4.1 Flexion nominale
En ce qui concerne la flexion nominale, le roumain se distingue des autres langues romanes par un inventaire plus riche, dont les éléments caractéristiques sont le genre neutre et le vocatif des substantifs, ainsi que les formes spécifiques du génitif-datif fém.sg.
La formation du nominatif-accusatif des substantifs masculins et féminins ressemble à celle de l’italien : Le modèle de la deuxième déclinaison latine se retrouve dans une grande partie des substantifs masculins : sg. consonantique dû à la chute du -u final et pluriel en -i [i] (bărbat, pl. bărbaţi ‘homme’). La première déclinaison latine s’est perpétuée dans une grande partie des noms féminins : sg. -ă, pl. -e (casă, pl. case ‘maison’). On retrouve également des éléments de la troisième déclinaison dans la flexion des masculins et des féminins : sg. -e et pluriel non-étymologique -i [i] (masc. frate, pl. fraţi ‘frère’, fém. floare, pl. flori ‘fleur’). Le pluriel en -i a remplacé également la désinence étymologique -e dans de nombreux substantifs féminins dont le sg. se termine en -ă (poartă, pl. porţi ‘porte’). Ce phénomène se répand progressivement dans la langue actuelle (şcoală, pl. şcoli ‘école’, tandis qu’au début du XXe siècle la forme usitée était şcoale ; ciocolată ‘chocolat’, pl. ciocolate, dans la langue parlée aussi ciocolăţi).
Parmi les types flexionnels moins fréquents, on peut signaler les féminins à finale accentuée (-á, -eá) avec un pluriel en -le. Ils trouvent leur origine dans les féminins latins en -ELLA (lat. STELLA, STELLAE) : roum. stea, pl. stele ‘étoile’. Cette classe flexionnelle s’est enrichie surtout par des emprunts au turc (cafea, pl. cafele ‘café’, para, pl. parale ‘petite monnaie’).
Le genre neutre est une particularité des substantifs inanimés. Du point de vue synchronique, on peut le qualifier d’ « ambigène », sa flexion étant respectivement masculine au singulier et féminine au pluriel. Le pluriel prend les désinences -e (forme non-étymologique, issue de la désinence ancienne -ă < lat. -A) ou-uri (< lat. -ORA par le biais de la forme ancienne -ure, bien attestée encore au XVIe siècle) : tunet, pl. tunete ‘tonnerre’, loc, pl. locuri ‘lieu’. Les désinences du pluriel neutre sont un des éléments caractéristiques qui rapprochent le roumain des dialectes italiens centraux et méridionaux.
Il n’existe pas de flexion propre au neutre en dehors de celle des substantifs ; les déterminants d’un substantif neutre sg. sont masculins, ceux d’un neutre pl. sont féminins.
Les substantifs animés ont des formes spécifiques du vocatif : masc. -e/-ule, fém. -o : băiete !/băiatule ! ‘garçon !’, ...