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Ă propos de ce livre
Un jeune botaniste tout juste sorti de l'UniversitĂ© est envoyĂ© en GrĂšce par le MusĂ©um de Paris pour y Ă©tudier la flore. Ă la recherche de plantes rares, il rencontre deux Anglaises, une mĂšre et sa fille, sur le chemin qui le mĂšne au ParnĂšs. Tous les trois se font enlever par une bande de brigands âŠ
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FicciĂłn histĂłricaEdmond About
LE ROI DES MONTAGNES
idb
ISBN 9783964847515
I â Mr HERMANN SCHULTZ
Le 3 juillet de cette annĂ©e, vers six heures du matin, jâarrosais mes pĂ©tunias sans songer Ă mal, quand je vis entrer un grand jeune homme blond, imberbe, coiffĂ© dâune casquette allemande et parĂ© de lunettes dâor. Un ample paletot de lasting flottait mĂ©lancoliquement autour de sa personne, comme une voile le long dâun mĂąt lorsque le vent vient Ă tomber. Il ne portait pas de gants ; ses souliers de cuir Ă©cru reposaient sur de puissantes semelles, si larges, que le pied Ă©tait entourĂ© dâun petit trottoir. Dans sa poche de cĂŽtĂ©, vers la rĂ©gion du cĆur, une grande pipe de porcelaine se modelait en relief et dessinait vaguement son profil sous lâĂ©toffe luisante. Je ne songeai pas mĂȘme Ă demander Ă cet inconnu sâil avait fait ses Ă©tudes dans les universitĂ©s dâAllemagne ; je dĂ©posai mon arrosoir, et je le saluai dâun beau : Guten Morgen.
â Monsieur, me dit-il en français, mais avec un accent dĂ©plorable, je mâappelle Hermann Schultz ; je viens de passer quelques mois en GrĂšce, et votre livre a voyagĂ© partout avec moi.
Cet exorde pĂ©nĂ©tra mon cĆur dâune douce joie ; la voix de lâĂ©tranger me parut plus mĂ©lodieuse que la musique de Mozart, et je dirigeai vers ses lunettes dâor un regard Ă©tincelant de reconnaissance. Vous ne sauriez croire, ami lecteur, combien nous aimons ceux qui ont pris la peine de dĂ©chiffrer notre grimoire. Quant Ă moi, si jâai jamais souhaitĂ© dâĂȘtre riche, câest pour assurer des rentes Ă tous ceux qui mâont lu.
Je le pris par la main, cet excellent jeune homme. Je le fis asseoir sur le meilleur banc du jardin, car nous en avons deux. Il mâapprit quâil Ă©tait botaniste et quâil avait une mission du Jardin des Plantes de Hambourg. Tout en complĂ©tant son herbier, il avait observĂ© de son mieux le pays, les bĂȘtes et les gens. Ses descriptions naĂŻves, ses vues, courtes mais justes, me rappelaient un peu la maniĂšre du bonhomme HĂ©rodote. Il sâexprimait lourdement, mais avec une candeur qui imposait la confiance ; il appuyait sur ses paroles du ton dâun homme profondĂ©ment convaincu. Il put me donner des nouvelles, sinon de toute la ville dâAthĂšnes, au moins des principaux personnages que jâai nommĂ©s dans mon livre. Dans le cours de la conversation, il Ă©nonça quelques idĂ©es gĂ©nĂ©rales qui me parurent dâautant plus judicieuses que je les avais dĂ©veloppĂ©es avant lui. Au bout dâune heure dâentretien, nous Ă©tions intimes.
Je ne sais lequel de nous deux prononça le premier le mot de brigandage. Les voyageurs qui ont couru lâItalie parlent peinture ; ceux qui ont visitĂ© lâAngleterre parlent industrie : chaque pays a sa spĂ©cialitĂ©.
â Mon cher monsieur, demandai-je au prĂ©cieux inconnu, avez-vous rencontrĂ© des brigands ? Est-il vrai, comme on lâa prĂ©tendu, quâil y ait encore des brigands en GrĂšce ?
