Alfred de Musset
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Alfred de Musset

la biographie autorisée

  1. 114 pages
  2. French
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Alfred de Musset

la biographie autorisée

À propos de ce livre

RÉSUMÉ : La biographie d'Alfred de Musset par Arvède Barine offre une plongée captivante dans la vie tumultueuse et l'oeuvre prolifique de l'un des poètes les plus emblématiques du romantisme français. Ce livre, intitulé simplement "Alfred de Musset", se présente comme la biographie autorisée, promettant une exploration intime et rigoureuse de la personnalité complexe de l'auteur. À travers une approche analytique et documentée, Barine nous guide dans les méandres de la carrière littéraire de Musset, de ses débuts prometteurs à ses succès retentissants, tout en n'oubliant pas ses échecs et ses doutes. Le livre met en lumière les influences littéraires et personnelles qui ont façonné l'oeuvre de Musset, notamment ses relations amoureuses tumultueuses, dont celle avec George Sand, qui a laissé une empreinte indélébile sur ses écrits. Arvède Barine parvient à dresser un portrait nuancé et profond, révélant les contradictions d'un homme à la fois fragile et audacieux, sensible et provocateur. À travers cette biographie, le lecteur est invité à redécouvrir les oeuvres majeures de Musset, telles que "Les Nuits", "Lorenzaccio" ou encore "On ne badine pas avec l'amour", sous un jour nouveau, enrichi par la compréhension des expériences personnelles de l'auteur. En somme, ce livre est une invitation à plonger dans l'âme d'un poète dont les écrits continuent de résonner avec force et émotion. L'AUTEUR : Arvède Barine, de son vrai nom Louise-Cécile Vincens, est une essayiste et biographe française née en 1840 et décédée en 1908. Reconnue pour ses talents littéraires et sa rigueur intellectuelle, Barine s'est illustrée par ses travaux sur des figures historiques et littéraires marquantes du XIXe siècle. Elle a consacré une grande partie de sa carrière à l'exploration des vies et des oeuvres d'écrivains et de penseurs, apportant une perspective éclairée et souvent féministe à ses sujets. Son approche biographique se distingue par une attention particulière aux détails contextuels et psychologiques, offrant ainsi une compréhension approfondie des personnages qu'elle étudie. Parmi ses oeuvres notables, on trouve des biographies de figures telles que George Sand, Madame de Staël et, bien sûr, Alfred de Musset. Barine a su se faire une place dans le paysage littéraire de son époque grâce à son style élégant et sa capacité à rendre accessibles des sujets complexes.

