
- 550 pages
- French
- ePUB (adaptée aux mobiles)
- Disponible sur iOS et Android
eBook - ePub
À propos de ce livre
Il ny a problèmes plus insolubles que ceux qui nexistent pas. Serait-ce le cas du problème de laction, et le plus sûr moyen de le trancher, le seul, nest-il pas de le supprimer ? Est-ce que pour alléger les consciences et pour rendre à la vie sa grâce, sa légèreté et sa gaieté, il ne serait pas bon de décharger les actes humains de leur sérieux incompréhensible et de leur mystérieuse réalité ?
Foire aux questions
Oui, vous pouvez résilier à tout moment à partir de l'onglet Abonnement dans les paramètres de votre compte sur le site Web de Perlego. Votre abonnement restera actif jusqu'à la fin de votre période de facturation actuelle. Découvrez comment résilier votre abonnement.
Non, les livres ne peuvent pas être téléchargés sous forme de fichiers externes, tels que des PDF, pour être utilisés en dehors de Perlego. Cependant, vous pouvez télécharger des livres dans l'application Perlego pour les lire hors ligne sur votre téléphone portable ou votre tablette. Découvrez-en plus ici.
Perlego propose deux abonnements : Essentiel et Complet
- Essentiel est idéal pour les étudiants et les professionnels qui aiment explorer un large éventail de sujets. Accédez à la bibliothèque Essentiel comprenant plus de 800 000 titres de référence et best-sellers dans les domaines du commerce, du développement personnel et des sciences humaines. Il comprend un temps de lecture illimité et la voix standard de la fonction Écouter.
- Complet est parfait pour les étudiants avancés et les chercheurs qui ont besoin d'un accès complet et illimité. Accédez à plus de 1,4 million de livres sur des centaines de sujets, y compris des titres académiques et spécialisés. L'abonnement Complet comprend également des fonctionnalités avancées telles que la fonction Écouter Premium et l'Assistant de recherche.
Nous sommes un service d'abonnement à des ouvrages universitaires en ligne, où vous pouvez accéder à toute une bibliothèque pour un prix inférieur à celui d'un seul livre par mois. Avec plus d'un million de livres sur plus de 1 000 sujets, nous avons ce qu'il vous faut ! Découvrez-en plus ici.
Recherchez le symbole Écouter sur votre prochain livre pour voir si vous pouvez l'écouter. L'outil Écouter lit le texte à haute voix pour vous, en surlignant le passage qui est en cours de lecture. Vous pouvez le mettre sur pause, l'accélérer ou le ralentir. Découvrez-en plus ici.
Oui ! Vous pouvez utiliser l'application Perlego sur les appareils iOS ou Android pour lire à tout moment, n'importe où, même hors ligne. Parfait pour les trajets quotidiens ou lorsque vous êtes en déplacement.
Veuillez noter que nous ne pouvons pas prendre en charge les appareils fonctionnant sur iOS 13 et Android 7 ou versions antérieures. En savoir plus sur l'utilisation de l'application.
Veuillez noter que nous ne pouvons pas prendre en charge les appareils fonctionnant sur iOS 13 et Android 7 ou versions antérieures. En savoir plus sur l'utilisation de l'application.
Oui, vous pouvez accéder à L'action par Maurice Blondel en format PDF et/ou ePUB ainsi qu'à d'autres livres populaires dans Ciencias sociales et Sociología. Nous disposons de plus d'un million d'ouvrages à découvrir dans notre catalogue.
Informations
Sujet
Ciencias socialesSujet
SociologíaTROISIEME PARTIE
- LE PHENOMENE
DE L’ACTION
————
Comment on essaye de définir par la science seule
et de restreindre l’action dans l’ordre naturel
Il y a quelque chose. Cette donnée qu’accordent ceux mêmes qui concèdent le moins, cet aveu de la naïve expérience ne m’est point imposé malgré moi : j’ai voulu qu’il y ait quelque chose 4. Tandis en effet qu’on prétendait esquiver l’inquiétude du problème moral, on posait ce problème même par un secret mouvement de la volonté. Tandis qu’on prétendait découvrir dans le néant une solution et une ressource certaines, on se ménageait une double issue. On a opté pour ce quelque chose qui est immédiatement senti, connu, désiré de tous, qui offre à l’activité humaine un champ immense, que le progrès même des sciences positives ne permet plus guère, semble-t-il, de nier ni de craindre ; on l’a fait, en esprit de défiance contre l’autre alternative qu’on s’était suscitée, et dont l’inconnu a paru gros de troublantes superstitions. Je demeurerai fidèle à ce dessein ; et m’aidant de tous les moyens que les sens, la science et la conscience me fournissent, je construirai sur ce simple fondement tout ce qu’il pourra porter.
