©s par des tĂȘtes de sphinx bronzĂ©es dont la peinture s’en allait par Ă©cailles en laissant voir le bois par places, lui fit signe de s’asseoir.
– Ces prĂ©cautions que vous prenez, madame, seraient d’un charmant augure pour un

– Un amant, rĂ©pliqua-t-elle en interrompant le garde national.
– Le mot est faible, dit-il en plaçant sa main droite sur son cƓur et roulant des yeux qui font presque toujours rire une femme quand elle leur voit froidement une pareille expression ; amant ! amant ! dites ensorcelé 

Chapitre 2 De beau-pĂšre Ă  belle-mĂšre

– Écoutez, monsieur Crevel, reprit la baronne, trop sĂ©rieuse pour pouvoir rire, vous avez cinquante ans, c’est dix de moins que M. Hulot, je le sais ; mais, Ă  mon Ăąge, les folies d’une femme doivent ĂȘtre justifiĂ©es par la beautĂ©, par la jeunesse, par la cĂ©lĂ©britĂ©, par le mĂ©rite, par quelques-unes des splendeurs qui nous Ă©blouissent au point de nous faire tout oublier, mĂȘme notre Ăąge. Si vous avez cinquante mille livres de rente, votre Ăąge contre-balance bien votre fortune ; ainsi de tout ce qu’une femme exige, vous ne possĂ©dez rien

– Et l’amour ? dit le garde national en se levant et s’avançant, un amour qui

– Non, monsieur, de l’entĂȘtement ! dit la baronne en l’interrompant pour en finir avec cette ridiculitĂ©.
– Oui, de l’entĂȘtement et de l’amour, reprit-il, mais aussi quelque chose de mieux, des droits

– Des droits ? s’écria Mme Hulot, qui devint sublime de mĂ©pris, de dĂ©fi, d’indignation. Mais, reprit-elle, sur ce ton, nous ne finirons jamais, et je ne vous ai pas demandĂ© de venir ici pour causer de ce qui vous a fait bannir malgrĂ© l’alliance de nos deux familles

– Je l’ai cru

– Encore ! reprit-elle. Ne voyez-vous pas, monsieur, Ă  la maniĂšre leste et dĂ©gagĂ©e dont je parle d’amant, d’amour, de tout ce qu’il y a de plus scabreux pour une femme, que je suis parfaitement sĂ»re de rester vertueuse ? Je ne crains rien, pas mĂȘme d’ĂȘtre soupçonnĂ©e en m’enfermant avec vous. Est-ce lĂ  la conduite d’une femme faible ? Vous savez bien pourquoi je vous ai priĂ© de venir !

– Non, madame, rĂ©pliqua Crevel en prenant un air froid.
Il se pinça les lÚvres et se remit en position.
– Eh bien, je serai brĂšve pour abrĂ©ger notre mutuel supplice, dit la baronne Hulot en regardant Crevel.
Crevel fit un salut ironique dans lequel un homme du mĂ©tier eĂ»t reconnu les grĂąces d’un ancien commis voyageur.
– Notre fils a Ă©pousĂ© votre fille

– Et si c’était Ă  refaire !
 dit Crevel.
– Ce mariage ne se ferait pas, rĂ©pondit vivement la baronne, je m’en doute. NĂ©anmoins, vous n’avez pas Ă  vous plaindre. Mon fils est non seulement un des premiers avocats de Paris, mais encore le voici dĂ©putĂ© depuis un an, et son dĂ©but Ă  la Chambre est assez Ă©clatant pour faire supposer qu’avant peu de temps il sera ministre. Victorin a Ă©tĂ© nommĂ© deux fois rapporteur de lois importantes, et il pourrait dĂ©jĂ  devenir, s’il le voulait, avocat gĂ©nĂ©ral Ă  la cour de cassation. Si donc vous me donnez Ă  entendre que vous avez un gendre sans fortune