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Informations

Année
2021
Imprimer l'ISBN
9782322268498
ISBN de l'eBook
9782322415755

CHAPITRE VI

ŒUVRES EN PROSE—LE THÉÂTRE

Musset a débuté au théâtre par une chute éclatante. Après le tapage de ses premiers vers, l'Odéon lui demanda une pièce, «la plus neuve et la plus hardie possible». Il fit la bluette appelée la Nuit vénitienne, qui aurait passé inaperçue dans un temps de paix littéraire, et qui tomba sous les sifflets, le 1er décembre 1830. Cet échec eut les plus heureuses conséquences.
L'auteur piqué déclara qu'il n'écrirait plus pour la scène et tint parole. Il se trouva ainsi dégagé du souci de suivre la mode, qui donne aux pièces de théâtre un éclat factice et passager, et le leur fait payer par des rides précoces. Il n'eut plus à se préoccuper que des éléments supérieurs et immuables de l'art, les âmes et leurs passions, les lois de la vie et leurs fatalités. Négligeant les changeantes conventions théâtrales, dédaigneux des inconstantes formules, filles de l'heure et du caprice, il écrivit les pièces les moins périssables de ce siècle. Ayant renoncé à faire du théâtre pour son temps, Musset a fait du théâtre pour tous les temps.
Qu'on ne s'imagine pas que ses œuvres dramatiques auraient été à peu près les mêmes, s'il avait eu l'espoir de les voir jouer. Il n'est pas douteux que s'il avait continué à écrire pour la scène, après sa rupture avec le Cénacle, son théâtre aurait accompli la même évolution que sa poésie, dans le même sens classique. Musset «déhugotisé» avait eu les yeux très ouverts sur les défauts du drame romantique. Tout en croyant à sa vitalité, il pensait qu'il y avait place à côté pour une forme d'art plus sévère: «Ne serait-ce pas une belle chose, écrivait-il en 1838, que d'essayer si, de nos jours, la vraie tragédie pourrait réussir? J'appelle vraie tragédie, non celle de Racine, mais celle de Sophocle, dans toute sa simplicité, avec la stricte observation des règles.»
«... Ne serait-ce pas une entreprise hardie, mais louable, que de purger la scène de ces vains discours, de ces madrigaux philosophiques, de ces lamentations amoureuses, de ces étalages de fadaises qui encombrent nos planches?...
«Ne serait-ce pas une grande nouveauté que de réveiller la muse grecque, d'oser la présenter aux Français dans sa féroce grandeur, dans son atrocité sublime?...
«Ne serait-il pas curieux de voir aux prises avec le drame moderne, qui se croit souvent terrible quand il n'est que ridicule, cette muse farouche, inexorable, telle qu'elle était aux beaux jours d'Athènes, quand les vases d'airain tremblaient à sa voix?»
Ce n'était point là propos en l'air. Musset a travaillé une fois pour la scène depuis la chute de la Nuit vénitienne. Rachel lui avait demandé une pièce. Il entreprit sans balancer une tragédie classique, et songea d'abord à refaire l'Alceste d'Euripide. Ce projet ayant été remis à plus tard, il se rabattit sur un sujet mérovingien. Une brouille avec Rachel interrompit pour toujours la Servante du roi(1839), mais il en subsiste quelques scènes, qui ne font pas regretter bien vivement la perte des autres; elles n'annonçaient qu'une tragédie distinguée, et il est de bien peu d'importance pour la littérature française que nous ayons une tragédie distinguée de plus ou de moins, tandis qu'il est très important que nous ayons Lorenzaccio et On ne badine pas avec l'amour.
Je dois ajouter que Musset fut au nombre des chauds admirateurs de la Lucrèce de Ponsard. Il écrivait à son frère, le 22 mai 1843: «M. Ponsard, jeune auteur arrivé de province, a fait jouer à l'Odéon une tragédie de Lucrèce, très belle—malgré les acteurs.—C'est le lion du jour; on ne parle que de lui, et c'est justice.»
Bénis soient donc les sifflets qui accueillirent si brutalement la Nuit vénitienne. Ne s'inquiétant plus désormais d'être jouable, Musset ne s'est plus mis en peine que de saisir ses rêves au vol et de les fixer tels quels sur le papier. Nous devons à cet affranchissement de toute règle un rêve historique qui est la seule pièce shakespearienne de notre théâtre, et une demi-douzaine d'adorables songeries sur l'amour dans lesquelles «la mélancolie, disait Théophile Gautier, cause avec la gaieté».
L'idée de Lorenzaccio germa dans l'esprit de Musset durant les heures rapides passées à Florence avec George Sand, tout à la fin de 1833. La noble cité avait encore la farouche ceinture de murailles crénelées dont l'avait entourée au XIVe siècle le gouvernement républicain, et qu'on a démolie de nos jours pour élargir la capitale éphémère du jeune royaume italien. Elle avait conservé dans toute son âpreté cet aspect sombre et dur qui contraste si étrangement avec les lignes pures et souples de ses riantes collines, et qui en fait le plus étonnant exemple de ce que peut le génie de l'homme pour s'affranchir de la tyrannie de la nature. Les quartiers populaires, que de larges percées n'avaient pas encore ouverts à la lumière, enchevêtraient leurs