Peut-être l’édifice sera-t-il suffisant ; peut-être que, sans sortir du phénomène et en le considérant comme tout ce qui est, j’aurai de mon action une idée complète et du problème de la vie une solution satisfaisante. Si l’homme surgit tout entier de la nature, si ses actes ne sont que des systèmes de faits comme les autres, si le mouvement de sa volonté est borné aux limites mêmes de la science positive, ne sera-t-on pas en droit d’exorciser à jamais le fantôme de l’être caché ? Faire entrer dans le champ de la connaissance et de la puissance humaines tout ce qui nous semble d’abord le moins accessible (énergies de la nature, forces occultes, apparents miracles même), fonder la vie individuelle ou sociale sur la Science seule, se suffire, c’est bien l’ambition de l’esprit moderne. Dans son désir de conquête universelle, il veut que le phénomène soit, et soit tel qu’il le connaît et qu’il en dispose ; il admet que constater les faits et leur enchaînement, c’est les expliquer complètement ; il considère comme à demi prouvée toute hypothèse qui lui permet d’éviter l’intervention de ce qu’on nommait la Cause Première ; la crainte de la métaphysique n’est-elle pas le commencement de la sagesse ? il travaille à déterminer « la genèse » de l’homme, l’origine de la conscience et toute l’évolution de l’activité morale aussi rigoureusement que les mouvements astronomiques, parce qu’à ses yeux le monde entier est un seul problème et l’unique problème, et parce que, semble-t-il, il y a unité et continuité dans la méthode scientifique.
La prétention est belle : est-elle justifiée, et la volonté déclarée de borner et de contenter l’homme dans l’ordre naturel des faits quels qu’ils soient, est-elle d’accord avec la volonté plus profonde d’où procèdent, on le verra, tout le mouvement de sa connaissance et toute son activité intellectuelle ? questions décisives, qu’il faut épuiser coûte que coûte avant d’être en droit de se prononcer avec une compétence scientifique sur la portée de l’action et sur le sens de la destinée humaine. Mais si la difficulté est grande, la méthode, pour la résoudre, s’offre toute simple. Que l’on considère donc, à partir de la première donnée sensible, comment l’on s’efforce de conférer au phénomène toute la consistance et toute la suffisance possibles, et comment, y échouant toujours, on sera peut-être entraîné sans fin plus loin, non qu’on ne veut, mais qu’on ne s’imaginait vouloir.
PREMIERE ÉTAPE
- DE L’INTUITION SENSIBLE
A LA SCIENCE SUBJECTIVE
Les conditions scientifiques et les sources inconscientes de l’action
————————
CHAPITRE I - L’INCONSISTANCE DE LA SENSATION ET L’ACTIVITÉ SCIENTIFIQUE
L’intuition sensible paraît toute claire et cohérente, d’une simplicité absolue ; pourquoi donc ne s’en est-on pas tenu à cette première donnée de la vie, à ce rudiment d’une connaissance qui semble parfaite dès l’abord, et qu’y a-t-il de naturel, qu’y a-t-il de nécessaire dans le besoin scientifique ? à quelle secrète ambition répond ce désir renaissant de recherches, et par quelles satisfactions provisoires semble-t-on l’endormir ?
I
A première vue, l’impression sensible est, pour chacun, tout ce qu’elle peut être, seul point sur lequel on ne puisse jamais discuter parce qu’on ne communique jamais la réalité même de ce qu’on sent. La qualité de la sensation que j’éprouve est unique en son genre, d’espèce incomparable, sans analogie ; et ce qui est propre à cette intuition ne saurait être ni analysé, ni mesuré, ni décrit : des goûts mêmes et des couleurs on ne dispute pas. Dans cet ordre de la qualité pure, il n’y a rien que d’hétérogène. Je suis ce que je sens, au moment où je le sens.
