Violences et ordre social en Haïti
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Violences et ordre social en Haïti

Essai sur le vivre-ensemble dans une société postcoloniale

  1. 294 pages
  2. French
  3. ePUB (adaptée aux mobiles)
  4. Disponible sur iOS et Android
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Violences et ordre social en Haïti

Essai sur le vivre-ensemble dans une société postcoloniale

À propos de ce livre

Cet ouvrage invite à sortir des sentiers battus pour examiner les significations, la place, les fonctions et les conséquences de la violence dans la société haïtienne. En montrant la violence comme le reflet d'une convention générale et permanente où se jouent la solidarité et la hiérarchie intra et intergroupes, l'auteur dévoile qu'elle fonde, pour le meilleur et pour le pire, le vivre-ensemble en Haïti.

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La plupart des travaux de recherche sur la violence en Haïti se permettent l’économie d’une réflexion sur la nature de la violence, sur ses particularités locales, sur son évolution selon les contextes et conjonctures historiques, sur ses fonctions sociales, sur les « bonnes raisons » des acteurs qui y recourent, etc. Dans le champ académique comme dans l’univers politique, on se contente de reconduire les catégories toutes faites et de procéder comme si elles allaient de soi.
La recherche et les actions de lutte à la violence en Haïti se sont développées de manière pragmatique et sclérosée sans jamais parvenir à se doter d’un cadre théorique adéquat pour penser avec rigueur les divers aspects de cette réalité plurielle. Le but de ce chapitre est de contribuer à l’élaboration d’un cadre analytique qui permet de cerner les objets, les sources, certaines formes d’expression et certaines significations sociales de la violence en Haïti.

