Section 1
Une introduction
Adopter une approche critique en Ă©tudes du dĂ©veloppement suppose de repenser les thĂ©ories et les pratiques du dĂ©veloppement, de rĂ©examiner les concepts servant Ă dĂ©crire le monde rĂ©el, mais aussi les hypothĂšses et les croyances derriĂšre ces concepts. Cela suppose aussi de revoir les thĂ©ories formulĂ©es afin dâexpliquer les rĂ©alitĂ©s de lâordre Ă©tabli, en particulier les inĂ©galitĂ©s structurelles et les injustices profondĂ©ment enracinĂ©es. Lâanalyse sociale critique est scientifique dans le sens le plus large du terme, car la rĂ©alitĂ© sert de base Ă la thĂ©orie et cette derniĂšre est ensuite mise Ă lâĂ©preuve au moyen de nouvelles recherches empiriques. Elle se montre toutefois critique Ă lâĂ©gard des grands rĂ©cits explicatifs (idĂ©ologies) qui dĂ©crivent la structure sociale de maniĂšre Ă prĂ©senter les « perdants » de lâentreprise sociale comme les complices de leur propre exploitation parce quâils ont Ă©tĂ© socialisĂ©s Ă accepter la supĂ©rioritĂ© des « gagnants ». Lâun des buts dâune approche critique en Ă©tudes du dĂ©veloppement consiste justement Ă rĂ©vĂ©ler la fonction sociale de ces rĂ©cits et les contrevĂ©ritĂ©s fondamentales quâils transmettent au sujet de la rĂ©alitĂ© sociale.
Le premier module de cette section retrace lâĂ©volution des thĂ©ories du dĂ©veloppement. Il examine les concepts fondamentaux et les idĂ©es maĂźtresses du changement et du dĂ©veloppement, puis il rĂ©vĂšle leur application dans les analyses et dans les pratiques. Il sâagit lĂ dâune tĂąche essentielle parce que ces concepts et ces idĂ©es façonnent profondĂ©ment la maniĂšre dont nous percevons la problĂ©matique du dĂ©veloppement, dĂ©terminons la forme dâanalyse appropriĂ©e et envisageons lâaction sociale possible, voire souhaitable. Trop souvent, ces concepts et ces idĂ©es ne proviennent pas dâune dĂ©marche scientifique de confrontation continue entre les thĂ©ories et les faits. Ils dĂ©coulent plutĂŽt dâune idĂ©ologie formulĂ©e afin de justifier lâascendance et la domination dâune classe sociale ou dâun groupe, dâouvrir la porte Ă lâappropriation des ressources par cette classe ou ce groupe et de motiver la dĂ©possession structurelle des classes ou des groupes subalternes.
Dans le module 27, Anthony OâMalley explore ce thĂšme en examinant les principales conceptions du dĂ©veloppement et les principales formes dâanalyse critique. Sa question centrale concerne les concepts de structures sociales et dâaction sociale. Le terme « structure » dĂ©signe la maniĂšre dont la sociĂ©tĂ© est organisĂ©e, y compris les pratiques institutionnelles qui façonnent les comportements sociaux et qui dĂ©terminent les limites des actions individuelles ou des stratĂ©gies sociales dictĂ©es par la conscience. Bien quâil soit possible dâenvisager le « dĂ©veloppement » comme le rĂ©sultat des actions sociales entreprises en empruntant les « passages » ouverts Ă lâintĂ©rieur des structures sociales et institutionnelles, les analystes ou les chercheurs ont tendance Ă mettre lâaccent sur lâune ou lâautre de ces deux dimensions.
Lâanalyse du dĂ©veloppement peut se faire dans une perspective stratĂ©gique : le dĂ©veloppement est alors considĂ©rĂ© comme le rĂ©sultat des actions conscientes dâun acteur ou agent ; il devient une question de buts, de moyens et dâactions sociales. Les analyses et les thĂ©ories adoptant une perspective stratĂ©gique ont gĂ©nĂ©ralement tendance Ă minimiser lâimportance et les caractĂ©ristiques de la structure sociale qui dĂ©terminent ou conditionnent les actions. Elles privilĂ©gient plutĂŽt la libertĂ©, le dĂ©sir, la volontĂ©, les buts et les objectifs des individus. Cette conception des ĂȘtres humains Ă lâĆuvre dans la sociĂ©tĂ© est souvent appelĂ©e le volontarisme.
