Quatrième épisode des aventures du Mouron rouge. Aux heures les plus sombres de la Terreur, après l'exécution du roi et de la reine, le Mouron Rouge élabore un plan audacieux pour délivrer le dauphin de la prison du Temple. Son pire ennemi, Chauvelin, bien décidé à se venger de ses échecs précédents, va profiter de la faiblesse d'un des membres de la ligue pour tendre un piège à sir Percy...

- 293 pages
- French
- ePUB (adaptée aux mobiles)
- Disponible sur iOS et Android
eBook - ePub
La Capture du Mouron rouge
À propos de ce livre
Approuvé par les 375,005 étudiants
Accès à plus d'un million de titres pour un prix mensuel raisonnable.
Étudiez plus efficacement en utilisant nos outils d'étude.
Informations
Sujet
LittératureSujet
Fiction historique1. Une représentation sous la Terreur
En cette journée glaciale du 27 Nivôse, an II de la République, – ou, comme nous autres, gens de l’ancien style nous obstinons à dire, du 16 janvier 1794, – la salle du Théâtre national était remplie d’une nombreuse assistance, l’apparition d’une jeune actrice en renom dans le rôle de Célimène ayant attiré à cette reprise du Misanthrope tous les amateurs de spectacles.
Le Moniteur, qui relate au jour le jour avec impartialité les événements de l’époque, nous informe qu’à la même date l’Assemblée de la Convention vota une nouvelle loi autorisant ses espions à effectuer des visites domiciliaires et des arrestations sans avoir besoin d’en référer d’avance au Comité de sûreté générale ; l’Assemblée désirant agir avec rigueur et promptitude contre « les ennemis du bonheur public » promettait aux dénonciateurs, comme récompense, une somme de trente-cinq livres « par tête fournie à la guillotine ».
Quelques lignes plus bas, le Moniteur note également que, ce même jour, le Théâtre national fit salle pleine pour la reprise, avec nouveaux décors et costumes, de la célèbre comédie.
L’Assemblée, ayant voté la loi qui plaçait plusieurs milliers de personnes à la merci d’espions et de délateurs, leva la séance, et quelques-uns de ses membres, en quittant les Tuileries, traversèrent la Seine pour gagner le nouveau théâtre tout proche du Luxembourg où la troupe de la Comédie française s’était installée depuis quelques années.
La salle était déjà pleine lorsque les représentants du peuple se frayèrent un passage jusqu’aux sièges qui leur étaient réservés. À leur entrée le silence s’établit dans l’auditoire et, tandis qu’ils avançaient l’un après l’autre dans les étroits passages ménagés entre les fauteuils, ou gagnaient les loges du pourtour, les spectateurs tendaient le cou pour essayer de voir ces hommes dont le nom seul inspirait l’effroi.
Une étroite loge d’avant-scène était occupée par deux hommes qui y avaient pris place bien avant que la salle eût commencé à se remplir. La loge était très sombre, et si ses occupants n’avaient, par son étroite ouverture, qu’une vue incomplète de la scène, ils avaient en revanche l’avantage d’échapper à l’observation des spectateurs. Le plus jeune des deux était sans doute étranger à la capitale, car, au moment où les conventionnels firent leur entrée, il se tourna à plusieurs reprises vers son compagnon pour lui demander à voix basse des indications sur ces personnages pourtant si notoires.
– Dites-moi, Klagenstein, dit-il en appelant l’attention de l’autre sur un groupe qui venait de pénétrer dans la salle, savez-vous quel est cet homme en redingote verte, celui qui porte la main à sa figure ?
– Où donc ?
– En face, près de la porte… Il tient une feuille à la main. Tenez, le voilà qui regarde de notre côté : l’homme avec un menton proéminent, une figure de marmouset et des yeux de chacal. Ne le voyez-vous pas ?
L’autre se pencha sur le rebord de la loge et ses yeux fureteurs se promenèrent sur la salle pleine.
– Oh ! fit-il en découvrant le personnage que lui désignait son compagnon, c’est le citoyen Fouquier-Tinville.
– L’accusateur public ?
– Lui-même ; et celui qui s’assied à côté de lui est le citoyen Héron.
– Héron ? répéta le jeune homme d’un air interrogateur.
– Oui, l’un des principaux agents du Comité de sûreté générale.
– C’est-à-dire ?
Les deux spectateurs se renfoncèrent dans l’ombre de la loge. Instinctivement, pour prononcer le nom de l’accusateur public, ils avaient baissé la voix davantage encore.
En réponse à l’interrogation du jeune homme, son compagnon – homme d’âge moyen, grand, robuste, au visage marqué de la petite vérole – leva les épaules.
