Chaque annĂ©e, le QuĂ©bec recrute Ă l'international des milliers de travailleurs par l'entremise de programmes de migration temporaire pour faire face Ă la pĂ©nurie de main-d'Ćuvre dans le secteur agricole. Le prĂ©sent ouvrage dĂ©peint l'expĂ©rience de vie et de travail de ces ouvriers migrants.Son auteur s'est infiltrĂ©, en tant qu'employĂ©, dans plusieurs entreprises agraires de la province oĂč il a travaillĂ© un Ă©tĂ© durant, participant aux activitĂ©s d'un centre de soutien aux migrants et menant des entretiens avec les ouvriers, les employeurs, les membres consulaires, les organismes de recrutement et les acteurs communautaires. Il nous entraĂźne ici dans la dĂ©couverte des relations que les ouvriers agricoles migrants entretiennent entre eux et avec leurs collĂšgues et leurs employeurs quĂ©bĂ©cois, ainsi que dans le quotidien difficile de ces travailleurs venus d'ailleurs. Ă partir d'observations, de rĂ©cits, d'analyses de situations particuliĂšres, l'auteur dĂ©voile les ambitions et les accomplissements, mais aussi les difficultĂ©s et les souffrances que vivent ces migrants.En plus d'intĂ©resser les Ă©tudiants et les chercheurs en sciences sociales et politiques ainsi que les professionnels des services sociaux et communautaires, ce livre plaira aux consommateurs se souciant de la provenance et de la qualitĂ© des aliments quĂ©bĂ©cois de mĂȘme que de l'Ă©quitĂ© des conditions de travail dans le domaine agricole provincial. Au fil des pages, les lecteurs dĂ©couvriront un juste portrait de la rĂ©alitĂ© de la main-d'Ćuvre migrante au QuĂ©bec.

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Ils viennent pour travailler
EnquĂȘte ethnographique parmi les ouvriers agricoles migrants au QuĂ©bec
- 286 pages
- French
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Ils viennent pour travailler
EnquĂȘte ethnographique parmi les ouvriers agricoles migrants au QuĂ©bec
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AnthropologieCHAPITRE 1 /
Lâ(im)mobilitĂ© contrĂŽlĂ©e
Les programmes de migration temporaire dans lâagriculture canadienne
1 / Win-win-win
En novembre 2016, jâai Ă©tĂ© invitĂ© au sĂ©minaire permanent sur les migrations entre le Canada, les Ătats-Unis et le Mexique, Ă lâUniversidad Nacional AutĂłnoma de MĂ©xico. Dans le cadre des deux jours quâa durĂ© ce sĂ©minaire, nous avons dressĂ© un bilan du PTAS (Programme des travailleurs agricoles saisonniers) qui fĂȘtait cinquante ans dâactivitĂ©, lâun des programmes de migration temporaire actuels qui peut se targuer dâĂȘtre le plus ancien au monde.
Plusieurs universitaires qui ont analysĂ© le PTAS au cours des derniĂšres dĂ©cennies ont pris part Ă ce dĂ©bat. Comme câest souvent le cas dans de telles occasions, lâĂ©change entre les membres de cette communautĂ© partageant les mĂȘmes intĂ©rĂȘts de recherche a Ă©tĂ© trĂšs enrichissant. NĂ©anmoins, la curiositĂ© gĂ©nĂ©rale Ă©tait suscitĂ©e par lâintervention Ă venir de lâinvitĂ© spĂ©cial, monsieur Enrique Evangelista, directeur de la mobilitĂ© du travail au sein du SecretarĂa del Trabajo y PrevisiĂłn Social (ministĂšre du Travail et de la SĂ©curitĂ© sociale), en raison de la raretĂ© des Ă©changes directs entre membres de la communautĂ© scientifique et acteurs politiques sur lâĂ©tat des programmes.
Evangelista, assis parmi le public, a Ă©coutĂ© les autres prĂ©sentations avec attention, participant parfois par des expressions faciales, comme lorsquâil a approuvĂ© mon commentaire sur la volontĂ© des personnes embauchĂ©es de travailler beaucoup dâheures par jour. Ensuite, il a participĂ© Ă une table ronde. Vu le caractĂšre exceptionnel de sa prĂ©sence, le directeur a Ă©tĂ© invitĂ© Ă prendre la parole au dĂ©but pour ensuite rĂ©pondre aux questions du public.
