Aristote: Oeuvres Majeures
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À propos de ce livre

e-artnow vous prĂ©sente la collection des oeuvres majeures d'Aristote, une Ă©dition numĂ©rique mĂ©ticuleusement Ă©ditĂ©e et formatĂ©e. Aristote (AristotĂ©lĂȘs), surnommĂ© le Stagirite (StageiritĂšs), est un philosophe grec nĂ© en 384 av. J.-C. Ă  Stagire, en MacĂ©doine, et mort en 322 av. J.-C. Ă  Chalcis, en EubĂ©e. Disciple de Platon Ă  l'AcadĂ©mie pendant plus de vingt ans, il prit ensuite une distance critique vis-Ă -vis des thĂšses de son maĂźtre et fonda sa propre Ă©cole, le LycĂ©e. Il fut Ă©galement prĂ©cepteur d'Alexandre le Grand. Sa conception de l'ĂȘtre comme " substance " (ou ontologie), et de la mĂ©taphysique comme " science de l'ĂȘtre en tant qu'ĂȘtre ", influença profondĂ©ment l'ensemble de la tradition philosophique occidentale, d'Alexandre d'Aphrodise Ă  Martin Heidegger en passant par Thomas d'Aquin, et orientale, d'AverroĂšs et MaĂŻmonide Ă  Cordoue jusqu'au persan Avicenne en passant par les thĂ©ologiens mĂ©diĂ©vaux de Byzance. VĂ©ritable encyclopĂ©diste, il s'est beaucoup intĂ©ressĂ© aux arts (musique, rhĂ©torique, théùtre) et aux sciences (physique, biologie, cosmologie) de son Ă©poque ; il en thĂ©orisa les principes et effectua des recherches empiriques pour les appuyer. Il Ă©labora une rĂ©flexion fondamentale sur l'Ă©thique et sur la politique qui influença durablement l'Occident. Le Stagirite est Ă©galement considĂ©rĂ©, avec les stoĂŻciens, comme l'inventeur de la logique : il Ă©labora une thĂ©orie du jugement prĂ©dicatif, systĂ©matisa l'usage des syllogismes et dĂ©crivit les rouages des sophismes.

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Informations

Éditeur
e-artnow
Année
2019
ISBN de l'eBook
9788027301911
Aristote

Aristote: Oeuvres Majeures

e-artnow, 2019
Contact: [email protected]
ISBN 978-80-273-0191-1

Table des matiĂšres


LA PHYSIQUE (1862)
PRÉFACE À LA PHYSIQUE D’ARISTOTE
LIVRE I (1862) - DES PRINCIPES DE L’ÊTRE
LIVRE II (1862) - DE LA NATURE
LIVRE III (1862) - DÉFINITION DU MOUVEMENT, THÉORIE DE L’INFINI
LIVRE IV (1862) - DE L’ESPACE, DU VIDE ET DU TEMPS
LIVRE V (1862) - DU MOUVEMENT
LIVRE VI (1862) - DE LA DIVISIBILITÉ DU MOUVEMENT
LIVRE VII (1862) - SUITE DE LA THÉORIE DU MOUVEMENT
LIVRE VIII (1862) - DE L’ÉTERNITÉ DU MOUVEMENT

LA MÉTAPHYSIQUE (1866)
LA MÉTAPHYSIQUE LIVRE I (1879)
LA MÉTAPHYSIQUE LIVRE II (1840)
LA MÉTAPHYSIQUE LIVRE III (1840)
LA MÉTAPHYSIQUE LIVRE IV (1879)
LA MÉTAPHYSIQUE LIVRE V (1879)
LA MÉTAPHYSIQUE LIVRE VI (1840)
LA MÉTAPHYSIQUE LIVRE VII (1879)
LA MÉTAPHYSIQUE LIVRE VIII (1879)
LA MÉTAPHYSIQUE LIVRE IX (1879)
LA MÉTAPHYSIQUE LIVRE X (1879)
LA MÉTAPHYSIQUE LIVRE XI (1879)
LA MÉTAPHYSIQUE LIVRE XII (1879)
LA MÉTAPHYSIQUE LIVRE XIII (1879)
LA MÉTAPHYSIQUE LIVRE XIV (1879)