– C’est-à-dire, mon bon Saint-Just, que les deux hommes que vous voyez là, consultant paisiblement le programme de la soirée et prêts à goûter les vers de feu monsieur Molière, se valent autant par leur ruse que par leur cruauté.
– Vraiment ! fit Saint-Just. La réputation de Fouquier-Tinville m’est connue. Je sais son rôle au Tribunal révolutionnaire et le pouvoir dont il jouit ; mais l’autre ?
– L’autre ? Je puis vous affirmer, mon ami, que son pouvoir ne le cède en rien à celui de l’accusateur public.
– Est-ce possible ?
– Vous avez vécu si longtemps hors de France que seuls les traits essentiels de la tragédie qui se déroule ici vous sont connus et vous ignorez les acteurs qui tiennent les rôles principaux, sinon les plus en vue, dans cette arène sanglante. Héron est de ceux-là et son pouvoir vient encore d’augmenter aujourd’hui. Étiez-vous à l’Assemblée cet après-midi ?
– Non.
– Je m’y trouvais. J’ai entendu la lecture du nouveau décret que la Convention vient de voter. Les agents d’exécution du Comité de sûreté générale dont Héron est le chef ont, à dater de maintenant, toute latitude pour effectuer des visites domiciliaires et pleins pouvoirs pour agir contre « les ennemis du bonheur public ». Cette formule n’est-elle pas d’un vague admirable ? Nul n’est à l’abri de leurs soupçons. Qu’un homme dépense trop d’argent ou n’en dépense pas assez, qu’il rie aujourd’hui ou qu’il pleure demain, qu’il prenne le deuil d’un parent guillotiné ou qu’il se réjouisse de l’exécution d’un ennemi, en voilà assez pour le rendre suspect. Il est un mauvais exemple pour le peuple s’il est vêtu avec soin, il en est un autre s’il porte des vêtements sales et déchirés. Les agents de la Sûreté générale apprécieront eux-mêmes par quoi se reconnaît un ennemi du bonheur public et toutes les prisons s’ouvriront à leur ordre pour recevoir ceux qu’il leur plaira d’y envoyer. La loi leur donne en sus le droit d’interroger les prisonniers à part et sans témoins et, toute formalité supprimée, de les envoyer directement au Tribunal. Leur devoir est clair : « rabattre du gibier pour la guillotine ». Ils doivent fournir à l’accusateur public des dossiers à dresser, aux tribunaux des victimes à condamner, à la place de la Révolution des spectacles tragiques pour distraire le peuple, et chaque tête en tombant leur rapportera trente-cinq livres. Ah ! si Héron et ses semblables travaillent ferme, ils pourront se faire de jolis revenus. Voilà ce qu’on appelle le progrès, ami Saint-Just.
Ces propos, murmurés du bout des lèvres, étaient accompagnés d’un sourire singulier où se mêlaient le dédain et l’ironie.
– Mais c’est l’enfer déchaîné ! s’exclama Saint-Just. Les gens de cœur ne s’uniront-ils pas pour renverser un gouvernement capable de telles iniquités et sauver tant de vies innocentes menacées ?
Il avait parlé à voix contenue, mais ses joues étaient enflammées, ses yeux étincelaient ; il avait l’air très jeune et très ardent. Armand Saint-Just, frère de Lady Blakeney, avait quelque chose de la fine beauté de sa sœur, mais ses traits n’exprimaient pas la même fermeté, et ses yeux gris avaient le regard d’un rêveur plutôt que d’un homme d’action.
Klagenstein avait, sans doute, noté tout cela tandis qu’il considérait son jeune compagnon avec l’air souriant et ironique qui semblait lui être habituel.
– Il nous faut penser à l’avenir plutôt qu’au présent, mon cher, dit-il d’un ton net. Que sont quelques vies humaines auprès du but que nous nous proposons.
– Le retour à la monarchie, oui, je sais, murmura Saint-Just, mais en attendant…
– En attendant, trancha Klagenstein, chaque victime nouvelle de ce gouvernement inique marque un pas de plus vers la restauration de l’ordre. Seules ces atrocités répétées peuvent ouvrir les yeux des Français. Lorsque le peuple sera dégoûté de ces orgies sanglantes, il se retournera contre les monstres qui le mènent actuellement et restaurera la monarchie avec transports. Voilà notre seul espoir ; et croyez-moi, jeune homme, toute victime arrachée à l’échafaud par votre héros anglais, le célèbre Mouron Rouge, est comme une pierre apportée à l’édification de l’autel de la République.
– Je n’en crois rien, protesta Saint-Just.
Klagenstein, ...
