Histoire socialiste de la France contemporaine
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Histoire socialiste de la France contemporaine

Tome XI : La guerre Franco-Allemande 1870-1871, La Commune 1871

  1. 488 pages
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Histoire socialiste de la France contemporaine

Tome XI : La guerre Franco-Allemande 1870-1871, La Commune 1871

À propos de ce livre

Jean JAURES dĂ©crit dans "Histoire socialiste de la France contemporaine" la RĂ©volution française Ă  l'aube de l'Ă©mergence d'une nouvelle classe sociale: la Bourgeoisie. Il apporte un soin particulier Ă  dĂ©crire les rouages Ă©conomiques et sociaux de l'ancien rĂ©gime.C'est du point de vue socialiste que Jean JaurĂšs veut raconter au peuple, aux ouvriers et aux paysans, les Ă©vĂšnements qui se sont dĂ©roulĂ©s de 1789 Ă  la fin du XIXĂšme siĂšcle.Pour lui la rĂ©volution française a prĂ©parĂ© indirectement l'avĂšnement du prolĂ©tariat et a rĂ©alisĂ© les deux conditions essentielles du socialisme: la dĂ©mocratie et le capitalisme mais elle a Ă©tĂ© en fond l'avĂšnement politique de la classe bourgeoise.Mais en quoi l'Ă©tude de Jean JaurĂšs est une histoire socialiste?L'homme doit travailler pour vivre, il doit transformer la nature et c'est son rapport Ă  la transformation de la nature qui va ĂȘtre l'Ă©quation primordiale et le prisme par lequel l'humanitĂ© doit ĂȘtre Ă©tudiĂ©e. De cette exploitation de la nature va naĂźtre une sociĂ©tĂ© dans laquelle va Ă©merger des rapports sociaux dictĂ©s par la coexistence de plusieurs classes sociales: les forces productives. Ce nouveau systĂšme ne peut s'Ă©panouir qu'en renversant les structures politiques qui l'en empĂȘchent.La rĂ©volution française est nĂ©e des contradictions entre l'Ă©volution des forces productives "la bourgeoisie" et des structures politiques hĂ©ritĂ©es de la noblesse fĂ©odale.Il ne faut pas se mĂ©prendre "L'histoire socialiste" n'est pas une lecture orientĂ©e politiquement mais peut ĂȘtre aperçu comme une interprĂ©tation Ă©conomique de l'histoire. Il s'agit d'un ouvrage complexe. L'histoire du socialisme demande du temps et de la concentration mais c'est une lecture primordiale et passionnĂ©e de la RĂ©volution française.L'Histoire socialiste de 1789-1900 sous la direction de Jean JaurĂšs se compose de 12 tomes, Ă  savoir: Tome 1: Introduction, La Constituante (1789-1791)Tome 2: La LĂ©gislative (1791-1792)Tome 3: La Convention I (1792)Tome 4: La Convention II (1793-1794)Tome 5: Thermidor et Directoire (1794)Tome 6: Consulat et Empire (1799-1815)Tome 7: La Restauration (1815-1830)Tome 8: Le rĂšgne de Louis Philippe (1830-1848)Tome 9: La RĂ©publique de 1848 (1848-1852)Tome 10: Le Second Empire (1852-1870)Tome 11: La Guerre franco-allemande (1870-1871), La Commune (1871)Tome 12: Conclusion: le Bilan social du XIXe siĂšcle.

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Informations

Éditeur
Books on Demand
Année
2020
Imprimer l'ISBN
9782322258895
ISBN de l'eBook
9782322216024
Édition
1
Sujet
History

