Ils viennent pour travailler
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Ils viennent pour travailler

EnquĂȘte ethnographique parmi les ouvriers agricoles migrants au QuĂ©bec

  1. 286 pages
  2. French
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Ils viennent pour travailler

EnquĂȘte ethnographique parmi les ouvriers agricoles migrants au QuĂ©bec

À propos de ce livre

Chaque annĂ©e, le QuĂ©bec recrute Ă  l'international des milliers de travailleurs par l'entremise de programmes de migration temporaire pour faire face Ă  la pĂ©nurie de main-d'Ɠuvre dans le secteur agricole. Le prĂ©sent ouvrage dĂ©peint l'expĂ©rience de vie et de travail de ces ouvriers migrants.Son auteur s'est infiltrĂ©, en tant qu'employĂ©, dans plusieurs entreprises agraires de la province oĂč il a travaillĂ© un Ă©tĂ© durant, participant aux activitĂ©s d'un centre de soutien aux migrants et menant des entretiens avec les ouvriers, les employeurs, les membres consulaires, les organismes de recrutement et les acteurs communautaires. Il nous entraĂźne ici dans la dĂ©couverte des relations que les ouvriers agricoles migrants entretiennent entre eux et avec leurs collĂšgues et leurs employeurs quĂ©bĂ©cois, ainsi que dans le quotidien difficile de ces travailleurs venus d'ailleurs. À partir d'observations, de rĂ©cits, d'analyses de situations particuliĂšres, l'auteur dĂ©voile les ambitions et les accomplissements, mais aussi les difficultĂ©s et les souffrances que vivent ces migrants.En plus d'intĂ©resser les Ă©tudiants et les chercheurs en sciences sociales et politiques ainsi que les professionnels des services sociaux et communautaires, ce livre plaira aux consommateurs se souciant de la provenance et de la qualitĂ© des aliments quĂ©bĂ©cois de mĂȘme que de l'Ă©quitĂ© des conditions de travail dans le domaine agricole provincial. Au fil des pages, les lecteurs dĂ©couvriront un juste portrait de la rĂ©alitĂ© de la main-d'Ɠuvre migrante au QuĂ©bec.