Lâanalyse du dĂ©veloppement peut Ă©galement se faire dans une perspective structurelle : le dĂ©veloppement est alors considĂ©rĂ© comme le rĂ©sultat de forces Ă©chappant au contrĂŽle des individus et dĂ©coulant des structures sociales et institutionnelles. Certaines thĂ©ories privilĂ©gient lâintentionnalitĂ©, les actions et les stratĂ©gies des individus. Elles mettent lâaccent sur les comportements orientĂ©s vers des buts et sur les instruments que se donnent les individus ou les petits groupes afin dâatteindre ces buts. Câest ce que signifie la notion dâ« action sociale ». La perspective structurelle Ă©tudie donc les actions sociales et les acteurs sociaux crĂ©ateurs de lâorganisation sociale, laquelle rĂ©sulte de la combinaison des dĂ©sirs et des buts des individus exprimĂ©s dans un contexte oĂč Ă©voluent dâautres acteurs individuels agissant de maniĂšre dĂ©libĂ©rĂ©e.
Les auteurs du prĂ©sent recueil adoptent une approche critique pour proposer une rĂ©flexion rigoureuse sur les interactions complexes et incroyablement dynamiques entre les individus et la sociĂ©tĂ©, entre lâaction sociale et les structures sociales. Ils soulignent constamment lâimportance du conditionnement et, Ă divers degrĂ©s selon les auteurs, les aspects dĂ©terminants des structures sociales et des processus connexes du changement et du dĂ©veloppement dans un lieu prĂ©cis et Ă une Ă©poque donnĂ©e. Ils peuvent ainsi examiner les inĂ©galitĂ©s structurelles clairement prĂ©sentes dans les rapports de production et Ă©tudier les relations de pouvoir qui dĂ©terminent les expĂ©riences, les chances et les possibilitĂ©s dâĂ©panouissement des individus : bref, « qui obtient quoi ». Lâanalyse structurelle est la seule mĂ©thode efficace pour apprĂ©hender lâexistence trĂšs rĂ©elle dâune structure mondiale au sein de laquelle Ă©voluent les peuples de tous les pays, une structure qui dĂ©limite et conditionne en grande partie les trajectoires possibles pour le dĂ©veloppement individuel ou collectif.
Lâextrait suivant, tirĂ© du texte « Gregory Mankiw ou le Tao du nĂ©oconservatisme », illustre bien le pouvoir de lâidĂ©ologie dans lâanalyse du dĂ©veloppement. DâaprĂšs cet extrait, Mankiw, lâun des Ă©conomistes les plus rĂ©putĂ©s de notre Ă©poque, manifeste une profonde ignorance de la rĂ©alitĂ© empirique, en particulier celle du « vrai monde » des sociĂ©tĂ©s en dĂ©veloppement. Son ignorance aurait de quoi surprendre si elle nâĂ©tait parfaitement comprĂ©hensible dans son cadre idĂ©ologique. En fait, lâidĂ©ologie de Mankiw a pour effet global â et mĂȘme pour but, dirait-on moins charitablement â de recouvrir dâun voile dâidĂ©es fausses la situation rĂ©elle du monde en fournissant une sorte de fable sociale pour justifier les configurations, les politiques et les actions sociales qui, une fois soumises Ă la vĂ©rification dâune analyse critique plus attentive, apparaissent dans toute leur vĂ©ritĂ© : des rĂ©gimes politiques et des actions sociales servant les intĂ©rĂȘts de la minoritĂ© â les riches et les dominants â au dĂ©triment de la majoritĂ© â les pauvres et les dominĂ©s.
Gregory Mankiw ou le Tao du néoconservatisme par Gilles Raveaud
Peut-ĂȘtre nâavez-vous jamais entendu parler de Gregory Mankiw. Pourtant, ce professeur dâĂ©conomie de Harvard et ancien conseiller de George W. Bush est reconnu comme lâun des plus brillants Ă©conomistes de notre gĂ©nĂ©ration. Câest aussi lâun des propagandistes les plus efficaces et les plus talentueux de notre Ă©poque. Sa cible : les jeunes Ă©tudiants dâĂ©conomie. Son champ dâaction : les universitĂ©s du monde entier. Son arme : le manuel le plus vendu au monde, 36 chapitres et 800 pages de jolis graphiques en couleurs, de rĂ©cits captivants et dâanecdotes intĂ©ressantes.
