Les courtisanes de l'ancienne Rome
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Les courtisanes de l'ancienne Rome

Corporation aristocratique ou inspiratrices avisées ?

  1. 100 pages
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  4. Disponible sur iOS et Android
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Les courtisanes de l'ancienne Rome

Corporation aristocratique ou inspiratrices avisées ?

À propos de ce livre

RÉSUMÉ: "Les courtisanes de l'ancienne Rome" plonge le lecteur dans l'univers fascinant et complexe des femmes qui ont su naviguer dans les cercles du pouvoir de l'Empire romain. L'ouvrage explore le rĂŽle des courtisanes, souvent perçues Ă  tort comme de simples figures de plaisir. En rĂ©alitĂ©, elles Ă©taient des femmes d'une grande intelligence et d'une influence considĂ©rable, capables de façonner la politique et la culture de leur Ă©poque. Le livre dĂ©taille comment ces femmes ont su utiliser leur charme et leur esprit pour s'insĂ©rer dans les sphĂšres aristocratiques, devenant des conseillĂšres et des inspiratrices pour les hommes de pouvoir. Pierre-Louis Jacob s'appuie sur des sources historiques pour offrir une analyse nuancĂ©e de ces figures souvent mĂ©connues, tout en soulignant leur impact durable sur la sociĂ©tĂ© romaine. Ce livre est une invitation Ă  reconsidĂ©rer la place des femmes dans l'histoire, en mettant en lumiĂšre leur capacitĂ© Ă  influencer et Ă  inspirer au-delĂ  des stĂ©rĂ©otypes traditionnels. À travers des rĂ©cits captivants et des anecdotes historiques, le lecteur dĂ©couvre un pan de l'histoire romaine qui mĂȘle pouvoir, sĂ©duction et stratĂ©gie.L'AUTEUR: Pierre-Louis Jacob, pseudonyme de Paul Lacroix, est un Ă©rudit du XIXe siĂšcle, reconnu pour ses travaux sur l'histoire et la littĂ©rature mĂ©diĂ©vale. NĂ© en 1806 Ă  Paris, il s'est distinguĂ© par sa passion pour l'Ă©tude des moeurs et coutumes anciennes. Auteur prolifique, Jacob a Ă©crit de nombreux ouvrages qui explorent divers aspects de l'histoire sociale et culturelle. Sa capacitĂ© Ă  rendre accessible des sujets complexes lui a valu une reconnaissance acadĂ©mique. Bien que ses Ă©crits couvrent une large gamme de sujets, il est particuliĂšrement apprĂ©ciĂ© pour ses recherches sur les sociĂ©tĂ©s anciennes, oĂč il mĂȘle rigueur historique et narration captivante. Son oeuvre reflĂšte une curiositĂ© insatiable pour les dĂ©tails de la vie quotidienne des Ă©poques passĂ©es, offrant ainsi au lecteur moderne une fenĂȘtre sur des mondes rĂ©volus. Sa contribution Ă  la comprĂ©hension de l'histoire sociale a Ă©tĂ© saluĂ©e par ses contemporains, et ses ouvrages continuent d'ĂȘtre une rĂ©fĂ©rence pour les passionnĂ©s d'histoire.

