Spaak et les Etats baltes 1939-1991
eBook - ePub

Spaak et les Etats baltes 1939-1991

  1. 168 pages
  2. French
  3. ePUB (adaptée aux mobiles)
  4. Disponible sur iOS et Android
eBook - ePub

Spaak et les Etats baltes 1939-1991

À propos de ce livre

L'ouvrage est publié à l'occasion de la présidence par la Lituanie du Conseil de l'Union européenne dans la seconde moitié de 2013 et par la Lettonie dans la première moitié de 2015.Premier du genre sur cette thématique, il dérive à la fois d'une initiative personnelle et d'un intérêt scientifique.Les historiens n'ont manifesté jusqu'à présent aucun intérêt pour l'histoire des relations de la Belgique avec les pays baltes entre 1920 et 1991. Notre contribution constitue donc une première, sur base d'archives inédites se révélant pourtant très riches et significatives.Les relations de la Belgique avec les Etats baltes dans la seconde moitié du XXe siècle éclairent d'un jour nouveau les relations belgo-soviétiques pendant la Seconde guerre mondiale et la guerre froide. Elles permettent de mieux comprendre les orientations de la politique étrangère adoptées par Paul-Henri Spaak pendant la guerre et le tournant du début de l'année 1948.Elles éclairent d'un jour nouveau les circonstances du rétablissement des relations diplomatiques entre la Belgique et les trois Etats baltes en 1991, au moment même de l'éclatement de l'URSS.Enfin, elles démontrent les limites et les potentialités de la diplomatie d'un petit Etat face aux décisions prises unilatéralement par les grandes puissances mondiales.

Foire aux questions

Oui, vous pouvez résilier à tout moment à partir de l'onglet Abonnement dans les paramètres de votre compte sur le site Web de Perlego. Votre abonnement restera actif jusqu'à la fin de votre période de facturation actuelle. Découvrez comment résilier votre abonnement.
Non, les livres ne peuvent pas être téléchargés sous forme de fichiers externes, tels que des PDF, pour être utilisés en dehors de Perlego. Cependant, vous pouvez télécharger des livres dans l'application Perlego pour les lire hors ligne sur votre téléphone portable ou votre tablette. Découvrez-en plus ici.
Perlego propose deux abonnements : Essentiel et Complet
  • Essentiel est idéal pour les étudiants et les professionnels qui aiment explorer un large éventail de sujets. Accédez à la bibliothèque Essentiel comprenant plus de 800 000 titres de référence et best-sellers dans les domaines du commerce, du développement personnel et des sciences humaines. Il comprend un temps de lecture illimité et la voix standard de la fonction Écouter.
  • Complet est parfait pour les étudiants avancés et les chercheurs qui ont besoin d'un accès complet et illimité. Accédez à plus de 1,4 million de livres sur des centaines de sujets, y compris des titres académiques et spécialisés. L'abonnement Complet comprend également des fonctionnalités avancées telles que la fonction Écouter Premium et l'Assistant de recherche.
Les deux abonnements sont disponibles avec des cycles de facturation mensuels, semestriels ou annuels.
Nous sommes un service d'abonnement à des ouvrages universitaires en ligne, où vous pouvez accéder à toute une bibliothèque pour un prix inférieur à celui d'un seul livre par mois. Avec plus d'un million de livres sur plus de 1 000 sujets, nous avons ce qu'il vous faut ! Découvrez-en plus ici.
Recherchez le symbole Écouter sur votre prochain livre pour voir si vous pouvez l'écouter. L'outil Écouter lit le texte à haute voix pour vous, en surlignant le passage qui est en cours de lecture. Vous pouvez le mettre sur pause, l'accélérer ou le ralentir. Découvrez-en plus ici.
Oui ! Vous pouvez utiliser l'application Perlego sur les appareils iOS ou Android pour lire à tout moment, n'importe où, même hors ligne. Parfait pour les trajets quotidiens ou lorsque vous êtes en déplacement.
Veuillez noter que nous ne pouvons pas prendre en charge les appareils fonctionnant sur iOS 13 et Android 7 ou versions antérieures. En savoir plus sur l'utilisation de l'application.
Oui, vous pouvez accéder à Spaak et les Etats baltes 1939-1991 par Thierry Grosbois en format PDF et/ou ePUB ainsi qu'à d'autres livres populaires dans Histoire et Histoire du monde. Nous disposons de plus d'un million d'ouvrages à découvrir dans notre catalogue.