Mais pour que je le sente, ne faut-il pas que dans la sensation même il y ait autre chose qu’elle ? La qualité sensible n’est pas la seule donnée immédiate de l’intuition ; si elle l’était, elle s’évanouirait, parce que discontinue, suffisante, incomparable, toujours parfaite et toujours disparue, elle ne serait jamais qu’un rêve sans souvenir, sans passé, ni présent, ni futur. Comment n’en est-il pas ainsi ? c’est que du moment où la sensation paraît, elle recèle une incohérence et comme une antinomie interne : car elle n’est qu’autant qu’elle est sentie ; et elle n’est sentie qu’autant qu’elle est représentée en même temps que présente, imaginée en même temps qu’éprouvée ; de sorte qu’en elle sont nécessairement enfermées ces deux affirmations d’apparence inconciliable : « je suis ce que je sens, je sens ce qui est ». Dualité antérieure même aux lois qui gouvernent la succession et les contrastes des états de conscience et où pourtant l’on a prétendu découvrir la forme primitive de toute intuition ; car même à supposer que les sensations ne soient perçues que par « discrimination », encore faut-il que dans chacun des états contrastants il y ait de quoi le rendre possible. Il s’agit donc ici de ce qui, dans le phénomène sensible, fait que c’est un phénomène, en même temps qu’il est sensible : or entre ces deux termes, il y a une foncière opposition qu’on n’a point assez remarquée quoiqu’elle soit le point de départ de toute investigation scientifique ou philosophique.
Qu’on réfléchisse en effet à cette étrange et universelle curiosité : dans ce qu’on voit et ce qu’on entend, à l’instant même où l’on se persuade que l’impression sentie est l’absolue et complète réalité, on cherche autre chose que ce qu’on entend et ce qu’on voit. Pascal enfant veut saisir le son qu’il a perçu comme si le son était à la fois autre et tel qu’il le perçoit. A notre insu tous invinciblement nous en sommes là. Je n’ai de sensation qu’à cette double condition : c’est que d’une part ce que j’éprouve soit tout mien, c’est que d’autre part ce que j’éprouve me paraisse tout extérieur à moi et étranger à mon action propre. N’est-ce point la croyance et le vœu populaire ? on s’imagine que le visible n’est rien de plus que ce qui est vu, comme si la sensation était en effet la mesure de toutes choses, et on demeure convaincu que ce qui est vu est la chose même, comme si la sensation n’était rien et l’objet tout. Inconséquence constante qui se marque aux plus menus détails de la vie. Ne sommes-nous pas également portés, et presque au même moment, à vouloir que tous sentent comme nous, pénétrés que nous sommes de l’universelle vérité de nos goûts, et à vouloir être seuls à sentir, à jouir, à souffrir comme nous le faisons, avec la persuasion que d’autres en seraient incapables ou indignes ? Et quand la réflexion critique s’attache à démontrer que les données immédiates et les formes nécessaires de la sensibilité ne peuvent avoir hors de nous une subsistance propre, sans doute elle établit justement que la perception humaine ne saurait être indépendante de l’homme, mais elle n’échappe pas entièrement à la croyance qu’elle prétend combattre ; car elle ne s’insurge contre ce qu’elle nomme l’illusion métaphysique qu’à la condition d’estimer que derrière la donnée sensible il y a un donné différent d’elle, quel qu’il soit.
Et ce n’est pas d’une simple dualité logique qu’il s’agit ici ; non, c’est d’une réelle incohérence et d’une instabilité de fait. Au principe même de l’intuition la plus élémentaire, il y a comme une rupture d’équilibre qui ne nous permet pas de nous y tenir, parce que cette intuition nous ne l’avons à vrai dire qu’en la dépassant déjà et en affirmant implicitement qu’elle est en quelque sorte plus qu’elle n’est ; car, pour qu’elle soit, il faut que nous lui prêtions une consistance qu’elle n’a point sans nous, et elle ne commence à être elle-même qu’au moment où l’on cherche, où l’on place en elle autre chose que nous et en nous autre chose qu’elle.
Réussira-t-on jamais à résoudre ces difficultés, et malgré son incohérence fondera-t-on la réalité du phénomène sensible ? Il ne sera possible d’en décider que tout à la fin de cette recherche. Ce qui dès à présent mérite attention, c’est cette ambiguïté même, c’est la nécessité où nous sommes de nous représenter le visible à la fois tel qu’il est vu et autre encore que nous le voyons. Sans doute la pratique, en nous enseignant par une multiple expérience à déchiffrer couramment nos sensations et à nous en servir, néglige l’équivoque qui déconcerte la réflexion ; et c’est merveille en effet que la moindre action tranche, sans qu’elle s’en soucie, un problème dont nulle philosophie n’a complètement triomphé parce que nulle n’a fait de l’action une complète étude. Toujours est-il que derrière la sensation brute, telle qu’elle est imprimée en nous, nous sommes, par une naturelle démarche, amenés à chercher ce qu’elle est. Même alors qu’on la croit telle qu’elle paraît, et qu’on admet naïvement l’identité de ce qu’on sent avec ce qui est senti, il y a, dans la plus simple intuition, une dualité et une opposition qui ne peuvent manquer d’éclater : c’est l’origine de tout besoin de savoir.
