Chapitre 1
Comment reconnaît-on
un enfant affecté
d’un TDAH ?
Symptômes et
manifestations
extérieures
Portrait global
Il est important que les différents acteurs du monde de l’enfant (parents, enseignants, orthopédagogues, neuropsychologues, médecins, animateurs des activités parascolaires, etc.) soient familiers avec le portrait clinique auquel on réfère lorsqu’on parle de TDAH. On peut facilement penser que si chacun des acteurs aborde la collaboration interdisciplinaire avec un plus grand sentiment de compétence face au diagnostic du TDAH, cette collaboration mènera à un plan d’intervention plus riche, intégré et nuancé, et ce, au profit de l’enfant que chacun cherche à aider à aborder son problème. Nous décrirons donc ici les symptômes et les manifestations extérieures associés au TDAH. Nous chercherons aussi à faire ressortir les ressemblances et les différences que l’on peut observer entre un enfant affecté d’un TDAH et un enfant qui n’est pas affecté de ce trouble.
De façon générale, on remarque trois grandes catégories de symptômes associés au TDAH. On parle d’inattention, d’impulsivité et d’hyperactivité. Les manifestations liées à l’une ou à l’autre des catégories de symptômes peuvent être plus ou moins manifestes selon les enfants. Ainsi, selon la prédominance du type de symptômes, on dira que l’enfant est affecté :
- d’un TDAH : type inattention prédominante ;
- d’un TDAH : type hyperactivité / impulsivité prédominante ;
- d’un TDAH : type mixte.
Ces symptômes peuvent se manifester ou avoir des répercussions sur les plans cognitif (pensée), comportemental, affectif ou relationnel.
Sur le plan cognitif, on peut remarquer que les enfants affectés d’un TDAH sont facilement distraits ; ils semblent avoir régulièrement l’esprit ailleurs. Ils peuvent même paraître lunatiques. Ils oublient leurs effets personnels. En cours de route, même, ils oublient ce qu’ils allaient chercher. Il leur arrive donc régulièrement de ne pas avoir leur matériel pour travailler et de l’égarer. Quand ils exécutent une tâche, ils peuvent donner l’impression de ne pas avoir la capacité de prêter attention aux détails. Ce sont des enfants qui font de nombreuses fautes de distraction. Souvent aussi, leurs travaux sont brouillons, ce qui porte à croire que ces enfants n’accordent pas d’importance aux tâches scolaires ou aux autres tâches du même type. Ils ont aussi de la difficulté à rester centrés sur la tâche à accomplir. Chez plusieurs, on peut cependant remarquer une inégalité en ce qui a trait à la capacité de concentration ; par moment, ils sont complètement absorbés par la tâche, ne semblent rien entendre de ce qui se passe autour d’eux, pas même une nouvelle consigne. À d’autres moments, au contraire, ils peuvent sembler distraits par tout et par rien. Enfin, nous avons constaté, chez plusieurs enfants affectés d’un TDAH, que la perception du temps semblait altérée. Ce symptôme ne constitue pas un critère diagnostique du TDAH, mais il s’agit toutefois d’une observation clinique qui revient régulièrement chez cette population. Pour eux, le temps semble souvent passer trop lentement et être vécu subjectivement comme une éternité. À d’autres moments, le temps semble, au contraire, filer si vite qu’ils sont surpris par son passage. Ainsi, pour ces enfants, le temps passe souvent trop lentement, comme lorsqu’on attend une nouvelle importante, ou encore il passe trop vite, comme lorsqu’on est absorbé dans une activité qu’on adore. La perception du temps, chez tous les êtres humains, peut être modifiée en fonction des émotions que vit la personne à un moment donné. Comme les enfants affectés d’un TDAH sont souvent des enfants avec une grande sensibilité, on peut penser que cette altération dans la perception du temps fréquemment observée chez ceux-ci soit une conséquence de cette sensibilité accrue qui les caractérise.
