Le Gai Savoir
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Le Gai Savoir

  1. 227 pages
  2. French
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  4. Disponible sur iOS et Android
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À propos de ce livre

Dans la preface de "Le Gai Savoir" Nietzsche contextualise son projet: de ses provenances toutes de soupçons et de souffrances morales, faisant explicitement rĂ©fĂ©rence Ă  une certaine apprĂ©hension de la psychologie en tant que libĂ©ratrice des affres de la maladie, Ă  l'antiquitĂ© grecque qu'il affectionne particuliĂšrement pour ce que les Grecs anciens auraient Ă©tĂ©, de son avis philologique, " superficiels... par profondeurs ! ", en passant par la conjecture que les personnes de sa trempe sont destinĂ©es Ă  vivre une existence tragique, ressentie comme dĂ©livrance, par opposition " au troupeau ", qui se nourrirait de certitudes satisfaites. Nietzsche introduit son ouvrage avec la citation suivante: J'habite ma propre demeure, Jamais je n'ai imitĂ© personne, Et je me ris de tous les maĂźtres Qui ne se moquent pas d'eux-mĂȘmes. Écrit au-dessus de ma porte

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Informations

Éditeur
e-artnow
Année
2019
ISBN de l'eBook
9788026899792
Friedrich Nietzsche

Le Gai Savoir

Traducteur: Henri Albert
e-artnow, 2019
Contact: [email protected]
ISBN 978-80-268-9979-2

Table des matiĂšres


Avant-propos de la deuxiÚme édition (1887).
Plaisanterie, ruse et vengeance ,,Scherz, List und Rache“
Livre Premier
Livre DeuxiĂšme
Livre TroisiĂšme
Livre QuatriĂšme
Livre CinquiĂšme
Appendice

Avant-propos de la deuxiÚme édition (1887).

Table des matiĂšres

1.

Ce livre aurait peut-ĂȘtre besoin d’autre chose que d’un avant-propos, car en fin de compte un doute continuerait Ă  subsister malgrĂ© tout, savoir si l’on pourrait rendre sensible par des prĂ©faces, Ă  quelqu’un qui n’a pas vĂ©cu quelque chose d’analogue, ce qu’il y a d’aventure personnelle dans ce livre. Il semble ĂȘtre Ă©crit dans le langage d’un vent de dĂ©gel; on y trouve de la pĂ©tulance, de l’inquiĂ©tude, des contradictions et un temps d’avril, ce qui fait songer sans cesse au voisinage de l’hiver, tout autant qu’à la victoire sur l’hiver, Ă  la victoire qui arrive, qui doit arriver, qui est peut-ĂȘtre dĂ©jĂ  arrivĂ©e
 La reconnaissance rayonne sans cesse, comme si la chose la plus inattendue s’était rĂ©alisĂ©e, c’est la reconnaissance d’un convalescent, — car cette chose inattendue, ce fut la guĂ©rison. « Gai Savoir » : qu’est-ce sinon les saturnales d’un esprit qui a rĂ©sistĂ© patiemment Ă  une terrible et longue pression, patiemment, sĂ©vĂšrement, froidement, sans se soumettre, mais sans espoir, — et qui maintenant, tout Ă  coup, est assailli par l’espoir, par l’espoir de guĂ©rison, par l’ivresse de la guĂ©rison ? Quoi d’étonnant si beaucoup de choses dĂ©raisonnables et folles sont amenĂ©es au jour, beaucoup de tendresse malicieuse gaspillĂ©e pour des problĂšmes hĂ©rissĂ©s d’aiguillons qui n’ont pas l’air de vouloir ĂȘtre caressĂ©s et attirĂ©s. C’est que ce livre tout entier n’est que fĂȘte aprĂšs les privations et les faiblesses, il est la jubilation des forces renaissantes, la nouvelle foi en demain et en aprĂšs-demain, le sentiment soudain et le pressentiment de l’avenir, des aventures prochaines et des mers nouvellement ouvertes, des buts permis de nouveau et auxquels il est de nouveau permis de croire. Et combien de choses avais-je derriĂšre moi !
 Cette espĂšce de dĂ©sert d’épuisement, d’incrĂ©dulitĂ©, de congĂ©lation en pleine jeunesse, cette sĂ©nilitĂ© qui s’était introduite dans la vie, alors que je n’avais qu’en faire, cette tyrannie de la douleur, surpassĂ©e encore par la tyrannie de la fiertĂ© qui rejette les consĂ©quences de la douleur — et c’est se consoler que de savoir accepter des consĂ©quences, — cet isolement radical pour se garer contre un mĂ©pris des hommes, un mĂ©pris devenu clairvoyant jusqu’à la maladie, cette restriction par principe Ă  tout ce que la connaissance a d’amer, d’ñpre, de blessant, une restriction que prescrivait le dĂ©goĂ»t nĂ© peu Ă  peu d’une imprudente diĂšte et d’une gĂąterie intellectuelles — on appelle cela du romantisme, — hĂ©las ! qui donc pourrait sentir tout cela avec moi ! Mais celui qui le pourrait compterait certainement en ma faveur plus qu’un peu de folie, d’impĂ©tuositĂ© et de « Gai Savoir », — il me compterait par exemple la poignĂ©e de chansons qui cette fois accompagneront le volume — des chansons oĂč un poĂšte se moque des poĂštes d’une façon difficilement pardonnable. HĂ©las ! ce n’est pas seulement sur les poĂštes et leurs « beaux sentiments lyriques » que ce ressuscitĂ© doit dĂ©verser sa mĂ©chancetĂ© : qui sait de quelle sorte est la victime qu’il se cherche, quel monstre de sujet parodique le charmera dans peu de temps ? « Incipit tragoedia » — est-il dit Ă  la fin de ce livre d’une simplicitĂ© inquiĂ©tante : que l’on soit sur ses gardes ! Quelque chose d’essentiellement malicieux et mĂ©chant se prĂ©pare : incipit parodia, cela ne laisse aucun doute