TRAITÉ DU CIEL (1866)
PRÉFACE
TRAITÉ DU CIEL - LIVRE I (1866)
TRAITÉ DU CIEL - LIVRE II (1866)
TRAITÉ DU CIEL - LIVRE III (1866)
TRAITÉ DU CIEL - LIVRE IV (1866)

PSYCHOLOGIE D’ARISTOTE - DE L’ÂME (1874)
PRÉFACE
PSYCOLOGIE - LIVRE I
PSYCOLOGIE - LIVRE II
PSYCOLOGIE - LIVRE III

LA POLITIQUE (1874)
PREFACE
POLITIQUE LIVRE I - DE LA SOCIÉTÉ CIVILE. - DE L’ESCLAVAGE. - DE LA PROPRIÉTÉ. - DU POUVOIR DOMESTIQUE.
POLITIQUE LIVRE II - EXAMEN CRITIQUE DES THÉORIES ANTÉRIEURES ET DES PRINCIPALES CONSTITUTIONS
POLITIQUE LIVRE III - DE L’ÉTAT ET DU CITOYEN.- THÉORIE DES GOUVERNEMENTS ET DE LA SOUVERAINETÉ.- DE LA ROYAUTÉ.
POLITIQUE LIVRE IV - THÉORIE GÉNÉRALE DE LA CITÉ PARFAITE.
POLITIQUE LIVRE V - DE L’ÉDUCATION DANS LA CITÉ PARFAITE.
POLITIQUE LIVRE VI - DE LA DÉMOCRATIE ET DE L’OLIGARCHIE.- DES TROIS POUVOIRS : LÉGISLATIF, EXÉCUTIF ET JUDICIAIRE.
POLITIQUE LIVRE VII - DE L’ORGANISATION DU POUVOIR DANS LA DÉMOCRATIE ET DANS L’OLIGARCHIE.
POLITIQUE LIVRE VIII - THÉORIE GÉNÉRALE DES RÉVOLUTIONS.

LA POETIQUE (1922)
CHAPITRE PREMIER
CHAPITRE II
CHAPITRE III
CHAPITRE IV
CHAPITRE V
CHAPITRE VI
CHAPITRE VII
CHAPITRE VIII
CHAPITRE IX
CHAPITRE X
CHAPITRE XI
CHAPITRE XII
CHAPITRE XIII
CHAPITRE XIV
CHAPITRE XV
CHAPITRE XVI
CHAPITRE XVII
CHAPITRE XVIII
CHAPITRE XIX
CHAPITRE XX
CHAPITRE XXI
CHAPITRE XXII
CHAPITRE XXIII
CHAPITRE XXIV
CHAPITRE XXV
CHAPITRE XXVI

LOGIQUE D’ARISTOTE - INTRODUCTION AUX CATEGORIES
PRÉFACE
LOGIQUE - INTRODUCTION AUX CATÉGORIES PAR PORPHYRE
PLAN DES CATÉGORIES
SECTION PREMIÈRE - PROTHÉORIE
SECTION DEUXIÈME - THÉORIE
SECTION TROISIÈME - HYPOTHÉORIE
PLAN DE L’HERMÉNEIA

LA PHYSIQUE
(1862)