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Informations

Éditeur
Books on Demand
Année
2019
Imprimer l'ISBN
9782322044429
ISBN de l'eBook
9782322136926
Édition
1
CHAPITRE V
AprĂšs Ovide, il faut aller jusqu’à Martial pour retrouver en quelque sorte la filiation interrompue des courtisanes de Rome ; pendant plus d’un demi-siĂšcle, la poĂ©sie fait silence sur leur compte, mais on peut prĂ©sumer qu’elles n’attendirent pas Martial pour faire parler d’elles, et que, si les poĂštes Ă©rotiques nous manquent pour constater les faits et gestes de ces fameuses, la faute n’en est pas Ă  un temps d’arrĂȘt dans les progrĂšs de la prostitution antique.
Loin de lĂ , les successeurs d’Auguste avaient pris sous leurs auspices la dĂ©moralisation de la sociĂ©tĂ© romaine, et ils offraient avec impudeur l’exemple de tous les raffinements de la dĂ©bauche. Les mƓurs publiques s’étaient alors si profondĂ©ment altĂ©rĂ©es, que, parmi les poĂštes, on n’en eĂ»t pas trouvĂ© un qui se donnĂąt le ridicule de chanter l’épopĂ©e de ses amours, comme l’avaient fait Tibulle, Properce et Ovide. De mĂȘme, on n’eĂ»t pas trouvĂ© une courtisane qui perdĂźt sa jeunesse Ă  fournir des sujets d’élĂ©gies Ă  un poĂšte amoureux et jaloux. La jalousie, comme l’amour, semblait passĂ©e de mode, et l’on vivait trop vite pour consacrer des annĂ©es entiĂšres Ă  une seule passion, que la durĂ©e rendait presque respectable et qui participait, pour ainsi dire, du concubinage matrimonial.
Lorsque Marcus Valerius Martial, nĂ© Ă  Bilbilis, en Espagne, vers l’an 43 de l’ùre chrĂ©tienne, vint Ă  Rome, Ă  l’ñge de dix-sept ans, pour y chercher fortune, il n’eut garde d’imiter les poĂštes de l’amour, qui avaient rencontrĂ© un MĂ©cĂšne au siĂšcle d’Auguste : il se fit, au contraire, le poĂšte complaisant des libertinages du rĂšgne de NĂ©ron et des empereurs qui se succĂ©dĂšrent si rapidement jusqu’à Trajan. Martial dut ses succĂšs littĂ©raires Ă  l’obscĂ©nitĂ© mĂȘme de ses Ă©pigrammes.
Il a l’air d’avoir pris pour modĂšles les honteuses Ă©pigrammes de Catulle, qui les avait Ă©crites, du moins, avec une sorte de grossiĂšre naĂŻvetĂ© ; Martial, au contraire, pour plaire aux dĂ©bauchĂ©s de la cour impĂ©riale, s’exerçait Ă  renchĂ©rir, en fait de licence, sur les poĂ©sies les plus effrontĂ©es de son temps ; il y mettait mĂȘme une recherche monstrueuse de lubricitĂ©, et il ne jetait seulement pas le voile des expressions dĂ©centes sur des images immondes. Les applaudissements qu’il recueillait de toutes parts Ă©taient son excuse et son encouragement ; chaque livre nouveau de ses Ă©pigrammes, demandĂ©, attendu avec impatience par tous les lecteurs qui savaient par cƓur les livres prĂ©cĂ©dents, se multipliait Ă  l’infini dans les mains des libraires, et les scribes, qui en prĂ©paraient des exemplaires richement ornĂ©s et reliĂ©s, ne pouvaient suffire Ă  l’empressement des acheteurs.
Cet accueil enthousiaste, accordĂ© Ă  des vers licencieux, n’était pas fait sans doute pour inviter Martial Ă  changer de genre et de ton. Aussi, quand un censeur austĂšre lui conseillait de s’imposer quelque rĂ©serve dans les mots, sinon dans les idĂ©es, il n’acceptait pas plus un conseil qu’un reproche, et il avait mille raisons toutes prĂȘtes pour dĂ©montrer Ă  ses critiques, qu’il avait bien fait de composer justement les vers malhonnĂȘtes qu’on voulait retrancher de ses Ɠuvres :