2.

— Mais laissons lĂ  M. Nietzsche : que nous importe que M. Nietzsche ait recouvrĂ© la santĂ© ?
 Un psychologue connaĂźt peu de questions aussi attrayantes que celles du rapport de la santĂ© avec la philosophie, et pour le cas oĂč il tomberait lui-mĂȘme malade, il apporterait Ă  sa maladie toute sa curiositĂ© scientifique. Car, en admettant que l’on soit une personne, on a nĂ©cessairement aussi la philosophie de sa personne : mais il existe lĂ  une diffĂ©rence sensible. Chez l’une ce sont les dĂ©fauts qui font les raisonnements philosophiques, chez l’autre les richesses et les forces. Le premier a besoin de sa philosophie, soit comme soutien, tranquillisation, mĂ©dicament, soit comme moyen de salut et d’édification, soit encore pour arriver Ă  l’oubli de soi ; chez le second la philosophie n’est qu’un bel objet de luxe, dans le meilleur des cas la voluptĂ© d’une reconnaissance triomphante qui finit par Ă©prouver le besoin de s’inscrire en majuscules cosmiques dans le ciel des idĂ©es. Mais dans l’autre cas, plus habituel, lorsque la dĂ©tresse se met Ă  philosopher, comme chez tous les penseurs malades — et peut-ĂȘtre les penseurs malades dominent-ils dans l’histoire de la philosophie — qu’adviendra-t-il de la pensĂ©e elle-mĂȘme lorsqu’elle sera mise sous la pression de la maladie ? C’est lĂ  la question qui regarde le psychologue : et dans ce cas l’expĂ©rience est possible. Tout comme le voyageur qui se propose de s’éveiller Ă  une heure dĂ©terminĂ©e, et qui s’abandonnera alors tranquillement au sommeil : nous autres philosophes, en admettant que nous tombions malades, nous nous rĂ©signons, pour un temps, corps et Ăąme, Ă  la maladie — nous fermons en quelque sorte les yeux devant nous-mĂȘmes. Et comme le voyageur sait que quelque chose ne dort pas, que quelque chose compte les heures et ne manquera pas de le rĂ©veiller, de mĂȘme, nous aussi, nous savons que le moment dĂ©cisif nous trouvera Ă©veillĂ©s, — qu’alors quelque chose sortira de son repaire et surprendra l’esprit en flagrant dĂ©lit, je veux dire en train de faiblir, ou bien de rĂ©trograder, de se rĂ©signer, ou de s’endurcir, ou bien encore de s’épaissir, ou quelles que soient les maladies de l’esprit qui, pendant les jours de santĂ©, ont contre elles la fiertĂ© de l’esprit (car ce dicton demeure vrai : « l’esprit fier, le paon, le cheval sont les trois animaux les plus fiers de la terre » —). AprĂšs une pareille interrogation de soi, une pareille tentation, on apprend Ă  jeter un regard plus subtil vers tout ce qui a Ă©tĂ© jusqu’à prĂ©sent philosophie ; on devine mieux qu’auparavant quels sont les dĂ©tours