Le plus troublant dans ce manuel câest que Mankiw y prĂ©sente lâĂ©conomie comme une discipline unifiĂ©e, entiĂšrement vouĂ©e au programme appelĂ© le [âŠ] « nĂ©olibĂ©ralisme ». Mankiw pense que le marchĂ© offre la solution universelle [âŠ] Si un problĂšme persiste, câest uniquement pour lâune des deux raisons suivantes : ou bien le marchĂ© est imparfait ou bien il est inexistant [âŠ].
Pour [âŠ] Mankiw, le chĂŽmage existe uniquement en raison [âŠ] des prestations de chĂŽmage, des syndicats et du salaire minimum. En fait, de tels instruments de « protection » sociale accentuent le chĂŽmage. Mankiw expose sa vision comme si elle faisait consensus parmi les Ă©conomistes. En rĂ©alitĂ©, un bon nombre dâentre eux admettent que le marchĂ© du travail est un « marchĂ© » trĂšs particulier. En effet, le prix du produit quâest la main-dâĆuvre â le salaire â nâest pas fixĂ© de la mĂȘme maniĂšre que le prix des autres « biens » [âŠ] par les forces de la concurrence sâexprimant dans le jeu de lâoffre et de la demande.
La pollution offre un autre exemple des imperfections du marchĂ© ou, dans certains cas, dâun marchĂ© inexistant. Mankiw reconnaĂźt que, parfois, le marchĂ© ne garantit pas que lâenvironnement reste propre ; il en rĂ©sulte alors une pollution excessive (que les Ă©conomistes appellent, en termes techniques, une « externalitĂ© nĂ©gative »). Mais oĂč se trouve la solution ? Selon Mankiw, il suffit de dĂ©finir le droit de polluer comme une forme de propriĂ©tĂ© susceptible de faire lâobjet dâun commerce â ce qui revient Ă transformer la pollution en marchandise et Ă Ă©tablir un systĂšme dâĂ©change pour en assurer le commerce. Les autoritĂ©s publiques accordent alors Ă des entreprises polluantes des « permis de polluer » (qui les autorisent Ă produire une certaine quantitĂ© de pollution). Les entreprises achĂštent et vendent ces permis sur le marchĂ©, selon la quantitĂ© de pollution quâelles comptent produire durant lâannĂ©e. Moins il y a de permis, plus leur prix est Ă©levĂ©, donc plus lâincitation Ă rĂ©duire la pollution devient forte [âŠ] Le problĂšme tient au fait que Mankiw [âŠ] minimise le rĂŽle des rĂšglements que le gouvernement met en place pour rĂ©gir la production polluante, diminuer la consommation ou gĂ©rer les dĂ©chets. Il ne soulĂšve pas davantage la possibilitĂ© dâutiliser les Ă©nergies renouvelables. Mankiw soutient mĂȘme que nous ne sommes pas en train dâĂ©puiser nos ressources parce que, si tel Ă©tait le cas, le prix du pĂ©trole serait beaucoup plus Ă©levĂ©. Le changement climatique est un autre problĂšme crucial, imputable Ă la croissance constante de lâactivitĂ© Ă©conomique, qui ne mĂ©rite mĂȘme pas une mention dans lâindex de son manuel.
Dans le chapitre oĂč il traite de la croissance, Mankiw aborde seulement deux forces de production : le capital et le travail. Il nây est fait aucune mention de la connaissance ou de la technologie en tant que forces de production. Les travailleurs et les entreprises nâutilisent pas la terre ou lâĂ©lectricitĂ©, le gaz ou le charbon [âŠ] LâĂ©nergie et les ressources naturelles Ă©tant absentes du modĂšle de Mankiw, elles ne peuvent poser problĂšme â du moins, pour les Ă©conomistes.