rues étroites et tortueuses, favorables à l'émeute et aux guets-apens, autour des palais-forteresses des Strozzi et des Riccardi. La ville tout entière, pour qui sait comprendre ce que racontent les pierres, servait d'illustration et de commentaire aux vieilles chroniques florentines. Musset profita de la leçon, et trouva en feuilletant ces chroniques le sujet de son drame: le meurtre d'Alexandre de Médicis, tyran de Florence, par son cousin Lorenzo, et l'inutilité de ce meurtre pour les libertés de la ville. Quelques flâneries dans Florence donnèrent le cadre. Un singulier mélange d'intuitions historiques et de souvenirs personnels fit le reste. Paul de Musset dit, dans Lui et Elle, que la pièce fut écrite en Italie. Il faut donc que ce soit à Venise, en janvier 1834, dans les trois ou quatre semaines qui s'écoulèrent entre l'arrivée d'Alfred de Musset et sa maladie.
L'action de Lorenzaccio met sous nos yeux une révolution manquée, avec tout ce qu'elle comporte d'intrigues et de violences, dans l'Italie brillante et pourrie du XVIe siècle. Au travers de ces agitations, que Musset a peintes avec beaucoup de couleur, une sombre tragédie se déroule dans une âme éperdue, qu'elle remplit d'horreur et de désespoir. C'est encore une fois l'histoire de l'irréparable dégradation de l'homme touché par la débauche:
La mer y passerait sans laver la souillure.
Lorenzo de Médicis est un républicain de 1830, idéaliste et utopiste. Il croit à la vertu, au progrès, à la grandeur humaine, au pouvoir magique des mots. Il avait vingt ans quand il vit passer le démon tentateur des rêveurs de sa sorte: «C'est un démon plus beau que Gabriel: la liberté, la patrie, le bonheur des hommes, tous ces mots résonnent à son approche comme les cordes d'une lyre, c'est le bruit des écailles d'argent de ses ailes flamboyantes. Les larmes de ses yeux fécondent la terre, et il tient à la main la palme des martyrs. Ses paroles épurent l'air autour de ses lèvres; son vol est si rapide que nul ne peut dire où il va. Prends-y garde! une fois, dans ma vie, je l'ai vu traverser les cieux. J'étais courbé sur mes livres; le toucher de sa main a fait frémir mes cheveux comme une plume légère.» Depuis que cette radieuse apparition a traversé le cabinet d'études où Lorenzo s'occupait paisiblement d'art et de science, le jeune étudiant a renoncé à son lâche repos. Il s'est juré de tuer les tyrans par philanthropie, un peu aussi par orgueil, et il a commencé à vivre avec cette idée: «Il faut que je sois un Brutus».
Un débauché cruel, Alexandre de Médicis, règne sur Florence accablée. Lorenzo contrefait ses vices pour gagner sa confiance, s'insinuer auprès de lui et l'assassiner. Il se ravale à être le directeur de ses honteux plaisirs, le complice de ses forfaits, un objet de honte et d'opprobre auquel sa mère ne peut penser sans larmes et que le peuple appelle par mépris Lorenzaccio. L'heure sonne enfin de jeter le masque. Le duc Alexandre va périr et Florence être libre. Près de frapper, le nouveau Brutus s'aperçoit avec épouvante que nul ne souille impunément son âme. C'est le crime irrémissible pour lequel il n'est pas d'expiation et qui suit l'homme jusqu'à la tombe. Lorenzo avait revêtu un déguisement qu'il croyait pouvoir rejeter à son gré; la débauche l'a saisi et gangrené jusqu'aux moelles, et il ne lui échappera plus: «Je me suis fait à mon métier, dit-il amèrement. Le vice a été pour moi un vêtement; maintenant, il est collé à ma peau. Je suis vraiment un ruffian, et quand je plaisante sur mes pareils, je me sens sérieux comme la mort au milieu de ma gaieté.»
Il a perdu la foi avec la vertu. Son séjour dans la grande confrérie du vice en a fait un mépriseur d'hommes, qui ne croit même plus à la cause pour laquelle il a donné plus que sa vie. Il va affranchir sa patrie, offrir aux républicains l'occasion de rétablir la liberté, et il sait que leur égoïste indifférence n'en profitera pas, il sait que le peuple délivré d'Alexandre se jettera dans les bras d'un autre tyran. Cependant il tuera le duc, parce que le dessein de ce meurtre est le dernier reste du temps où il était «pur comme un lis», et que le sang du tyran lavera son ignominie. La scène où il explique à Philippe Strozzi qu'il faut, pour son honneur, qu'il commette un crime inutile, est d'une rare grandeur.
PHILIPPE.
«Mais pourquoi tueras-tu le duc, si tu as des idées pareilles?
LORENZO.
«Pourquoi? tu le demandes?
PHILIPPE.
«Si tu crois que c'est un meurtre inutile à ta patrie, comment le commets-tu?
LORENZO.
«Tu me demandes cela en face? Regarde-moi un peu. J'ai été beau, tranquille et vertueux.
PHILIPPE.
«Quel abîme! quel abîme tu m'ouvres!
LORENZO.