– Un gendre que je suis obligĂ© de soutenir, reprit Crevel, ce qui me semble pis, madame. Des cinq cent mille francs constituĂ©s en dot Ă  ma fille, deux cents ont passĂ© Dieu sait Ă  quoi !
 Ă  payer les dettes de monsieur votre fils, Ă  meubler mirobolamment sa maison, une maison de cinq cent mille francs qui rapporte Ă  peine quinze mille francs, puisqu’il en occupe la plus belle partie, et sur laquelle il redoit deux cent soixante mille francs. Le produit couvre Ă  peine les intĂ©rĂȘts de la dette. Cette annĂ©e, je donne Ă  ma fille une vingtaine de mille francs pour qu’elle puisse nouer les deux bouts. Et mon gendre, qui gagnait trente mille francs au Palais, disait-on, va nĂ©gliger le Palais pour la Chambre

– Ceci, monsieur Crevel, est encore un hors-d’Ɠuvre, et nous Ă©loigne du sujet. Mais, pour en finir lĂ -dessus, si mon fils devient ministre, s’il vous fait nommer officier de la LĂ©gion d’honneur et conseiller de prĂ©fecture Ă  Paris, pour un ancien parfumeur, vous n’aurez pas Ă  vous plaindre

– Ah ! nous y voici, madame. Je suis un Ă©picier, un boutiquier, un ancien dĂ©bitant de pĂąte d’amande, d’eau de Portugal, d’huile cĂ©phalique, on doit me trouver bien honorĂ© d’avoir mariĂ© ma fille unique au fils de M. le baron Hulot d’Ervy, ma fille sera baronne. C’est rĂ©gence, c’est Louis XV, Oeil-de-bƓuf ! c’est trĂšs bien
 J’aime CĂ©lestine comme on aime une fille unique, je l’aime tant, que, pour ne lui donner ni frĂšre ni sƓur, j’ai acceptĂ© tous les inconvĂ©nients du veuvage Ă  Paris (et dans la force de l’ñge, madame !), mais sachez bien que, malgrĂ© cet amour insensĂ© pour ma fille, je n’entamerai pas ma fortune pour votre fils, dont les dĂ©penses ne me paraissent pas claires, Ă  moi, ancien nĂ©gociant

– Monsieur, vous voyez en ce moment mĂȘme, au ministĂšre du Commerce, M. Popinot, un ancien droguiste de la rue des Lombards

– Mon ami, madame !
 dit le parfumeur retirĂ©; car, moi, CĂ©lestin Crevel, ancien premier commis du pĂšre CĂ©sar Birotteau, j’ai achetĂ© le fonds dudit Birotteau, beau-pĂšre de Popinot, lequel Popinot Ă©tait simple commis dans cet Ă©tablissement, et c’est lui qui me le rappelle, car il n’est pas fier (c’est une justice Ă  lui rendre) avec les gens bien posĂ©s et qui possĂšdent soixante mille francs de rente.
– Eh bien, monsieur, les idĂ©es que vous qualifiez par le mot rĂ©gence ne sont donc plus de mise Ă  une Ă©poque oĂč l’on accepte les hommes pour leur valeur personnelle ; et c’est ce que vous avez fait en mariant votre fille Ă  mon fils

– Vous ne savez pas comment s’est conclu ce mariage !
 s’écria Crevel. Ah ! maudite vie de garçon ! Sans mes dĂ©portements, ma CĂ©lestine serait aujourd’hui la vicomtesse Popinot !
– Mais, encore une fois, ne rĂ©criminons pas sur des faits accomplis, reprit Ă©nergiquement la baronne. Parlons du sujet de plainte que me donne votre Ă©trange conduite. Ma fille Hortense a pu se marier, le mariage dĂ©pendait entiĂšrement de vous, j’ai cru Ă  des sentiments gĂ©nĂ©reux chez vous, j’ai pensĂ© que vous auriez rendu justice Ă  une femme qui n’a jamais eu dans le cƓur d’autre image que celle de son mari, que vous auriez reconnu la nĂ©cessitĂ© pour elle de ne pas recevoir un homme capable de la compromettre, et que vous vous seriez empressĂ©, par honneur pour la famille Ă  laquelle vous vous ĂȘtes alliĂ©, de favoriser l’établissement d’Hortense avec M. le conseiller Lebas
 Et vous, monsieur, vous avez fait manquer ce mariage