Approuvé par les 375,005 étudiants

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Informations

Année
2020
ISBN de l'eBook
9782760551237

CHAPITRE 1 /

L’(im)mobilitĂ© contrĂŽlĂ©e

Les programmes de migration temporaire dans l’agriculture canadienne

1 / Win-win-win

En novembre 2016, j’ai Ă©tĂ© invitĂ© au sĂ©minaire permanent sur les migrations entre le Canada, les États-Unis et le Mexique, Ă  l’Universidad Nacional AutĂłnoma de MĂ©xico. Dans le cadre des deux jours qu’a durĂ© ce sĂ©minaire, nous avons dressĂ© un bilan du PTAS (Programme des travailleurs agricoles saisonniers) qui fĂȘtait cinquante ans d’activitĂ©, l’un des programmes de migration temporaire actuels qui peut se targuer d’ĂȘtre le plus ancien au monde.
Plusieurs universitaires qui ont analysĂ© le PTAS au cours des derniĂšres dĂ©cennies ont pris part Ă  ce dĂ©bat. Comme c’est souvent le cas dans de telles occasions, l’échange entre les membres de cette communautĂ© partageant les mĂȘmes intĂ©rĂȘts de recherche a Ă©tĂ© trĂšs enrichissant. NĂ©anmoins, la curiositĂ© gĂ©nĂ©rale Ă©tait suscitĂ©e par l’intervention Ă  venir de l’invitĂ© spĂ©cial, monsieur Enrique Evangelista, directeur de la mobilitĂ© du travail au sein du SecretarĂ­a del Trabajo y PrevisiĂłn Social (ministĂšre du Travail et de la SĂ©curitĂ© sociale), en raison de la raretĂ© des Ă©changes directs entre membres de la communautĂ© scientifique et acteurs politiques sur l’état des programmes.
Evangelista, assis parmi le public, a Ă©coutĂ© les autres prĂ©sentations avec attention, participant parfois par des expressions faciales, comme lorsqu’il a approuvĂ© mon commentaire sur la volontĂ© des personnes embauchĂ©es de travailler beaucoup d’heures par jour. Ensuite, il a participĂ© Ă  une table ronde. Vu le caractĂšre exceptionnel de sa prĂ©sence, le directeur a Ă©tĂ© invitĂ© Ă  prendre la parole au dĂ©but pour ensuite rĂ©pondre aux questions du public.
Lors de son intervention, le directeur, avec les donnĂ©es en main, a prĂ©sentĂ© le PTAS comme un « modĂšle » de migration « lĂ©gale », « ordonnĂ©e » et « sĂ»re », mentionnant que mĂȘme les États-Unis voulaient crĂ©er un programme comparable pour leur recrutement1. Parmi les raisons du succĂšs du PTAS, Evangelista a soulignĂ© le nombre peu Ă©levĂ© de rapatriements, et encore moins d’abandons de la part des entreprises, selon la volontĂ© du gouvernement mexicain qui « vise Ă  la rĂ©unification familiale au Mexique » et travaille ainsi chaque annĂ©e afin que les personnes retournent dans leur pays.
D’autres raisons mentionnĂ©es par le directeur pour expliquer le succĂšs du programme concernaient les retombĂ©es Ă©conomiques et les compĂ©tences acquises dans le cadre de cette expĂ©rience. Selon ses donnĂ©es, en 2015, les fonds transfĂ©rĂ©s par les personnes embauchĂ©es sous le PTAS vers leurs familles au Mexique reprĂ©sentaient un montant total de 225 millions de dollars. Il a Ă©galement mentionnĂ© l’expĂ©rience, une seule, d’un travailleur qui avait construit une serre dans l’État de Puebla, Ă  la suite des expĂ©riences qu’il avait pu acquĂ©rir dans le cadre du PTAS et avec les revenus que cela lui avait procurĂ©s.
Ce directeur n’est pas le seul Ă  considĂ©rer le PTAS comme un modĂšle. En effet, vu sa longĂ©vitĂ© cinquantenaire, au fil du temps, le PTAS est devenu un exemple pour les autres pays qui cherchent Ă  recruter une main-d’Ɠuvre temporaire dans l’agriculture, surtout depuis que cette forme de recrutement a attirĂ© de nouveau l’attention de nombreux pays. En 2000, dans un atelier international de l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), le PTAS a Ă©tĂ© considĂ©rĂ© comme la meilleure pratique de recrutement de travailleurs migrants (Hennebry et Preibisch, 2012). En 2006, la Banque mondiale a dĂ©clarĂ© que le PTAS canadien pouvait constituer un modĂšle de grand intĂ©rĂȘt pour l’Australie et la Nouvelle-ZĂ©lande, parce qu’il s’agissait d’un pays d’immigration avec un systĂšme politique et lĂ©gal comparable Ă  celui des deux pays du Pacifique, et que le Canada recrutait dans les « petites Ăźles » des CaraĂŻbes, une condition comparable Ă  celle du Pacifique pour la proximitĂ© de plusieurs Ăźles (World Bank, 2006, p. 117). En 2008, 2009 et 2010, le PTAS a aussi Ă©tĂ© reconnu comme un modĂšle de migration temporaire dans les rĂ©unions du Forum global sur la migration et le dĂ©veloppement (Gabriel, 2014). Finalement, la prĂ©fĂ©rence pour le modĂšle du PTAS a Ă©tĂ© accordĂ©e par plusieurs universitaires, mĂȘme si ce fut Ă  des degrĂ©s diffĂ©rents (Basok, 2007 ; Greenhill et Aceytuno, 2000 ; Verduzco et Lozano, 2003).
Face Ă  ces nombreuses apprĂ©ciations, est-ce que l’apologie du programme faite par l’employĂ© du SecretarĂ­a del Trabajo y PrevisiĂłn Social Ă©tait justifiĂ©e ? Si le PTAS est comparĂ© aux nouvelles possibilitĂ©s de recrutement de main-d’Ɠuvre agricole temporaire au Canada, le « volet des postes Ă  bas salaire » et le « volet agricole », introduits par le gouvernement canadien entre 2002 et 2011, il est effectivement meilleur, comme je l’ai reconnu lors de la rencontre avec Evangelista. PrĂ©cisons que ces derniers volets ont favorisĂ© une privatisation du recrutement exposant davantage la main-d’Ɠuvre Ă  diverses formes d’abus.
En mĂȘme temps, comme Jenna Hennebry et Kerry Preibisch l’ont relevĂ©, le PTAS constitue un modĂšle parce que les États et les entreprises tirent des bĂ©nĂ©fices de ce programme. Cependant, si le regard se porte sur les droits des personnes recrutĂ©es, on peut s’apercevoir que le programme est en rĂ©alitĂ© toujours caractĂ©risĂ© par des problĂ©matiques structurelles qui entraĂźnent plusieurs formes d’abus (Hennebry et Preibisch, 2012).
Pour revenir Ă  monsieur Evangelista, lorsque le temps des questions est arrivĂ©, j’ai pris la parole pour soulever une problĂ©matique encore trĂšs actuelle du PTAS, soit celle des accidents de travail et des dĂ©portations suivant les accidents, demandant les statistiques relativement Ă  ces accidents. Evangelista a rĂ©pondu avec soin Ă  toutes les questions, sauf Ă  la mienne. Comment interprĂ©ter cet oubli ? Le PTAS reprĂ©sente-t-il le « meilleur des mondes possibles », pour emprunter les mots de Voltaire ? En rĂ©alitĂ©, la supĂ©rioritĂ© relative du PTAS vis-Ă -vis des autres programmes n’empĂȘche pas de songer Ă  des changements pour tenter de rĂ©soudre les problĂ©matiques structurelles qui le caractĂ©risent encore.
Si, trĂšs rĂ©cemment, le gouvernement fĂ©dĂ©ral a envisagĂ© la possibilitĂ© d’accorder la rĂ©sidence permanente aprĂšs un an de travail aux ouvriers considĂ©rĂ©s comme « moyennement spĂ©cialisĂ©s », dans les derniers quinze ans, les principales mesures adoptĂ©es par le gouvernement canadien, comme l’introduction de nouvelles possibilitĂ©s d’embauche, ont plutĂŽt exposĂ© davantage les personnes embauchĂ©es Ă  des formes d’abus.
Dans les pages suivantes, j’analyserai le parcours qui a amenĂ© Ă  l’état actuel des programmes. AprĂšs avoir fait un survol gĂ©nĂ©ral des programmes de migration temporaire Ă  l’international et de la nouvelle tendance mondiale qui cĂ©lĂšbre cette forme de recrutement, je m’attarderai Ă  l’histoire des programmes de migration temporaire pour l’agriculture canadienne. Je me pencherai notamment sur certains moments clĂ©s, de la crĂ©ation des premiers programmes jusqu’aux changements qui leur ont Ă©tĂ© apportĂ©s depuis les annĂ©es 2000, en passant par le remplacement du systĂšme des quotas par un systĂšme d’offre et de demande Ă  la fin des annĂ©es 1980. Finalement, je mettrai en lumiĂšre les similitudes et les diffĂ©rences entre les volets d’embauche actuels au QuĂ©bec en abordant les consĂ©quences de cette multiplication des volets qui montrent la contemporanĂ©itĂ© de cette forme de recrutement.