Sur le plan comportemental, on remarque que ces enfants ont souvent du mal à s’organiser, à s’installer. Ils ont de la difficulté à commencer les tâches à accomplir ; ils ont aussi du mal à les terminer. En cours d’exécution, il leur est difficile de garder une ligne directrice. Ainsi, ils changent fréquemment de cap, passant d’une tâche à l’autre, sans en terminer aucune. De plus, lorsqu’ils rencontrent une difficulté, ils ont du mal à persévérer dans leur tâche. On les dit souvent dispersés. On remarque aussi, chez eux, une difficulté à se conformer aux consignes et à ajuster leurs comportements lors des changements d’activités. Par exemple, il paraît très difficile, pour ces enfants, de se calmer après la récréation ou à la suite d’un cours d’éducation physique où ils auront été très actifs. Il semble aussi très demandant pour eux d’interrompre une activité dans laquelle ils sont absorbés pour remettre à plus tard la poursuite de celle-ci. Dans une perspective plus générale, on remarque qu’ils ont souvent la bougeotte : ils bougent les pieds et les mains, peuvent faire des bruits avec leur bouche, siffloter à tout moment. Ils se lèvent, se penchent, bougent sur leur chaise, se tortillent dans des situations où l’on attend d’eux qu’ils restent calmes, dans des moments inopportuns. On remarque aussi qu’ils parlent souvent trop, qu’ils interrompent les conversations ou laissent échapper la réponse à une question dont on n’a pas encore fini la formulation. Ce sont des enfants qui ont du mal à attendre leur tour. Plusieurs cliniciens constatent aussi, chez un bon nombre d’enfants affectés de TDAH, que la perception de leur espace personnel semble altérée. Ma bulle ? Ta bulle ? Mais de quoi est-il question ? Ces espaces semblent difficiles à définir. Ainsi, les enfants peuvent être perçus comme étant gauches ; ils trébuchent, accrochent les autres ou certains objets sans faire exprès. Parents et enseignants mentionnent aussi qu’ils s’étalent. Leurs effets personnels envahissent facilement l’espace environnant. Bien que cette manifestation comportementale puisse être liée à leur difficulté à s’organiser, il semble aussi possible, tel que nous l’expliquerons plus loin, qu’elle soit le reflet de frontières interpersonnelles floues ou, en d’autres termes, très perméables.
Sur le plan affectif, ce sont des enfants que les proches décrivent comme étant intenses. Ils sont plus affectueux par moments, plus réactifs à d’autres. Ils sont généralement toujours intenses. Ils ont aussi une basse tolérance à la frustration. Par ailleurs, ils peuvent paraître indifférents à la punition lorsque les parents ou les adultes, pour tenter de venir à bout des comportements de l’enfant qui leur échappent, ont recours à la punition à répétition ou à des punitions se voulant toujours plus lourdes.
Enfin, il est possible de constater, chez plusieurs enfants affectés d’un TDAH, certaines difficultés sur le plan relationnel. Tous n’affichent cependant pas cette difficulté. Chez les enfants où on la remarque, une tendance se dessine. C’est un peu comme si l’enfant cherchait à entrer en relation avec l’autre, mais manquait d’habiletés en ce sens. Pour plusieurs leur inattention, leur impulsivité ou leur hyperactivité feront d’eux des partenaires de jeu moins attirants pour leurs pairs. On peut aussi constater, pour un bon nombre d’enfants affectés d’un TDAH, le développement de comportements opposants. Les relations avec les adultes voulant assister l’enfant dans son défi attentionnel proprement dit ou dans son développement social peuvent donc aussi être négativement affectées par cette attitude oppositionnelle. Pour être à l’aise dans les relations interpersonnelles, il est important d’avoir des frontières interpersonnelles définies, bien que flexibles. Cette définition des frontières interpersonnelles, chez les enfants affectés d’un TDAH, est un objectif d’intervention qui a été jusqu’à présent négligé et qui devrait être considéré.
Qu’est-ce qui différencie un enfant affecté d’un TDAH d’un autre ?