– Madame, rĂ©pondit l’ancien parfumeur, j’ai agi en honnĂȘte homme. On est venu me demander si les deux cent mille francs de dot attribuĂ©s Ă  Mlle Hortense seraient payĂ©s. J’ai rĂ©pondu textuellement ceci : « Je ne le garantirais pas. Mon gendre, Ă  qui la famille Hulot a constituĂ© cette somme en dot, avait des dettes, et je crois que, si M. Hulot d’Ervy mourait demain, sa veuve serait sans pain. » VoilĂ , belle dame.
– Auriez-vous tenu ce langage, monsieur, demanda Mme Hulot en regardant fixement Crevel, si pour vous j’eusse manquĂ© Ă  mes devoirs ?
– Je n’aurais pas eu le droit de le dire, chĂšre Adeline, s’écria ce singulier amant en coupant la parole Ă  la baronne, car vous trouveriez la dot dans mon portefeuille

Et, joignant la preuve Ă  la parole, le gros Crevel mit un genou en terre et baisa la main de Mme Hulot, en la voyant plongĂ©e par ces paroles dans une muette horreur qu’il prit pour de l’hĂ©sitation.
– Acheter le bonheur de ma fille au prix de ?
 Oh ! levez-vous, monsieur, ou je sonne

L’ancien parfumeur se releva trĂšs difficilement. Cette circonstance le rendit si furieux, qu’il se remit en position. Presque tous les hommes affectionnent une posture par laquelle ils croient faire ressortir tous les avantages dont les a douĂ©s la nature. Cette attitude, chez Crevel, consistait Ă  se croiser les bras Ă  la NapolĂ©on, en mettant sa tĂȘte de trois quarts, et jetant son regard comme le peintre le lui faisait lancer dans son portrait, c’est-Ă -dire Ă  l’horizon.
– Conserver, dit-il avec une fureur bien jouĂ©e, conserver sa foi Ă  un libert

–...