Lors de son intervention, le directeur, avec les donnĂ©es en main, a prĂ©sentĂ© le PTAS comme un « modĂšle » de migration « lĂ©gale », « ordonnĂ©e » et « sĂ»re », mentionnant que mĂȘme les Ătats-Unis voulaient crĂ©er un programme comparable pour leur recrutement1. Parmi les raisons du succĂšs du PTAS, Evangelista a soulignĂ© le nombre peu Ă©levĂ© de rapatriements, et encore moins dâabandons de la part des entreprises, selon la volontĂ© du gouvernement mexicain qui « vise Ă la rĂ©unification familiale au Mexique » et travaille ainsi chaque annĂ©e afin que les personnes retournent dans leur pays.
Dâautres raisons mentionnĂ©es par le directeur pour expliquer le succĂšs du programme concernaient les retombĂ©es Ă©conomiques et les compĂ©tences acquises dans le cadre de cette expĂ©rience. Selon ses donnĂ©es, en 2015, les fonds transfĂ©rĂ©s par les personnes embauchĂ©es sous le PTAS vers leurs familles au Mexique reprĂ©sentaient un montant total de 225 millions de dollars. Il a Ă©galement mentionnĂ© lâexpĂ©rience, une seule, dâun travailleur qui avait construit une serre dans lâĂtat de Puebla, Ă la suite des expĂ©riences quâil avait pu acquĂ©rir dans le cadre du PTAS et avec les revenus que cela lui avait procurĂ©s.
Ce directeur nâest pas le seul Ă considĂ©rer le PTAS comme un modĂšle. En effet, vu sa longĂ©vitĂ© cinquantenaire, au fil du temps, le PTAS est devenu un exemple pour les autres pays qui cherchent Ă recruter une main-dâĆuvre temporaire dans lâagriculture, surtout depuis que cette forme de recrutement a attirĂ© de nouveau lâattention de nombreux pays. En 2000, dans un atelier international de lâOrganisation internationale pour les migrations (OIM), le PTAS a Ă©tĂ© considĂ©rĂ© comme la meilleure pratique de recrutement de travailleurs migrants (Hennebry et Preibisch, 2012). En 2006, la Banque mondiale a dĂ©clarĂ© que le PTAS canadien pouvait constituer un modĂšle de grand intĂ©rĂȘt pour lâAustralie et la Nouvelle-ZĂ©lande, parce quâil sâagissait dâun pays dâimmigration avec un systĂšme politique et lĂ©gal comparable Ă celui des deux pays du Pacifique, et que le Canada recrutait dans les « petites Ăźles » des CaraĂŻbes, une condition comparable Ă celle du Pacifique pour la proximitĂ© de plusieurs Ăźles (World Bank, 2006, p. 117). En 2008, 2009 et 2010, le PTAS a aussi Ă©tĂ© reconnu comme un modĂšle de migration temporaire dans les rĂ©unions du Forum global sur la migration et le dĂ©veloppement (Gabriel, 2014). Finalement, la prĂ©fĂ©rence pour le modĂšle du PTAS a Ă©tĂ© accordĂ©e par plusieurs universitaires, mĂȘme si ce fut Ă des degrĂ©s diffĂ©rents (Basok, 2007 ; Greenhill et Aceytuno, 2000 ; Verduzco et Lozano, 2003).
Face Ă ces nombreuses apprĂ©ciations, est-ce que lâapologie du programme faite par lâemployĂ© du SecretarĂa del Trabajo y PrevisiĂłn Social Ă©tait justifiĂ©e ? Si le PTAS est comparĂ© aux nouvelles possibilitĂ©s de recrutement de main-dâĆuvre agricole temporaire au Canada, le « volet des postes Ă bas salaire » et le « volet agricole », introduits par le gouvernement canadien entre 2002 et 2011, il est effectivement meilleur, comme je lâai reconnu lors de la rencontre avec Evangelista. PrĂ©cisons que ces derniers volets ont favorisĂ© une privatisation du recrutement exposant davantage la main-dâĆuvre Ă diverses formes dâabus.
En mĂȘme temps, comme Jenna Hennebry et Kerry Preibisch lâont relevĂ©, le PTAS constitue un modĂšle parce que les Ătats et les entreprises tirent des bĂ©nĂ©fices de ce programme. Cependant, si le regard se porte sur les droits des personnes recrutĂ©es, on peut sâapercevoir que le programme est en rĂ©alitĂ© toujours caractĂ©risĂ© par des problĂ©matiques structurelles qui entraĂźnent plusieurs formes dâabus (Hennebry et Preibisch, 2012).