LA COMMUNE

1871
par Louis DUBREUILH

Chapitre I
Paris assiégé

La Commune a surgi six mois trop tard. Quand les Ă©vĂ©nements, et beaucoup plus la dĂ©robade calculĂ©e de ses adversaires que l’impulsion rĂ©solue de ses partisans, la jetĂšrent enfin Ă  la barre, l’occasion Ă©tait manquĂ©e. Le mouvement prolĂ©taire Ă©tait vaincu d’avance, d’avance vouĂ© Ă  l’écrasement et au massacre.
Au 8 octobre, au 31 octobre, dans le Paris du siĂšge bouillonnant comme un cratĂšre, dans ce Paris ivre de fureur sacrĂ©e et de vastes espoirs, aux Ă©nergies populaires intactes et frĂ©missantes, c’était l’heure. Au 22 janvier, malgrĂ© le bombardement et le rationnement, malgrĂ© Champigny et Buzenval, il Ă©tait temps encore.
La paix conclue, les forts livrĂ©s, les canons de l’étranger surplombant directement l’enceinte, de Saint-Denis jusqu’à Vincennes, et par delĂ , la province retombĂ©e entiĂšre Ă  l’abdication et Ă  l’inconscience animale, il n’y avait plus place que pour un geste hĂ©roĂŻque, que pour un holocauste grandiose, mais quasi-vain. Les classes privilĂ©giĂ©es avaient licence de se rire du soulĂšvement dĂ©sespĂ©rĂ© d’un peuple aux abois. Ce peuple, en effet, ne pouvait Ă©chapper Ă  leurs prises que pour tomber sous la botte du Prussien, qui — elles en avaient la patriotique assurance — le leur aurait reconduit mitraillĂ© et ligotĂ©.
Qu’on se remĂ©more l’autre Commune, la premiĂšre, celle de 92 et de 93. Celle-ci n’a dominĂ©, entraĂźnĂ© Ă  sa remorque la Convention et, par la Convention, la nation, que parce qu’elle a voulu, parce qu’elle a su Ă©treindre et Ă©touffer ensemble, dans ses bras vigoureux, l’ennemi du dehors et le traĂźtre du dedans. Elle ne sĂ©riait pas dans son audace et dans son combat, et les coups, qu’au 10 aoĂ»t et au 2 septembre, elle frappait dans ses murs sur les conspirateurs et les ci-devant, comme ceux qu’à Valmy et Ă  Jemmapes elle assĂ©nait, par ses sans-culottes sur la tĂȘte de l’envahisseur, visaient au mĂȘme but, convergeaient Ă  la mĂȘme fin, Ă  la ruine du vieux monde, qu’elle s’était donnĂ© mission d’abattre, pour que la RĂ©volution s’accomplĂźt. C’est cette double offensive qui lui a valu la maĂźtrise, qui lui a permis de balayer, sous son souffle orageux, comme un fĂ©tu de paille, royautĂ©, noblesse, clergĂ©, et de fonder une France nouvelle.
De mĂȘme, la deuxiĂšme Commune n’avait raison d’ĂȘtre, possibilitĂ© de s’imposer, de durer et de vaincre, qu’en se dressant Ă  la fois, Commune rĂ©volutionnaire, contre l’ennemi de l’extĂ©rieur, le Prussien envahisseur, et contre l’ennemi de l’intĂ©rieur, le bourgeois capitulard, et en courant sus du mĂȘme Ă©lan Ă  tous deux. Son salut et son triomphe Ă©taient au prix de cette double action, de cette attaque simultanĂ©e, en ne distinguant pas entre le capitalisme coiffĂ© du casque Ă  pointe qui dĂ©ferlait d’Allemagne et le capitalisme indigĂšne, son complice, impatient de soumission et de capitulation, sachant bien que toute victoire parisienne eĂ»t Ă©tĂ© une victoire prolĂ©taire, une victoire de la RĂ©volution.
Tout au cours du siĂšge, la classe ouvriĂšre avait plus ou moins consciemment reconnu la nĂ©cessitĂ© de ce corps Ă  corps avec l’intĂ©gralitĂ© des forces capitalistes, tant nationales qu’étrangĂšres, et tout mis en Ɠuvre, par ses Ă©lĂ©ments les plus perspicaces et les plus ardents, pour le provoquer.
De lĂ  les divers mouvements insurrectionnels conduits par les bataillons des quartiers les plus populeux, de Belleville, de Montmartre, dans le but de chasser de l’HĂŽtel de Ville les occupants bourgeois et d’y installer la dictature de la classe ouvriĂšre, maĂźtresse de la RĂ©publique et du pouvoir.