Informations

Année
2014
Imprimer l'ISBN
9782322026999
ISBN de l'eBook
9782322006816
Édition
1

Ière partie :

La Belgique et le sort des Etats baltes 1939-1945

A partir de 1920, la diplomatie belge dispose d’une légation à Riga (Lettonie) et d’un consulat à Tallinn (Estonie). La légation est accréditée à la fois auprès des gouvernements de la Lettonie, de l’Estonie, et de la Lituanie. Les relations diplomatiques et consulaires de la Belgique, telles que reflétées dans les documents diplomatiques belges, semblent plus étroites avec la Lettonie et l’Estonie. La reconnaissance diplomatique de la Lituanie par la Belgique a été en effet retardée en raison de la dispute territoriale avec la Pologne concernant la région de Vilnius.
Le Baron Florent de Selys–Fanson siège à la Légation de Belgique à Riga, d’où il représente la Belgique auprès des trois pays baltes. Avant 1914, ce diplomate a été successivement attaché à l’ambassade belge à Londres puis à Saint-Pétersbourg, qu’il quitte à la suite de la révolution russe. Après avoir été conseiller notamment à Varsovie en 1925, il est nommé chargé d’affaires à Riga en janvier 1927. Fin août 1940, suite à l’annexion soviétique des pays baltes, il se réfugie auprès de la Légation de Belgique à Stockholm. Il y décède en août 1941. En 1938, il est décrit par un diplomate français récemment attaché à la Légation de France à Riga, comme un « germanophile enragé » 6, ce qui nous paraît très exagéré, car, à aucun moment, dans ses rapports adressés à Bruxelles, il n’exprime une sympathie particulière pour l’Allemagne nazie. Cette impression provient sans doute du fait que le représentant belge parle couramment l’allemand et le russe. Il entretient des relations privilégiées avec la communauté germanophone de Lettonie : aristocrates, anciens propriétaires fonciers, hommes d’affaires. Il les reçoit volontiers lors de dîners et réceptions à la Légation. Une majorité du personnel de la Légation belge à Riga appartient d’ailleurs à la minorité allemande.
Le consulat de Belgique à Tallinn est dirigé par Michel Nicaise, homme d’affaires belge actif en Russie avant 1914, à la tête d’une entreprise de produits chimiques et pharmaceutiques. Il devient en 1915 le secrétaire général de la Chambre de commerce russobelge à Moscou. En 1916, il organise un service de renseignements pour l’attaché militaire belge à Pétrograd. En février 1918, il est chargé du service d’évacuation des civils belges suite à la révolution bolchevique, dont il est un témoin direct. En mars 1919, il est désigné comme consul de Belgique à Arkhangelsk, occupée par les forces alliées, principal port d’embarquement des Belges évacués de Russie. L’efficacité dont il fait preuve lui vaut une distinction honorifique pour services rendus 7. Entre 1920 et 1939, M. Nicaise est consul honoraire de Belgique à Reval (Tallinn) et adresse régulièrement à Bruxelles des rapports critiques et bien documentés sur l’évolution de la situation politique et économique interne des pays baltes et de l’URSS. Parlant russe couramment, il est en contact avec d’anciens fonctionnaires impériaux opposés au bolchevisme, et avec des réfugiés politiques russes blancs installés dans les pays baltes. Les renseignements du consul M. Nicaise sur l’URSS proviennent notamment de ses contacts avec des capitaines et des marins appartenant à la marine marchande balte ou soviétique qui font la navette entre les ports baltiques et les ports soviétiques. M. Nicaise est opposé au système soviétique et cherche à obtenir le maximum de renseignements à caractère économique et militaire sur la situation intérieure de l’URSS. En juillet 1940, suite à l’occupation de l’Estonie par l’URSS, il se réfugie en Finlande, puis en Suède. Admis à la retraite en 1945, il décède en 1951. Il est porteur de décorations honorifiques russe, estonienne et polonaise octroyées avant 1940, démontrant combien il était une personnalité estimée dans ces trois pays.
Pendant le second conflit mondial, deux autres légations belges vont jouer un rôle majeur en tant qu’observatoires de la réalité balte : Helsinki et Stockholm.
La Légation de Belgique à Helsinki est dirigée par Georges Stadler, ingénieur civil de formation, entré en 1901 dans la carrière consulaire. Après avoir été ministre de Belgique à Mexico en 1932, il est nommé ministre à Helsinki en janvier 1937.
Aux yeux de la diplomatie belge, le poste diplomatique le plus important de la région, outre Moscou, est celui de Stockholm, en raison des relations privilégiées existantes dans l’entre-deux-guerres entre les monarchies belge et suédoise. Une princesse suédoise, Astrid, épouse depuis 1926 du prince héritier Léopold, devient une très populaire Reine des Belges en 1934, peu avant de succomber lors d’un accident mortel d’automobile en 1935. Le prince Réginald de Croÿ, issu de la haute noblesse belge, est ministre de Belgique à Stockholm depuis janvier 1936. Pendant la guerre 1914-1918, il milite dans un réseau d’espionnage en faveur des Alliés et fait partie du célèbre réseau fondé par l’infirmière Edith Cavell, facilitant l’évasion des prisonniers alliés vers la frontière hollandaise 8. Informé à temps de son arrestation imminente, il s’enfuit en 1915 aux Pays-Bas. Entré dans la carrière diplomatique en 1917, il occupe des fonctions à Londres et Washington, avant de rejoindre Stockholm en 1936. Il termine sa carrière comme ambassadeur de Belgique auprès du Saint-Siège entre décembre 1945 et mars 1949. Il décède en 1961.
Les postes diplomatiques et consulaires belges en Scandinavie et dans les pays baltes sont, jusqu’en 1939, considérés par Bruxelles comme relativement tranquilles et d’importance secondaire. Entre 1939 et 1941, la situation change complètement, et les diplomates belges accrédités dans cette région deviennent des témoins de premier plan du conflit. Ils vont être confrontés à des responsabilités exceptionnelles dans un contexte de plus en plus menaçant.