Pour revenir Ă monsieur Evangelista, lorsque le temps des questions est arrivĂ©, jâai pris la parole pour soulever une problĂ©matique encore trĂšs actuelle du PTAS, soit celle des accidents de travail et des dĂ©portations suivant les accidents, demandant les statistiques relativement Ă ces accidents. Evangelista a rĂ©pondu avec soin Ă toutes les questions, sauf Ă la mienne. Comment interprĂ©ter cet oubli ? Le PTAS reprĂ©sente-t-il le « meilleur des mondes possibles », pour emprunter les mots de Voltaire ? En rĂ©alitĂ©, la supĂ©rioritĂ© relative du PTAS vis-Ă -vis des autres programmes nâempĂȘche pas de songer Ă des changements pour tenter de rĂ©soudre les problĂ©matiques structurelles qui le caractĂ©risent encore.
Si, trĂšs rĂ©cemment, le gouvernement fĂ©dĂ©ral a envisagĂ© la possibilitĂ© dâaccorder la rĂ©sidence permanente aprĂšs un an de travail aux ouvriers considĂ©rĂ©s comme « moyennement spĂ©cialisĂ©s », dans les derniers quinze ans, les principales mesures adoptĂ©es par le gouvernement canadien, comme lâintroduction de nouvelles possibilitĂ©s dâembauche, ont plutĂŽt exposĂ© davantage les personnes embauchĂ©es Ă des formes dâabus.
Dans les pages suivantes, jâanalyserai le parcours qui a amenĂ© Ă lâĂ©tat actuel des programmes. AprĂšs avoir fait un survol gĂ©nĂ©ral des programmes de migration temporaire Ă lâinternational et de la nouvelle tendance mondiale qui cĂ©lĂšbre cette forme de recrutement, je mâattarderai Ă lâhistoire des programmes de migration temporaire pour lâagriculture canadienne. Je me pencherai notamment sur certains moments clĂ©s, de la crĂ©ation des premiers programmes jusquâaux changements qui leur ont Ă©tĂ© apportĂ©s depuis les annĂ©es 2000, en passant par le remplacement du systĂšme des quotas par un systĂšme dâoffre et de demande Ă la fin des annĂ©es 1980. Finalement, je mettrai en lumiĂšre les similitudes et les diffĂ©rences entre les volets dâembauche actuels au QuĂ©bec en abordant les consĂ©quences de cette multiplication des volets qui montrent la contemporanĂ©itĂ© de cette forme de recrutement.
2 / Un regard sur ce type de programmes Ă lâinternational
En 1892, Max Weber, Ă lâĂ©poque encore un jeune chercheur, publiait au nom de la Verein fĂŒr Sociapolitik les conclusions dâune enquĂȘte menĂ©e entre 1890 et 1891 sur les conditions des ouvriers agricoles saisonniers polonais dans la rĂ©gion situĂ©e Ă lâest de lâElbe, appartenant Ă lâĂtat allemand naissant. MalgrĂ© la distance temporelle, le texte abordait des aspects de grande actualitĂ© : Weber soulignait la tension entre la volontĂ© des employeurs de garder une gestion patriarcale, tout en instaurant de nouvelles relations sociales basĂ©es sur le rapport salarial qui effaçaient « la communautĂ© dâintĂ©rĂȘts » du systĂšme prĂ©cĂ©dent. En outre, il soulignait la docilitĂ© majeure de la main-dâĆuvre polonaise vis-Ă -vis de la main-dâĆuvre allemande et surtout la possibilitĂ© de ne pas prendre en charge les « obligations juridico-administratives » existantes pour la main-dâĆuvre allemande. Il mettait en lumiĂšre les contraintes structurelles, comme la compĂ©tition entre les employeurs et la lutte pour leur survie. Finalement, Weber sâattardait Ă la position subjective de la main-dâĆuvre polonaise face Ă ces changements, notamment Ă ses aspirations et Ă son dĂ©sir dâautonomie, ce qui allait au-delĂ dâune analyse strictement Ă©conomique, car Weber rappelait que « lâhomme â et mĂȘme lâouvrier agricole â ne vit pas seulement de pain » (Weber, 1986 [1892], p. 65-67).