Table of contents

  1. Titre
  2. Chapitre 1 - OĂč la passion va-t-elle se nicher ?
  3. Chapitre 2 - De beau-pĂšre Ă  belle-mĂšre
  4. Chapitre 3 - Josépha
  5. Chapitre 4 - Attendrissement subit du parfumeur
  6. Chapitre 5 - Comment on peut marier les belles filles sans fortune
  7. Chapitre 6 - Le capitaine perd la bataille
  8. Chapitre 7 - Une belle vie de femme
  9. Chapitre 8 - Hortense
  10. Chapitre 9 - Un caractĂšre de vieille fille
  11. Chapitre 10 - L’amoureux de Bette
  12. Chapitre 11 - Entre vieille et jeune fille
  13. Chapitre 12 - M. Le Baron Hector Hulot d’Ervy
  14. Chapitre 13 - Le Louvre
  15. Chapitre 14 - OĂč l’on voit que les jolies femmes se trouvent sous les pas des libertins comme les dupes vont au-devant des fripons
  16. Chapitre 15 - Le ménage Marneffe
  17. Chapitre 16 - La mansarde des artistes
  18. Chapitre 17 - Histoire d’un exilĂ©
  19. Chapitre 18 - Aventure d’une araignĂ©e qui trouve dans sa toile une belle mouche trop grosse pour elle
  20. Chapitre 19 - Comment on se quitte au treiziĂšme arrondissement
  21. Chapitre 20 - Une de perdue, une de retrouvée
  22. Chapitre 21 - Le roman de la fille
  23. Chapitre 22 - Laissez faire les jeunes filles
  24. Chapitre 23 - Une entrevue
  25. Chapitre 24 - OĂč le hasard, qui se permet souvent des romans vrais, mĂšne trop bien les choses pour qu’elles aillent longtemps ainsi
  26. Chapitre 25 - Stratégie de Marneffe
  27. Chapitre 26 - Terrible indiscrétion
  28. Chapitre 27 - Confidences suprĂȘmes
  29. Chapitre 28 - Transformation de la Bette
  30. Chapitre 29 - De la vie et des opinions de M. Crevel
  31. Chapitre 30 - Suite du précédent
  32. Chapitre 31 - DerniĂšre tentative de Caliban sur Ariel
  33. Chapitre 32 - La vengeance manquée
  34. Chapitre 33 - Comment se font beaucoup de contrats de mariage
  35. Chapitre 34 - Un magnifique exemplaire de séide
  36. Chapitre 35 - OĂč la queue des romans ordinaires se trouve au milieu de cette histoire trop vĂ©ridique, assez anacrĂ©ontique et terriblement morale
  37. Chapitre 36 - Les deux nouvelles mariées
  38. Chapitre 37 - RĂ©flexions morales sur l’immoralitĂ©
  39. Chapitre 38 - OĂč l’on voit l’effet des opinions de Crevel
  40. Chapitre 39 - Le bel Hulot démantelé
  41. Chapitre 40 - Une des sept plaies de Paris
  42. Chapitre 41 - Espérances de la cousine Bette
  43. Chapitre 42 - A quelles extrémités les libertins réduisent leurs femmes légitimes
  44. Chapitre 43 - La famille attristée
  45. Chapitre 44 - Le dĂźner
  46. Chapitre 45 - Un revenant Ă  revenu
  47. Chapitre 46 - A quel Ăąge les hommes Ă  bonnes fortunes deviennent jaloux
  48. Chapitre 47 - Une premiÚre scÚne de haute comédie féminine
  49. Chapitre 48 - ScĂšne digne des loges
  50. Chapitre 49 - DeuxiÚme scÚne de haute comédie féminine
  51. Chapitre 50 - Crevel se venge
  52. Chapitre 51 - La petite maison du sieur Crevel
  53. Chapitre 52 - Deux confrÚres de la grande confrérie des confrÚres
  54. Chapitre 53 - Deux vrais enragés buveurs
  55. Chapitre 54 - Autre vue d’un mĂ©nage lĂ©gitime
  56. Chapitre 55 - Ce qui fait les grands artistes
  57. Chapitre 56 - Effet de la lune de miel dans les arts
  58. Chapitre 57 - De la sculpture
  59. Chapitre 58 - OĂč l’on voit la puissance de ce grand dissolvant social, la misĂšre
  60. Chapitre 59 - Considérations sur les mouches
  61. Chapitre 60 - Une belle entrée
  62. Chapitre 61 - Des Polonais en général et de Steinbock en particulier
  63. Chapitre 62 - Commentaires sur l’histoire de Dalila
  64. Chapitre 63 - Jeune, artiste et Polonais que vouliez-vous qu’il fit ?