1.1. Qu’est-ce que la violence ?

Les définitions de la violence varient dans le temps et dans l’espace, selon l’évolution des valeurs sociales et des références culturelles. Le dictionnaire Larousse la définit comme « la force brutale des êtres ou des choses » dirigée contre l’Autre dans le but de lui nuire ou, au mieux, dans le mépris, l’indifférence ou le déni des conséquences qu’elle pourrait avoir sur lui. Le mot violence est un dérivé du latin violentia, dont la racine, vis, désigne autant la force physique que la force psychique ou spirituelle (par exemple, la force de l’âme [vis animae]). Violentia se traduit soit comme abus, soit comme déploiement de la force (physique ou psychique), que l’intention de meurtrir, de terrifier ou de démolir soit explicite ou non. Il renvoie donc à l’emploi de la force ou de la contrainte menaçante pour soumettre quelqu’un ; à la contrainte illicite ou illégale exercée sur quelqu’un pour obtenir de lui quelque chose ; enfin, à l’ensemble des actes et attitudes qui expriment l’hostilité, l’agressivité entre des individus ou des groupes.
Cette précision étymologique nous fait progressivement cheminer d’une définition générique de la violence insistant sur l’usage de la force physique causant dommages et préjudices à autrui dans le but de lui imposer sa volonté (Reist et Roth, 1993), vers une définition plus large qui comprend les atteintes psychologiques (chantage, injure, menace), la dépossession et le désavantage symbolique. Françoise Héritier (1996, p. 4) la caractérise ainsi : « [Toute] contrainte de nature physique ou psychique susceptible d’entraîner la terreur, le déplacement, le malheur, la souffrance ou la mort d’un être animé ; tout acte d’intrusion qui a pour effet volontaire ou involontaire la dépossession d’autrui, le dommage ou la destruction d’objets inanimés. »
L’Organisation mondiale de la santé (OMS), dans son Rapport mondial sur la violence et la santé, abonde dans le même sens. Elle définit la violence comme « l’usage délibéré ou la menace d’usage délibéré de la force physique ou de la puissance contre soi-même, contre une autre personne ou contre un groupe ou une communauté, qui entraîne ou risque fort d’entraîner un traumatisme, un décès, un dommage moral, un mal-développement ou une carence » (OMS, 2002, p. 5). Cette définition couvre toute une série d’actes incluant violence physique, menaces et intimidation, atteintes psychologiques, problèmes de carence et de développement affectif ; autant de comportements préjudiciables pour le bien-être individuel, familial et communautaire de la victime.
Gilles Vidal citant Ouellet et al. (1998) défend le même point de vue : « Contraindre par la force, l’intimidation ou la menace une personne à faire ce qu’elle ne veut pas ou l’empêcher de faire ce qu’elle veut constitue une atteinte à l’intégrité de cette personne. L’humiliation, le dénigrement, la dévalorisation, la privation, l’isolement, et le contrôle constituent différentes formes de violence » (Vidal, 2005, p. 72). Mais seulement, selon Reist et Roth (1993), pour qu’elle soit violence, elle doit être ressentie comme une agression1. Par exemple, ce n’est pas parce que notre organisme se rappelle à nous avec force quand il a faim qu’il exerce sur nous une violence : c’est un fait purement naturel. De même, que nous parlions avec notre langue maternelle ou que nous rêvions dans ce langage n’est pas une violence faite à notre psyché : il s’agit d’un fait individuel et social. Ce fait devient violence quand le langage véhicule un « style de pensée » par trop en désaccord avec les pulsions humaines ou, pire violence encore, quand il est manipulé dans un but de domination ou quand il est perçu et ressenti comme tel.
La violence a donc partie liée avec une injustice subie ou une souffrance ressentie comme une agression. Elle n’est pas forcément évidente dans ses manifestations, elle peut opérer dans la subtilité, en toute discrétion : on peut porter quelqu’un au suicide sans lever le petit doigt. Généralement, la violence sociale et structurelle est difficile à appréhender du fait même de sa relative imperceptibilité. Intériorisée grâce aux mécanismes (conventionnels) de socialisation, elle devient une convenance collective imposée, une « violence symbolique », pour reprendre les termes de Bourdieu dans les Méditations pascaliennes (1997). Elle s’institue par l’intermédiaire de l’adhésion que la victime (le dominé) ne peut manquer d’accorder au rapport de domination. Car même pour penser ce rapport, il ne dispose que « d’instruments de connaissance qu’il a en commun avec lui [le dominant] et qui, n’étant que la forme incorporée de la structure de la relation de domination, font apparaître cette relation comme naturelle » (Bourdieu, 1997, p. 204).
Les définitions courantes de la violence sont donc presque toujours liées à la notion d’intégrité du corps ou de l’esprit. De ce point de vue, les formes contemporaines de la violence ne seraient pas une fatalité, un irréductible de la condition humaine. Selon l’OMS (2002, p. XI), « [l]a violence est souvent prévisible et évitable. […] Bon nombre des facteurs qui accroissent le risque de violence sont communs aux différents types de violence, et il est possible de les modifier ».
Ces définitions usuelles semblent néanmoins empêcher de penser dialectiquement le phénomène. Le postulat que hormis celle de l’État, toutes les formes de violence sont anormales, illégitimes, délétères et, par conséquent, à proscrire, ne peut servir qu’une logique comptable et institutionnelle. Elles empêchent d’appréhender la dynamique d’une société dans laquelle la violence ferait partie intégrante de la vie quotidienne. Elles sont inappropriées devant les formes de violence ritualisée, notamment celles liées au sport : les agressions autorisées ou non, les insultes, les gestes obscènes dans l’aréna, etc. Elles sont tellement chargées axiologiquement qu’elles ne peuvent rendre compte adéquatement de la portée ontologique, créatrice, salutaire parfois de la violence. Nous les utiliserons donc avec prudence comme définitions provisoires.