CHAPITRE II - L’INCOHÉRENCE DES SCIENCES POSITIVES ET LA MÉDIATION DE L’ACTION 5
C’est un fait qu’entre les sciences déductives et les sciences expérimentales il y a un commerce fécond. La science même ne semble avoir de raison d’être ni de puissance de progrès que par cet échange assidu ; c’est l’unité qui fait sa force et qui assure son empire. Mais de cette unité réelle et incontestée la science elle-même rend-elle compte ? qu’on regarde à son double point de départ.
D’un côté les mathématiques, grâce à une fiction qui réussit, supposent que l’analyse du réel est achevée ; or comme, en fait, elle ne l’est ni ne peut l’être jamais, c’est en ce sens qu’elles ont un caractère idéal et transcendant par rapport à la connaissance empirique. Sans donc se perdre en une régression infinie, elles se fondent sur l’un, comme si l’expérience atteignait l’atome ou le point, sur l’homogène et le continu de l’espace, de la grandeur et du nombre, comme s’ils étaient la limite réalisable ou vérifiée de la discontinuité et de l’hétérogénéité sensibles. L’antinomie du simple et du multiple, de l’indivisibilité et de la divisibilité indéfinie y est supposée résolue ; c’est le principe même de tout calcul ; et par cet audacieux artifice de pensée que justifie le succès, l’on fait comme si l’on tenait ce qui échappera toujours à nos prises, l’unité et le continu homogène.
D’autre part, tandis que les sciences déductives supposant au préalable l’analyse achevée procèdent par synthèse a priori pour déterminer le lien nécessaire qui forme une continuité parfaite, les sciences de la nature, en décrivant les êtres ou en déterminant les faits tels qu’elles les observent ou les produisent, supposent toujours la réalité originale, la perfection relative, la suffisance de chaque synthèse en tant que synthèse. L’unité concrète y est considérée comme un total qui, bien que divisible, n’est pourtant par résoluble en ses parties : c’est à cette condition seulement que ces sciences sont possibles et valides ; car, puisque nous ne connaissons le tout de rien, nous ne connaîtrions rien du tout, si nous ne pouvions nous attacher fermement à chaque degré que l’ordre des compositions ou des décompositions nous fait atteindre. Ainsi la vraie propriété de toute science fondée sur l’expérience, c’est cela même qu’on ne déduira jamais, la nature complexe, la discontinuité et l’hétérogénéité des objets qu’elle prend comme matière de ses recherches. Et les déterminations quantitatives qu’elle réussit à employer (comme par exemple dans l’étude des composés chimiques), ne servent qu’à mettre en évidence la distinction précise, les hiatus, les différences spécifiques et irréductibles qui séparent les plus proches parents des mêmes familles et les combinaisons des mêmes éléments. Non, la théorie parfaite de la nature ne la résoudrait pas en pur intellectuel, pas plus que l’entière connaissance qu’en auraient nos sens ne la révélerait dans sa pleine vérité.
Il y a donc dans la science, et à son principe même, une dualité manifeste 6. Tantôt elle cherche, en dehors des phénomènes immédiatement perçus, ce qui est généralité abstraite et enchaînement nécessaire ; oubli fait de la nature des composés et des qualités propres aux éléments, le calcul apparaît comme la forme continue de l’univers. Tantôt, oubli fait de l’unité de composition, elle s’applique à donner à l’intuition synthétique une précision quantitative et une individualité définie.
Tout ramener à l’homogène, partout reconnaître et définir l’hétérogénéité, ces deux tendances sont également scientifiques, ces deux méthodes sont également complètes et suffisantes chacune en leur sens. L’une et l’autre usent de l’analyse et de la synthèse ; pour la première, l’analyse, pour la seconde, la synthèse est hypothétique. Pour la première, la synthèse si l’on peut dire est analytique a priori ; pour la seconde, l’analyse est synthétique a posteriori, c’est-à-dire que l’une s’édifie avec les éléments d’une analyse idéale, et que l’autre n’atteint dans ses décompositions que des synthèses réelles. Pour la première, l’action est une intégration dont un calcul parfait donnerait la formule rigoureuse ; pour la seconde, l’action est un fait sui generis, dont aucune approximation mathématique ne révèle l’originalité et qui, comme toute autre synthèse, ne peut être connu que par l’observation directe. La conception positiviste, la conception aujourd’hui dominante selon laquelle les sciences s’enchaîneraient en une série unilinéaire selon un ordre de complication croissante est donc radicalement erronée.