â Il nâest que trop vrai, rĂ©pondit-il gravement. Jâai vĂ©cu quinze jours dans les mains du terrible Hadgi-Stavros, surnommĂ© le Roi des montagnes ; jâen puis donc parler par expĂ©rience. Si vous ĂȘtes de loisir, et quâun long rĂ©cit ne vous fasse pas peur, je suis prĂȘt Ă vous donner les dĂ©tails de mon aventure. Vous en ferez ce quâil vous plaira : un roman, une nouvelle, ou plutĂŽt (car câest de lâhistoire) un chapitre additionnel pour ce petit livre oĂč vous avez entassĂ© de si curieuses vĂ©ritĂ©s.
â Vous ĂȘtes vraiment trop bon, lui dis-je, et mes deux oreilles sont Ă vos ordres. Entrons dans mon cabinet de travail. Nous y aurons moins chaud quâau jardin, et cependant lâodeur des rĂ©sĂ©das et des pois musquĂ©s arrivera jusquâĂ nous.
Il me suivit de fort bonne grĂące, et tout en marchant, il fredonnait en grec un chant populaire :
Un Clephte aux yeux noirs descend dans les plaines ;
Son fusil doré sonne à chaque pas ;
Il dit aux vautours : « Ne me quittez pas,
Je vous servirai le pacha dâAthĂšnes ! »
Il sâĂ©tablit sur un divan, replia ses jambes sous lui, comme les conteurs arabes, ĂŽta son paletot pour se mettre au frais, alluma sa pipe et commença le rĂ©cit de son histoire. JâĂ©tais Ă mon bureau, et je stĂ©nographiais sous sa dictĂ©e.
Jâai toujours Ă©tĂ© sans dĂ©fiance, surtout avec ceux qui me font des compliments. Toutefois lâaimable Ă©tranger me contait des choses si surprenantes, que je me demandai Ă plusieurs reprises sâil ne se moquait pas de moi. Mais sa parole Ă©tait si assurĂ©e, ses yeux bleus mâenvoyaient un regard si limpide, que mes Ă©clairs de scepticisme sâĂ©teignaient au mĂȘme instant.
Il parla, sans dĂ©semparer, jusquâĂ midi et demi. Sâil sâinterrompit deux ou trois fois, ce fut pour rallumer sa pipe. Il fumait rĂ©guliĂšrement, par bouffĂ©es Ă©gales, comme la cheminĂ©e dâune machine Ă vapeur. Chaque fois quâil mâarrivait de jeter les yeux sur lui, je le voyais tranquille et souriant, au milieu dâun nuage, comme Jupiter au cinquiĂšme acte dâAmphitryon.
On vint nous annoncer que le dĂ©jeuner Ă©tait servi. Hermann sâassit en face de moi, et les lĂ©gers soupçons qui me trottaient par la tĂȘte ne tinrent pas devant son appĂ©tit. Je me disais quâun bon estomac accompagne rarement une mauvaise conscience. Le jeune Allemand Ă©tait trop bon convive pour ĂȘtre narrateur infidĂšle, et sa voracitĂ© me rĂ©pondait de sa vĂ©racitĂ©. FrappĂ© de cette idĂ©e, je confessai, en lui offrant des fraises, que jâavais doutĂ© un instant de sa bonne foi. Il me rĂ©pondit par un sourire angĂ©lique.
Je passai la journĂ©e en tĂȘte-Ă -tĂȘte avec mon nouvel ami, et je ne me plaignis pas de la lenteur du temps. Ă cinq heures du soir, il Ă©teignit sa pipe, endossa son paletot, et me serra la main en me disant adieu. Je lui rĂ©pondis :
â Au revoir !
â Non pas, reprit-il en secouant la tĂȘte : je pars aujourdâhui par le train de sept heures, et je nâose espĂ©rer de vous revoir jamais.
â Laissez-moi votre adresse. Je nâai pas encore renoncĂ© aux plaisirs du voyage, et je passerai peut-ĂȘtre par Hambourg.
â Malheureusement, je ne sais pas moi-mĂȘme oĂč je planterai ma tente. LâAllemagne est vaste ; il nâest pas dit que je resterai citoyen de Hambourg.