6 J. DE BEAUSSE, Diplomate en Lettonie 1938-1940, éd. M. BOISDRON, Parcay-sur-Vienne, 2011, p.14.
7 Archives du ministère belge des Affaires étrangères (Bruxelles) (désormais AMAEB), Pers 1771, P. Hymans à Albert Ier, 2 décembre 1920.
8 Prince who helped Edith Cavell Lands, in The New York Times, 28 août 1919.

1. L’évolution de la neutralité des pays baltes en 1939

Au cours de l’entre-deux-guerres, les relations politiques et économiques de la Belgique avec les trois Etats baltes ne peuvent pas être qualifiées d’étroites.
La réserve diplomatique belge s’affirme, surtout à partir de 1936, dans les conflits territoriaux de la Lituanie avec ses deux voisins, la Pologne (région de Vilnius) et l’Allemagne (port de Memel, aujourd’hui Klaipeda). En effet, à la suite de la dénonciation du pacte de Locarno par Hitler en mars 1936, la Belgique, sous l’impulsion du Roi Léopold III et du nouveau ministre des Affaires étrangères, Paul-Henri Spaak, proclame son retour à une stricte neutralité l’empêchant désormais d’adopter une diplomatie active dans les conflits entre grandes puissances européennes. Cette politique de stricte neutralité sera maintenue jusqu’à l’attaque allemande à l’Ouest, le 10 mai 1940. Elle explique la passivité diplomatique belge à l’égard des événements se déroulant dans la Baltique 9.
Malgré la suggestion en ce sens de l’ambassadeur belge à Riga, le Roi Léopold III refuse, en février 1939, d’adresser un message de félicitations à l’occasion du 65e anniversaire du Président de l’Estonie, Konstantin Pätz, cérémonie prévue le 23 février, soit la veille du 21e anniversaire de l’indépendance du pays, fêtée le 24 février. Le Roi Léopold III souhaite s’abstenir car, le Président d’Estonie n’a jamais antérieurement adressé un message de félicitations aux souverains belges lors des fêtes nationales. Le cabinet du Roi laisse au ministre des Affaires étrangères, Paul-Emile Janson, la possibilité de s’adresser au Président à cette occasion, du moins si les autres diplomates en poste à Tallinn font de même 10. Le représentant belge à Riga, F. de Selys-Fanson participe aux cérémonies de la fête nationale à Tallinn le 21 et 22 février et observe que les manifestations organisées par le gouvernement estonien ont été particulièrement brillantes. Il souligne que le « caractère actif » de l’entente baltique a été « particulièrement mis en vedette » 11.
Certains hommes politiques baltes entretiennent des contacts avec leurs homologues belges. C’est le cas de Mihkel Martna (1860-1934), chef du parti socialiste estonien, qui calque l’organisation de son parti sur celle du Parti ouvrier belge (POB) et qui entretient des relations suivies avec des socialistes belges, surtout avec Emile Vandervelde 12. Contrairement à l’internationalisme de Vandervelde, son homologue socialiste P.-H. Spaak, par contre, n’entretient guère de relations suivies avec les socialistes scandinaves et baltes avant 1939 13.