Dans ces mĂȘmes annĂ©es oĂč lâĂtat allemand rĂ©gulait formellement la migration temporaire des ouvriers agricoles polonais en Allemagne racontĂ©e par Weber, en Afrique du Sud se rĂ©gulait aussi la mobilitĂ© dâune main-dâĆuvre temporaire pour les mines dâor et de diamants. Notamment, les compagnies miniĂšres, en recherche dâune main-dâĆuvre docile, se tournĂšrent vers les colonies portugaises en Afrique de lâEst, dans lâactuel Mozambique2 (Hahamovitch, 2003, p. 77). Depuis, les programmes de migration temporaire ont eu diverses fortunes, selon les dĂ©cennies et le pays de rĂ©fĂ©rence, mais ils ont toujours Ă©tĂ© introduits pour rĂ©pondre Ă un besoin de main-dâĆuvre docile, facilement dĂ©portable, ayant moins de droits que la main-dâĆuvre nationale.
En ce qui a trait au secteur agricole, le Bracero Program a Ă©tĂ© trĂšs populaire aux Ătats-Unis entre 1942 et 1964 et a permis dâembaucher une main-dâĆuvre saisonniĂšre du Mexique pour rĂ©pondre Ă la demande de lâagriculture intensive Ă©tasunienne, notamment en Californie (Griffith, 2006). Toujours aux Ătats-Unis, durant la mĂȘme pĂ©riode, par le biais dâun programme de migration temporaire nommĂ© « H2 », des personnes provenant des CaraĂŻbes ont commencĂ© Ă migrer de façon temporaire pour couper la canne Ă sucre dans les entreprises en Floride (Griffith, 2006).
AprĂšs la DeuxiĂšme Guerre mondiale, dâautres programmes de migration temporaire ont Ă©tĂ© mis en place dans lâEurope occidentale (notamment en Allemagne, en Belgique, en France, au Pays-Bas et en Suisse). Ces programmes ont permis de recruter de la main-dâĆuvre migrante temporaire dans plusieurs secteurs de la production, comme la construction, lâindustrie ou lâagriculture, contribuant Ă lâĂ©lan Ă©conomique de nombreux pays europĂ©ens (Castles et Kosack, 1973).
Cependant, avec le temps, les rĂ©sultats de ces programmes ont Ă©tĂ© de plus en plus dĂ©cevants, jusquâĂ leur disparition. Le Bracero Program prend fin en 19643, Ă la suite des pressions des syndicats agricoles, de lâĂ©glise et des groupes de soutien qui ont amenĂ© le ministĂšre du Travail Ă augmenter les salaires, Ă amĂ©liorer lâĂ©tat des logements4, et Ă mĂ©caniser lâagriculture. Dix ans aprĂšs, les programmes europĂ©ens subissent le mĂȘme sort, aprĂšs le choc pĂ©trolier de 1973 et la crise Ă©conomique subsĂ©quente qui fait baisser la demande en main-dâĆuvre (Castles, de Haas et Miller, 2014 [1993]). Ă la suite de la crise, en 1986, le chercheur Stephen Castles considĂ©rait dĂ©sormais les programmes de migration temporaire comme une pratique dĂ©passĂ©e en Europe (Castles, 1986).
Or les annĂ©es 1990, et surtout les annĂ©es 2000, ont Ă©tĂ© caractĂ©risĂ©es par une nouvelle tendance internationale visant Ă favoriser la migration circulaire et le recrutement de main-dâĆuvre temporaire. Plusieurs organismes internationaux se sont prononcĂ©s au cours des annĂ©es en faveur de ce type de migration. Ces organismes ont soutenu quâil sâagissait dâune migration avec trois gagnants : le pays dâarrivĂ©e, qui peut satisfaire la demande de main-dâĆuvre ; le pays dâorigine, car il peut compter sur le transfert dâargent et le retour de personnes plus compĂ©tentes Ă la suite de lâexpĂ©rience migratoire ; et, finalement, les personnes elles-mĂȘmes qui participent au programme, car elles peuvent acquĂ©rir de nouvelles compĂ©tences et gagner plus dâargent que dans leur pays.
Plusieurs facteurs ont contribuĂ© Ă la renaissance, bien que partielle (Castles, 2006), de ce type de programmes dans les pays du Nord : des raisons Ă©conomiques, comme la recherche dâune main-dâĆuvre flexible et bon marchĂ© dans le nouveau scĂ©nario de production postfordiste et de compĂ©tition internationale ; lâaugmentation des inĂ©galitĂ©s socioĂ©conomiques dĂ©terminĂ©e par les politiques nĂ©olibĂ©rales dans les pays du Sud, avec un plus grand nombre de personnes dĂ©munies disposĂ©es Ă participer aux programmes, car lâalternative, comme Leigh Binford le souligne dans le contexte de lâAmĂ©rique latine et des CaraĂŻbes, câest lâĂ©conomie informelle ou lâactivitĂ© criminelle (Binford, 2013, p. 5) ; des raisons politiques, Ă©tant donnĂ© que les programmes sont souvent prĂ©sentĂ©s comme une rĂ©ponse Ă lâobsession de la sĂ©curitĂ©, notamment aprĂšs le 11 septembre 2001 (Binford, 2013 ; Sharma, 2006).