  65. Chapitre 64 - Retour au logis
  66. Chapitre 65 - Le premier coup de poignard
  67. Chapitre 66 - La premiĂšre querelle de la vie conjugale
  68. Chapitre 67 - Un soupçon suit toujours le premier coup de poignard
  69. Chapitre 68 - Un enfant trouvé
  70. Chapitre 69 - Second pĂšre de la chambre Marneffe
  71. Chapitre 70 - Différence entre la mÚre et la fille
  72. Chapitre 71 - TroisiĂšme pĂšre de la chambre Marneffe
  73. Chapitre 72 - Les cinq pĂšres de l’église Marneffe
  74. Chapitre 73 - Exploitation au pĂšre
  75. Chapitre 74 - Un triste bonheur
  76. Chapitre 75 - Quels ravages font les madame Marneffe au sein des familles
  77. Chapitre 76 - RĂ©sumĂ© de l’histoire des favorites
  78. Chapitre 77 - Audace d’un des cinq pùres
  79. Chapitre 78 - Autre sommation
  80. Chapitre 79 - La porte au nez
  81. Chapitre 80 - Un réveil
  82. Chapitre 81 - Son, recoupe et recoupette
  83. Chapitre 82 - Opération chirurgicale
  84. Chapitre 83 - Réflexions morales
  85. Chapitre 84 - Fructus Belli, tout retombe sur le ministĂšre de la guerre
  86. Chapitre 85 - Autre désastre
  87. Chapitre 86 - Autre toilette
  88. Chapitre 87 - Une courtisane sublime
  89. Chapitre 88 - Crevel professe
  90. Chapitre 89 - OĂč la fausse courtisane se rĂ©vĂšle une sainte
  91. Chapitre 90 - Autre guitare
  92. Chapitre 91 - Un trait du maréchal Hulot
  93. Chapitre 92 - La mercuriale du prince
  94. Chapitre 93 - TrĂšs court duel entre le marĂ©chal Hulot, comte de Forzheim, et Son Excellence monseigneur le marĂ©chal Cottin, prince de Wissembourg, duc d’Orfano, ministre de la guerre.
  95. Chapitre 94 - Théorie des canards
  96. Chapitre 95 - La mercuriale du frĂšre
  97. Chapitre 96 - Un bel enterrement
  98. Chapitre 97 - Départ du pÚre prodigue
  99. Chapitre 98 - OĂč JosĂ©pha disparaĂźt
  100. Chapitre 99 - Une agrafe
  101. Chapitre 100 - Le legs du Maréchal
  102. Chapitre 101 - Grands changements
  103. Chapitre 102 - L’EpĂ©e de DamoclĂšs
  104. Chapitre 103 - L’ami du baron Hulot
  105. Chapitre 104 - Le vice et la vertu
  106. Chapitre 105 - Liquidation de la maison Thoul et Bijou
  107. Chapitre 106 - L’ange et le dĂ©mon chassant de compagnie
  108. Chapitre 107 - Autre démon
  109. Chapitre 108 - La police
  110. Chapitre 109 - Changement du pĂšre Thoul en pĂšre Thorec
  111. Chapitre 110 - Une scĂšne de famille
  112. Chapitre 111 - Une autre scĂšne de famille
  113. Chapitre 112 - Effet de chantage
  114. Chapitre 113 - Combabus
  115. Chapitre 114 - Un dĂźner de lorettes
  116. Chapitre 115 - OĂč l’on voit Mme Nourrisson Ă  l’ouvrage
  117. Chapitre 116 - Ce qu’est une petite maison en 1840
  118. Chapitre 117 - DerniÚre scÚne de haute comédie féminine
  119. Chapitre 118 - La vengeance tombe sur Valérie
  120. Chapitre 119 - Le frĂšre quĂȘteur
  121. Chapitre 120 - Propos de médecin
  122. Chapitre 121 - Le doigt de Dieu et celui du Brésilien
  123. Chapitre 122 - Le dernier mot de Valérie
  124. Chapitre 123 - Les derniers mots de Crevel
  125. Chapitre 124 - Un des cotés de la spéculation
  126. Chapitre 125 - OĂč l’on ne dit pas pourquoi tous les fumistes de Paris sont Italiens
  127. Chapitre 126 - La nouvelle Atala tout aussi sauvage que l’autre et pas aussi catholique
  128. Chapitre 127 - Continuation du précédent
  129. Chapitre 128 - Une reconnaissance
  130. Chapitre 129 - Le dernier mot d’Atala
  131. Chapitre 130 - Retour du pĂšre prodigue
  132. Chapitre 131 - Eloge de l’oubli
  133. Chapitre 132 - Un dénouement atroce, réel et vrai

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