L’occasion s’offrait extraordinairement tentante et favorable. Pour dĂ©fendre Paris investi dĂšs la mi-septembre et bientĂŽt bombardĂ©, il avait bien fallu, en effet, armer la population, appeler dans les rangs de la garde nationale tous les adultes valides. Au premier moment, on avait essayĂ© d’une sĂ©lection, de s’en tenir Ă  80 ou 90,000 hommes plus ou moins triĂ©s sur le volet ; mais en prĂ©sence de la volontĂ© formelle, des dĂ©monstrations incessantes des faubourgs, des rĂ©clamations des maires talonnĂ©s par leurs administrĂ©s, force Ă©tait d’aller jusqu’au bout, de fournir un Ă©quipement, des armes, des munitions Ă  chaque citoyen. Ainsi, Ă  cĂŽtĂ© de quelques milliers de hauts bourgeois, isolĂ©s, noyĂ©s dans ce vaste ensemble, coude Ă  coude avec quelque cent mille hommes tirĂ©s de la boutique et du bureau s’étaient trouvĂ©s enrĂ©gimentĂ©s et armĂ©s deux cents ou deux cent cinquante mille prolĂ©taires. Depuis 1793 on n’avait pas revu pareil spectacle : tous les habitants d’une ville, et de quelle ville ? de Paris capitale, en possession de ces deux instruments de libĂ©ration : le bulletin de vote et le fusil.
Certes, l’on comprend les rĂ©serves gouvernementales et bourgeoises du dĂ©but, les apprĂ©hensions et les alarmes qui suivirent et allĂšrent croissant jusqu’a la fin dans les conseils de la « DĂ©fense nationale ». Armer le peuple de Paris, c’était, en effet, du mĂȘme coup, armer la RĂ©volution et rompre, Ă  l’avantage du producteur et du salariĂ©, le savant Ă©quilibre de forces, qui seul rend possible la perpĂ©tuitĂ© de l’iniquitĂ© capitaliste.
Or, ce peuple, nul mieux que les trois Jules : Favre, Simon et Ferry, mieux que Picard, Garnier-PagĂšs et leurs comparses ne le connaissaient.
Ce peuple, c’était l’artisanerie du faubourg Saint-Antoine et du Temple et, derriĂšre, les masses plus serrĂ©es et plus compactes encore des quartiers excentriques, pullulante fourmiliĂšres de travailleurs : Belleville, Montmartre, Grenelle, la GlaciĂšre, dĂ©jĂ  pĂ©nĂ©trĂ©s dans leur Ă©lite par la propagande socialiste : celle de Proudhon et de l’Internationale, celle des Blanquistes.
Depuis 1862, ce peuple remis de l’effroyable saignĂ©e de juin avait dĂ©fiĂ© l’Empire dans un duel Ă  mort, toujours en mouvement, toujours en Ă©veil, assiĂ©geant les clubs oĂč retentissait la parole d’émancipation politique et sociale, se mobilisant sur les boulevards, Ă  chaque occasion de manifestation, par dix mille et par vingt mille, se jetant par cent mille Ă  la suite du char funĂšbre de Victor Noir.
Ce peuple, il est vrai, avait fait de Favre, de Picard et des autres ses reprĂ©sentants au Corps lĂ©gislatif. Pourquoi ? Parce qu’il croyait, avec leurs noms connus, leur cĂ©lĂ©britĂ© de barreau ou de presse, qu’ils Ă©taient des projectiles meilleurs, comme on disait alors, Ă  lancer contre la bĂątisse impĂ©riale ; mais il y avait longtemps qu’il avait cessĂ© de placer en eux une confiance de tout repos. Presque quotidiennement, Ă©lus et Ă©lecteurs s’étaient heurtĂ©s, les premiers se satisfaisant au jeu puĂ©ril d’une opposition de plus en plus platonique et loyaliste, se prĂ©parant peut-ĂȘtre Ă  esquisser, Ă  l’instar d’Emile Ollivier, une conversion complĂšte vers l’Empire libĂ©ral, les autres poussant Ă  l’opposition irrĂ©ductible, irrĂ©conciliable, Ă  la conquĂȘte de force de la RĂ©publique.
De ce peuple, comment donc Favre, Picard, Simon, devenus Ă  leur tour le pouvoir, ne se seraient-ils pas dĂ©fiĂ©s et gardĂ©s ? DĂšs lors, ils le redoutaient ; dĂšs lors aussi, ils le haĂŻssaient. Ils savaient trop, en somme, oĂč ces masses en voulaient venir et que la RĂ©publique Ă  laquelle elles avaient si passionnĂ©ment aspirĂ©, et qu’elles tenaient enfin, n’était pas pour elles comme pour eux un simulacre vain, la caricature des rĂ©gimes de compression et de privilĂšges qu’elles avaient subis depuis quatre-vingts ans, mais la rĂ©demptrice vivante et agissante, l’initiatrice des temps nouveaux rompant en visiĂšre Ă  tout le passĂ©, apportant dans les plis lourds de son pĂ©plum aux travailleurs spoliĂ©s et broyĂ©s : sĂ©curitĂ©, bien-ĂȘtre, libertĂ©, la vaincue et l’égorgĂ©e de juin 48, la RĂ©publique dĂ©mocratique et sociale. Aux yeux des futurs bourreaux, bourgeois d’abord, rĂ©publicains ensuite, s’il en restait, cette foi, dĂ©jĂ , Ă©tait un crime, cette espĂ©rance un arrĂȘt de mort.