Ces grandes lignes nous ont permis de tracer un portrait général et assez clair des manifestations extérieures associées au TDAH. Par ailleurs, on peut rapidement constater que plusieurs de ces caractéristiques se retrouvent à un moment ou à un autre chez tous les enfants, de même que chez bon nombre d’adultes, à différents moments de leur vie. Qu’est-ce qui différencie l’enfant affecté d’un TDAH des autres enfants ? L’enfant affecté d’un TDAH est avant tout un enfant. Ainsi, il a beaucoup de caractéristiques en commun avec les autres enfants. Il aime jouer, rire, sauter, inventer des histoires, etc. Il cherche à vivre dans le moment présent. Ses parents sont tout pour lui, et dans sa vie sociale, il aimerait plus que tout faire partie du groupe. Au fil de son développement, comme les autres enfants, il apprend graduellement à passer de l’égocentrisme (et moi, et moi et moi) à la socialisation (toi et moi en relation). Qu’est-ce qui différencie l’enfant affecté d’un TDAH des autres enfants ? Le degré de maturité qui caractérise les comportements de l’enfant en fonction de son âge chronologique, et la fréquence et l’intensité des manifestations extérieures problématiques dont il a été question plus haut. Ainsi, on pourrait dire que les symptômes mentionnés peuvent être présents à différents moments et à différents degrés chez tous les individus. La fréquence et l’intensité de ces symptômes, de même que les répercussions problématiques dans la vie de l’enfant constituent donc, à l’heure actuelle, les indices permettant de considérer la possibilité d’un trouble déficitaire de l’attention. Pour penser à la possibilité d’un TDAH, les symptômes devraient poser problème dans le fonctionnement social ou scolaire de l’enfant, et ce, dans deux ou plus de deux types d’environnements différents (exemple : à l’école et à la maison). L’ouvrage de référence utilisé par bon nombre de professionnels de la santé, le DSM-IV-TR, fait ressortir l’importance de considérer la fréquence, l’intensité, et le caractère perturbateur des symptômes lors de l’établissement d’un diagnostic comme celui du TDAH.
On estime que ce trouble est présent chez 3 à 7 % des enfants d’âge scolaire. Il est important de prendre au sérieux nos intuitions de parents, d’enseignants, ou d’intervenants lorsque, face à un enfant, on est porté à se dire que quelque chose ne semble pas aller, que le comportement de l’enfant, son humeur, ou son attitude semblent indiquer qu’il rencontre peut-être un problème dans son développement et qu’il a besoin d’un coup de pouce additionnel. Par ailleurs, il importe aussi de se rappeler qu’un enfant est un enfant, et que tous les enfants ont besoin de bouger, de se dépenser et d’avoir une certaine liberté d’action. De plus, comme les enfants ont leurs façons bien personnelles d’exprimer différents besoins, ou souffrances, il faut se rappeler qu’un même portrait comportemental peut correspondre à différentes causes physiques, psychologiques, affectives ou encore environnementales. Un diagnostic bien documenté peut être une source précieuse d’information et contribuer à élaborer un plan d’intervention efficace ; cependant, posé trop rapidement, un diagnostic risque d’amener un courant d’anxiété dont l’enfant et sa famille sauraient se passer. Soyons vigilants et prudents avant d’affirmer qu’un enfant est affecté d’un TDAH et orientons les enfants qui nous causent des inquiétudes vers les ressources en santé permettant d’évaluer avec exactitude la présence ou non d’un TDAH.
Le TDAH et ses causes : perspectives et propositions de traitement associées
Après vous avoir fourni ce portrait global et plus formel des manifestations extérieures du TDAH, il importe de rappeler encore et encore que le TDAH est un diagnostic clinique, c’est-à-dire basé sur l’observation de symptômes significatifs sur le plan clinique et qu’il n’existe pas, à l’heure actuelle, de test permettant d’identifier le dérèglement précis responsable des symptômes observés. La recherche dans ce domaine se veut encore très active. Gardons en tête que pour l’instant, le diagnostic de TDAH est une étiquette associée à une certaine constellation, un certain regroupement de symptômes. Les différents professionnels de la santé cherchent, à partir de ce portrait clinique, à faire des hypothèses sur la source du trouble ; ils tentent aussi, à partir des symptômes et de leur compréhension du trouble, de proposer des stratégies d’intervention.
Chapitre 2
Approche traditionnelle :
compréhension du trouble
et implications sur le
plan de l’intervention
Bref rappel
L’approche traditionnelle du trouble tend à considérer le TDAH comme étant issu principalement d’une condition physique d’ordre neurobiologique / neurochimique, d’ordre structural, ou encore possiblement génétique. Docteur Gabor Maté, médecin et psychothérapeute, explique que d’un point de vue physiologique, il semble que :
« Le cortex cérébral dans le lobe frontal ne soit pas capable de faire son travail, d’établir les priorités, la sélection ou l’inhibition. Le cerveau noyé sous les multiples parcelles de données sensorielles, de pensées, d’émotions et d’impulsions, ne peut focaliser et le corps et l’esprit ne peuvent rester tranquilles.»
Ainsi, on explique que chez les personnes affectées d’un TDAH, il y aurait un certain dérèglement dans le cerveau en ce qui a trait au fonctionnement des systèmes de neurotransmission impliquant...