Table des matières
- La Capture du Mouron rouge
- PREMIÈRE PARTIE
- 1. Une représentation sous la Terreur
- 2. Deux points de vue qui diffèrent
- 3. Où le hasard intervient
- 4. Mademoiselle Lange
- 5. La prison du Temple
- 6. L’agent du comité
- 7. Le fils de Louis XVI
- 8. Un marché
- 9. Idylle interrompue
- 10. Espoirs et craintes
- DEUXIÈME PARTIE
- 11. La ligue du Mouron Rouge
- 12. Où l’amour et le devoir s’opposent
- 13. L’horizon s’assombrit
- 14. Rien n’est désespéré
- 15. La Barrière de la Villette
- 16. À la recherche de Jeanne Lange
- 17. Chauvelin
- 18. Le déménagement
- 19. Il s’agit du dauphin
- 20. L’enlèvement
- 21. Retour à Paris
- 22. L’appel
- 23. La chance tourne
- TROISIÈME PARTIE
- 24. À Richmond Park
- 25. À l’affût des nouvelles
- 26. L’ennemi
- 27. À la Conciergerie
- 28. Le lion en cage
- 29. Pour le salut du dauphin
- 30. « Le sort de Sir Percy est entre vos mains »
- 31. Projets
- 32. Dans le salon de l’impasse du Roule
- 33. Frère et sœur
- 34. La lettre
- 35. Dernière résistance
- 36. La partie se décide
- 37. Capitulation
- 38. Visite nocturne
- 39. Le dernier message du Mouron Rouge
- 40. À la section du faubourg du Nord
- 41. Le lugubre voyage
- 42. La dernière halte
- 43. Dans la forêt
- 44. Des pas dans la nuit
- 45. La chapelle du Saint-Sépulcre
- 46. Lever de lune
- 47. La Terre promise
- Page de copyright
Foire aux questions
Oui, vous pouvez résilier à tout moment à partir de l'onglet Abonnement dans les paramètres de votre compte sur le site Web de Perlego. Votre abonnement restera actif jusqu'à la fin de votre période de facturation actuelle. Découvrir comment résilier votre abonnement
Non, les livres ne peuvent pas être téléchargés sous forme de fichiers externes, tels que des PDF, pour être utilisés en dehors de Perlego. Cependant, vous pouvez télécharger des livres dans l'application Perlego pour les lire hors ligne sur votre téléphone portable ou votre tablette. Apprendre à télécharger des livres hors ligne
Perlego propose deux abonnements : Essentiel et Complet
- Essentiel est idéal pour les étudiants et les professionnels qui aiment explorer un large éventail de sujets. Accédez à la bibliothèque Essentiel comprenant plus de 800 000 titres de référence et best-sellers dans les domaines du commerce, du développement personnel et des sciences humaines. Il comprend un temps de lecture illimité et la voix standard de la fonction Écouter.
- Complet est parfait pour les étudiants avancés et les chercheurs qui ont besoin d'un accès complet et illimité. Accédez à plus de 1,4 million de livres sur des centaines de sujets, y compris des titres académiques et spécialisés. L'abonnement Complet comprend également des fonctionnalités avancées telles que la fonction Écouter Premium et l'Assistant de recherche.
Nous sommes un service d'abonnement à des ouvrages universitaires en ligne, où vous pouvez accéder à toute une bibliothèque pour un prix inférieur à celui d'un seul livre par mois. Avec plus d'un million de livres sur plus de 990 sujets, nous avons ce qu'il vous faut ! En savoir plus sur notre mission
Recherchez le symbole Écouter sur votre prochain livre pour voir si vous pouvez l'écouter. L'outil Écouter lit le texte à haute voix pour vous, en surlignant le passage qui est en cours de lecture. Vous pouvez le mettre sur pause, l'accélérer ou le ralentir. En savoir plus sur la fonctionnalité Écouter
Oui ! Vous pouvez utiliser l'application Perlego sur les appareils iOS et Android pour lire à tout moment, n'importe où, même hors ligne. Parfait pour les trajets quotidiens ou lorsque vous êtes en déplacement.
Veuillez noter que nous ne pouvons pas prendre en charge les appareils fonctionnant sur iOS 13 et Android 7 ou versions antérieures. En savoir plus sur l'utilisation de l'application
Veuillez noter que nous ne pouvons pas prendre en charge les appareils fonctionnant sur iOS 13 et Android 7 ou versions antérieures. En savoir plus sur l'utilisation de l'application
Oui, vous pouvez accéder à La Capture du Mouron rouge par Baronne Emma Orczy en format PDF et/ou ePUB ainsi qu'à d'autres livres populaires dans Littérature et Fiction historique. Nous disposons de plus d'un million d'ouvrages à découvrir dans notre catalogue.