involontaires, les rues dĂ©tournĂ©es, les reposoirs, les places ensoleillĂ©es de l’idĂ©e oĂč les penseurs souffrants, prĂ©cisĂ©ment parce qu’ils souffrent, sont conduits et transportĂ©s ; on sait maintenant oĂč le corps malade et ses besoins poussent et attirent l’esprit — vers le soleil, le silence, la douceur, la patience, le remĂšde, le cordial, sous quelque forme que ce soit. Toute philosophie qui place la paix plus haut que la guerre, toute Ă©thique avec une conception nĂ©gative de l’idĂ©e de bonheur, toute mĂ©taphysique et physique qui connaĂźt un final, un Ă©tat dĂ©finitif d’une espĂšce quelconque, toute aspiration, surtout esthĂ©tique ou religieuse, Ă  un Ă -cĂŽtĂ©, un au-delĂ , un en-dehors, un au-dessus autorisent Ă  s’informer si ce ne fut pas la maladie qui a inspirĂ© le philosophe. L’inconscient dĂ©guisement des besoins physiologiques sous le manteau de l’objectif, de l’idĂ©al, de l’idĂ©e pure va si loin que l’on pourrait s’en effrayer, — et je me suis assez souvent demandĂ© si, d’une façon gĂ©nĂ©rale, la philosophie n’a pas Ă©tĂ© jusqu’à prĂ©sent surtout une interprĂ©tation du corps, et un malentendu du corps. DerriĂšre les plus hautes Ă©valuations qui guidĂšrent jusqu’à prĂ©sent l’histoire de la pensĂ©e se cachent des malentendus de conformation physique, soit d’individus, soit de castes, soit de races tout entiĂšres. On peut considĂ©rer toujours en premiĂšre ligne toutes ces audacieuses folies de la mĂ©taphysique, surtout pour ce qui en est de la rĂ©ponse Ă  la question de la valeur de la vie, comme des symptĂŽmes de constitutions physiques dĂ©terminĂ©es ; et si de telles affirmations ou de telles nĂ©gations de la vie n’ont, dans leur ensemble, pas la moindre importance au point de vue scientifique, elles n’en donnent pas moins Ă  l’historien et au psychologue de prĂ©cieux indices, Ă©tant des symptĂŽmes du corps, de sa rĂ©ussite ou de sa non-rĂ©ussite, de sa plĂ©nitude, de sa puissance, de sa souverainetĂ© dans l’histoire, ou bien alors de ses arrĂȘts, de ses fatigues, de ses appauvrissements, de son pressentiment de la fin, de sa volontĂ© de la fin. J’attends toujours encore qu’un mĂ©decin philosophe, au sens exceptionnel du mot, — un de ceux qui poursuivent le problĂšme de la santĂ© gĂ©nĂ©rale du peuple, de l’époque, de la race, de l’humanitĂ© — ait une fois le courage de pousser Ă  sa consĂ©quence extrĂȘme ce que je ne fais que soupçonner et de hasarder, cette idĂ©e : « Chez tous les philosophes, il ne s’est, jusqu’à prĂ©sent, nullement agi de « vĂ©ritĂ© », mais d’autre chose, disons de santĂ©, d’avenir, de croissance, de puissance, de vie
 »

3.

