Le si beau département du Gers compte 463 communes, des villes et des villages dispersés dans un paysage vallonné et magnifique, au coeur du sud-ouest de la France. Les auteurs, Pierre Léoutre et Michel Mingous, ont choisi de raconter la petite histoire de l'un de ces villages gascons, dans le cadre d'une monographie historique qui aborde en différents chapitres, avec à chaque fois l'intervention d'un spécialiste de la question traitée, tout le passé ancien et contemporain de la commune de Brugnens.Avec un attachement sincère et profond à ce village mais aussi le souci de la rigueur d'historiens, en s'appuyant sur les archives municipales et départementales, les auteurs ont su retracer les origines et l'évolution de la communauté brugnensoise. Grâce au soutien du Maire et du Conseil Municipal de Brugnens, quatre éditions successives de cette monographie historique ont pu voir le jour. Celle-ci, prolongeant les précédentes, est la dernière et la plus aboutie mais ne s'éloigne pas du coeur du sujet: l'histoire du village de Brugnens et de ses habitants, les Brugnensois.

- 196 pages
- French
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Le village de Brugnens (Gers)
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Informations
L'école (*)
Lors de la période que nous étudions, et qui va de la veille de Révolution Française à nos jours, quatre projets majeurs peuvent être considérés comme des facteurs de progrès : la création d'une station thermale, qui n'a pas abouti malgré des études très poussées (1), la modernisation d'un réseau de communication - réseau routier, et surtout ligne de chemin de fer, comprenant une station à Brugnens, qui a également échoué (2) -, l'électrification de la commune, et enfin la mise en place d'un système éducatif public, laïc et obligatoire, dont la disparition, vers 1980, a révélé le déclin d'un mode de vie.
Nous commencerons par le thème de l'école, en nous intéressant successivement à la construction des bâtiments, puis à l'instituteur et à l'institutrice (nominations et revenus), pour terminer sur diverses notions qui montrent comment l'école républicaine s'est progressivement imposée comme la condition sine qua non de la modernisation des campagnes. Car il va sans dire que dans un village, qu'il soit gascon ou normand, l'école tient une place particulière : nous allons étudier en premier lieu les péripéties qui, dans la dernière moitié du XIXe siècle, accompagnèrent la construction des écoles de Brugnens. En effet, les grandes dépenses communales du siècle dernier furent tour à tour, comme dans la plupart des villages, la construction de l'église, de la Mairie et de l'École. Pour cette dernière - ou plus exactement ces dernières, école des garçons et école des filles -, les projets se réalisèrent lentement, au rythme des possibilités financières de la commune et de la progression de l'idée de l'éducation.
L'école des garçons
La lecture des archives municipales laisse en effet apparaître des réticences initiales : le 17 août 1845, le conseil municipal décida de vendre quatre hectares soixante de terrains communaux, ceux qui avoisinaient le Padoueng de Bas, de chaque côté de la route départementale allant à Mauvezin, ainsi qu'aux Garroussas et aux quartiers de la Tuilerie et de la Miquelette ; la vente de ces communaux, mesurés par le géomètre de Céran, avait pour objet la construction d'une Mairie et d'une Maison d'école. Le 15 février suivant, le Maire présenta le plan des bâtiments ainsi qu'un devis de 8 200 francs ; le conseil proposa de payer les deux tiers de cette somme par la vente de l'ancien presbytère, et pour le reste de la dépense, il fit appel à la munificence du Gouvernement.