2 / Un regard sur ce type de programmes à l’international

En 1892, Max Weber, Ă  l’époque encore un jeune chercheur, publiait au nom de la Verein fĂŒr Sociapolitik les conclusions d’une enquĂȘte menĂ©e entre 1890 et 1891 sur les conditions des ouvriers agricoles saisonniers polonais dans la rĂ©gion situĂ©e Ă  l’est de l’Elbe, appartenant Ă  l’État allemand naissant. MalgrĂ© la distance temporelle, le texte abordait des aspects de grande actualitĂ© : Weber soulignait la tension entre la volontĂ© des employeurs de garder une gestion patriarcale, tout en instaurant de nouvelles relations sociales basĂ©es sur le rapport salarial qui effaçaient « la communautĂ© d’intĂ©rĂȘts » du systĂšme prĂ©cĂ©dent. En outre, il soulignait la docilitĂ© majeure de la main-d’Ɠuvre polonaise vis-Ă -vis de la main-d’Ɠuvre allemande et surtout la possibilitĂ© de ne pas prendre en charge les « obligations juridico-administratives » existantes pour la main-d’Ɠuvre allemande. Il mettait en lumiĂšre les contraintes structurelles, comme la compĂ©tition entre les employeurs et la lutte pour leur survie. Finalement, Weber s’attardait Ă  la position subjective de la main-d’Ɠuvre polonaise face Ă  ces changements, notamment Ă  ses aspirations et Ă  son dĂ©sir d’autonomie, ce qui allait au-delĂ  d’une analyse strictement Ă©conomique, car Weber rappelait que « l’homme – et mĂȘme l’ouvrier agricole – ne vit pas seulement de pain » (Weber, 1986 [1892], p. 65-67).
Dans ces mĂȘmes annĂ©es oĂč l’État allemand rĂ©gulait formellement la migration temporaire des ouvriers agricoles polonais en Allemagne racontĂ©e par Weber, en Afrique du Sud se rĂ©gulait aussi la mobilitĂ© d’une main-d’Ɠuvre temporaire pour les mines d’or et de diamants. Notamment, les compagnies miniĂšres, en recherche d’une main-d’Ɠuvre docile, se tournĂšrent vers les colonies portugaises en Afrique de l’Est, dans l’actuel Mozambique2 (Hahamovitch, 2003, p. 77). Depuis, les programmes de migration temporaire ont eu diverses fortunes, selon les dĂ©cennies et le pays de rĂ©fĂ©rence, mais ils ont toujours Ă©tĂ© introduits pour rĂ©pondre Ă  un besoin de main-d’Ɠuvre docile, facilement dĂ©portable, ayant moins de droits que la main-d’Ɠuvre nationale.
En ce qui a trait au secteur agricole, le Bracero Program a Ă©tĂ© trĂšs populaire aux États-Unis entre 1942 et 1964 et a permis d’embaucher une main-d’Ɠuvre saisonniĂšre du Mexique pour rĂ©pondre Ă  la demande de l’agriculture intensive Ă©tasunienne, notamment en Californie (Griffith, 2006). Toujours aux États-Unis, durant la mĂȘme pĂ©riode, par le biais d’un programme de migration temporaire nommĂ© « H2 », des personnes provenant des CaraĂŻbes ont commencĂ© Ă  migrer de façon temporaire pour couper la canne Ă  sucre dans les entreprises en Floride (Griffith, 2006).
AprĂšs la DeuxiĂšme Guerre mondiale, d’autres programmes de migration temporaire ont Ă©tĂ© mis en place dans l’Europe occidentale (notamment en Allemagne, en Belgique, en France, au Pays-Bas et en Suisse). Ces programmes ont permis de recruter de la main-d’Ɠuvre migrante temporaire dans plusieurs secteurs de la production, comme la construction, l’industrie ou l’agriculture, contribuant Ă  l’élan Ă©conomique de nombreux pays europĂ©ens (Castles et Kosack, 1973).
Cependant, avec le temps, les rĂ©sultats de ces programmes ont Ă©tĂ© de plus en plus dĂ©cevants, jusqu’à leur disparition. Le Bracero Program prend fin en 19643, Ă  la suite des pressions des syndicats agricoles, de l’église et des groupes de soutien qui ont amenĂ© le ministĂšre du Travail Ă  augmenter les salaires, Ă  amĂ©liorer l’état des logements4, et Ă  mĂ©caniser l’agriculture. Dix ans aprĂšs, les programmes europĂ©ens subissent le mĂȘme sort, aprĂšs le choc pĂ©trolier de 1973 et la crise Ă©conomique subsĂ©quente qui fait baisser la demande en main-d’Ɠuvre (Castles, de Haas et Miller, 2014 [1993]). À la suite de la crise, en 1986, le chercheur Stephen Castles considĂ©rait dĂ©sormais les programmes de migration temporaire comme une pratique dĂ©passĂ©e en Europe (Castles, 1986).