Table des matiĂšres
TRADUIT PAR BARTHÉLÉMY SAINT HILAIRE

PRÉFACE À LA PHYSIQUE D’ARISTOTE

Table des matiĂšres
IdĂ©e gĂ©nĂ©rale de la Physique d’Aristote : c’est une thĂ©orie du mouvement. – AntĂ©cĂ©dents de la Physique ; thĂ©ories de Platon sur le mouvement. – Analyse de la Physique d’Aristote. MĂ©thode exposĂ©e trop briĂšvement ; thĂ©orie des principes de l’ĂȘtre, et dĂ©finition de la nature, rattachĂ©es Ă  la thĂ©orie du mouvement ; rĂ©futation du systĂšme du hasard clans la nature. DĂ©finition du mouvement ; thĂ©ories de l’infini, de l’espace et du temps, notions que le mouvement suppose. –ThĂ©orie du mouvement ; diverses espĂšces de mouvement ; unitĂ© du mouvement ; opposition et contrariĂ©tĂ© des mouvements ; du repos ; du mouvement et du repos naturels et forcĂ©s ; divisibilitĂ© indĂ©finie du mouvement ; mesure du mouvement ; rĂ©futation des paradoxes de ZĂ©non d’ÉlĂ©e contre le mouvement ; comparaison et proportionnalitĂ© des mouvements ; quelques lois du mouvement. ÉternitĂ© du mouvement circulaire ; thĂ©orie du premier moteur Immobile. – Du style de la Physique d’Aristote. – Histoire des thĂ©ories sur le mouvement ; les Ă©coles de l’antiquitĂ© ; le moyen-Ăąge, Albert et saint Thomas ; la Renaissance ; analyse des thĂ©ories de Descartes, de Newton et de Laplace comparĂ©es Ă  celles d’Aristote. – ApprĂ©ciation rĂ©sumĂ©e de la Physique d’Aristote.
La physique, telle que l’a comprise Aristote, ne rĂ©pond pas du tout Ă  l’idĂ©e que nous nous en faisons aujourd’hui ; il n’y est question d’aucun des phĂ©nomĂšnes dont pour nous cette science est nĂ©cessairement composĂ©e. Aristote ne parle ni d’optique, ni d’acoustique, ni de calorique, ni d’électricitĂ©, ni de magnĂ©tisme. Non pas que quelques-uns de ces phĂ©nomĂšnes n’eussent Ă©tĂ© observĂ©s aussi par les anciens ; mais la science de la nature ne s’étendait pas alors Ă  ces dĂ©tails ; et l’analyse n’avait pas Ă©tĂ© poussĂ©e aussi loin. On s’en tenait aux gĂ©nĂ©ralitĂ©s les plus Ă©tendues ; et comme il arrive toujours quand la science dĂ©bute, elle s’arrĂȘtait aux faits les plus frappants et les plus palpables. Or il n’en est pas dans la nature de plus certain ni de plus Ă©vident que le mouvement sous toutes ses formes ; et voilĂ  comment la Physique d’Aristote n’est au fond qu’une thĂ©orie du mouvement. C’est une Ă©tude sur le principe le plus gĂ©nĂ©ral et le plus important de la nature ; car sans ce principe, ainsi qu’Aristote l’a dit bien des fois, la nature n’existe pas ; elle s’identifie en quelque sorte avec lui.
Il ne faut donc pas trop s’étonner si dans l’ouvrage du philosophe on trouve de la mĂ©taphysique, et non de la physique au sens oĂč nous l’entendons. Il faut nous dire que le mouvement est dans l’ordre des idĂ©es le premier fait que doit constater la science de la nature et dont elle doit se rendre compte, sous peine de ne pas se bien comprendre elle-mĂȘme. Mais par le progrĂšs de l’analyse, et par l’importance du sujet, la thĂ©orie du mouvement est sortie du domaine propre de la physique ; et sous le nom de mĂ©canique, de dynamique et de statique, elle forme une science Ă  part, dont la physique ne s’occupe plus, mais qu’elle suppose, parce que sans une telle science la physique ne serait pas logiquement possible. La thĂ©orie du mouvement est si bien l’antĂ©cĂ©dent obligĂ© de la physique, que, quand Ă  la fin du XVII siĂšcle, Newton pose les principes mathĂ©matiques de la philosophie naturelle, en expliquant le systĂšme du monde, il ne fait dans son livre immortel qu’une thĂ©orie du mouvement. Descartes, dans les Principes de la Philosophie, avait Ă©galement placĂ© l’étude du mouvement en tĂšte de la science de la nature. Ainsi, deux mille ans passĂ©s avant Descartes et Newton, Aristote a procĂ©dĂ© tout comme eux ; et si l’on veut considĂ©rer Ă©quitablement son Ɠuvre, on verra qu’elle est de la mĂȘme famille, et qu’à plus d’un Ă©gard, elle n’a rien Ă  redouter de la comparaison.