Et en même temps, chacune des formes de la science n’a de sens et de raison d’être qu’autant que l’une redouble en quelque façon et égale l’autre. Quoique dans le style des mathématiciens le tout et la partie soient homogènes, les mathématiques constituent des synthèses spécifiques et symbolisent avec l’hétérogénéité des connaissances sensibles. Quoique les sciences de la nature se fondent sur le quid proprium de l’intuition, elles prétendent y introduire la continuité causale et la loi du nombre. Ainsi chacune semble être une matière, une méthode et une fin pour l’autre.
Qu’il suffise d’indiquer ainsi, entre les deux formes générales de la science, cette solution de continuité, ce parallélisme et cette coopération. Ce qui est moins remarqué et peut-être plus digne de l’être, c’est que, dans l’intérieur de chaque discipline scientifique, dans le détail des procédés de calcul ou d’expérience, dans la constitution des vérités positives se cache une semblable discordance et s’établit un semblable accord que la science ne justifie pas. Ce n’est donc pas seulement dans son ensemble que la science est pour ainsi dire coupée en deux tronçons qui ne vivent pourtant qu’en se rapprochant ; c’est dans le détail de la construction de chacune des sciences, que vont se révéler et la même incohérence et la même solidarité. Au principe, au cours, au terme idéal de toute science, il y a une antinomie, et une antinomie résolue en fait.
Il importe donc de rechercher à quels emprunts indirects et tacites chacune d’elles doit son existence et son progrès, comment enfin une médiation est nécessaire à cette transposition perpétuelle d’éléments étrangers les uns aux autres et à cette constante collaboration de méthodes irréductibles. Car montrer que ce qui dans les sciences positives leur est transcendant et étranger est cela même qui les rend possibles et applicables, ce sera mettre en lumière ce qui, dans la science même, exige que la science soit dépassée. Si chacune avait une sorte d’indépendance ou de suffisance, on serait en droit de s’y arrêter et de se contenter de ses succès même provisoires. Or il n’en est pas ainsi ; et cette imperfection ne tient pas au défaut de ses résultats d’ailleurs toujours partiels, mais à la nature même des vérités qu’elle atteint et de la méthode qu’elle emploie. Non seulement la science en voie de se faire est insuffisante, mais supposée faite et parfaite, elle l’est encore : infirmité initiale et finale de chacune séparément et de toutes ensemble dans leur commerce mutuel, voilà le vrai. Les sciences positives ne nous suffisent pas, parce qu’elles ne se suffisent pas.
I
Du simple et de l’homogène qu’elles supposent d’emblée au terme de l’analyse et qu’elles placent au principe de leurs constructions, les sciences exactes dérivent leurs synthèses a priori. Or d’où naît l’idée même de ce procédé synthétique qui leur est essentiel ; d’où sait-on considérer la construction comme un tout au sein duquel les matériaux ont des relations déterminées, un ordre, une valeur qu’ils n’avaient point avant d’en faire partie ? Sans doute, rien à proprement parler n’est empirique ni dans les éléments, ni dans le plan même de l’édifice mathématique ; mais rien n’y est concevable sans un primitif emprunt, sans un plagiat déguisé, sans une continuelle imitation du concret. Car c’est le propre caractère du calcul infinitésimal, de ce calcul qui est la forme éminente de tout autre, de ce calcul qui insère la mathématique jusqu’au cœur de la physique et de la pratique même, d’êtr...
Table des matières
- Maurice Blondel
- L’Action.
- INTRODUCTION
- DEUXIEME PARTIE- LA SOLUTION DU PROBLEME DE L’ACTION EST-ELLE NÉGATIVE ?
- TROISIEME PARTIE- LE PHENOMENEDE L’ACTION
- QUATRIEME PARTIE- L’ETRE NÉCESSAIREDE L’ACTION
- CINQUIEME PARTIE- L’ACHEVEMENTDE L’ACTION
- CONCLUSION