«Tu te plains, CornĂ©lius, disait-il Ă  un de ses censeurs, que mes vers ne sont point assez sĂ©vĂšres et qu’un magister ne les voudrait pas lire dans son Ă©cole ; mais ces opuscules ne peuvent plaire, comme les maris Ă  leurs femmes, s’ils n’ont pas de mentule... Telle est la condition imposĂ©e aux poĂ©sies joyeuses : elles ne peuvent convenir, si elles ne chatouillent les sens. DĂ©pose donc ta sĂ©vĂ©ritĂ© et pardonne Ă  mes badinages, Ă  mes joyeusetĂ©s, je te prie. Renonce Ă  chĂątier mes livres : rien n’est plus mĂ©prisable que Priape devenu prĂȘtre de CybĂšle. »
Martial avait pour lui les suffrages des empereurs et des libertins ; il se souciait peu de ceux des gens de goĂ»t, et il se contentait de la vogue irrĂ©sistible de ses Ă©pigrammes les plus orduriĂšres, qui, en passant par la bouche des courtisanes et des gitons, Ă©taient arrivĂ©es graduellement aux oreilles de la populace des carrefours. De lĂ  cette renommĂ©e Ă©clatante que le poĂšte avait acquise avec des saletĂ©s, que n’excusaient pas l’esprit et la malice qu’il savait y jeter Ă  pleines mains ; renommĂ©e qui faillit Ă©clipser celles de Virgile et d’Horace, et qui balança les triomphes satiriques de JuvĂ©nal.
En effet, toute la chronique scandaleuse de Rome Ă©tait dĂ©posĂ©e, pour ainsi dire, dans une multitude de petites piĂšces, faciles Ă  retenir et Ă  faire circuler; dans ces piĂšces de vers, le poĂšte avait gravĂ©, sous des pseudonymes transparents, les noms des personnages qu’il tournait en ridicule ou qu’il marquait au fer rouge. Il avait beau dĂ©clarer qu’il n’abusait pas des noms vĂ©ritables et qu’il respectait toujours les personnes dans ses plaisanteries ; on ne lui savait pas mauvais grĂ© des injures graves qu’il se permettait Ă  l’égard d’une foule de gens, que tout le monde reconnaissait dans des portraits, oĂč ils n’étaient pas nommĂ©s, mais peints avec une hideuse vĂ©ritĂ©.
Il ne se hasardait pas, il est vrai, Ă  diffamer des hommes honorables et Ă  poursuivre de calomnies perfides la vie privĂ©e des citoyens. Les victimes ordinaires de ses sarcasmes Ă©taient toujours de mĂ©chants poĂštes, d’insolentes courtisanes, de viles prostituĂ©es, des lĂ©nons criminels, des prodigues et des avares, des hommes tarĂ©s et des femmes perdues. Il parle donc souvent la langue des ignobles personnages qu’il met en scĂšne et comme au pilori ; il a soin de prĂ©venir ses lecteurs qu’ils ne trouveront chez lui ni rĂ©serve ni pruderie dans l’expression :
« Les Ă©pigrammes, dit-il, sont faites pour les habituĂ©s des Jeux Floraux. Que Caton n’entre donc pas dans notre théùtre, ou s’il y vient, qu’il regarde ! » Martial frĂ©quentait certainement la mauvaise sociĂ©tĂ© qu’il a dĂ©peinte avec des couleurs si florissantes ; il a laissĂ© voir, en deux ou trois passages, que ses mƓurs n’étaient pas beaucoup plus rĂ©glĂ©es que celles qu’il condamne chez les autres ; car il ne se bornait pas Ă  promener ses amours parmi les courtisanes : il se livrait quelquefois Ă  des dĂ©sordres que n’excusait pas la corruption gĂ©nĂ©rale de son temps, et qu’il s’est mĂȘme efforcĂ© de justifier pour rĂ©pondre aux amers reproches de sa femme Clodia Marcella.
Et pourtant, malgrĂ© ces habitudes de dĂ©bauche contre nature il affecte, dans plus d’une Ă©pigramme, de faire sonner bien haut l’honnĂȘtetĂ©, la puretĂ© de sa vie. En jugeait-il si favorablement par la comparaison qu’il faisait, Ă  son avantage, de ses mƓurs privĂ©es avec celles de ses contemporains, surtout avec celles des empereurs Ă  qui il dĂ©diait ses livres :
« Mes vers sont libres, dit-il à Domitien, mais ma vie est irréprochable81. »