â Mais, si je publie votre histoire, au moins faut-il que je puisse vous en envoyer un exemplaire.
â Ne prenez pas cette peine. SitĂŽt que le livre aura paru, il sera contrefait Ă Leipzig, chez Wolfgang Gerhard, et je le lirai. Adieu.
Lui parti, je relus attentivement le rĂ©cit quâil mâavait dictĂ© ; jây trouvai quelques dĂ©tails invraisemblables, mais rien qui contredĂźt formellement ce que jâavais vu et entendu pendant mon sĂ©jour en GrĂšce.
Cependant, au moment de donner le manuscrit Ă lâimpression, un scrupule me retint : sâil sâĂ©tait glissĂ© quelques erreurs dans la narration dâHermann ! En ma qualitĂ© dâĂ©diteur, nâĂ©tais-je pas un peu responsable ? Publier sans contrĂŽle lâhistoire du Roi des montagnes, nâĂ©tait-ce pas mâexposer aux rĂ©primandes paternelles du Journal des DĂ©bats, aux dĂ©mentis des gazetiers dâAthĂšnes, et aux grossiĂšretĂ©s du Spectateur de lâOrient ? Cette feuille clairvoyante a dĂ©jĂ inventĂ© que jâĂ©tais bossu : fallait-il lui fournir une occasion de mâappeler aveugle ?
Dans ces perplexitĂ©s, je pris le parti de faire deux copies du manuscrit. Jâenvoyai la premiĂšre Ă un homme digne de foi, un Grec dâAthĂšnes, Mr Patriotis Pseftis. Je le priai de me signaler, sans mĂ©nagement et avec une sincĂ©ritĂ© grecque, toutes les erreurs de mon jeune ami, et je lui promis dâimprimer sa rĂ©ponse Ă la fin du volume.
En attendant, je livre Ă la curiositĂ© publique le texte mĂȘme du rĂ©cit dâHermann. Je nây changerai pas un mot, je respecterai jusquâaux plus Ă©normes invraisemblances. Si je me faisais le correcteur du jeune Allemand, je deviendrais, par le fait, son collaborateur. Je me retire discrĂštement ; je lui cĂšde la place et la parole ; mon Ă©pingle est hors du jeu : câest Hermann qui vous parle en fumant sa pipe de porcelaine et en souriant derriĂšre ses lunettes dâor.
II â PHOTINI
Vous devinez, Ă lâĂąge de mes habits, que je nâai pas dix mille francs de rente. Mon pĂšre est un aubergiste ruinĂ© par les chemins de fer. Il mange du pain dans les bonnes annĂ©es, et des pommes de terre dans les mauvaises. Ajoutez que nous sommes six enfants, tous bien endentĂ©s. Le jour oĂč jâobtins au concours une mission du Jardin des Plantes, il y eut fĂȘte dans la famille. Non seulement mon dĂ©part augmentait la pitance de chacun de mes frĂšres, mais encore jâallais toucher deux cent cinquante francs par mois, plus cinq cents francs, une fois payĂ©s, pour frais de voyage. CâĂ©tait une fortune. DĂšs ce moment, on perdit lâhabitude de mâappeler le docteur. On mâappela le marchand de bĆufs, tant je paraissais riche ! Mes frĂšres comptaient bien quâon me nommerait professeur Ă lâuniversitĂ© dĂšs mon retour dâAthĂšnes. Mon pĂšre avait une autre idĂ©e : il espĂ©rait que je reviendrais mariĂ©. En sa qualitĂ© dâaubergiste, il avait assistĂ© Ă quelques romans, et il Ă©tait convaincu que les belles aventures ne se rencontrent que sur les grands chemins. Il citait, au moins trois fois par semaine, le mariage de la princesse Ypsoft et du lieutenant