Mon admiration sincĂšre pour le gĂ©nie d’Aristote ne m’a jamais aveuglĂ©, et surtout elle ne m’a jamais empĂȘchĂ© de combattre ce que je regardais comme ses erreurs. J’ai dĂ», quoique Ă  regret, le rĂ©futer bien souvent. Mais je n’hĂ©site pas Ă  dĂ©clarer pour la Physique qu’elle est une de ses Ɠuvres les plus vraies et les plus considĂ©rables. Comme elle n’a point encore Ă©tĂ© traduite en notre langue, elle n’est pas aussi connue parmi nous qu’elle devrait l’ĂȘtre ; et par les difficultĂ©s qu’elle prĂ©sente, elle a peut-ĂȘtre rebutĂ© les philosophes eux-mĂȘmes. Mais je me flatte que, mieux apprĂ©ciĂ©e en devenant plus accessible, elle nous paraĂźtra dĂ©sormais dans toute sa grandeur ; et quelle que soit la gloire d’Aristote, il n’est pas impossible que la connaissance plus approfondie de ce monument y ajoute encore quelque chose. Pour ma part, j’avoue que c’est l’impression que j’en ai ressentie. L’auteur de tant d’Ɠuvres prodigieuses n’est pas estimĂ© Ă  toute sa valeur, si Ă  la Logique, Ă  la MĂ©taphysique, Ă  l’Histoire des Animaux, Ă  la MĂ©tĂ©orologie, Ă  la Politique, Ă  la RhĂ©torique, Ă  la Morale, Ă  la PoĂ©tique, on ne joint pas la Physique, qui les Ă©gale, si mĂȘme elle ne les surpasse.
Sans doute la Physique d’Aristote, mĂȘme dans les limites oĂč elle se renferme, n’est pas sans dĂ©fauts ; et je ne m’abstiendrai pas de signaler ceux qu’y peut reconnaĂźtre une critique impartiale et respectueuse. Mais dans son ensemble, elle est une des compositions les plus achevĂ©es qu’ait enfantĂ©es ce puissant gĂ©nie. L’idĂ©e gĂ©nĂ©rale en est simple ; l’ordonnance, sauf quelques taches, qui consistent surtout en des rĂ©pĂ©titions et des longueurs, est d’une rĂ©gularitĂ© irrĂ©prochable ; une parfaite unitĂ© y Ă©clate, malgrĂ© ce qu’on a pu en dire sur la foi de quelques doutes traditionnels, trop peu justifiĂ©s ; et je ne vois guĂšre que le TraitĂ© de l’ñme, qui, sur tous ces points, puisse rivaliser avec celui-ci. Je ne parle pas de l’authenticitĂ©, qui n’a jamais Ă©tĂ© suspecte, et qui en effet ne peut l’ĂȘtre en aucune façon pour ceux qui ont vĂ©cu d’un peu prĂšs avec le philosophe, et qui se sont familiarisĂ©s avec son style et sa pensĂ©e. Pour bien apprĂ©cier tout le mĂ©rite de la Physique, il ne faut pas seulement rapprocher Aristote de Descartes et de Newton ; il faut le comparer aussi Ă  ses prĂ©dĂ©cesseurs et Ă  ses contemporains. Il est vrai que ce n’est pas chose facile que de se faire quelque idĂ©e prĂ©cise des Ă©tudes physiques en GrĂšce quatre ou cinq siĂšcles avant l’ùre chrĂ©tienne. Mais heureusement, parmi tant d’ouvrages qui ont pĂ©ri, ceux de Platon sont arrivĂ©s tout entiers jusqu’à nous, comme le plus prĂ©cieux de tous les trĂ©sors de l’intelligence hellĂ©nique ; et Platon ayant Ă©tĂ© vingt ans le maĂźtre d’Aristote, c’est lĂ  surtout qu’il faut chercher la source des principales opinions du disciple, non sans qu’il ne fĂ»t possible de remonter encore plus haut. L’élĂšve a frĂ©quemment rĂ©futĂ© et combattu le systĂšme de celui qui avait instruit sa jeunesse et formĂ© son esprit. Mais tout en s’éloignant de lui, il lui doit beaucoup ; et les emprunts qu’il lui fait involontairement vont bien plus loin que lui-mĂȘme ne s’en doute. Il faut donc d’abord interroger Platon, et surprendre dans les dĂ©tours de ses dialogues l’idĂ©e qu’il se fait de l’étude de la nature, et particuliĂšrement du rĂŽle du mouvement dans le monde.