Mais tous les villageois ne furent pas d'accord et le 13 avril 1846, le Maire dut affirmer que le projet de construction devait avoir son exécution, quand ce ne serait que pour mettre les deux sections Est et Ouest en rivalité préventionnelle ; la commune était alors divisée en sections, et ceux de l'Est s'étaient plaints par une pétition des dépenses massives que signifiait la construction de nouveaux bâtiments ; en effet, l'édification de la nouvelle église s'achevait à peine, le cimetière n'avait toujours pas de clôture, et la construction d'un pont sur le ruisseau de l'Auroue était attendue depuis cinq ans ; c'était pourquoi les pétitionnaires proposaient d'utiliser l'ancien presbytère comme Mairie et Maison d'école. Le Maire essaya de régler cette polémique en remarquant tout d'abord que la pétition avait été signée à la suite d'avis insidieux, y compris par des enfants en bas âge. D'autre part, le projet aboutissait à ce que l'une des sections ait l'église neuve et le presbytère pour le spirituel, et l'autre la maison d'école et la Mairie pour le civil, soit une question politique municipale dans le but d'un bon et heureux avenir sous un rapport simpathique et social. Pourtant, il semble que le Maire n'ait pas réussi à convaincre tous ses Administrés du bien-fondé de la construction d'une école communale puisqu'en 1851, le Conseil Municipal demanda que les enfants fussent envoyés à l'école gratuite des Frères de l'École chrétienne à Fleurance ; saisi du dossier, le Conseil Académique du Gers a posé aux conseillers municipaux les questions suivantes :
- est-il convenable de supprimer l'école de Brugnens ?
- certifie-t-on que tous les élèves indigents de cette commune seront reçus gratuitement à l'École des Frères de Fleurance ?
- quelle distance auraient à parcourir ceux qui demeurent dans les habitations de Brugnens les plus éloignées de cette école ?
- l'établissement de Fleurance est-il en état de recevoir dès maintenant non seulement les élèves indigents, mais encore les autres ?
Les réponses brugnensoises ne furent certainement pas satisfaisantes puisque, le 5 juillet 1851, le Conseil Municipal apprit que le Conseil Académique avait décidé qu'il n'y a pas lieu d'accueillir favorablement la demande présentée par la commune de Brugnens, à l'effet d'obtenir d'être dispensée d'entretenir une école publique. Les Brugnensois reprirent alors leur projet de construction après avoir vendu, le 12 juin 1853, une grange, un patus et l'ancien presbytère, ils s'interrogèrent, le 12 février 1854 : fallait-il avec cet argent réparer l'école actuelle ou bien en construire une nouvelle ? Après réflexion, ils optèrent pour la réparation (pour une somme de 600 F) car ils étaient décidément effrayés par le coût d'une telle opération. En réalité, il faudra attendre jusqu'en 1885 pour trouver une nouvelle école au village, le Maire se heurtant successivement, dans ses projets de réforme, à la mauvaise volonté de ses Conseillers, à celle d'un propriétaire qui n'accepte pas de vendre le terrain nécessaire, et enfin à l'Administration qui refusa longtemps d'agréer les plans.
Ainsi, le 11 novembre 1855, le Conseil décida tout d'abord d'acheter une pièce de terre labourable située au couchant de la route départementale de Brugnens à St-Clar, en face de l'église (!), pour y construire une école, une mairie et un hangar contigu. Pour payer cette dépense, il fut décidé de faire un emprunt, dont le remboursement se ferait partiellement par les revenus des biens communaux, affermés, ainsi que par une subvention de l'État ou du Département pour le tiers de la dépense envisagée. La question du financement ayant été réglée, le Conseil put désigner, le 26 avril 1857, Monsieur Gentil, architecte du département, pour la réalisation du plan et du devis de la construction projetée.