Du point de vue économique, les échanges sont réels, car une partie des exportations soviétiques à destination d’Anvers transitent par l’intermédiaire des ports baltes. La Fabrique Nationale (FN) à Herstal reçoit des commandes importantes d’armements et de matériels militaires de la part de l’Estonie en 1939 et envoie à Tallinn son représentant commercial, le colonel Chevalier 14.
L’instabilité gouvernementale belge en 1939 explique la brièveté du passage à la tête des Affaires étrangères de plusieurs ministres : le socialiste Paul-Henri Spaak (de 1936 à janvier 1939), le libéral Paul-Emile Janson (fin janvier - début février 1939), le socialiste Eugène Soudan (février-mars 1939) et le catholique Hubert Pierlot (avrilaoût 1939). Il s’ensuit une absence de suivi de la question balte à Bruxelles au cours de l’année 1939. Jusqu’en avril 1940, les rapports provenant des consulats et légations de Belgique dans les pays baltes sont traités par la direction des affaires politiques, mais ne font pas l’objet d’une prise de connaissance par le ministre lui-même. P.-H. Spaak redevient ministre des Affaires étrangères le 3 septembre 1939, à la suite du déclenchement de la guerre en Europe, et il le restera jusqu’en juin 1949. Ce dernier joue dès lors un rôle déterminant quant à l’orientation de la diplomatie belge à l’égard du sort des pays baltes entre 1939 et 1949.
Sur le plan diplomatique néanmoins, la comparaison entre la neutralité des trois Etats baltes avec celle pratiquée par la Belgique, les Pays-Bas et le Luxembourg explique l’intérêt de la diplomatie belge à l’égard du respect de la neutralité des pays scandinaves et des pays baltes, utile notamment pour préciser la position belge notamment au sein de la Société des Nations. A Riga, F. de Selys – Fanson observe avec intérêt le renouveau de la coopération entre les Etats baltes, notamment lors de la rencontre des ministres des Affaires étrangères des trois pays à Kaunas, du 1er au 3 février 1939 15. En raison de la crise économique des années 1930, les relations commerciales s’étaient tendues entre les trois pays baltes, mais les menaces extérieures de plus en plus précises les poussent à améliorer leur coopération politique.
La première alerte suivie de près par la diplomatie belge dans la région baltique concerne la Lituanie et les revendications du IIIe Reich à l’encontre du port de Memel 16. Les accords de Munich de septembre 1938 suscitent une réelle anxiété dans les pays baltes, plus ...

Table des matières

  1. Remerciements
  2. Sommaire
  3. Introduction
  4. Ière partie : La Belgique et le sort des Etats baltes 1939-1945
  5. IIe partie : L’attitude de la diplomatie belge à l’égard de la question balte après 1945
  6. Conclusions générales
  7. Cahier photographique
  8. Annexe I : Extraits des discours de Paul-Henri Spaak relatifs aux Etats baltes
  9. Annexe II : Chronologie historique des Etats baltes 1920-1944
  10. Principales publications de Thierry Grosbois
  11. Page de copyright