Enseigner avec les technologies
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Enseigner avec les technologies

Favoriser les apprentissages, développer des compétences

  1. 286 pages
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Enseigner avec les technologies

Favoriser les apprentissages, développer des compétences

À propos de ce livre

Dans un contexte de renouveau pédagogique global, la visée de cet ouvrage consiste aussi à montrer comment les technologies peuvent contribuer à rencontrer les ambitions de l'école d'aujourd'hui dans laquelle ce n'est plus tant la connaissance des faits ou des principes qui importe, mais bien la capacité, en s'appuyant sur un support technologique adéquat, à retrouver ces faits à partir d'une ressource pertinente ou de mettre en ouvre certains principes pour résoudre de vrais problÚmes dans des contextes signifiants .

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Informations

Année
2011
ISBN de l'eBook
9782760528338
Chapitre 1
Théories de
l’apprentissage et
potentiel cognitif
des technologies
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EN BREF

Dans cet ouvrage, nous nous sommes efforcĂ©s, dĂšs son entame, de mettre en Ă©vidence les liens qui peuvent exister entre l’exploitation du potentiel cognitif des outils technologiques et la conception de l’apprentissage qui a servi de rĂ©fĂ©rence Ă  l’usage et Ă  l’appropriation de ces outils.
D’une conception centrĂ©e sur la transmission des connaissances (approche behavioriste) Ă  une conception interactive (approche constructiviste) en passant par des modĂšles basĂ©s sur l’ancrage des connaissances Ă  la structure cognitive de l’individu (approche cognitiviste), le potentiel cognitif des outils sera exploitĂ© avec une pertinence trĂšs inĂ©gale.
Ce dĂ©tour par les modĂšles d’apprentissage nous permettra aussi de souligner le rĂŽle essentiel jouĂ© par le contexte dans l’apprentissage et dans l’actualisation du potentiel cognitif des outils mobilisĂ©s. Cette notion inclut, dans les modĂšles rĂ©cents, non seulement le sujet apprenant et sa structure cognitive personnelle, mais aussi l’environnement physique et humain dans lequel l’activitĂ© cognitive sera mise en Ɠuvre.
1. Quels sont les liens entre les modùles d’apprentissage et les TIC?
Les liens qui unissent modĂšles d’apprentissage et utilisation des technologies en Ă©ducation sont souvent plus subtils qu’il n’y paraĂźt Ă  premiĂšre vue.
Une premiĂšre approche pour analyser ces liens repose sur l’idĂ©e que l’usage qui sera fait des technologies dĂ©pend de la conception qu’ont les enseignants de l’apprentissage. De nombreuses recherches sur l’innovation plaident en faveur de cette hypothĂšse en montrant comment les technologies sont assimilĂ©es par le fonctionnement quotidien de la classe. En fonction de cette conception, un enseignant aura tendance Ă  maintenir ses pratiques antĂ©rieures et Ă  rĂ©duire les usages des nouvelles technologies Ă  ce qui est compatible avec ses habitudes de travail.
Une approche alternative, elle aussi largement documentĂ©e dans la littĂ©rature, confĂšre aux technologies de l’information et de la communication une fonction de vecteur de changement. L’introduction des TIC crĂ©e un dĂ©sĂ©quilibre qui contribue Ă  favoriser le changement sur le plan des pratiques et le passage Ă  des modĂšles d’apprentissage privilĂ©giant l’activitĂ© et l’initiative des apprenants.
Que l’on souscrive Ă  l’un ou Ă  l’autre de ces points de vue, les liens entre TIC et modĂšles d’apprentissage sont dĂ©terminants par rapport aux formes d’usage qui prendront place dans la classe. La question est de savoir lequel de ces Ă©lĂ©ments est prĂ©pondĂ©rant. Faut-il modifier les maniĂšres d’enseigner avant d’introduire les TIC ou peut-on s’appuyer sur les TIC pour modifier les pratiques de classe? Ces deux conceptions peuvent d’ailleurs se nuancer en reconnaissant aux TIC un potentiel de changement sur les pratiques, mais qui ne s’exprimera que si le contexte est favorable. L’adhĂ©sion Ă  cette troisiĂšme conception implique que l’on reconnaisse la nĂ©cessitĂ© d’agir sur le milieu par une sĂ©rie d’actions permettant d’épauler le changement et de lever les principales sources de rĂ©sistance. Il est clair que, dans cet ouvrage, c’est Ă  cette troisiĂšme conception que nous nous rallierons en reconnaissant explicitement que le potentiel cognitif attachĂ© Ă  l’usage des TIC ne pourra s’actualiser qu’en prĂ©sence d’acteurs humains prĂ©parĂ©s Ă  le mettre en valeur.