[âŠ] Puisque le marchĂ© est un bon moyen dâorganiser lâactivitĂ© Ă©conomique, lâoffre et la demande sont Ă peu prĂšs tout ce quâil faut savoir de lâĂ©conomie. Tout ce que vous dĂ©sirez, vous pouvez lâacheter sur le marchĂ©, quâil sâagisse de tomates, dâun logement, dâune voiture ou de soins de santĂ©. VoilĂ pour la demande. De lâautre cĂŽtĂ© [âŠ], les entreprises se livrent concurrence pour offrir aux consommateurs les derniĂšres nouveautĂ©s en fait de vĂȘtements, de logements ou de tĂ©lĂ©phones cellulaires. VoilĂ pour lâoffre. Lorsque lâoffre dĂ©passe la demande, les prix diminuent [âŠ] Lorsque la demande dĂ©passe lâoffre, les prix augmentent (p. ex. une guerre en CĂŽte dâIvoire rĂ©duit lâoffre de cacao) [âŠ].
Mankiw habitue ses lecteurs Ă accorder une place centrale Ă lâidĂ©e des choix et des dĂ©sirs individuels. Il emploie rarement les termes « les pauvres » et « les riches ». Fait plus surprenant, il ne mentionne aucunement le pouvoir des grandes entreprises [âŠ]. Câest que le monde de Mankiw se compose de petites entreprises fonctionnant Ă lâintĂ©rieur dâun marchĂ© parfaitement concurrentiel [âŠ].
Mankiw minimise les inĂ©galitĂ©s, mĂȘme si lâĂ©cart grandissant entre riches et pauvres depuis une dĂ©cennie retient lâattention de plus en plus dâĂ©conomistes, mĂȘme de ceux du courant dominant [âŠ] Il est Ă©vident [âŠ] que le vĂ©ritable intĂ©rĂȘt de Mankiw nâest pas de former les Ă©tudiants afin quâils saisissent les complexitĂ©s de lâĂ©conomie, mais plutĂŽt de façonner les esprits [âŠ] des citoyens et futurs leaders partout dans le monde. Le mĂ©tathĂ©orĂšme qui traverse tout son manuel est celui du volontarisme : il nâexiste aucune structure sociale globale et dĂ©terminante. Le monde se compose plutĂŽt dâune foule dâindividus isolĂ©s, acteurs de leur propre destin, poussĂ©s par leurs dĂ©sirs, le tout formant un systĂšme sui generis. Dans ce [âŠ] monde fantasmĂ©, la justice et lâĂ©quitĂ© rĂšgnent : chacun obtient ce quâil mĂ©rite et peut librement faire des choix dans un contexte dâĂ©galitĂ© des chances. Câest aussi un monde oĂč, grĂące Ă la magie du marchĂ©, de lâentreprise privĂ©e et du droit de propriĂ©tĂ©, le niveau de vie augmente sans cesse. « Câest un monde merveilleux. » En fait, ce serait le cas, si seulement ce monde existait.
Module 1
LâĂ©volution dâune idĂ©e
Une approche critique en études du développement
Jane Parpart
Université Dalhousie, Canada ; Université des Antilles, Jamaïque
Henry Veltmeyer
UniversitĂ© Saint Maryâs, Canada ; UniversitĂ© autonome de Zacatecas, Mexique
Selon Wolfgang Sachs (1992), lâidĂ©e du « dĂ©veloppement » a vu le jour dans le cadre dâun projet gĂ©opolitique visant Ă Ă©loigner du communisme les pays libĂ©rĂ©s du joug colonial et Ă les guider vers la voie capitaliste dĂ©jĂ tracĂ©e par les dĂ©mocraties dâEurope occidentale et dâAmĂ©rique du Nord. Dans ce contexte, Tucker (1999) parle du dĂ©veloppement comme dâune forme dâimpĂ©rialisme culturel, câest-Ă -dire le fait dâimposer une idĂ©e pour protĂ©ger les intĂ©rĂȘts de la domination impĂ©riale. Quoi quâil en soit, il est possible de distinguer six « dĂ©cennies de dĂ©veloppement » qui sâĂ©chelonnent de 1948, date Ă laquelle le prĂ©sident Truman a lancĂ© son programme en quatre points, jusquâĂ nos jours. Dans ce module, les auteurs retracent lâĂ©volution des idĂ©es qui ont Ă©tĂ© associĂ©es au projet du dĂ©veloppement durant toutes ces dĂ©cennies. Ils examinent les contextes changeants qui ont façonnĂ© ces idĂ©es, puis entraĂźnĂ© des transformations notables dans les thĂ©ories et les pratiques (voir lâarticle de Parpart et Veltmeyer [2004] consacrĂ© entiĂšrement Ă ce thĂšme).