Dans le PhĂ©don, Socrate, sur le point de mourir, passe en revue les occupations principales de sa vie ; et il rappelle que dans sa jeunesse il avait aimĂ© passionnĂ©ment la physique ; il s’y Ă©tait portĂ© d’une ardeur sans pareille ; et en se mettant sous la conduite des Physiciens, « il s’était imaginĂ©, qu’il allait savoir tout d’un coup les causes de chaque chose, ce qui la fait naĂźtre, ce qui la fait mourir, ce qui la fait exister. » Mais Socrate Ă©tait bientĂŽt revenu de sa curiositĂ© juvĂ©nile et de sa naĂŻvetĂ© trop crĂ©dule. Les explications des Naturalistes ne l’avaient pas convaincu, et le peu qu’il en avait tirĂ© lui semblait fort mal rĂ©pondre Ă  tant de promesses et Ă  tant d’espĂ©rances. Si les solutions grossiĂšres de l’école Ionienne l’avaient repoussĂ©, le systĂšme d’Anaxagore lui-mĂȘme ne l’avait satisfait qu’à demi, et Socrate s’étonnait Ă  bon droit qu’aprĂšs avoir dĂ©couvert dans l’Intelligence la cause et le principe de tous les phĂ©nomĂšnes naturels, le sage de ClazomĂšne se fĂ»t arrĂȘtĂ© en si beau chemin, et qu’il n’eĂ»t fait presque aucune application d’une vĂ©ritĂ© si fĂ©conde. Socrate ne trouvait pas que l’école d’ÉlĂ©e eĂ»t mieux rĂ©ussi, et les paradoxes de cette Ă©cole sur le mouvement ne le charmaient guĂšre plus que les opinions sĂ©duisantes, mais perverses, des Sophistes.
À la distance oĂč nous sommes de ces temps reculĂ©s, et d’aprĂšs les trop rares fragments arrivĂ©s jusqu’à nous, le jugement que porte Socrate sur la physique de son temps, doit sembler assez juste, quoiqu’il soit peut-ĂȘtre un peu sĂ©vĂšre ; et tout en admirant le gĂ©nie d’un Pythagore, d’un ThalĂšs, d’un DĂ©mocrite, d’un Anaxagore, nous comprenons que ces systĂšmes n’aient point contentĂ© Socrate, et qu’il les ait critiquĂ©s, sans cependant leur refuser quelques louanges. Socrate d’ailleurs Ă©tait portĂ© par un admirable instinct Ă  donner bien plus d’importance Ă  la science de l’homme qu’à la science de la nature ; et il s’est laissĂ© ravir par la psychologie et la morale. L’humanitĂ© doit l’en remercier Ă©ternellement ; mais ce n’était pas lĂ  une disposition trĂšs favorable pour les progrĂšs de la physique ; et ce n’est pas non plus dans l’étude de la nature que s’est surtout exercĂ©e et qu’a brillĂ© l’école Platonicienne.
Cependant l’auteur du TimĂ©e ne prĂ©tendait pas rester Ă©tranger Ă  ces questions ; et tout en les relĂ©guant Ă  un rang secondaire, il ne pouvait les Ă©viter quand il essayait de scruter l’origine des choses, et de pĂ©nĂ©trer jusque dans le sein mĂȘme de Dieu, crĂ©ateur et ordonnateur souverain de la nature, de l’espace et du temps. La question du mouvement Ă©tait une des premiĂšres qu’il dĂ»t se poser, et il a tentĂ© de la rĂ©soudre soit dans le TimĂ©e, soit dans le dixiĂšme livre des Lois, sans parler de quelques autres dialogues oĂč elle est moins directement Ă©tudiĂ©e. Platon n’a pas songĂ© Ă  dĂ©finir le mouvement, et il n’a pas cherchĂ©, comme plus tard Aristote, Ă  en expliquer la nature intime et l’essence ; il s’est bornĂ© Ă  se demander d’oĂč le mouvement pouvait venir, et quelles en Ă©taient les principales formes.