Pour expliquer cette contradiction apparente, il suffit peut-ĂȘtre de dater les piĂšces oĂč Martial vante sa moralitĂ© et celles oĂč il en fait si bon marchĂ© : les premiĂšres appartiennent Ă  sa jeunesse, les secondes Ă  son Ăąge mĂ»r. On ne doit pas oublier que les onze premiers livres de son recueil reprĂ©sentent un intervalle de trente-cinq annĂ©es, qu’il passa, presque sans interruption, Ă  Rome.
Martial, Ă  vingt-cinq ans, pouvait vivre chastement, tout en caressant dans ses vers la sensualitĂ© de ses protecteurs. À cinquante ans, il Ă©tait devenu libertin, Ă  force d’ĂȘtre tĂ©moin du libertinage de ses amis, et on remarque, en effet, que, dans les derniers livres de ses Ă©pigrammes, il ne s’avise plus de prĂ©tendre Ă  la rĂ©putation de chastetĂ© que ses Ă©crits licencieux lui avaient fait perdre depuis longtemps.
C’est dans le onziĂšme livre qu’il a eu l’impudeur d’insĂ©rer l’abominable Ă©pigramme adressĂ©e Ă  sa femme, qui l’avait surpris avec son mignon et qui eĂ»t voulu se sacrifier elle-mĂȘme pour le dĂ©shabituer de ces goĂ»ts infĂąmes : « Combien de fois Junon a-t-elle fait le mĂȘme reproche Ă  Jupiter ! » rĂ©pliquait Martial en riant, et il s’autorisait de l’exemple des dieux et des hĂ©ros pour persister dans ses coupables habitudes et pour repousser les maussades complaisances de sa femme :
Parce tuis igitur dare mascula nomina rebus ;
Teque puta cunnos, uxor, habere duos.
Le poĂšte, il est vrai, ne se faisait pas illusion sur le caractĂšre de son recueil, et il savait bien pour quels lecteurs il composait des poĂ©sies toujours libres et souvent obscĂšnes. « Aucune page de mon livre n’est chaste, dit-il avec franchise ; aussi, ce sont les jeunes gens qui me lisent ; ce sont les filles de mƓurs faciles, c’est le vieillard qui lutine sa maĂźtresse. » Il se compare alors Ă  son Ă©mule Cosconius, qui faisait comme lui des Ă©pigrammes, mais si chastes qu’on n’y voyait jamais un nuage impudique82 ; il le loue de cette chastetĂ©, mais il lui dĂ©clare que des Ă©crits si pudibonds ne peuvent ĂȘtre destinĂ©s qu’à des enfants et Ă  des vierges.
Il ne se pique donc pas d’imiter Cosconius, et il se moque des vĂ©nĂ©rables matrones qui lisaient ses ouvrages en cachette, et qui l’accusaient de n’avoir pas Ă©crit pour les femmes honnĂȘtes : « J’ai Ă©crit pour moi, leur dit-il sans rĂ©ticence. Le gymnase, les thermes, le stade, sont de ce cĂŽtĂ© : retirez-vous donc ! Nous nous dĂ©shabillons : prenez garde de voir des hommes nus ! Ici, couronnĂ©e de roses, aprĂšs avoir bu, Terpsichore abdique la pudeur, et, dans son ivresse, ne sait plus ce qu’elle dit : elle nomme sans dĂ©tour et franchement ce que VĂ©nus triomphante reçoit dans son temple au mois d’aoĂ»t, ce que le villageois place en sentinelle au milieu de son jardin, ce que la chaste vierge ne regarde qu’en mettant la main devant ses yeux. »
On est averti, par cette Ă©pigramme, que les vers de Martial ne cherchaient pas des matrones pour lectrices ordinaires, et qu’il fallait, pour se plaire Ă  ce dĂ©vergondage d’idĂ©es et d’expressions, avoir vĂ©cu de la vie des libertins et de leurs aimables complices. Le recueil complet du poĂšte des comessations figurait dans la bibliothĂšque de tous les voluptueux, et, comme il Ă©tait d’un format qui permettait de le tenir tout entier dans la main, on le lisait partout., aux bains, en litiĂšre, Ă  table, au lit.