Reynauld. La princesse occupait lâappartement n° 1, avec ses deux femmes de chambre et son courrier, et elle donnait vingt florins par jour. Le lieutenant français Ă©tait perchĂ© au 17, sous les toits, et il payait un florin et demi, nourriture comprise ; et cependant, aprĂšs un mois de sĂ©jour dans lâhĂŽtel, il Ă©tait parti en chaise avec la dame russe. Or, pourquoi une princesse emmĂšnerait-elle un lieutenant dans sa voiture, sinon pour lâĂ©pouser ? Mon pauvre pĂšre, avec ses yeux de pĂšre, me voyait plus beau et plus Ă©lĂ©gant que le lieutenant Reynauld ; il ne doutait point que je ne rencontrasse tĂŽt ou tard la princesse qui devait nous enrichir. Si je ne la trouvais pas Ă table dâhĂŽte, je la verrais en chemin de fer ; si les chemins de fer ne mâĂ©taient pas propices, nous avions encore les bateaux Ă vapeur. Le soir de mon dĂ©part, on but une vieille bouteille de vin du Rhin, et le hasard voulut que la derniĂšre goutte vĂźnt tomber dans mon verre. Lâexcellent homme en pleura de joie : câĂ©tait un prĂ©sage certain, et rien ne pouvait mâempĂȘcher de me marier dans lâannĂ©e. Je respectai ses illusions, et je me gardai de lui dire que les princesses ne voyageaient pas en troisiĂšme classe. Quant au gĂźte, mon budget me condamnait Ă choisir des auberges modestes, oĂč les princesses ne logent pas. Le fait est que je dĂ©barquai au PirĂ©e sans avoir Ă©bauchĂ© le plus petit roman.
LâarmĂ©e dâoccupation avait fait renchĂ©rir toutes choses dans AthĂšnes. LâhĂŽtel dâAngleterre, lâhĂŽtel dâOrient, lâhĂŽtel des Ătrangers, Ă©taient inabordables. Le chancelier de la lĂ©gation de Prusse, Ă qui jâavais portĂ© une lettre de recommandation, fut assez aimable pour me chercher un logement. Il me conduisit chez un pĂątissier appelĂ© Christodule, au coin de la rue dâHermĂšs et de la place du Palais. Je trouvai lĂ le vivre et le couvert moyennant cent francs par mois. Christodule est un vieux palicare, dĂ©corĂ© de la croix de Fer, en mĂ©moire de la guerre de lâIndĂ©pendance. Il est lieutenant de la phalange, et il touche sa solde derriĂšre son comptoir. Il porte le costume national : le bonnet rouge Ă gland bleu, la veste dâargent, la jupe blanche et les guĂȘtres dorĂ©es, pour vendre des glaces et des gĂąteaux. Sa femme, Maroula, est Ă©norme, comme toutes les Grecques de cinquante ans passĂ©s. Son mari lâa achetĂ©e quatre-vingts piastres, au plus fort de la guerre, dans un temps oĂč ce sexe coĂ»tait assez cher. Elle est nĂ©e dans lâĂźle dâHydra, mais elle sâhabille Ă la mode dâAthĂšnes : veste de velours noir, jupe de couleur claire, un foulard nattĂ© dans les cheveux. Ni Christodule ni sa femme ne savent un mot dâallemand ; mais leur fils Dimitri, qui est domestique de palace, et qui sâhabille Ă la française, comprend et parle un peu tous les patois de lâEurope. Au demeurant, je nâavais pas besoin dâinterprĂšte. Sans avoir reçu le don des langues, je suis un polyglotte assez distinguĂ©, et jâĂ©corche le grec aussi couramment que lâanglais, lâitalien et le français.