Sur la cause premiĂšre du mouvement, l’opinion de Platon est aussi arrĂȘtĂ©e qu’il se peut, et il ne balance pas Ă  rapporter Ă  Dieu le mouvement qui se montre partout dans l’univers et qui le vivifie. C’est Dieu qui a tirĂ© des profondeurs de son ĂȘtre le mouvement, qu’il a communiquĂ© Ă  tout le reste des choses ; sans lui, le mouvement ne serait pas nĂ©, et il ne continuerait point. Dieu est comme l’ñme du monde ; l’ñme, qui est le plus ancien de tous les ĂȘtres, et qui est pour le vaste ensemble de l’univers le principe du mouvement, ainsi qu’elle l’est pour les ĂȘtres particuliers, animant la matiĂšre inerte Ă  laquelle elle est jointe. C’est Dieu qui a créé les grands corps qui roulent sur nos tĂȘtes dans les espaces cĂ©lestes, et c’est lui qui maintient la rĂ©gularitĂ© Ă©ternelle de leurs rĂ©volutions, de mĂȘme qu’il leur a imprimĂ© l’impulsion primitive qui les a lancĂ©s dans le ciel. Dieu est donc le pĂšre du mouvement, soit que nous considĂ©rions le mouvement Ă  la surface de notre terre et dans les phĂ©nomĂšnes les plus habituels, soit qu’élevant nos yeux nous le contemplions dans l’infinitĂ© de l’étendue et clans l’harmonie des sphĂšres. Platon attache la plus haute importance Ă  ces opinions, qui font partie de sa foi religieuse, et il s’élĂšve avec indignation contre l’impiĂ©tĂ© trop frĂ©quente des Naturalistes, qui croient trouver dans la matiĂšre rĂ©duite Ă  ses propres forces une explication suffisante. S’en tenir uniquement aux faits sensibles qui tombent sous notre observation, et ne pas remonter plus haut pour les mieux comprendre, lui semble une aberration et presque un sacrilĂšge. C’est mĂ©connaĂźtre la Providence, qui rĂ©git et gouverne toutes choses avec autant de bontĂ© que de sagesse, et c’est risquer de l’offenser que de ne pas voir assez clairement la trace qu’elle a laissĂ©e dans ses Ɠuvres, et dans ce grand fait du mouvement, qui doit la manifester Ă  tous les yeux. Platon ne dit pas en propres termes que Dieu est le premier moteur, et c’est Aristote qui plus tard trouvera cette formule ; mais la pensĂ©e, si ce n’est l’expression, est de lui ; et le disciple, sous ce rapport comme sous bien d’autres, n’a Ă©tĂ© que l’écho de son maĂźtre. Seulement, Aristote a poissĂ© beaucoup plus loin les dĂ©ductions sĂ©vĂšres de la science ; et il a substituĂ© un systĂšme profond et solide Ă  des vues, restĂ©es un peu indĂ©cises, toutes grandes qu’elles Ă©taient.
D’ailleurs, Platon ne s’en tient pas Ă  cette indication gĂ©nĂ©rale ; et aprĂšs avoir montrĂ© d’oĂč vient le mouvement, il veut expliquer aussi avec plus de dĂ©tails les apparences diverses qu’il nous offre. Il distingue donc plusieurs espĂšces de mouvements, et il en porte le nombre tantĂŽt Ă  dix, tantĂŽt Ă  sept, sans les sĂ©parer toujours bien nettement entre elles. Le mouvement a lieu, soit en avant soit en arriĂšre, en haut et en bas, Ă  droite et Ă  gauche ; joignez Ă  ces six mouvements que chacun connaĂźt, le mouvement circulaire, et vous aurez les sept mouvements principaux. D’autres fois, Platon change cette Ă©numĂ©ration, et il distingue les mouvements de composition et de division, ceux d’augmentation et de diminution, et ceux de gĂ©nĂ©ration et de destruction. Il y ajoute le mouvement de translation, soit que le corps se dĂ©place dans l’espace et change de lieu, soit qu’il fasse une rĂ©volution sur lui-mĂȘme et reste en place. Il met au neuviĂšme rang le mouvement qui, venant d’une cause extĂ©rieure, est reçu du dehors et est communiquĂ© ; et enfin au dixiĂšme rang, il met le mouvement spontanĂ©, qui n’a pas d’autre cause que lui-mĂȘme, et