Le Rouge et le Noir
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Le Rouge et le Noir

édition originale de 1830

  1. 384 pages
  2. French
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Le Rouge et le Noir

édition originale de 1830

À propos de ce livre

RÉSUMÉ: "Le Rouge et le Noir" de Stendhal, publiĂ© en 1830, est un roman emblĂ©matique du rĂ©alisme français qui explore les tensions sociales et politiques de la France post-napolĂ©onienne. L'histoire suit Julien Sorel, un jeune homme ambitieux d'origine modeste, dĂ©terminĂ© Ă  gravir les Ă©chelons de la sociĂ©tĂ©. DotĂ© d'une intelligence vive et d'une grande ambition, Julien aspire Ă  se faire une place parmi l'Ă©lite en utilisant le charme et la manipulation. Le roman est divisĂ© en deux parties: la premiĂšre se dĂ©roule Ă  VerriĂšres, une petite ville de province, oĂč Julien devient le prĂ©cepteur des enfants de Monsieur de RĂȘnal, un maire influent. La deuxiĂšme partie se dĂ©roule Ă  Paris, alors que Julien s'immerge dans le monde ecclĂ©siastique et politique. À travers son parcours, Stendhal dĂ©peint les conflits entre les aspirations personnelles et les contraintes sociales, tout en critiquant l'hypocrisie et le matĂ©rialisme de son Ă©poque. Le roman est Ă©galement une exploration psychologique de Julien, dont les ambitions et les dĂ©sillusions sont mises en lumiĂšre par ses relations complexes avec deux femmes, Madame de RĂȘnal et Mathilde de La Mole. "Le Rouge et le Noir" est un chef-d'oeuvre littĂ©raire qui continue de fasciner par sa profondeur psychologique et sa critique sociale.L'AUTEUR: Stendhal, de son vrai nom Marie-Henri Beyle, est nĂ© le 23 janvier 1783 Ă  Grenoble, en France. Il est l'un des Ă©crivains les plus importants du XIXe siĂšcle, reconnu pour son style incisif et son analyse perspicace de la sociĂ©tĂ© et de la psychologie humaine. AprĂšs des Ă©tudes Ă  l'École centrale de Grenoble, Stendhal s'installe Ă  Paris oĂč il se lie avec des cercles littĂ©raires et politiques influents. Il participe aux campagnes militaires napolĂ©oniennes, ce qui lui permet d'observer de prĂšs les changements sociaux et politiques de son temps. Stendhal est un pionnier du rĂ©alisme littĂ©raire, et ses oeuvres se caractĂ©risent par une exploration minutieuse des motivations humaines et des structures sociales. Outre "Le Rouge et le Noir", il est Ă©galement l'auteur de "La Chartreuse de Parme", un autre roman majeur qui explore les passions et les intrigues politiques. Stendhal a Ă©galement Ă©crit des essais critiques et des rĂ©cits de voyage. Il est mort le 23 mars 1842 Ă  Paris, laissant derriĂšre lui un hĂ©ritage littĂ©raire qui continue d'influencer les Ă©crivains et les penseurs modernes.

Informations

Éditeur
Books on Demand
Année
2021
Imprimer l'ISBN
9782322182459
ISBN de l'eBook
9782322415069

Livre second

Elle n’est pas jolie, elle n’a point de rouge.
SAINTE-BEUVE.