Telle était, au 4 Septembre, la situation. Tels étaient les personnages du drame qui commençait et qui allait avoir son épilogue à la Commune.
Cependant, si, Ă  cette heure solennelle, le peuple de Paris n’était pas son maĂźtre, s’il avait abdiquĂ© une fois de plus, se dĂ©chargeant sur d’autres du soin de sa dĂ©fense, c’était bien sa faute en attendant que ce fĂ»t son chĂątiment. AprĂšs avoir envahi le Corps lĂ©gislatif, en avoir chassĂ© les laquais de l’homme de DĂ©cembre et proclamĂ© la dĂ©chĂ©ance, il pouvait garder devers lui le pouvoir qu’il venait de conquĂ©rir. Entrainement, habitude, dĂ©fiance de soi, de ses capacitĂ©s politiques, il s’était remis lui-mĂȘme entre les mains de ceux dont il Ă©tait payĂ©, il semble, pour savoir la dĂ©bilitĂ© et la dĂ©loyautĂ© et qui n’avaient d’autre titre que d’ĂȘtre ses Ă©lus, les Ă©lus de Paris.
NĂ©anmoins, l’abandon populaire n’avait pas Ă©tĂ© si entier que dĂ©s le 4 Septembre, au soir, le gouvernement de la « DĂ©fense nationale », pas mĂȘme installĂ©, n’eut reçu la visite des premiers dĂ©lĂ©guĂ©s de la classe ouvriĂšre. Ces dĂ©lĂ©guĂ©s sortaient de la Corderie. Ils Ă©taient mandatĂ©s par la section parisienne de l’Internationale et la FĂ©dĂ©ration des Chambres syndicales ouvriĂšres.
Ce fut Gambetta qui les accueillit et écouta leur communication.
Ces délégués venaient dire les conditions auxquelles eux et leurs commettants étaient disposés à mettre leur concours entier à la disposition du nouveau gouvernement.
Ces conditions étaient telles :
Élection immĂ©diate Ă  Paris des conseils municipaux, ayant mission spĂ©ciale, en outre de leurs fonctions administratives, d’organiser rapidement la formation des bataillons de la garde nationale et leur armement. — Suppression de la prĂ©fecture de police et restitution aux municipalitĂ©s parisiennes de la plupart des services centralisĂ©s Ă  cette prĂ©fecture. — DĂ©claration en principe de l’éligibilitĂ© et de la rĂ©vocabilitĂ© de tous les magistrats et Ă©lection de ces magistrats dans le plus bref dĂ©lai possible. — Abrogation de toutes les lois rĂ©pressives, restrictives et fiscales rĂ©gissant la presse ; reconnaissance du droit entier de rĂ©union et de celui d’association. — Suppression du budget des cultes. — Annulation de toutes les condamnations politiques prononcĂ©es Ă  ce jour ; cessation de toutes poursuites intentĂ©es antĂ©rieurement et libĂ©ration de toutes les personnes incarcĂ©rĂ©es Ă  la suite des derniers Ă©vĂ©nements.
Ce programme, on peut en juger, en outre des mesures immédiates commandées par les circonstances, ne dépassait pas le programme sur lequel Gambetta en personne avait été élu un an auparavant, le programme de 1869, le programme de Belleville.
Le tribun rĂ©pondit par des gĂ©nĂ©ralitĂ©s, des phrases et des assurances vagues. Il parla d’amnistie, allĂ©gua que la libertĂ© de la presse Ă©tait d’ores et dĂ©jĂ  un fait acquis par la suppression du timbre et du cautionnement. Pour le surplus, il promit son bienveillant examen et celui de ses collĂšgues.
La vraie rĂ©ponse vint le lendemain. Le gouvernement, au lieu de convoquer les Ă©lecteurs, nommait lui-mĂȘme, aprĂšs le maire central de Paris, les maires et adjoints des vingt arrondissements, tous naturellement choisis parmi ses affiliĂ©s les plus complaisants et trĂšs nettement hostiles aux travailleurs. L’un d’eux, par exemple, M. Richard, maire du XIXe, ne se gĂȘnait pas pour dĂ©clarer « qu’on n’en avait pas assez tuĂ© en juin 48 ».