Or les annĂ©es 1990, et surtout les annĂ©es 2000, ont Ă©tĂ© caractĂ©risĂ©es par une nouvelle tendance internationale visant Ă  favoriser la migration circulaire et le recrutement de main-d’Ɠuvre temporaire. Plusieurs organismes internationaux se sont prononcĂ©s au cours des annĂ©es en faveur de ce type de migration. Ces organismes ont soutenu qu’il s’agissait d’une migration avec trois gagnants : le pays d’arrivĂ©e, qui peut satisfaire la demande de main-d’Ɠuvre ; le pays d’origine, car il peut compter sur le transfert d’argent et le retour de personnes plus compĂ©tentes Ă  la suite de l’expĂ©rience migratoire ; et, finalement, les personnes elles-mĂȘmes qui participent au programme, car elles peuvent acquĂ©rir de nouvelles compĂ©tences et gagner plus d’argent que dans leur pays.
Plusieurs facteurs ont contribuĂ© Ă  la renaissance, bien que partielle (Castles, 2006), de ce type de programmes dans les pays du Nord : des raisons Ă©conomiques, comme la recherche d’une main-d’Ɠuvre flexible et bon marchĂ© dans le nouveau scĂ©nario de production postfordiste et de compĂ©tition internationale ; l’augmentation des inĂ©galitĂ©s socioĂ©conomiques dĂ©terminĂ©e par les politiques nĂ©olibĂ©rales dans les pays du Sud, avec un plus grand nombre de personnes dĂ©munies disposĂ©es Ă  participer aux programmes, car l’alternative, comme Leigh Binford le souligne dans le contexte de l’AmĂ©rique latine et des CaraĂŻbes, c’est l’économie informelle ou l’activitĂ© criminelle (Binford, 2013, p. 5) ; des raisons politiques, Ă©tant donnĂ© que les programmes sont souvent prĂ©sentĂ©s comme une rĂ©ponse Ă  l’obsession de la sĂ©curitĂ©, notamment aprĂšs le 11 septembre 2001 (Binford, 2013 ; Sharma, 2006).
C’est ainsi que dans les pays oĂč ces programmes avaient pratiquement disparu, un intĂ©rĂȘt renouvelĂ© pour ce type de migration est apparu avec l’ouverture de nouveaux programmes. Dans les pays oĂč ce type de programmes Ă©taient demeurĂ©s en vigueur pendant les annĂ©es 1970-1980, comme le Canada, on a assistĂ© Ă  une augmentation du nombre de personnes embauchĂ©es comme main-d’Ɠuvre temporaire et Ă  l’ouverture de nouveaux volets d’embauche.
Le secteur agricole, Ă  l’origine du premier programme de migration temporaire dans l’Allemagne du XIXe siĂšcle, ou du cĂ©lĂšbre Bracero Program aux États-Unis, ne fait pas exception eu Ă©gard Ă  cette nouvelle tendance internationale (SĂĄnchez GĂłmez et Lara Flores, 2015). Actuellement, de nombreux programmes de migration temporaire permettent Ă  des entreprises agricoles dans diffĂ©rentes parties du monde d’embaucher une main-d’Ɠuvre saisonniĂšre internationale pour rĂ©pondre aux besoins de la production : aux États-Unis, le H2A5 a de plus en plus intĂ©grĂ© le recrutement de la main-d’Ɠuvre irrĂ©guliĂšre (Martin, 2014) ; en France, c’est l’Agence nationale de l’accueil des Ă©trangers et des migrations (ANAEM) qui permet d’embaucher des personnes d’autres pays temporairement, notamment du Maghreb, une forme de recrutement appelĂ©e aussi « OMI » (de l’ancien nom de l’institution : Office des migrations internationales) (DĂ©cosse, 2008 ; Morice, 2008) ; en Espagne, la Contratacion en origen est Ă  la base de la migration fĂ©minine saisonniĂšre des ouvriĂšres marocaines, et plus rĂ©cemment de l‘Europe de l’Est, vers les champs de fraises en Andalousie (Hellio, 2017) ; en OcĂ©anie, le Recognised Seasonal Employer permet aux entreprises agricoles en Nouvelle-ZĂ©lande d’embaucher la main-d’Ɠuvre des Ăźles proches (Smith, 2015), dĂ©marche comparable Ă  celle du Pacific Seasonal Worker Pilot Scheme en Australie (Petrou et Connell, 2018) en CorĂ©e du Sud, le « systĂšme de permis d’emploi » qui permet d’embaucher de la main-d’Ɠuvre provenant d’autres pays d’Asie dans plusieurs secteurs, dont l’agriculture, avec des contrats qui peuvent ĂȘtre prolongĂ©s jusqu’à quatre ans, a Ă©tĂ© l’objet de critique Ă  cause des « conditions d’exploitation » de la main-d’Ɠuvre migrante agricole (Amnesty International, 2014). Les programmes de migration temporaire au QuĂ©bec et au Canada s’inscrivent donc dans une tendance mondiale, avec bien sĂ»r leurs particularitĂ©s propres.