Chapitre premier Les Plaisirs de la campagne

O rus quando ego te adspiciam!
VIRGILE.
Monsieur vient sans doute attendre la malle-poste de Paris ? lui dit le maĂźtre d’une auberge oĂč il s’arrĂȘta pour dĂ©jeuner.
– Celle d’aujourd’hui ou celle de demain, peu m’importe, dit Julien.
La malle-poste arriva comme il faisait l’indiffĂ©rent. Il y avait deux places libres.
– Quoi! c’est toi, mon pauvre Falcoz, dit le voyageur qui arrivait du cĂŽtĂ© de GenĂšve Ă  celui qui montait en voiture en mĂȘme temps que Julien.
– Je te croyais Ă©tabli aux environs de Lyon, dit Falcoz, dans une dĂ©licieuse vallĂ©e prĂšs du RhĂŽne.
– Joliment Ă©tabli. Je fuis.
– Comment! tu fuis ? toi, Saint-Giraud! avec cette mine sage, tu as commis quelque crime ? dit Falcoz en riant.
– Ma foi, autant vaudrait. Je fuis l’abominable vie que l’on mĂšne en province. J’aime la fraĂźcheur des bois et la tranquillitĂ© champĂȘtre, comme tu sais ; tu m’as souvent accusĂ© d’ĂȘtre romanesque. Je ne voulais de la vie entendre parler politique, et la politique me chasse.
– Mais de quel parti es-tu ?
– D’aucun, et c’est ce qui me perd. Voici toute ma politique : J’aime la musique, la peinture ; un bon livre est un Ă©vĂ©nement pour moi ; je vais avoir quarante-quatre ans. Que me reste-t-il Ă  vivre ? Quinze, vingt, trente ans tout au plus ? Eh bien! je tiens que dans trente ans, les ministres seront un peu plus adroits, mais tout aussi honnĂȘtes gens que ceux d’aujourd’hui. L’histoire d’Angleterre me sert de miroir pour notre avenir. Toujours il se trouvera un roi qui voudra augmenter sa prĂ©rogative ; toujours l’ambition de devenir dĂ©putĂ©, la gloire et les centaines de mille francs gagnĂ©s par Mirabeau empĂȘcheront de dormir les gens riches de la province : ils appelleront cela ĂȘtre libĂ©ral et aimer le peuple. Toujours l’envie de devenir pair ou gentilhomme de la chambre galopera les ultras. Sur le vaisseau de l’État, tout le monde voudra s’occuper de la manoeuvre, car elle est bien payĂ©e. N’y aura-t-il donc jamais une pauvre petite place pour le simple passager ?
– Au fait, au fait, qui doit ĂȘtre fort plaisant avec ton caractĂšre tranquille. Sont-ce les derniĂšres Ă©lections qui te chassent de ta province ?
– Mon mal vient de plus loin. J’avais, il y a quatre ans, quarante ans et cinq cent mille francs, j’ai quatre ans de plus aujourd’hui, et probablement cinquante mille francs de moins, que je vais perdre sur la vente de mon chñteau de Monfleury prùs du Rhîne, position superbe.
À Paris, j’étais las de cette comĂ©die perpĂ©tuelle, Ă  laquelle oblige ce que vous appelez la civilisation du XIXe siĂšcle. J’avais soif de bonhomie et de simplicitĂ©. J’achĂšte une terre dans les montagnes prĂšs du RhĂŽne, rien d’aussi beau sous le ciel.
Le vicaire du village et les hobereaux du voisinage me font la cour pendant six mois ; je leur donne Ă  dĂźner ; j’ai quittĂ© Paris, leur dis-je, pour de ma vie ne parler ni n’entendre parler politique. Comme vous le voyez, je ne suis abonnĂ© Ă  aucun journal. Moins le facteur de la poste m’apporte de lettres, plus je suis content.
Ce n’était pas le compte du vicaire ; bientĂŽt je suis en butte Ă  mille demandes indiscrĂštes, tracasseries, etc. Je voulais donner deux ou trois cents francs par an aux pauvres, on me les demande pour des associations pieuses : celle de Saint-Joseph, celle de la Vierge, etc., je refuse : alors on me fait cent insultes. J’ai la bĂȘtise d’en ĂȘtre piquĂ©. Je ne puis plus sortir le matin pour aller jouir de la beautĂ© de nos montagnes sans trouver quelque ennui qui me tire de mes rĂȘveries et me rappelle dĂ©sagrĂ©ablement les hommes et leur mĂ©chancetĂ©. Aux processions des Rogations, par exemple, dont le chant me plaĂźt (c’est probablement une mĂ©lodie grecque), on ne bĂ©nit plus mes champs, parce que, dit le vicaire, ils appartiennent Ă  un impie. La vache d’une vieille paysanne dĂ©vote meurt, elle dit que c’est Ă  cause du voisinage d’un Ă©tang qui appartient Ă  moi impie, philosophe venant de Paris, et huit jours aprĂšs je trouve tous mes poissons le ventre en l’air empoisonnĂ©s avec de la chaux. La tracasserie m’environne sous toutes les formes. Le juge de paix, honnĂȘte homme, mais qui craint pour sa place, me donne toujours tort. La paix des champs est pour moi un enfer. Une fois que l’on m’a vu abandonnĂ© par le vicaire, chef de la congrĂ©gation du village, et non soutenu par le capitaine en retraite, chef des libĂ©raux, tous me sont tombĂ©s dessus, jusqu’au maçon que je faisais vivre depuis un an, jusqu’au charron qui voulait me friponner impunĂ©ment en raccommodant mes charrues.
Afin d’avoir un appui et de gagner pourtant quelques-uns de mes procĂšs, je me fais libĂ©ral ; mais, comme tu dis, ces diables d’élections arrivent, on me demande ma voix