1. Ă lâorigine de lâidĂ©e du dĂ©veloppement : les thĂ©ories des annĂ©es 1950 et 1960
Comme domaine dâĂ©tudes ou comme projet gĂ©opolitique des gouvernements et des organisations internationales, « le dĂ©veloppement » apparaĂźt Ă la fin des annĂ©es 1940 sous la forme de deux grands courants. Des thĂ©oriciens comme Walter Rostow (1960) et sir Arthur Lewis (1954), qui sâintĂ©ressent au « dĂ©veloppement Ă©conomique » Ă lâintĂ©rieur du systĂšme capitaliste, dominent alors la thĂ©orie et la pratique. Des Ă©conomistes politiques marxistes comme Paul Baran (1957) et des « structuralistes latino-amĂ©ricains » comme RaĂșl Prebisch et Fernando Cardoso ont moins dâinfluence dans les milieux du dĂ©veloppement, mais ils jettent tout de mĂȘme les bases des perspectives critiques qui Ă©mergeront dans les annĂ©es 1970 (voir Ă ce sujet les modules 5 Ă 7).
Plusieurs facteurs ont créé un contexte propice Ă lâĂ©volution de la thĂ©orie du dĂ©veloppement, quâil sâagisse des mouvements de lutte anticoloniale et des mouvements nationalistes connexes, de lâĂ©mergence dâun affrontement idĂ©ologique Est-Ouest ou encore de la guerre froide. De plus, le cadre institutionnel des accords de Bretton Woods, qui a dĂ©fini « lâordre Ă©conomique mondial », a favorisĂ© une pĂ©riode de croissance sans prĂ©cĂ©dent. Dâailleurs, des historiens français ont appelĂ© cette longue pĂ©riode « les Trente Glorieuses » et dâautres auteurs lâont cĂ©lĂ©brĂ©e en la qualifiant dâ« Ăąge dâor du capitalisme » (Marglin et Schor, 1990).
Dans ce contexte gĂ©opolitique et dans ce cadre institutionnel, le dĂ©veloppement reprĂ©sente, sur le plan des conditions matĂ©rielles, un progrĂšs relatif de la croissance Ă©conomique par habitant et, sur le plan des structures, il signifie lâindustrialisation et la modernisation. Conçu ainsi, le dĂ©veloppement prĂ©sente les caractĂ©ristiques suivantes : 1) une augmentation des taux dâĂ©pargne et dâinvestissement, câest-Ă -dire lâaccumulation du capital physique et financier ; 2) lâinvestissement de ce capital dans lâindustrie : chaque unitĂ© de capital investi rapporte, en thĂ©orie, jusquâĂ cinq fois le rendement du capital investi en agriculture, ce qui a des effets multiplicateurs importants sur les revenus et les emplois ; 3) en lâabsence dâune classe capitaliste endogĂšne forte, lâĂtat assure les « fonctions fondamentales du capital » dans le processus de production, câest-Ă -dire lâinvestissement, lâentrepreneuriat et la gestion ; 4) la nationalisation dâentreprises dans des industries et des secteurs stratĂ©giques ; 5) lâorientation interne de la production qui, avec lâaugmentation des salaires sur une longue pĂ©riode, permet lâexpansion du marchĂ© intĂ©rieur ; 6) la rĂ©glementation des marchĂ©s, intĂ©rieurs et autres, ainsi que la protection ou le versement de subventions pour les entreprises produisant pour le marchĂ© intĂ©rieur, ce qui les met Ă lâabri de la concurrence mondiale ; et 7) la modernisation de lâĂtat, des appareils de production et des institutions sociales afin de les rĂ©orienter vers des valeurs et des normes fonctionnelles pour assurer la croissance Ă©conomique.
2. La protection du capitalisme contre lui-mĂȘme : une dĂ©cennie de rĂ©formes
Durant les annĂ©es 1970, dans le contexte dâune crise de la production gĂ©nĂ©ralisĂ©e, le projet du ...