Mais, le 18 avril 1858, à une heure de l'après-midi, le Maire convoqua le Conseil municipal pour le vote des fonds nécessaires à cette construction ; et constatant l'absence d'un nombre suffisant de conseillers municipaux, il ne put que se retirer, après avoir attendu un certain temps ; nous avons l'explication de cette mauvaise humeur le 18 mai 1859, alors que le Maire présentait au Conseil une lettre du sous-préfet de Lectoure, demandant le vote d'un crédit pour l'entier payement, ou à peu près, du traitement de l'instituteur sans le secours de l'État ; en effet, l'Administration ne voulait venir en aide qu'aux communes nécessiteuses, ce qui n'était sans doute pas le cas de Brugnens ; pourtant, la lecture à peine faite, le Conseil se récrie simultanément, disant que loin d'avoir un excédent de ressources, les frais de clôture du cimetière et la construction d'une maison d'école et mairie dont les avant-projets sont déjà dressés, obligerait la commune à un emprunt et qu'au reste si le Conseil s'est efforcé de créer quelque revenu à la commune, c'est pour le bien-être de ses habitants et non pour l'entretien d'un fonctionnaire dont le traitement est si exhorbitant (!) vu son peu d'utilité. Que n'est-il pas comme les pauvres agriculteurs qui le supportent, proportionnel à leur travail. Le conseil rejette donc unanimement la proposition qui lui est faite, trouvant déjà trop lourd le fardeau des trois centimes que la loi lui impose. Du reste, le Conseil reconnaît que l'instruction de la jeunesse était bien mieux soignée ci-devant qu'elle ne l'est depuis que les instituteurs reçoivent un traitement fixe. La contestation était évidente, et la situation délicate (3) ; tout sembla pourtant s'arranger le 10 mai 1860, lorsque le Maire présenta au Conseil le projet de l'architecte du département ; ce devis, approuvé par le conseil départemental des travaux publics, s'élevait à 7 080 F et, le 17 juin suivant, les conseillers 17 décidèrent d'emprunter environ la moitié de cette somme à la caisse d'amortissement, le reste de la somme nécessaire étant réglée par les fonds libres du budget communal et par les subventions.
Le Maire ayant réussi à régler la question financière malgré les réticences initiales des conseillers envers l'instituteur, il dut faire face à une autre difficulté, dès le 14 octobre le propriétaire des douze ares de terre labourable sur lesquels devait être construite l'école refusait de vendre ; ce propriétaire, qui était conseiller municipal, avait rejeté toutes les propositions, ce qui poussa le Conseil à envisager une expropriation pour utilité publique ; mais le chantier était bloqué et le 14 février 1864, le Conseil vota une somme de 80 F pour l'achat de deux poêles, l'un pour l'école libre de l'institutrice, l'autre pour l'école communale primaire qui existaient déjà. On ne reparla du terrain que le 15 août 1864 : constatant que cette nouvelle école était indispensable, le Conseil décida à l'unanimité de la faire bâtir sur le patus communal situé au nord de l'église ; l'architecte prépara un nouveau projet mais, le 12 novembre 1865, le conseil estima finalement qu'il était plus urgent de construire une Mairie.
Une nouvelle tentative fut faite le 6 mars 1870 : le Maire constata que le bâtiment dans lequel se tenait actuellement l'école communale n'est nullement approprié à sa destination ; il met ensuite sous les yeux de cette assemblée le dossier relatif à un projet de maison d'école dressé par monsieur l'architecte du département ; ce plan ne pouvait être réalisé sur le terrain destiné initialement à cette construction ; ce fut pourquoi le conseil modifia le projet (deux salles de classe, une cuisine et deux chambres à coucher pour l'instituteur, une cave et une décharge pour le bois), et que le propriétaire de la parcelle nécessaire s'engagea à laisser à la commune une contenance fixe de neuf ares cinquante-six centiares ou quatre places, mesure locale, en échange de l'école actuelle et du patus communal qui lui était contigu. Cet échange de terrain fut annulé sans explications le 19 novembre 1871 : sans doute étaitce à cause de la guerre, puisque le 18 décembre 1870, le Conseil vota des fonds en faveur de la mobilisation des gardes nationaux.