Mes hĂŽtes Ă©taient de braves gens ; il sâen rencontre plus de trois dans la ville. Ils me donnĂšrent une petite chambre blanchie Ă la chaux, une table de bois blanc, deux chaises de paille, un bon matelas bien mince, une couverture et des draps de coton. Un bois de lit est une superfluitĂ© dont les Grecs se privent aisĂ©ment, et nous vivions Ă la grecque. Je dĂ©jeunais dâune tasse de salep, je dĂźnais dâun plat de viande avec beaucoup dâolives et de poisson sec ; je soupais de lĂ©gumes, de miel et de gĂąteaux. Les confitures nâĂ©taient pas rares dans la maison, et, de temps en temps, jâĂ©voquais le souvenir de mon pays, en me rĂ©galant dâun gigot dâagneau aux confitures. Inutile de vous dire que jâavais ma pipe, et que le tabac dâAthĂšnes est meilleur que le vĂŽtre. Ce qui contribua surtout Ă mâacclimater dans la maison de Christodule, câest un petit vin de Santorin, quâil allait chercher je ne sais oĂč. Je ne suis pas gourmet, et lâĂ©ducation de mon palais a Ă©tĂ© malheureusement un peu nĂ©gligĂ©e ; cependant je crois pouvoir affirmer que ce vin-lĂ serait apprĂ©ciĂ© Ă la table dâun roi : il est jaune comme lâor, transparent comme la topaze, Ă©clatant comme le soleil, joyeux comme le sourire dâun enfant. Je crois le voir encore dans sa carafe au large ventre, au milieu de la toile cirĂ©e qui nous servait de nappe. Il Ă©clairait la table, mon cher monsieur, et nous aurions pu souper sans autre lumiĂšre. Je nâen buvais jamais beaucoup parce quâil Ă©tait capiteux ; et pourtant, Ă la fin du repas, je citais des vers dâAnacrĂ©on et je dĂ©couvrais des restes de beautĂ© sur la face lunaire de la grosse Maroula.
Je mangeais en famille avec Christodule et les pensionnaires de la maison. Nous Ă©tions quatre internes et un externe. Le premier Ă©tage se divisait en quatre chambres, dont la meilleure Ă©tait occupĂ©e par un archĂ©ologue français, Mr Hippolyte MĂ©rinay. Si tous les Français ressemblaient Ă celui-lĂ , vous feriez une assez piĂštre nation. CâĂ©tait un petit monsieur de dix-huit Ă quarante-cinq ans, trĂšs roux, trĂšs doux, parlant beaucoup, et armĂ© de deux mains tiĂšdes et moites qui ne lĂąchaient pas son interlocuteur. Ses deux passions, dominantes Ă©taient lâarchĂ©ologie et la philanthropie : aussi Ă©tait-il membre de plusieurs sociĂ©tĂ©s savantes et de plusieurs confrĂ©ries bienfaisantes. Quoiquâil fĂ»t grand apĂŽtre de charitĂ© et que ses parents lui eussent laissĂ© un beau revenu, je ne me souviens pas lâavoir vu donner un sou Ă un pauvre. Quant Ă ses connaissances en archĂ©ologie, tout me porte Ă croire quâelles Ă©taient plus sĂ©rieuses que son amour pour lâhumanitĂ©. Il avait Ă©tĂ© couronnĂ© par je ne sais quelle acadĂ©mie de province, pour un mĂ©moire sur le prix du papier au temps dâOrphĂ©e. EncouragĂ© par ce premier succĂšs, il avait fait le voyage de GrĂšce pour recueillir les matĂ©riaux dâun travail plus important : il ne sâagissait de rien moins que de dĂ©terminer la quantitĂ© dâhuile consommĂ©e par la lampe de DĂ©mosthĂšne pendant quâil Ă©crivait la seconde Philippique.
Mes deux autres voisins nâĂ©taient pas si savants, Ă beaucoup prĂšs, et les choses dâautrefois ne les souciaient guĂšre. Giacomo Fondi Ă©tait un pauvre Maltais employĂ© Ă je ne sais plus quel consulat ; il gagnait cent cinquante francs par mois Ă cacheter des lettres. Je mâimagine que tout autre emploi lui aurait mieux convenu. La nature, qui a peuplĂ© lâĂźle de Malte pour que lâOrient ne manquĂąt jamais de portefaix, avait donnĂ© au pauvre Fondi les Ă©paules, les bras et les mains de Milon de Crotone : il Ă©tait nĂ© pour manier la massue, et non pour brĂ»ler des bĂątons de cire Ă cacheter. Il en usait cependant deux ou trois par jour : lâhomme...
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- LE ROI DES MONTAGNES
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