Une autre question qui relĂšve Ă©galement des liens entre TIC et modĂšles d’apprentissage concerne plus directement le potentiel des TIC Ă  incarner toute la richesse des modĂšles d’apprentissage qu’ils sont censĂ©s mettre en Ɠuvre. Lorsque, comme nous le verrons, les ordinateurs sont venus Ă  la rescousse des machines Ă  enseigner pour concrĂ©tiser les idĂ©es skinnĂ©riennes en matiĂšre d’apprentissage automatisĂ©, ils ont permis de faire Ă©voluer le modĂšle vers une plus grande ouverture et une meilleure prise en compte des diffĂ©rences individuelles. On ne peut toutefois en dire autant des solutions apportĂ©es par l’intelligence artificielle lorsqu’il s’est agi de proposer des environnements constructivistes conformes aux ambitions des spĂ©cialistes de l’enseignement. Il faut bien reconnaĂźtre que, dans ce cas, les ambitions des chercheurs ont dĂ» progressivement ĂȘtre rĂ©frĂ©nĂ©es pour aller vers des dispositifs capables de soutenir l’intelligence humaine plutĂŽt que de la remplacer. Toutefois, ce recadrage ne doit pas ĂȘtre assimilĂ© Ă  un Ă©chec, puisqu’il a permis l’émergence de voies nouvelles centrĂ©es sur la prise en compte de l’interaction sociale plutĂŽt que sur la modĂ©lisation du comportement individuel.
La rencontre entre les TIC et les modĂšles d’apprentissage a Ă©galement favorisĂ© l’émergence de ce que Reigeluth (1999) appelle des «modĂšles de l’enseignement». En effet, les efforts des spĂ©cialistes en technologie Ă©ducative pour opĂ©rationnaliser les modĂšles d’apprentissage afin de les traduire sous forme de dispositifs concrets ont conduit Ă  dĂ©passer la description de la maniĂšre dont un individu apprend pour aller vers la prescription des actions Ă  mettre en Ɠuvre pour favoriser l’apprentissage. En pratique, ces deux types de modĂšles sont intimement liĂ©s et complĂ©mentaires: une comprĂ©hension en profondeur des mĂ©canismes de l’apprentissage constitue un substrat indispensable Ă  l’élaboration d’une thĂ©orie de l’enseignement susceptible de guider le design pĂ©dagogique. Ainsi, un modĂšle d’apprentissage comme le cognitivisme a permis de dĂ©crire le fonctionnement de la mĂ©moire ainsi que la nature des connaissances en cause dans les mĂ©canismes de mĂ©morisation. C’est en se basant sur cette conception de l’apprentissage qu’Anderson a mis au point son modĂšle ACT (contrĂŽle actif de la pensĂ©e). Ce modĂšle, qui dĂ©crit l’articulation entre connaissances dĂ©claratives et connaissances procĂ©durales Ă  travers un formalisme trĂšs prĂ©cis, a servi de rĂ©fĂ©rence pour la mise au point de plusieurs dispositifs d’apprentissage par ordinateur (tuteurs intelligents) utilisĂ©s principalement dans l’enseignement des mathĂ©matiques (arithmĂ©tique, gĂ©omĂ©trie, etc.).
Pour articuler les modĂšles qui seront prĂ©sentĂ©s dans la suite de ce chapitre, nous nous centrerons sur le statut qui est donnĂ© Ă  la connaissance dans ces diffĂ©rents modĂšles, sachant que de ce statut dĂ©couleront, dans une large mesure, Ă  la fois la conception de l’enseignement qui sera mis en Ɠuvre et les formes d’usage des TIC qui seront privilĂ©giĂ©es.
La conception classique, hĂ©ritĂ©e de la tradition objectiviste selon laquelle la connaissance construite par les sujets est un reflet fidĂšle d’une rĂ©alitĂ© objective, a largement influencĂ© les modĂšles basĂ©s sur le renforcement de la rĂ©ponse. Ces modĂšles, regroupĂ©s dans le cadre de ce qu’on appelle le «behaviorisme» (comportementalisme), ont jouĂ© un rĂŽle important dans les premiĂšres rĂ©alisations en matiĂšre d’usage de l’ordinateur en Ă©ducation.