1.2. Classer les types de violence

Nous avons recensé plusieurs classifications des formes de manifestation de la violence. Certaines typologies sont basées sur le critère de l’auteur, des victimes et des personnes vulnérables, d’autres sur celui du niveau de réalité, d’autres encore sur celui des domaines de la vie.
La plupart des travaux appliquent de facto une classification de la violence basée sur les victimes ou les personnes vulnérables. Ils distinguent ainsi les homicides de la violence exercée contre les femmes, contre les enfants, contre les personnes âgées, ou encore contre les minorités (les gais, les minorités ethniques, les handicapés, les personnes atteintes d’une maladie stigmatisée, etc.).
À partir du critère de l’auteur, l’OMS classe les actes de violence en trois grandes catégories :
  1. la violence personnelle, celle qui est dirigée par et contre soi-même : suicide, automutilation ;
  2. la violence interpersonnelle, celle qui est infligée par un individu ou un petit groupe à d’autres individus ou petits groupes : violence conjugale, familiale (maltraitance d’enfants ou d’aînés), communautaire, violence des jeunes, viols, agressions sexuelles, violence dans un cadre institutionnel (école, lieu de travail, établissement de soins, prison), etc. ;
  3. la violence collective, celle de gens qui s’identifient comme membres d’un groupe contre un autre groupe : conflits armés, génocides, répression et violation de droits fondamentaux, etc.
Selon le niveau de réalité, Brodeur et Ouimet (1994) distinguent quatre types de violence : la violence effective (les actes de violence proprement dits), la violence fictive (celle qui est dépeinte dans les œuvres d’art, comme les meurtres de Jack L’Éventreur), la violence amplifiée (celle qui est parfois créée de toutes pièces par la manipulation de l’information par les médias) et la violence simulée (celle de la mise en scène ou d’une simulation de violence physique où l’on s’épargne les rigueurs corporelles les plus létales, comme dans les pratiques sexuelles sadomasochistes).
La taxinomie la plus complète et la plus greffée sur la réalité de la violence physique jamais portée à notre connaissance est celle de Caroline Moser (2006), associée de recherche principale à l’Overseas Development Institute. Elle développe un cadre conceptuel que nous tenterons d’adapter à la réalité haïtienne en nous offrant même le luxe de le compléter. Moser distingue quatre catégories de violence physique dans les zones urbaines :
  • Il y a d’abord la violence économique. Elle est motivée par le gain matériel (crimes de rue, vol, trafic de stupéfiants, enlèvements, exploitation, extorsion, etc.). En Haïti, elle est aussi motivée par une volonté d’affirmer sa suprématie. Elle peut prendre la forme d’un embargo, d’une privation, mais aussi d’une ostentation de la richesse, de la promotion de biens inaccessibles, de la formation de monopoles, etc.
  • Il y a ensuite la violence sociale. C’est la forme de violence la plus discrète. Elle est engendrée par le désir d’atteindre un avantage, un statut social ou un privilège, ou encore d’en garder le contrôle. En Haïti, elle est souvent basée sur le genre, l’âge, l’origine sociale, le lieu de résidence, la couleur de la peau, le niveau d’éducation, les aptitudes linguistiques ; on pense à la violence contre les femmes, les enfants, les personnes âgées, les analphabètes, les habitants des quartiers populaires, les paysans, etc.
  • Il y a aussi la violence institutionnelle. Elle sert principalement à la reproduction sociale. Elle est exercée autant par des institutions de l’État (police, justice, administration publique) que par des institutions non gouvernementales (famille, école, église, association, groupe de pairs, entreprises). Elle est à l’œuvre dans l’institution des symboles valorisés dans la société (argent, pouvoir, femmes, consommation).
  • Enfin, il y a la violence politique. C’est la forme la plus visible et la plus documentée en Haïti depuis le régime duvaliériste. Elle est mue par le désir d’accaparer, de conserver ou de renverser le pouvoir (guerres de guérilla, conflits paramilitaires, assassinats politiques, coups d’État, insurrections, émeutes, etc.).
Si la typologie de Moser (2006) nous semble être la plus complète, elle ne l’est pourtant pas tout à fait. Non seulement elle ne rend pas compte des violences dirigées contre soi-même, el...

Table des matières

  1. Couverture
  2. Copyright
  3. Remerciements
  4. Avant-propos
  5. Liste des sigles et acronymes
  6. Introduction
  7. CHAPITRE 1 - Penser la violence en Haïti
  8. CHAPITRE 2 - Mesurer la violence criminelle en Haïti
  9. CHAPITRE 3 - Décrire la violence en Haïti
  10. CHAPITRE 4 - Comprendre et expliquer la violence en Haïti
  11. CHAPITRE 5 - Agir sur la violence en Haïti
  12. Conclusion
  13. ANNEXE Diagnostic de la chaîne de production des statistiques policières en Haïti
  14. Bibliographie sélective
  15. Quatrième de couverture