«Tu me demandes pourquoi je tue Alexandre? Veux-tu donc que je m'empoisonne, ou que je saute dans l'Arno? veux-tu donc que je sois un spectre, et qu'en frappant sur ce squelette (il frappe sa poitrine), il n'en sorte aucun son? Si je suis l'ombre de moi-même, veux-tu donc que je m'arrache le seul fil qui rattache aujourd'hui mon cœur à quelques fibres de mon cœur d'autrefois! Songes-tu que ce meurtre, c'est tout ce qui me reste de ma vertu? Songes-tu que je glisse depuis deux ans sur un mur taillé à pic, et que ce meurtre est le seul brin d'herbe où j'aie pu cramponner mes ongles? Crois-tu donc que je n'aie plus d'orgueil, parce que je n'ai plus de honte? et veux-tu que je laisse mourir en silence l'énigme de ma vie? Oui, cela est certain, si je pouvais revenir à la vertu, si mon apprentissage de vice pouvait s'évanouir, j'épargnerais peut-être ce conducteur de bœufs. Mais j'aime le vin, le jeu et les filles; comprends-tu cela? Si tu honores en moi quelque chose, toi qui me parles, c'est mon meurtre que tu honores, peut-être justement parce que tu ne le ferais pas. Voilà assez longtemps, vois-tu, que les républicains me couvrent de boue et d'infamie; voilà assez longtemps que les oreilles me tintent, et que l'exécration des hommes empoisonne le pain que je mâche; j'en ai assez de me voir conspué par des lâches sans nom, qui m'accablent d'injures pour se dispenser de m'assommer comme ils le devraient. J'en ai assez d'entendre brailler en plein vent le bavardage humain; il faut que le monde sache un peu qui je suis, et qui il est. Dieu merci, c'est peut-être demain que je tue Alexandre....»
Le meurtre accompli, il goûte quelques minutes d'un bonheur ineffable.
LORENZO, s'asseyant sur la fenêtre.
«Que la nuit est belle! que l'air du ciel est pur! Respire, respire, cœur navré de joie!
SCORONCONCOLO.
«Viens, maître, nous en avons trop fait; sauvons-nous.
LORENZO.
«Que le vent du soir est doux et embaumé! comme les fleurs des prairies s'entr'ouvrent! O nature magnifique! ô éternel repos!
SCORONCONCOLO.
«Le vent va glacer sur votre visage la sueur qui en découle. Venez, seigneur.
LORENZO.
«Ah! Dieu de bonté! quel moment!»
C'est l'hosanna de la créature délivrée du mal. Courte est l'illusion, courte la joie. Tandis que Florence se donne à un autre Médicis, Lorenzo sent que, décidément, le vice ne le lâchera plus, et il va s'offrir aux coups des assassins à gages qui le cherchent.
Nous avions déjà vu l'ébauche de ce personnage si dramatique dans la Coupe et les Lèvres; mais les causes de la misère de Frank étaient restées à demi voilées, tandis que cette fois, l'avertissement est aussi clair qu'il est grave et douloureux. Musset avait descendu de quelques pas, dans sa jeunesse imprudente et libertine, les bords de l'abîme où a roulé Lorenzaccio, et il tenait à dire à ses contemporains qu'on ne peut plus remonter cette pente-là.
Il y a dans son drame deux autres personnages pour lesquels il n'a eu aussi qu'à faire appel à des souvenirs, moins intimes toutefois. Son orfèvre et son marchand de soieries sont des boutiquiers parisiens du temps de Louis-Philippe. L'orfèvre devait être abonné auNational et avoir le portrait d'Armand Carrel dans son arrière-boutique. Le marchand de soieries est monarchiste par raison d'inventaire, parce que les cours font marcher les commerces de luxe. L'un critique tout ce que fait le gouvernement et le rend responsable des clients qui ne paient pas; l'autre se frotte les mains quand il y a bal aux Tuileries.
LE MARCHAND, en ouvrant sa boutique.
«J'avoue que ces fêtes-là me font plaisir, à moi. On est dans son lit bien tranquille, avec un coin de ses rideaux retroussé; on regarde de temps en temps les lumières qui vont et viennent dans le palais; on attrape un petit air de danse sans rien payer, et on se dit: Hé, hé, ce sont mes étoffes qui dansent, mes belles étoffes du bon Dieu, sur le cher corps de tous ces braves et loyaux seigneurs.
L'ORFÈVRE, ouvrant aussi sa boutique.
«Il en danse plus d'une qui n'est pas payée, voisin; ce sont celles-là qu'on arrose de vin et qu'on frotte aux murailles avec le moins de regret....»
Ils continuent à discuter en enlevant leurs volets.
«Que Dieu conserve Son Altesse! conclut le marchand à l'instant de rentrer. La cour est une belle chose.
—La cour! riposte l'orfèvre du seuil de sa boutique; le peuple la porte sur le dos, voyez-vous!»
Ces bonnes gens-là n'avaient vu de leur vie l'Arno ni le Ponte-Vecchio. Ils habitaient rue du Bac, au coin du quai, et ils ont été les fournisseurs de nos grand'mères.
Le reste du théâtre de Musset a pour sujet presque unique, mais infiniment divers, l'amour. L'amour chez la jeune fille, chez la femme, chez la coquette, chez l'épouse chrétienne; l'amour chez Alfred de Musset à différents âges: adolescent candide ou homme blasé, et dans toutes ses humeurs: joyeux ou mélancolique, ironique ou passionné. Car il s'est mis dans tous ses amo...

Table des matières

  1. Sommaire
  2. INTRODUCTION
  3. CHAPITRE I : LES ORIGINES—L'ENFANCE
  4. CHAPITRE II : MUSSET AU CÉNACLE ROMANTIQUE
  5. CHAPITRE III : «CONTES D'ESPAGNE ET D'ITALIE»
  6. CHAPITRE IV : GEORGE SAND
  7. CHAPITRE V : «LES NUITS»
  8. CHAPITRE VI : ŒUVRES EN PROSE—LE THÉÂTRE
  9. CHAPITRE VII : LES DERNIÈRES ANNÉES
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