Défi évident et cynique. La Corderie le releva. Les organisations ouvriÚres qui, dÚs ce moment y avaient leur centre et qui devaient au reste, en tant que telles, se confondre bientÎt dans des formations nouvelles et plus en rapport avec les obligations du moment, se virent immédiatement rejointes par une foule de citoyens et une association plus souple et plus forte y surgit spontanément. Cette association, appelée à un rÎle de premier plan, se constitua sous le nom de Comité central républicain des vingt arrondissements.
Ce ComitĂ© central n’était que l’émanation, ainsi que son titre l’indiquait, des ComitĂ©s d’arrondissement, créés Ă  raison de un par arrondissement, l’organe de rapport et de coordination de ces groupements dĂ©nommĂ©s eux-mĂȘmes : ComitĂ©s rĂ©publicains de vigilance.
Ces ComitĂ©s de vigilance, pour leur compte, tiraient directement leur origine du suffrage populaire exprimĂ© en rĂ©union publique par les habitants de chaque arrondissement. Ils avaient pour mission de recueillir toutes les propositions et aussi toutes les rĂ©clamations des citoyens concernant l’administration et la dĂ©fense. Ils s’attribuaient au surplus le contrĂŽle et la surveillance de tous les magistrats et fonctionnaires locaux, maires, adjoints, etc., dĂ©signĂ©s, comme on le sait, par le pouvoir, et qui n’avaient que trop tendance Ă  ne pas conformer leurs dĂ©cisions et actes aux vƓux et besoins de leurs administrĂ©s.
Chacun de ces ComitĂ©s choisissait quatre de ses membres, quatre dĂ©lĂ©guĂ©s qui, rĂ©unis aux dĂ©lĂ©guĂ©s des dix-neuf autres arrondissements, soit, au total, quatre-vingts citoyens, formaient la reprĂ©sentation de l’ensemble, autrement dit le ComitĂ© central.
À peine constituĂ©, le ComitĂ© central s’affirmait et prenait contact avec la capitale assiĂ©gĂ©e en affichant une dĂ©claration adoptĂ©e dans ses sĂ©ances du 13 et du 14 septembre et oĂč il dĂ©taillait les mesures acclamĂ©es, sur son initiative, dans les rĂ©unions publiques de quartier, dĂ©jĂ  soumises au gouvernement pour ĂȘtre traduites en dĂ©crets, mesures « ayant pour but de pourvoir au salut de la patrie ainsi qu’à la fondation dĂ©finitive d’un rĂ©gime vĂ©ritablement rĂ©publicain par le concours permanent de l’initiative individuelle et de la solidaritĂ© populaire. »
Ces mesures étaient de plusieurs espÚces : mesures de sécurité publique, mesures visant les subsistances et les logements, mesures en vue de la défense de Paris, mesures en vue de la défense des départements.
Sur les premiĂšres, nous n’insisterons pas, puisqu’elles ne faisaient guĂšre que rĂ©pĂ©ter les propositions prĂ©sentĂ©es, le soir mĂȘme du 4 Septembre, au gouvernement par les dĂ©lĂ©guĂ©s de la Corderie. Les deux derniĂšres touchant Ă  la dĂ©fense de Paris et des dĂ©partements se caractĂ©risaient surtout en ce point qu’elles spĂ©cifiaient l’élection immĂ©diate, par la garde mobile, de tous les chefs qui devaient la conduire au feu, au lieu et place des chefs jusqu’alors imposĂ©s d’en haut, ainsi que l’armement universalisĂ© de tous les citoyens. Mais les plus typiques, sans contredit, les plus importantes de ces mesures Ă©taient celles portĂ©es au titre : Subsistances et logements.
Voici comment, Ă  ce sujet, s’exprimait, le ComitĂ© central :
« Exproprier, pour cause d’utilitĂ© publique, toute denrĂ©e alimentaire et de premiĂšre nĂ©cessitĂ© actuellement emmagasinĂ©e dans Paris, chez les marchands en gros et en dĂ©tail, en garantissant Ă  ceux-ci le paiement de ces denrĂ©es, aprĂšs la guerre, au moyen d’une reconnaissance des marchandises expropriĂ©es et cotĂ©es au prix de revient ;
« Elire dans chaque rue, ou au moins dans chaque quartier, une Commission chargĂ©e d’inventorier les objets de consommation et d’en dĂ©clarer les dĂ©tenteurs actuels personnellement responsables envers l’Administration municipale ;