Câest ainsi que dans les pays oĂč ces programmes avaient pratiquement disparu, un intĂ©rĂȘt renouvelĂ© pour ce type de migration est apparu avec lâouverture de nouveaux programmes. Dans les pays oĂč ce type de programmes Ă©taient demeurĂ©s en vigueur pendant les annĂ©es 1970-1980, comme le Canada, on a assistĂ© Ă une augmentation du nombre de personnes embauchĂ©es comme main-dâĆuvre temporaire et Ă lâouverture de nouveaux volets dâembauche.
Le secteur agricole, Ă lâorigine du premier programme de migration temporaire dans lâAllemagne du XIXe siĂšcle, ou du cĂ©lĂšbre Bracero Program aux Ătats-Unis, ne fait pas exception eu Ă©gard Ă cette nouvelle tendance internationale (SĂĄnchez GĂłmez et Lara Flores, 2015). Actuellement, de nombreux programmes de migration temporaire permettent Ă des entreprises agricoles dans diffĂ©rentes parties du monde dâembaucher une main-dâĆuvre saisonniĂšre internationale pour rĂ©pondre aux besoins de la production : aux Ătats-Unis, le H2A5 a de plus en plus intĂ©grĂ© le recrutement de la main-dâĆuvre irrĂ©guliĂšre (Martin, 2014) ; en France, câest lâAgence nationale de lâaccueil des Ă©trangers et des migrations (ANAEM) qui permet dâembaucher des personnes dâautres pays temporairement, notamment du Maghreb, une forme de recrutement appelĂ©e aussi « OMI » (de lâancien nom de lâinstitution : Office des migrations internationales) (DĂ©cosse, 2008 ; Morice, 2008) ; en Espagne, la Contratacion en origen est Ă la base de la migration fĂ©minine saisonniĂšre des ouvriĂšres marocaines, et plus rĂ©cemment de lâEurope de lâEst, vers les champs de fraises en Andalousie (Hellio, 2017) ; en OcĂ©anie, le Recognised Seasonal Employer permet aux entreprises agricoles en Nouvelle-ZĂ©lande dâembaucher la main-dâĆuvre des Ăźles proches (Smith, 2015), dĂ©marche comparable Ă celle du Pacific Seasonal Worker Pilot Scheme en Australie (Petrou et Connell, 2018) en CorĂ©e du Sud, le « systĂšme de permis dâemploi » qui permet dâembaucher de la main-dâĆuvre provenant dâautres pays dâAsie dans plusieurs secteurs, dont lâagriculture, avec des contrats qui peuvent ĂȘtre prolongĂ©s jusquâĂ quatre ans, a Ă©tĂ© lâobjet de critique Ă cause des « conditions dâexploitation » de la main-dâĆuvre migrante agricole (Amnesty International, 2014). Les programmes de migration temporaire au QuĂ©bec et au Canada sâinscrivent donc dans une tendance mondiale, avec bien sĂ»r leurs particularitĂ©s propres.
3 / Les programmes de migration temporaire pour lâagriculture canadienne
Le secteur agricole canadien depuis son industrialisation a toujours Ă©prouvĂ© des difficultĂ©s pour le recrutement de la main-dâĆuvre, compte tenu du caractĂšre saisonnier des activitĂ©s, des conditions de travail et des salaires infĂ©rieurs Ă ceux que procurent les emplois en ville. Pour attĂ©nuer ces difficultĂ©s, lâĂtat canadien est souvent intervenu en instaurant des politiques visan...
Table des matiĂšres
- Couverture
- Page de titre
- Copyright
- Remerciements
- Liste des figures et tableaux
- Liste des sigles
- Introduction
- Chapitre 1 / : Lâ(im)mobilitĂ© contrĂŽlĂ©e : les programmes de migration temporaire dans lâagriculture canadienne
- Chapitre 2 /Â : Une enquĂȘte de terrain
- Chapitre 3 / : Les agriculteurs au Québec entre survie et expansion
- Chapitre 4 /Â : Lâabstraction du travail migrant au quotidien
- Chapitre 5 / : Les rĂ©cits dâacceptation et les « bonnes conduites »
- Chapitre 6 /Â : Les contre-conduites et lâorganisation collective
- Conclusion
- Bibliographie
Foire aux questions
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