3 / Les programmes de migration temporaire pour l’agriculture canadienne

Le secteur agricole canadien depuis son industrialisation a toujours Ă©prouvĂ© des difficultĂ©s pour le recrutement de la main-d’Ɠuvre, compte tenu du caractĂšre saisonnier des activitĂ©s, des conditions de travail et des salaires infĂ©rieurs Ă  ceux que procurent les emplois en ville. Pour attĂ©nuer ces difficultĂ©s, l’État canadien est souvent intervenu en instaurant des politiques visan...

Table des matiĂšres

  1. Couverture
  2. Page de titre
  3. Copyright
  4. Remerciements
  5. Liste des figures et tableaux
  6. Liste des sigles
  7. Introduction
  8. Chapitre 1 / : L’(im)mobilitĂ© contrĂŽlĂ©e : les programmes de migration temporaire dans l’agriculture canadienne
  9. Chapitre 2 / : Une enquĂȘte de terrain
  10. Chapitre 3 / : Les agriculteurs au Québec entre survie et expansion
  11. Chapitre 4 / : L’abstraction du travail migrant au quotidien
  12. Chapitre 5 / : Les rĂ©cits d’acceptation et les « bonnes conduites »
  13. Chapitre 6 / : Les contre-conduites et l’organisation collective
  14. Conclusion
  15. Bibliographie

Foire aux questions

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