« Répartir les approvisionnements classés par nature entre tous les habitants de Paris, au moyen de bons, qui leur seront périodiquement délivrés dans chaque arrondissement, au prorata :
1° du nombre de personnes composant la famille de chaque citoyen ;
2° de la quantité de produits consommables constatée par les Commissions ci-dessus désignées ;
3° de la durée maximum probable du siÚge.
Les municipalités devront encore assurer à tout citoyen et à sa famille le logement qui lui est indispensable. »
Il est Ă©vident que si ces mesures, qui n’étaient du reste qu’un commencement, avaient reçu application, non seulement elles eussent entraĂźnĂ© une prolongation considĂ©rable du siĂšge, mais encore apportĂ© des modifications si profondes, si radicales dans les rapports des classes, qu’il aurait Ă©tĂ© bien difficile, la crise passĂ©e, d’en faire disparaĂźtre complĂštement les traces. Ces mesures, qui constituaient vraiment la dominante de la dĂ©claration, supposaient que toutes les classes ainsi appelĂ©es concurremment Ă  collaborer au sacrifice et Ă  participer Ă  la bataille, on verrait bien vite s’effacer, dans la privation commune et le pĂ©ril partagĂ©, les sĂ©culaires oppositions de luxe et de pauvretĂ©, de raffinement et de grossiĂšretĂ©, d’instruction et d’ignorance, toutes les distinctions sociales, et qu’ainsi un rĂ©gime socialiste, une rĂ©publique Ă©galitaire se forgerait sur l’enclume de la guerre, au feu du canon de l’ennemi.
Tout l’esprit de la Commune vivait dĂ©jĂ  dans ces mesures, dans cette dĂ©claration, baptisĂ©e du nom Ă©loquent d’Affiche rouge, et dont le rude appel, s’il avait Ă©tĂ© entendu, pouvait ĂȘtre le point de dĂ©part d’une rĂ©gĂ©nĂ©ration complĂšte de la sociĂ©tĂ© française.
Tout l’esprit de la Commune y Ă©tait et aussi — et ce n’est pas la remarque la moins suggestive — les hommes de la Commune. Sur les 46 signataires de l’affiche on retrouve, en effet, les noms de 11 de ceux qui devaient ĂȘtre, en mars ou avril, envoyĂ©s par le peuple de Paris Ă  l’HĂŽtel de Ville : Cluserel, Demoy, Johannard, Lefrançais, Ch. Longuet, Benoit Malon, Oudet. Pindy, Ranvier, Ed. Vaillant, Jules VallĂšs ; et d’autres noms encore, comme ceux de Genton, de MilliĂšre, qui, lors de la rĂ©pression versaillaise, s’inscrivirent au martyrologe des derniers dĂ©fenseurs du drapeau rouge.
À ceci rien de surprenant, puisque le ComitĂ© central, la Corderie n’étaient en somme que le centre de ralliement des Ă©lĂ©ments les plus ardents, les plus militants, les mieux informĂ©s aussi, de ceux qui sondaient du coup d’Ɠil le plus exercĂ© et le plus sĂ»r les douteuses perspectives de l’avenir. Toute la vie intense et tourmentĂ©e de la grande citĂ© assiĂ©gĂ©e y refluait, s’y concentrait, s’y exaspĂ©rait ; son vouloir obscur de dĂ©livrance et d’émancipation s’y faisait conscient ; ses aspirations s’y matĂ©rialisaient en rĂ©solutions et en actes. La Corderie siĂ©geait en quelque sorte en permanence. Les dĂ©lĂ©guĂ©s des vingt arrondissements s’y rendaient chaque jour, l’aprĂšs-midi, dans leur costume de garde national, ligne ou artillerie. Ils apportaient les nouvelles de leur milieu, s’éclairaient, se concertaient et dĂ©cidaient ; puis revenaient le soir dans leur arrondissement respectif apporter au siĂšge des ComitĂ©s locaux, dans les clubs de quartier, les informations gĂ©nĂ©rales puisĂ©es Ă  source sĂ»re, dĂ©voiler Ă  leurs commettants les ...

Table des matiĂšres

  1. Source
  2. Histoire socialiste de la France
  3. Sommaire
  4. Tome XI
  5. La Guerre Franco-Allemande 1870-1871
  6. PrĂ©face d’Albert THOMAS
  7. Début du texte
  8. LA COMMUNE 1871
  9. Page de copyright

Foire aux questions

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