– Pour un inconnu ?
– Pas du tout, pour un homme que je ne connais que trop. Je refuse, imprudence affreuse! dĂšs ce moment, me voilĂ  aussi les libĂ©raux sur les bras, ma position devient intolĂ©rable. Je crois que s’il fĂ»t venu dans la tĂȘte au vicaire de m’accuser d’avoir assassinĂ© ma servante, il y aurait eu vingt tĂ©moins des deux partis, qui auraient jurĂ© avoir vu commettre le crime.
– Tu veux vivre Ă  la campagne sans servir les passions de tes voisins, sans mĂȘme Ă©couter leurs bavardages. Quelle faute!

– Enfin elle est rĂ©parĂ©e. Monfleury est en vente, je perds cinquante mille francs s’il le faut, mais je suis tout joyeux, je quitte cet enfer d’hypocrisie et de tracasseries. Je vais chercher la solitude et la paix champĂȘtre au seul lieu oĂč elles existent en France, dans un quatriĂšme Ă©tage, donnant sur les Champs-ÉlysĂ©es. Et encore j’en suis Ă  dĂ©libĂ©rer si je ne commencerai pas ma carriĂšre politique, dans le quartier du Roule, par rendre le pain bĂ©nit Ă  la paroisse.
– Tout cela ne te fĂ»t pas arrivĂ© sous Bonaparte, dit Falcoz avec des yeux brillants de courroux et de regret.
– À la bonne heure, mais pourquoi n’a-t-il pas su se tenir en place, ton Bonaparte ? tout ce dont je souffre aujourd’hui, c’est lui qui l’a fait.
Ici l’attention de Julien redoubla. Il avait compris du premier mot que le bonapartiste Falcoz Ă©tait l’ancien ami d’enfance de M. de RĂȘnal par lui rĂ©pudiĂ© en 1816, et le philosophe Saint-Giraud devait ĂȘtre frĂšre de ce chef de bureau Ă  la prĂ©fecture de
 qui savait se faire adjuger Ă  bon compte les maisons des communes.
– Et tout cela c’est ton Bonaparte qui l’a fait, continuait Saint-Giraud. Un honnĂȘte homme, inoffensif s’il en fut, avec quarante ans et cinq cent mille francs, ne peut pas s’établir en province et y trouver la paix ; ses prĂȘtres et ses nobles l’en chassent.
– Ah! ne dis pas de mal de lui, s’écria Falcoz, jamais la France n’a Ă©tĂ© si haut dans l’estime des peuples que pendant les treize ans qu’il a rĂ©gnĂ©. Alors, il y avait de la grandeur dans tout ce qu’on faisait.
– Ton empereur, que le diable emporte, reprit l’homme de quarante-quatre ans, n’a Ă©tĂ© grand que sur ses champs de bataille, et lorsqu’il a rĂ©tabli les finances vers 1802. Que veut dire toute sa conduite depuis ? Avec ses chambellans, sa pompe et ses rĂ©ceptions aux Tuileries, il a donnĂ© une nouvelle Ă©dition de toutes les niaiseries monarchiques. Elle Ă©tait corrigĂ©e, elle eĂ»t pu passer encore un siĂšcle ou deux. Les nobles et les prĂȘtres ont voulu revenir Ă  l’ancienne, mais ils n’ont pas la main de fer qu’il faut pour la dĂ©biter au public.
– Voilà bien le langage d’un ancien imprimeur!
– Qui me chasse de ma terre ? continua l’imprimeur en colĂšre. Les prĂȘtres, que NapolĂ©on a rappelĂ©s par son concordat, au lieu de les traiter comme l’État traite les mĂ©decins, les avocats, les astronomes, de ne voir en eux que des citoyens, sans s’inquiĂ©ter de l’industrie par laquelle ils cherchent Ă  gagner leur vie. Y aurait-il aujourd’hui des gentilshommes insolents, si ton Bonaparte n’eĂ»t fait des barons et des comtes ? Non, la mode en Ă©tait passĂ©e. AprĂšs les prĂȘtres, ce sont les petits nobles campagnards qui m’ont donnĂ© le plus d’humeur, et m’ont forcĂ© Ă  me faire libĂ©ral.
La conversation fut infinie, ce texte va occuper la France encore un demi-siĂšcle. Comme Saint-Giraud rĂ©pĂ©tait toujours qu’il Ă©tait impossible de vivre en province, Julien proposa timidement l’exemple de M. de RĂȘnal.
– Parbleu, jeune homme, vous ĂȘtes bon! s’écria Falcoz ; il s’est fait marteau pour n’ĂȘtre pas enclume, et un terrible marteau encore. Mais je le vois dĂ©bordĂ© par le Valenod. Connaissez-vous ce coquin-lĂ  ? VoilĂ  le vĂ©ritable. Que dira votre M. de RĂȘnal lorsqu’il se verra destituĂ© un de ces quatre matins, et le Valenod mis Ă  sa place ?