Tous ces contretemps ne permettaient pas de régler l'état des bâtiments : le 15 mars 1874 fut votée une somme de 28,50 F pour le règlement d'une réparation d'urgence et réellement nécessaire ; l'année suivante, le 12 décembre 1875, le Maire releva que la maison d'école se trouvant dans un très mauvais état, et qu'il est impossible de la maintenir plus longtemps dans cet état, et il propose à cette assemblée d'aviser au moyen pour faire cesser cet état de choses. Le conseil est d'avis d'acquérir une petite maison avec jardin contigu appartenant au sieur Laffargue, instituteur à Castillon Debats, située au Padoueng sur la route de Fleurance à Montfort, entre l'église et le village, qui, avec les réparations nécessaires, pourrait parfaitement s'affecter pour une maison d'école.
Cette nouvelle proposition ne fut pourtant pas retenue, alors que le bâtiment continuait à se dégrader ; en conséquence, le 5 novembre 1876, le Conseil décida la nomination d'une commission de trois membres ; celle-ci termina son étude le 11 février 1877 et expliqua aux conseillers municipaux que la pièce de terre située au couchant de l'ancienne route départementale n° 13 lui semble, par sa position centrale, la facilite de ses aboutissements, le lieu le plus convenable pour la construction projetée. D'expérience, le conseil sait déjà qu'il sera inutile de traiter avec le propriétaire récalcitrant, et la commission invita le Maire à prendre les mesures nécessaires pour une expropriation, ce qu'il ne fera pas. Le 15 avril 1877 fut alors émise l'idée d'utiliser le jardin de l'instituteur et le lopin de terre d'un voisin ; mais ce dernier refusa lui aussi de céder son terrain, à moins que ce ne fût par voie d'expropriation, et le Conseil décida de revenir à sa décision du mois de février 1877 ; le 20 juillet 1879, le Maire d'Urdens, commissaire-enquêteur chargé du dossier de l'expropriation, donna un avis absolument favorable au projet et, le 19 septembre 1880, le Maire put présenter le devis, d'un montant de 14 600 F, au Conseil municipal et aux contribuables les plus imposés de la commune. Et bien entendu, le Conseil espérait que le Gouvernement voudra bien lui accorder le secours qui lui est indispensable pour réaliser promptement cette construction. Nous apprenons malheureusement le 9 octobre 1881 que les plans de l'école publique des garçons n'avaient pas été approuvés par l'Administration ; a fortiori, la commune était incapable de faire construire une école des filles, alors même qu'il versait une subvention annuelle de cent francs à une institutrice libre.
Le Maire avait pourtant eu raison de ne pas se décourager puisque, le 11 décembre 1881, il put annoncer que la commission chargée de s'entendre avec le propriétaire du terrain a décidé ce dernier à céder amiablement le terrain nécessaire à la construction, ce qui fait qu'en évitant les lenteurs et les frais qu'une expropriation aurait nécessités, permettra de hâter d'autant la construction projetée. D'autant plus que l'architecte chargé du plan de la maison d'école, invité par le Maire à se conformer aux observations du conseil départemental des travaux publics du département du Gers, s'est engagé à s'occuper activement des rectifications demandées par l'Administration ; tout était arrangé : le 19 novembre 1882, le Conseil vota l'emprunt nécessaire (3 000 F, sur un total de 15 150 F), le 24 juin 1883, la mise à exécution des travaux pour la construction de cette école tant attendue, et le
22 février 1885, la construction et le creusement d'un puits pour le service de l'école communale des garçons, qui était donc terminée (4).
L'école des filles
Et les filles ? Jusqu'à présent, leur école était installée dans un local, et confiée aux soins d'une institutrice libre, moyennant une...
Table des matières
- Epigraphe
- Sommaire
- Préface
- L'application des lois laïques
- L'école
- L'eau
- Microtoponymie du village de Brugnens
- Le train et le village de Gascogne
- L'électrification d'une commune rurale
- La villageoise
- Agriculture
- Le Paysan et l’uniforme
- Les marques républicaines
- En guise de conclusion…
- Annexes
- Bibliographie
- Page de copyright
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