La prise en compte de l’individu qui apprend dans le processus de construction de la connaissance a conduit Ă  rĂ©futer le caractĂšre objectif et unique de la connaissance au profit d’une conception qui reconnaĂźt explicitement que toute connaissance est le reflet de celui qui apprend. Une meilleure comprĂ©hension du fonctionnement du cerveau, associĂ©e aux possibilitĂ©s offertes par le dĂ©veloppement de l’informatique, a permis de construire des modĂšles du fonctionnement cognitif trĂšs utiles pour mieux cerner les mĂ©canismes en jeu dans l’apprentissage. Ces modĂšles, qualifiĂ©s de «cognitivistes», sont radicalement diffĂ©rents de ceux proposĂ©s par les behavioristes puisqu’ils s’intĂ©ressent Ă  ce qui se passe dans la «boĂźte noire»: il ne s’agit plus d’énoncer les conditions qui permettent d’établir des associations entre un stimulus et une rĂ©ponse, mais de dĂ©crire finement les processus internes mis en Ɠuvre par le systĂšme nerveux central pour sĂ©lectionner, traiter et mĂ©moriser des informations. Cette rupture conceptuelle radicale consistant Ă  rĂ©futer toute idĂ©e d’isomorphisme direct entre la rĂ©alitĂ© externe et la rĂ©alitĂ© personnelle s’est traduite par l’émergence d’approches nouvelles de l’enseignement dans lesquelles le rĂŽle prĂ©pondĂ©rant de l’apprenant Ă©tait explicitement reconnu.
La conception des constructivistes en ce qui concerne le statut de la connaissance apparaĂźt encore plus radicale puisque, pour eux, toute rĂ©alitĂ© n’existe qu’à travers l’individu qui la crĂ©e: c’est de l’interaction du sujet avec son environnement que naĂźt la connaissance. Comme nous le verrons par la suite, la notion d’interaction constitue selon cette approche le moteur de l’apprentissage. Pour cette raison, on parle aussi d’«inter-actionnisme» pour dĂ©signer ce courant. L’interaction peut s’appliquer Ă  une situation que l’individu aura Ă  traiter seul, en petit groupe ou encore dans le cadre d’une communautĂ© culturelle. La connaissance est le rĂ©sultat d’une Ă©laboration personnelle dont le siĂšge ne se situe plus seulement dans le cerveau de l’individu, mais aussi dans les interactions sociales et dans les outils cognitifs qui serviront de mĂ©diateur entre l’individu et son environnement. La centration dĂ©libĂ©rĂ©e sur l’interaction a conduit non seulement Ă  dĂ©placer le lieu oĂč la connaissance se construit, mais aussi Ă  Ă©laborer des modĂšles de l’enseignement beaucoup plus ouverts qui ont largement influencĂ© la conception des dispositifs. Il ne s’agit plus d’organiser, d’une maniĂšre plus ou moins intelligente, l’interaction entre l’individu et l’ordinateur, mais plutĂŽt d’amĂ©nager la rencontre de l’apprenant avec son environnement social, culturel et matĂ©riel au moyen d’outils cognitifs pertinents.
La notion d’outil cognitif (ou plus exactement d’outil Ă  potentiel cognitif) est centrale dans cette conception de l’apprentissage, car c’est Ă  travers de tels outils et les interactions auxquelles ils donnent naissance que s’élaborera la connaissance.
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Comme l’illustre la figure 1.1, certaines zones de recouvrement existent entre les modĂšles que nous avons Ă©voquĂ©s. Le passage d’une conception de la connaissance Ă  une autre n’est jamais le rĂ©sultat d’une rupture brutale, mais plutĂŽt celui d’une prise de conscience progressive par un groupe de chercheurs, plus ou moins influents, du caractĂšre rĂ©ducteur ou inadĂ©quat des conceptions qui leur servaient de rĂ©fĂ©rence jusqu’alors. Ainsi, Ă  cĂŽtĂ© du behaviorisme radical qui rĂ©fute toute prise en compte des processus internes, certains modĂšles comme celui de Hull (1943) ou de Staats (1970) font intervenir des variables intermĂ©diaires (entre le stimulus et la rĂ©ponse) pour dĂ©crire le comportement.
La naissance du cognitivisme illustre bien ce glissement progressif des conceptions. Alors que l’idĂ©e d’examiner le contenu de la boĂźte noire remonte aux travaux menĂ©s, d’une part, par Miller (1956) sur les limites de la mĂ©moire et, d’autre part, par Bruner, Goodnow et Austin (1956) sur les processus de catĂ©gorisation, ce n’est qu’à la fin des annĂ©es 1960 que le cognitivisme prendra son envol pour dĂ©trĂŽner le behaviorisme.