qui produit tous les changements et tous les mouvements secondaires que l’univers nous prĂ©sente. D’autres fois, encore, abandonnant ces classifications, Platon rĂ©duit tous les mouvements Ă  deux, le changement de lieu et l’altĂ©ration, comme il le fait dans le ParmĂ©nide ; ou bien ces deux mouvements ne sont plus, comme dans d’autres passages du TimĂ©e, que la rotation sur soi-mĂȘme, donnĂ©e par Dieu au monde, Ă  l’exclusion de tout autre mouvement, et l’impulsion en avant, maĂźtrisĂ©e par le mouvement du mĂȘme et du semblable, qui ramĂšne saris cesse au centre le corps prĂȘt Ă  s’égarer. Mais s’il y a quelque confusion dans ces opinions de Platon, un axiome sur lequel il ne varie pas plus que sur l’origine du mouvement, c’est qu’il n’y a point de hasard dans la nature, et que le mouvement, qui en est le phĂ©nomĂšne principal, y a ses lois comme tout le reste. Le systĂšme du hasard n’explique rien, et il a ce trĂšs grand danger de porter les Ăąmes Ă  l’irrĂ©ligion, mal social qui perd les individus et que le lĂ©gislateur doit Ă©nergiquement combattre. Platon flĂ©trit avec insistance ce systĂšme, qui est aussi pernicieux qu’il est vain, et il ne serait pas loin de porter des peines contre les Naturalistes qui y croient et s’en font les apĂŽtres. C’est lĂ  un germe qu’a recueilli Aristote, et qu’il a dĂ©veloppĂ© non moins heureusement que son maĂźtre, bien qu’à un tout autre point de vue. Ce n’est pas l’impiĂ©tĂ© de cette doctrine qui a rĂ©voltĂ© Aristote ; mais c’est sa faussetĂ© grossiĂšre en prĂ©sence de l’admirable spectacle que l’ordre universel Ă©tale sans cesse sous nos regards, pour peu que nous voulions l’observer.
À la question gĂ©nĂ©rale du mouvement, s’en rattachent quelques autres que Platon a Ă©galement touchĂ©es, et qu’à son exemple Aristote a fait entrer aussi dans sa Physique. Platon distingue le mouvement en haut, et le mouvement en bas. Mais qu’est-ce que le haut et le bas ? Sont-ils relatifs Ă  nous uniquement ? Ou bien existent-ils dans la nature ? Sur cette question, qui peut nous sembler embarrassante mĂȘme encore aujourd’hui, Platon a deux solutions qui se contredisent et qu’Aristote n’a pas Ă©claircies plus que lui. Le haut est le lieu oĂč se dirigent les corps lĂ©gers ; le bas est le lieu oĂč se dirigent les corps pesants. Il semble donc que le haut et le bas sont dĂ©terminĂ©s par une loi naturelle, puisque ce n’est pas indiffĂ©remment que tels corps s’élĂšvent, tandis que d’autres sont toujours entraĂźnĂ©s par une chute irrĂ©sistible. Mais ailleurs, Platon est d’un autre avis, et il dĂ©clare qu’il n’y a dans la nature ni haut ni bas, attendu que tout y est concentrique. Platon, du reste, n’approfondit pas cette derniĂšre idĂ©e, qui est comme un pressentiment de la thĂ©orie de la pesanteur universelle. C’est que les temps n’étaient pas venus ; et le gĂ©nie mĂȘme d’Aristote, avec celui de son maĂźtre, ne suffisait pas Ă  dĂ©couvrir et Ă  constater cette grande loi du monde et de la matiĂšre.
S’il n’y a ni haut ni bas dans la nature, il y a bien moins encore de vide, et tout est plein dans ces espaces infinis oĂč notre regard se perd quand il s’y plonge. Platon ne dit pas de quelle espĂšce peut ĂȘtre cette matiĂšre dont, Ă  son sens, l’espace est rempli ; mais elle n’est point telle qu’elle puisse opposer le moindre obstacle au mouvement, et le mouvement s’y passe avec une...

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  1. Aristote: Oeuvres Majeures

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