– Il restera tĂȘte Ă  tĂȘte avec ses crimes, dit Saint-Giraud. Vous connaissez donc VerriĂšres, jeune homme ? Eh bien! Bonaparte, que le ciel confonde, lui et ses friperies monarchiques, a rendu possible le rĂšgne des RĂȘnal et des ChĂ©lan, qui a amenĂ© le rĂšgne des Valenod et des Maslon.
Cette conversation d’une sombre politique Ă©tonnait Julien, et le distrayait de ses rĂȘveries voluptueuses.
Il fut peu sensible au premier aspect de Paris, aperçu dans le lointain. Les chĂąteaux en Espagne sur son sort Ă  venir avaient Ă  lutter avec le souvenir encore prĂ©sent des vingt-quatre heures qu’il venait de passer Ă  VerriĂšres. Il se jurait de ne jamais abandonner les enfants de son amie, et de tout quitter pour les protĂ©ger, si les impertinences des prĂȘtres nous donnent la rĂ©publique et les persĂ©cutions contre les nobles.
Que serait-il arrivĂ© la nuit de son arrivĂ©e Ă  VerriĂšres, si, au moment oĂč il appuyait son Ă©chelle contre la croisĂ©e de la chambre Ă  coucher de Mme de RĂȘnal, il avait trouvĂ© cette chambre occupĂ©e par un Ă©tranger, ou par M. de RĂȘnal ?
Mais aussi quelles dĂ©lices, les deux premiĂšres heures, quand son amie voulait sincĂšrement le renvoyer et qu’il plaidait sa cause, assis auprĂšs d’elle dans l’obscuritĂ©! Une Ăąme comme celle de Julien est suivie par de tels souvenirs durant toute une vie. Le reste de l’entrevue se confondait dĂ©jĂ  avec les premiĂšres Ă©poques de leurs amours, quatorze mois auparavant.
Julien fut rĂ©veillĂ© de sa rĂȘverie profonde, parce que la voiture s’arrĂȘta. On venait d’entrer dans la cour des postes, rue J.-J. Rousseau. – Je veux aller Ă  la Malmaison, dit-il Ă  un cabriolet qui s’approcha.
– À cette heure, monsieur, et pour quoi faire ?
– Que vous importe! marchez.
Toute vraie passion ne songe qu’à elle. C’est pourquoi, ce me semble, les passions sont si ridicules Ă  Paris, oĂč le voisin prĂ©tend toujours qu’on pense beaucoup Ă  lui. Je me garderai de raconter les transports de Julien Ă  la Malmaison. Il pleura. Quoi! malgrĂ© les vilains murs blancs construits cette annĂ©e, et qui coupent ce parc en morceaux ? – Oui, monsieur ; pour Julien comme pour la postĂ©ritĂ©, il n’y avait rien entre Arcole, Sainte-HĂ©lĂšne et la Malmaison.
Le soir, Julien hĂ©sita beaucoup avant d’entrer au spectacle, il avait des idĂ©es Ă©tranges sur ce lieu de perdition.
Une profonde mĂ©fiance l’empĂȘcha d’admirer le Paris vivant, il n’était touchĂ© que des monuments laissĂ©s par son hĂ©ros.
Me voici donc dans le centre de l’intrigue et de l’hypocrisie! Ici rĂšgnent les protecteurs de l’abbĂ© de Frilair.
Le soir du troisiĂšme jour, la curiositĂ© l’emporta sur le projet de tout voir avant de se prĂ©senter Ă  l’abbĂ© Pirard. Cet abbĂ© lui expliqua, d’un ton froid, le genre de vie qui l’attendait chez M. de La Mole.
Si au bout de quelques mois vous n’ĂȘtes pas utile, vous rentrerez au sĂ©minaire, mais par la bonne porte. Vous allez loger chez le marquis, l’un des plus grands seigneurs de France. Vous porterez l’habit noir, mais comme un homme qui est en deuil, et non pas comme un ecclĂ©siastique. J’exige que, trois fois la semaine, vous suivez vos Ă©tudes en thĂ©ologie dans un sĂ©minaire oĂč je vous ferai prĂ©senter. Chaque jour Ă  midi vous vous Ă©tablirez dans la bibliothĂšque du marquis, qui compte vous employer Ă  faire des lettres pour des procĂšs et d’autres affaires. Le marquis Ă©crit, en deux mots, en marge de chaque lettre qu’il reçoit, le genre de rĂ©ponse qu’il faut y faire. J’ai prĂ©tendu qu’au bout de trois mois, vous seriez en Ă©tat de faire ces rĂ©ponses, de façon que, sur douze que vous prĂ©senterez Ă  la signature du marquis, il puisse en signer huit ou neuf. Le soir, Ă  huit heures, vous mettrez son bureau en ordre, et Ă  dix vous serez libre.
Il se peut, continua l’abbĂ© Pirard, que quelque vieille dame ou quelque homme au ton doux vous fasse entrevoir des avantages immenses, ou tout grossiĂšrement vous offre de l’or pour lui montrer les lettres reçues par le marquis