— On devine que je ne voudrais pas prendre congĂ© avec ingratitude de cette Ă©poque de malaise profond, dont l’avantage persiste pour moi aujourd’hui encore : tout comme j’ai trĂšs bien conscience des avantages que me procure, en gĂ©nĂ©ral, ma santĂ© chancelante, sur tous les gens Ă  l’esprit trapu. Un philosophe qui a parcouru le chemin Ă  travers plusieurs santĂ©s, et qui le parcourt encore, a aussi traversĂ© tout autant de philosophies : car il ne peut faire autrement que de transposer chaque fois son Ă©tat dans la forme lointaine la plus spirituelle, —— cet art de la transfiguration c’est prĂ©cisĂ©ment la philosophie. Nous ne sommes pas libres, nous autres philosophes, de sĂ©parer le corps de l’ñme, comme fait le peuple, et nous sommes moins libres encore de sĂ©parer l’ñme de l’esprit. Nous ne sommes pas des grenouilles pensantes, nous ne sommes pas des appareils objectifs et enregistreurs avec des entrailles en rĂ©frigĂ©ration, — il faut sans cesse que nous enfantions nos pensĂ©es dans la douleur et que, maternellement, nous leur donnions ce que nous avons en nous de sang, de cƓur, d’ardeur, de joie, de passion, de tourment, de conscience, de fatalitĂ©. La vie consiste, pour nous, Ă  transformer sans cesse tout ce que nous sommes, en clartĂ© et en flamme, et aussi tout ce qui nous touche. Nous ne pouvons faire autrement. Et pour ce qui en est de la maladie, ne serions-nous pas tentĂ©s de demander si, d’une façon gĂ©nĂ©rale, nous pouvons nous en passer ? La grande douleur seule est la derniĂšre libĂ©ratrice de l’esprit, c’est elle qui enseigne le grand soupçon, qui fait de chaque U un X, un X vrai et vĂ©ritable, c’est-Ă -dire l’avant-derniĂšre lettre avant la derniĂšre
 Seule la grande douleur, cette longue et lente douleur qui prend son temps, oĂč nous nous consumons en quelque sorte comme brĂ»lĂ©s au bois vert, nous contraint, nous autres philosophes, Ă  descendre dans nos derniĂšres profondeurs et Ă  nous dĂ©barrasser de tout bien-ĂȘtre, de toute demi-teinte, de toute douceur, de tout moyen terme, oĂč nous avions peut-ĂȘtre mis prĂ©cĂ©demment notre humanitĂ©. Je doute fort qu’une pareille douleur rende « meilleur » ; — mais je sais qu’elle nous rend plus profonds. Soit donc que nous apprenions Ă  lui opposer notre fiertĂ©, notre moquerie, notre force de volontĂ© et que nous fassions comme le peau rouge qui, quoique horriblement torturĂ©, s’indemnise de son bourreau par la mĂ©chancetĂ© de sa langue, soit que nous nous retirions, devant la douleur, dans le nĂ©ant oriental — on l’appelle Nirvana, — dans la rĂ©signation muette, rigide et sourde, dans l’oubli et l’effacement de soi : toujours on revient comme un autre homme de ces dangereux exercices dans la domination de soi, avec quelques points d’interrogation en plus, avant tout avec la volontĂ© d’interroger dorĂ©navant plus qu’il n’a Ă©tĂ© interrogĂ© jusqu’à prĂ©sent, avec plus de profondeur, de sĂ©vĂ©ritĂ©, de duretĂ©, de mĂ©chancetĂ© et de silence. C’en est fait de la confiance en la vie : la vie elle-mĂȘme est devenue un problĂšme. — Mais que l’on ne s’imagine pas que tout ceci vous a nĂ©cessairement rendu misanthrope ! L’amour de la vie est mĂȘme possible encore, — si ce n’est que l’on aime autrement. Notre amour est comme l’amour pour une femme sur qui nous avons des soupçons
 Cependant le charme de tout ce qui est problĂ©matique, la joie causĂ©e par l’X sont trop grands, chez ces hommes plus spiritualisĂ©s et plus intellectuels, pour que ce plaisir ne passe pas toujours de nouveau comme une flamme claire sur toutes les misĂšres de ce qui est problĂ©matique, sur tous les dangers de l’incertitude, mĂȘme sur la jalousie de l’amoureux. Nous connaissons un bonheur nouveau


4.

Que je n’oublie pas, pour finir, de dire l’essentiel : on revient rĂ©gĂ©nĂ©rĂ© de pareils abĂźmes, de pareilles maladies graves, et aussi de la mala...

Table des matiĂšres

  1. Le Gai Savoir

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