Le libraire, qui le vendait Ă  trĂšs bas prix, se nommait Secundus, affranchi du docte Lucensis, et demeurait derriĂšre le temple de la Paix et le marchĂ© de Pallas ; ce libraire vendait aussi tous les livres lubriques, ceux de Catulle, de Pedo, de Marsus, de Getulicus, qui n’étaient pas moins recherchĂ©s par les jeunes et les vieux dĂ©bauchĂ©s, mais que les courtisanes affectaient de ne pas estimer autant que les Ă©lĂ©gies de Tibulle, de Properce et d’Ovide. Dans tous les temps, les femmes, mĂȘme les plus dĂ©pravĂ©es, ont Ă©tĂ© sensibles Ă  la peinture de l’amour tendre et dĂ©licat.
Martial offrait pourtant Ă  ses lecteurs un intĂ©rĂȘt d’à-propos, que nul poĂšte n’avait su donner Ă  ses vers : c’était, pour ainsi dire, une galerie de portraits, si ressemblants que les modĂšles n’avaient qu’à se montrer pour ĂȘtre aussitĂŽt reconnus, et si malicieusement touchĂ©s que le vice ou le ridicule de l’original passait en proverbe avec le nom que le poĂšte avait attachĂ© Ă  l’épigramme.
Nous allons, parmi ces portraits, rarement flatteurs, choisir ceux des courtisanes que Martial s’est amusĂ© Ă  peindre, souvent Ă  plusieurs reprises et Ă  des Ă©poques diffĂ©rentes, comme pour mieux juger des changements que l’ñge et le sort apportaient dans l’existence ou dans la personne de ces crĂ©atures ; nous laisserons de cĂŽte, avec dĂ©goĂ»t, la plupart des portraits de cinƓdes et de gitons, que la prostitution romaine plaçait sur le mĂȘme pied que les femmes de plaisir, et que Martial ne s’est pas fait scrupule de mettre en regard de celles-ci dans sa collection Ă©rotique et sotadique.
Voici Lesbie ; ce n’est pas celle de Catulle ; elle n’a point de moineau apprivoisĂ© dont elle pleure la mort, mais elle a des amants et tout le monde le sait, parce qu’elle ouvre ses fenĂȘtres et ses rideaux, quand elle est avec eux ; elle aime la publicitĂ© ; les plaisirs secrets sont pour elle sans saveur83 ; aussi, sa porte n’est-elle jamais fermĂ©e ni gardĂ©e, lorsqu’elle s’abandonne Ă  sa lubricitĂ© ; elle voudrait que tout Rome eĂ»t les yeux sur elle en ce moment-lĂ , et elle ne se trouble ni ne se dĂ©range, si quelqu’un entre, car le tĂ©moin de son libertinage lui procure plus de jouissance que ne fait son amant ; elle n’a pas de plus grand bonheur que d’ĂȘtre prise sur le fait84.
« Prends au moins des leçons de pudeur de ChionĂ© et d’HĂ©lide ! » lui crie Martial indignĂ©. ChionĂ© et HĂ©lide Ă©taient les louves errantes, qui cachaient leurs infamies Ă  l’ombre des tombeaux. Cette Lesbie, en vieillissant, arriva au dernier degrĂ© de la prostitution, et se voua plus particuliĂšrement aux turpitudes de l’art fellatoire (liv. II, Ă©pigr. 50). Elle Ă©tait devenue laide, et elle s’étonnait, en dĂ©pit des avertissements de son miroir, que ses amants d’autrefois n’eussent pas conservĂ© pour elle leurs dĂ©sirs et leur ardeur. Elle gourmandait, Ă  ce sujet, la paresse glacĂ©e de Martial, qui finit par lui dire, pour excuser son impuissance obstinĂ©e :
«Ton visage est ton plus cruel ennemi85. » Longtemps aprĂšs, rĂ©duite Ă  des souvenirs qui se rĂ©veillaient chez elle au milieu de son abandon, Lesbie se rappelait avec orgueil les nombreux adorateurs qu’elle avait eus ; elle les faisait comparaĂźtre, avec leurs noms, leurs qualitĂ©s, leurs caractĂšres et leurs figures, devant l’arĂ©opage des vieilles entremetteuses, qui l’écoutaient en ricanant. « Je n’ai jamais accordĂ© mes faveurs gratis ! » disait-elle fiĂšrement86, et, pendant qu’elle parlait ainsi du passĂ©, les portefaix, qu’elle soudoyait maintenant Ă  tour de rĂŽle, se battaien...

Table des matiĂšres

  1. SOMMAIRE
  2. AVANT-PROPOS
  3. CHAPITRE PREMIER
  4. CHAPITRE II
  5. CHAPITRE III
  6. CHAPITRE IV
  7. CHAPITRE V
  8. Page de copyright