– Ah! monsieur! s’écria Julien rougissant.
– Il est singulier, dit l’abbĂ© avec un sourire amer, que, pauvre comme vous l’ĂȘtes, et aprĂšs une annĂ©e de sĂ©minaire, il vous reste encore de ces indignations vertueuses. Il faut que vous ayez Ă©tĂ© bien aveugle!
Serait-ce la force du sang ? se dit l’abbĂ© Ă  demi-voix et comme se parlant Ă  soi-mĂȘme. Ce qu’il y a de singulier, ajouta-t-il en regardant Julien, c’est que le marquis vous connaĂźt
 Je ne sais comment. Il vous donne pour commencer cent louis d’appointements. C’est un homme qui n’agit que par caprice, c’est lĂ  son dĂ©faut ; il luttera d’enfantillages avec vous. S’il est content, vos appointements pourront s’élever par la suite jusqu’à huit mille francs.
Mais vous sentez bien, reprit l’abbĂ© d’un ton aigre, qu’il ne vous donne pas tout cet argent pour vos beaux yeux. Il s’agit d’ĂȘtre utile. À votre place, moi, je parlerais trĂšs peu, et surtout je ne parlerais jamais de ce que j’ignore.
Ah! dit l’abbĂ©, j’ai pris des informations pour vous ; j’oubliais la famille de M. de la Mole. Il a deux enfants, une fille, et un fils de dix-neuf ans, Ă©lĂ©gant par excellence, espĂšce de fou, qui ne sait jamais Ă  midi ce qu’il fera Ă  deux heures. Il a de l’esprit, de la bravou...

Table des matiĂšres

  1. Sommaire
  2. Livre premier
  3. Livre second
  4. Page de copyright

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