Bien que le terme «constructivisme» soit issu des travaux menĂ©s par Jean Piaget Ă  partir des annĂ©es 1930, il faudra attendre la fin des annĂ©es 1980 pour voir les conceptions de celui-ci reconnues par les chercheurs anglo-saxons. Il en va de mĂȘme pour l’école russe et en particulier pour Lev Vygotsky (1978) dont les travaux sur la dimension sociale de l’apprentissage ont mis prĂšs de trente ans Ă  ĂȘtre connus des chercheurs occidentaux.
Le dĂ©calage historique que nous venons de souligner entre les travaux menĂ©s en Europe Ă  propos du constructivisme et leur prise en compte par les chercheurs nord-amĂ©ricains explique qu’il n’y ait pas toujours accord parfait, de part et d’autre de l’Atlantique, sur ce que recouvre exactement ce terme. En effet, alors que les chercheurs amĂ©ricains ont tendance Ă  l’utiliser pour dĂ©signer de maniĂšre gĂ©nĂ©rique les thĂ©ories modernes de l’apprentissage, en Europe la filiation avec les travaux de Piaget reste encore trĂšs prĂ©gnante.
2. ModĂšles basĂ©s sur l’isomorphisme entre la rĂ©alitĂ© externe et la rĂ©alitĂ© personnelle
Cette conception de la connaissance est issue de la volontĂ© d’asseoir les bases scientifiques de la psychologie en refusant l’introspection et le mentalisme qui l’avaient dominĂ©e jusqu’alors. Les travaux menĂ©s dans le cadre de ce paradigme ont conduit Ă  rĂ©futer l’idĂ©e que le fonctionnement cognitif interne puisse ĂȘtre accessible Ă  l’analyse objective. Il s’agit non pas d’étudier les processus cognitifs, c’est-Ă -dire le contenu de ce que les behavioristes appelleront la «boĂźte noire», mais d’analyser les effets de diffĂ©rentes formes de stimulation sur le comportement de l’individu.
Les recherches de Thorndike, qui remontent au dĂ©but du XXe siĂšcle, ont conduit Ă  dĂ©finir un certain nombre de lois dĂ©crivant les conditions d’un apprentissage efficace. En particulier, Thorndike (1911) a dĂ©crit ce qu’il a appelĂ© la «loi de l’effet», qui met en Ă©vidence que l’association entre un stimulus et une rĂ©ponse est renforcĂ©e ou affaiblie selon l’effet de ses consĂ©quences. Si l’association stimulus-rĂ©ponse est suivie d’un Ă©tat de satisfaction du sujet (rĂ©compense), elle est renforcĂ©e; si elle est suivie d’un Ă©tat non satisfaisant (punition), elle est affaiblie. Pour Thorndike, l’enseignement consiste pour l’essentiel Ă  crĂ©er les conditions permettant le renforcement des associations correctes et l’affaiblissement de celles qui ne le sont pas.
Par la suite, ces lois ont Ă©tĂ© reprises et systĂ©matisĂ©es par Skinner (1957). En particulier, la notion de rĂ©compense a jouĂ© un rĂŽle central dans la thĂ©orie du conditionnement opĂ©rant proposĂ©e par cet auteur sous l’appellation «agent de renforcement». L’expression «conditionnement opĂ©rant», choisie par Skinner pour dĂ©crire le processus par lequel l’apprentissage s’élabore, souligne Ă  la fois sa filiation mais aussi ses diffĂ©rences avec le conditionnement rĂ©pondant proposĂ© auparavant par Pavlov. Le terme «opĂ©rant» met en Ă©vidence, en effet, le fait que l’apprentissage ne peut avoir lieu que si l’individu est actif, contrairement Ă  ce qui Ă©tait le cas chez le chercheur russe.
La place prĂ©pondĂ©rante donnĂ©e Ă  l’activitĂ© de l’apprenant dans le conditionnement opĂ©rant a largement influencĂ© les applications pĂ©dagogiques issues des travaux de Skinner, mais aussi, d’une maniĂšre plus gĂ©nĂ©rale, les conceptions de l’enseignement qui ont orientĂ© les premiĂšres applications pĂ©dagogiques de l’ordinateur. C’est en effet Ă  l’époque oĂč la vision skinnĂ©rienne Ă©tait la plus influente, c’est-Ă -dire Ă  l...

Table des matiĂšres

  1. Avant-propos
  2. Introduction
  3. Chapitre 1
  4. Chapitre 2
  5. Chapitre 3
  6. Chapitre 4
  7. Chapitre 5
  8. Chapitre 6
  9. Chapitre 7
  10. Conclusion

Foire aux questions

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